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 Ich hab noch einen koffer in Berlin | Therence & Adriann

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Adriann Weizerling

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MessageSujet: Ich hab noch einen koffer in Berlin | Therence & Adriann   Mer 20 Avr - 0:19




Crépuscule

« We serial killers are your sons, we are your husbands, we are everywhere. And there will be more of your children dead tomorrow. » ► BUNDY
C'était à côté d'un corps chaud et au bip infernal de mon réveil que je m'éveillais ce matin. Enfin, « matin » était un bien grand mot. Il était à peine cinq heures, l'aube ne filtrait même pas à travers la fenêtre, mais le bip n'arrêtait pas de marteler mes tempes, et probablement celles de Therence aussi. Un grognement sourd s'échappa des oreillers, confirmant mon hypothèse et m'incitant à écraser lourdement ma main contre cet instrument de torture. La nuit avait été très mouvementée, très courte, loin d'obtenir ne serais-ce qu'une heure de sommeil. Mais c'était la nuit inoubliable qu'il fallait pour retenir mon étudiant d'aller voir ailleurs pendant deux semaines. Parce que deux semaines, c'était plutôt long. Trop long, peut-être, pour m'assurer qu'il n'aille pas passer une nuit avec la gamine qui le collait au lycée. Rien que son odeur sur la veste de Therence, quoi que très vague, me donnait envie d'aller lui faire passer le désir de se frotter à lui. 

En soupirant, j'enfilais mes vêtements et préparai deux grandes tasses de café pour nous réveiller. Lentement, l'adolescent semblait émerger à son tour. Il fallait bien qu'il le fasse, de toute façon ; c'était lui qui me conduisait jusqu'à l'aéroport, pour un vol sans escales direction la plus jolie ville du monde : Berlin. J'étais impatient de rentrer, impatient de revoir ma famille et de faire la tournée des bars, comme avant. Là où mon impatience avait tendance à se transformer en aversion, c'était à l'idée que le procès d'Henning allait se jouer lors de ces deux semaines. J'avais été convoqué et l'avocate de la famille d'Henning m'avait contacté pour me préparer. En tant qu'ancien amant, ma place à la barre des interrogés était plus que justifiée et les sessions Skype avaient commencées quelques jours plus tôt. J'essuyais questions intimes sur questions brutales, sans détour. Pour une fois, ma place en tant que criminologue n'était pas demandée. J'avais été analysé, décortiqué, tout comme chaque acte plus ou moins important de ma vie entière, et je le serais à nouveau devant des inconnus, des jurés et surtout, un juge que j'aurais souhaité ne plus jamais revoir. C'était une situation, LA situation que tous les tueurs souhaitaient éviter au possible, et j'y avais été cordialement invité, dans une missive portant le cachet officiel du Bundesregierung allemand.  Aucun échappatoire possible. Mais c'était l'épreuve par laquelle il fallait passer pour voir la coupable aller en prison. Revoir les morceaux déchiquetés de son corps, les zooms sur sa chaire maculée, ouverte, béante.

Therence me rejoignit autour d'une tasse de café dans le silence le plus complet, partageant visiblement le même état de fatigue que moi. Je l'observais en sirotant le breuvage. Il n'était pas au courant... et dans l'idéal, il ne le serait pas. Difficile de faire passer le massacre de ma dernière relation sérieuse comme une coïncidence. Même si c'était véritablement le cas, ce n'était pas exactement le genre de publicité dont j'avais besoin auprès du jeune. Officiellement, donc, ce voyage n'était rien d'autre qu'un voyage pour guérir du mal du pays. Officiellement, donc, je partais sereinement.

Un avion passa au dessus de nos têtes, masquant le crissement des pneus de l'Harley sur l'asphalte. Je sautais de la moto, m'étirant sans cacher un bâillement. L'avocate avait eu beau me conseiller de revoir les questions pendant mon vol, j'allais plutôt rattraper une bonne nuit de sommeil. Approchant de Therence, j'attrapais son col pour pouvoir attraper ses lèvres entre les miennes.

-Je confirme, murmurai-je en lui offrant un sourire suggestif. J'ai vraiment envie de faire l'amour sur ta moto.

Enfilant mon sac de voyage sur une épaule, j'entrais dans l'aéroport, Therence à mes côtés. Il était encore tôt, assez pour s'offrir le petit déjeuner que nous n'avions pas eu le temps de manger avant de partir. Une odeur de gaufres nous guida instinctivement vers un restaurant, jusqu'à ce qu'une odeur de bacon me fasse froncer le nez et les sourcils. La peur qu'un animal ressentait affectait son goût, et par extension, son odeur. C'était à peine décelable, à la seule exception prêt que j'étais habituée à cette odeur. Et bien que c'était celle que j'aimais humer chez mes victimes, chez les animaux, c'était une tout autre histoire. Un léger soupir franchit mes lèvres : se concentrer sur les gaufres au sucre. J'en commandais toute une assiette et suivit mon rebelle jusqu'à une table un peu en retrait. Le pan de sa veste s'écarta légèrement lorsqu'il s'installa, laissant apparaître l'esquisse de l'une des nombreuses marques que j'avais laissé sur son corps, comme un écho à celles qu'il avait laissé sur le mien. Au moins, s'il voyait la lycéenne, elle saurait qu'elle n'avait rien à faire avec lui.


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Therence Garnet

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MessageSujet: Re: Ich hab noch einen koffer in Berlin | Therence & Adriann   Mar 26 Avr - 2:11



Petit Dèj'
Mmrh... Je grommèle en essayant de fondre mon visage dans le moelleux du coussin pour échapper à l'alarme et à ce qu'elle me martèle inévitablement en ce même-pas début de mâtiné, en dehors du fait que mon heure de sommeil n'a rien de raisonnable et que l'heure est venue de le payer. Pitiééé... Je veux pas ouvrir les yeux. Je veux pas me lever. Je veux pas quitter ce lit. Je veux pas qu'Adriann quitte ce lit... Je veux pas qu'il quitte Beacon Hill...
Je ne veux pas admettre que ce jour est finalement arrivé...

Je hoche de la tête entre mon épaule et l'oreiller pour protester contre le réel et surtout me remettre à l'aise maintenant que le bip infernal a cessé. Considérant mon sommeil quasi abstrait, une partie de moi-même persiste à s'accrocher aux bribes passionnés des heures précédentes, plus disposé à croire qu'on y ait pas encore réellement mis fin. Je sens encore le grain frileux de sa peau humide sous ma langue, la pression de son bras dans mon dos, de ses mains partout ailleurs, mon nez dans ses cheveux, nos respirations à l'unisson, ma chaleur qui se dissous dans la sienne...
... Ce sont les mouvements sur le matelas qui me convainc définitivement de faire face et de me réveiller. Aussi fort que je le souhaite, il n'y a pas de retour en arrière possible. Les paupières qui peines à rester ouvertes, je regarde le dessin flou de deux cornes légèrement écorchées rouler aux grès de quelques mouvements et disparaitre sous le tissue d'une chemise. Je soupire profondément. Le temps de fermer et rouvrir les yeux, le wendigo a disparu dans la pièce voisine.

Je le rejoins auprès des tasses fumantes en ébouriffant mollement mes cheveux. Sans un mot. On en a pas échangé beaucoup quand il m'a dit pour son retour aux sources. Y avait rien à dire, Adriann mène sa vie comme il l'entend, et s'il décide de partir une quinzaine de jour chez lui, c'est... bien. J'ai pas a protester, ça ne change pas grand chose à ma propre vie. Si ce n'est quinze jours sans lui...
Mais nous, on est pas du genre collés l'un à l'autre contrairement à ces tourtereaux démoralisants qui vont jusqu'à exhiber leur dépendance mutuelle à l'annulaire, comme si ce n'était pas déjà assez clair. Quand est-ce qu'on se voit, les après-classe dès que c'est possible? Les week-ends? Quelques soirées?... Enfin, quoique nos envies démontrent, je me dis que ça devrait aller, qu'on ne devrait pas les sentir vraiment passer, ces quinze jours. On est pas à ce point des obsédés sexuels!... Puis il part rejoindre sa famille et de vieux potes, et moi j'ai beaucoup d'autres choses à l’esprit et à faire. D'autant plus que ça me déchargera de ses cours du soirs, et ça c'est pas une mauvaise chose, je devrais au contraire profiter de ce temps de libre. Pendant que lui profitera du sien, de son côté...

Je sirote mon café les yeux dans le vague. Il doit y avoir un nuage cafardeux qui stagne au dessus de ma tête. Et ce qui pourrait passé pour un réveil contrarié n'est que le prémisse de deux semaines d'humeur sombre et maussade...

Si seulement je pouvais me dire que son absence va pouvoir me permettre d'appréhender certaines choses dans le plus grand secret. Mais c'est pas comme si ça, je ne le faisais pas déjà malgré sa présence et donc que ça n'avait aucune incidence!...

Je bois, sans me plaindre, mais le café est trop chaud. Et âcre. Et grumeleux aussi. La pleine lune est pour bientôt. Et bientôt ce situe au beau milieu de cette absence loin des collines qui nous entourent...

Le silence. Toujours...

... Comment je suis censé prendre ça?... C'est pas ce que j'avais prévu. Tout au plus, l'éloignement du wendigo en rassura certains et leur évitera d'aller fourrer leur museaux où il ne faut pas... mais...

Je sort de ma léthargie quand Adriann bouge aller mettre sa tasse vide dans l'évier, avec une mine attendrissante de mal réveillé qui fait osciller la balance de mes états-d'âmes. Quoique ce voyage m'inspire, je ne peux pas lui en vouloir de regretter son pays et ses proches. Je ne devrais pas tarder à recevoir des nouvelles de l'adjointe concernant mon propre séjour moi aussi. Et comme ça... si c'est nécessaire, je dirais que c'est sensiblement pour la même raison. Ce sera plus simple, et je suis sûr qu'il ne pourra que comprendre...


-Je confirme.
m’interpelle l'allemand au baiser surprise. J'ai vraiment envie de faire l'amour sur ta moto.

-A ton retour d'Allemagne, peut-être.
glissè-je dans un presque rire faussement hésitant, comme une récompense qu'il devra mériter.

Je lui claque la cuisse pour l'inciter à avancer plutôt que penser à des cochonneries et m'influencer avec. Il a un avion à prendre, et après notre nuit endiablée, mon estomac impose sa primauté sur n'importe quelle autre envie à satisfaire. La fraicheur et la vitesse ont réussi à refouler mon apathie du matin, mais si son coup de booste libidineux m'amuse, derrière le sourire il y a autre chose.  
Deux semaines. C'est rien dirait certains. Ses blagues me rappellent que c'est déjà trop... Pas que je sois accroc à lui!... Mais quand on s’appelle Adriann Weizerling, qu'on à une libido infatigable, des gouts vastes et variés et que la distance ne me permettra ni de contenter ses envies, ni d'éclipser la présence de potentiels concurrents par ma présence...

Je suis peut-être un peu possessif, ouais. Mais si ça n'était pas déjà une évidence, je ne vois pas ce qu'il y d'étonnant à le reconnaitre, je l'ai toujours été, bien avant Adriann. Pas par... sentiment, ou ce genre de c*nneries. Mais c'est un principe : quand Therence Garnet met le grappin sur quelqu'un qui vaut le coup, on n'y touche pas. Point. Il y en a qui s'y sont casés les dents à reluquer un peu trop mes conquêtes du moment. Non, j'ai jamais été un adepte des relations exclusives, oui je suis le premier à voir ailleurs tout en conservant mes relations privilégier, mais ça n'empêche pas qu'il est hors de question de laisser mes aventures être convoités. C'est une question de fierté, il a l'air minable celui qui n'est pas capable de garder ses conquêtes intactes. Quoiqu'il en soit, Adriann n'est pas censé être... Non. Il n'est PAS accessible.

Ses baisers et taquineries sont la preuve qu'il n'y a que moi qui lui occupe l'esprit pour le moment, et ça me rassure. Mais est-ce que ce sera toujours le cas une fois que nos regards ce seront quittés pour la durée déterminée?... Je peux laisser autant de marques que je veux sur son corps comme un avertissement à quiconque irait y poser les yeux, je ne peux pas l'empêcher, lui, de se laisser tenter ailleurs.

Je le suis négligemment à travers l'aérogare. Quand je ne regarde pas mes pieds, la signalétique ou les autres voyageurs, je lorgne sur sa silhouette. Qu'il soit bien apprêté ou au plus naturel, c'est une vérité objective, Adriann est un bel homme. Combien d'autres yeux ici s'attardent sur lui avec la même pensée? Le même désir irréfrénable? Des pieds à la tête il est désirable, une lumière pour tellement de papillons... aveugles. Ouais. Il y a bien quelque chose qui différencie mon regard de tout ceux qui l'admire... Ma contemplation ne s'arrête pas à son profil distrait. Moi, je visualise quelque chose que personne ne soupçonne. Je vois deux bois, noirs et superbes, qui les dominent tous...

Nous profitons du temps que nous avons pour manger un bout, et j'entre dans la cafet' avec plus d'assurance. L'idée que quiconque se détournerait instantanément du métamorphe s'il savait me conforte et rend les regards indiscrets un peu moins hostile. Imaginer la scène à même quelque chose de railleur... Un petit sourire aux lèvres, je porte mon choix sur des pancakes, et quand je cherche à savoir ce qui lui fait envie... je le découvre attentif à la charcuterie sur le grill. Je reste suspendu, un mal aise qui me prend au tripes. Sa réaction me claque à la figure. Pourtant, je... sais. Adriann n'est pas qu'une paire de cornes intimidantes et un criminologue délictueux. Mais qu'il ait des appétits particuliers, ça ne veut pas forcément dire que de façon générale, il... Je ferme les yeux quelques secondes puis lorgne à nouveau sur lui avec plus d'indulgence, quand il jette son dévolu sur une assiette de gaufres. Trop tard. Je m'en veux de ne pas avoir ouvert la bouche à temps, ce n'est qu'une fois posés à table que j'arrive à exprimer ma pensée.

-Tu sais... t'es pas obligé de te privé pour moi. glissè-je prudemment. Si ça te fais envie, c'est que du porc!

Moi aussi je mange de la viande, et ça ne fait pas de moi un malade mental. Je veux dire, y a rien de malsain à ce qu'il...
Mais la cause qui l'incite à préférer les gaufres au bacon met la lumière sur ma bêtise et m'évite de m'embourber dans ma bonne intention. Ooh... ok. Ça n'a rien à voir avec ses pulsions animales ou une question de retenue vis-à-vis de moi. Je m'occupe la bouche avec un morceau de pancake pour mieux ravaler mon embarras. C'est... gênant. Comme ce gros préjugé qu'on balance sans réfléchir et qui laisse éclater tous les doutes que l'on essaie de cacher, même à soi... Mais je fronce les sourcils de plus en plus conscient en reluquant son assiette de pâtisserie.

-Attends... tu manges pas de viande?

Je guette la moindre des réactions qui accompagne sa réponse.

-Aucune viande animale?

Regard soupçonneux contre petit air blasé d'avance.

-Mais ça t'empêche pas de...

Je fixe le wendigo, estomaqué. Ça ressemble à une mauvaise blague, l'une de celle avec des combles. Il est sérieux?! Il ne mange pas de viande, il est quoi, végétarien, c'est ça?! Un wendigo végétarien?!! Je lâche mon couvert et écarte les mains, le visage froncé dans une expression d'intense perplexité. Il en a d'autres des comme ça?!

-Pourquoi?! arrivè-je enfin à lâcher.

Je croyais que c'était un sanguinaire, le roi des carnassier, celui qui terrorise les petits-grands-méchants-loups! Où est la logique fondamentale là dedans?! Oh non, non, non...

-Ne me dis surtout pas que c'est une question de saveur, que l'hu... enfin que c'est plus gouteux, et que le wendigo a le palais trop fin pour se contenter d'un vulgaire morceaux de bœuf comme tout le monde. chuchotè-je.

Je pourrais pas cautionner ça. Aussi flatteur que ce soit pour la qualité de la chair humaine, c'est... non c'est absolument pas flatteur, c'est présomptueux, et écœurant!

-Je veux pas non plus entendre de discours éthique sur le fait que l'homme est un animal comme les autres et inversement, quoique la nature de certains veuille bien remettre en cause! Désolé mais on est pas des "animaux" qu'on peut boulotter comme du bétail, ni comme du caviar d'ailleurs, on est... un peu plus que ça! suggérè-je d'un rond de fourchette l'édifice, le commerce, et l'animation affairée qui nous entoure. Une conscience, un peu plus "consciente" ou au moins développée que des animaux. On peut pas être... mangés!...

Oh je le vois venir avec la bêtise humaine contre l'innocence animale, l'ordre primaire et naturel des choses, le sommet de la chaine alimentaire, sa nature semi-carnassière...

-Adriann, si on me demandais de sauver la vie de... je sais pas, une portée d'adorables et innocents chatons ou bien la vie d'un individu très humain mais avec ses qualités et surtout tout ses défauts, j'hésiterais pas à choisir l'humain. C'est pas comparable, on peut pas mettre sur un même échelon la vie d'un animal et celle d'un homme, et tout ce que ça implique de conscience, d’individualité, de vécu, de liens affectifs, de responsabilités et d'influence sur les autres êtres humains et sur le monde!...

Je maltraite mon pancake de la fourchette. Je devrais être content qu'il bouffe des gaufres. Je suis content qu'il bouffe des gaufres!!! Mais y a quelque chose qui me gène là dedans, être reléguer au même rang qu'un animal, et découvrir qu'il a plus de respect, ou au moins un intérêt moins morbide pour eux que pour nous humains, c'est... c'est pas acceptable!

Un appel à embarcation retentit à travers les vitres du restau, et ça me ramène à la réalité qui nous entoure. Celle d'un aéroports, d'un petit déjeuner réparateur, avant un séjour de deux semaines...

-Enfin... c'est pas non plus plus mal que tu préfères les gaufres. C'est même... bien... terminè-je en m'affaissant sur mon siège et fourrant un morceau dans ma bouche pour m'éviter de débiter encore une montagne de c*nneries.

Est-ce que j'ai l'air d'en faire trop? Peut-être parce que je suis parfaitement en droit de me sentir concerné par ses appétits! Peut-être que ça m'irrite de savoir que le wendigo fait ses bagages alors que la pleine lune approche!...

... Peut-être que le départ de mon professeur m'affecte simplement plus que je voudrais l'admettre.

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Adriann Weizerling

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MessageSujet: Re: Ich hab noch einen koffer in Berlin | Therence & Adriann   Dim 8 Mai - 19:36




Meanwhile

« We serial killers are your sons, we are your husbands, we are everywhere. And there will be more of your children dead tomorrow. » ► BUNDY
Les brumes du sommeil ne s’étaient pas encore pleinement dissipées. Ce qui aurait été parfait, en plus de l’énorme assiette de gaufres, c’était une tasse de café. Même plusieurs. Et surtout, surtout, tout sauf le reproche à peine voilé derrière la remarque de Therence. Non, je ne mangeais pas de viande, oui, je savais que j’aurais droit à une remarque. Mais il n’y avait pas de quoi en faire tout un drame ! C’était juste une question de goût. Simplement. Aucune raison d’aller plus loin dans la conversation et d’insister !

-Aucune viande animale ?

Je jetais sur l’adolescent un regard déjà blasé. Il ne voulait pas vraiment en parler, si ? Pas maintenant ?

-Mais ça t'empêche pas de...

Et voilà, c’était partit. Je dissimulais à peine un soupir en mâchouillant une gaufre et m’installais plus confortablement sur ma chaise, bras croisés, prêt à essuyer les remarques les plus cinglantes sur mon régime alimentaire. Je voyais où ça posait problème. Je voyais le paradoxe. Mais ce n’était qu’une petite contradiction de plus parmi les nombreuses qui faisaient de moi ce que j’étais. Au risque de me répéter, ce n’était pas SI important. Et même s’il était évident que cette conversation aurait dû avoir lieu un jour ou l’autre, pourquoi avait-il fallu qu’elle tombe le jour du départ ? Je n’étais déjà pas certain que Therence n’irait pas voir ailleurs pendant mon absence, alors si en plus… Presque rageusement, je plantais à nouveau ma fourchette dans mes pâtisseries, hermétique au flot de parole incessant que n’arrêtait pas de débiter l’humain. Tant pis s’il pensait que je m’en battais les c… Parce qu’au fond, c’était le cas. Sur le mur à sa droite, une horloge trainait infatigablement ses aiguilles. Une minute, puis deux…

-…conscience, un peu plus "consciente" ou au moins développée que des animaux. On peut pas être... mangés!...
-Therence, calm-
-Adriann, si on me demandais de sauver la vie de... je sais pas, une portée d'adorables et innocents chatons ou bien la vie d'un individu très humain mais…

Je perdis le fil à nouveau, les yeux levés au ciel. Dehors, les voyageurs suivaient tranquillement le cour de leurs vies, sans se douter de la tirade infernale qui s’étirait dans le temps. Des couples, des familles, des amis, des solitaires. Et à nouveau mes gaufres, que j’avais finies par terminer malgré les reproches accablants dont j’étais victime. Rien ne m’empêcherait d’en profiter, surtout si je ne pouvais pas placer un mot pour me défendre. Mon regard revenait toujours vers les couples enlacés. Adieux larmoyants, baisers passionnés… et moi, j’avais le droit à ça. Et oui, il n’y avait que ça qui m’énervait. Aucunement le fait que pendant deux semaines, je savais que Therence allait passer le plus clair de ses nuits dans le lit d’inconnus.  Le flot ralentit enfin, et je reposais mes yeux sur le garçon. Il avait fini ?, me demandai-je en me redressant, prêt à lui exposer l’unique raison de mon végétarisme, jusqu’à ce qu’il ouvre à nouveau la bouche. Je me rembruni, prêt à essuyer une nouvelle vague, mais sa voix s’était quelque peu radoucie.

-Enfin... c'est pas non plus plus mal que tu préfères les gaufres. C'est même... bien...
-La seule raison pour laquelle je ne mange pas de viande, c’est parce qu’elle a le goût de la peur. Il y a aucune question de respect ou de connerie comme ça, vociférai-je en me renfonçant contre le dossier de la chaise.

Un silence vaseux s’installa entre nous, brisé par les discussions joyeuses des clients aux alentours. Le vibrement de mon téléphone coupa net à l’un de mes soupirs. Qui pouvait m’appeler ? J’avais prévenu la fac, la police, et je voyais mal Chad être aussi dévoué, surtout à une heure pareille. Un « Scheiße » franchit mes lèvres en voyant le contact. Anna Angermüller, l’avocate. Je coulais un regard sur Therence et le prévint que je n’allais pas être long. Une fois sorti du restaurant, je décrochais enfin.

-Hallo ?
-Ca vous arrive de décrocher avant la vingtième sonnerie ?, soupira une voix en allemand. Le procès a été avancé à dans deux jours.  La partie adverse ne veut pas que vous soyez préparés, ou alors, le moins possible.
-Qu’est-ce que ça change ? Je ne suis qu’un témoin à part entière, non ?
-Normalement, oui. Mais s’ils ont fait ça, c’est que leur stratégie se base sur vous. Je veux que vous revoyiez nos questions pendant votre vol, nous n’aurons pas l’occasion de nous voir avant le procès. Reposez-vous la nuit avant.

Elle raccrocha directement après. Je passais une main rageusement dans mes cheveux, cherchant à comprendre ce qu’impliquait cette information. Ils avaient avancés le procès, et j’allais être le centre de leur stratégie. Je fermais les yeux pour rapidement faire le tour des options qui s’offraient à eux s’ils empruntaient cette voie-là, avant de les rouvrir. Inutile de paniquer maintenant. J’avais tout le temps de le faire dans l’avion. Je me réinstallais face à Therence, conscient de son regard curieux.

-Ma… grand-mère est tombé dans l’escalier, expliquai-je en soupirant.

…Quoi ?

-Je vais payer, annonçai-je pour me sauver de la situation en déguerpissant au comptoir.

Quel con, mais quel con ! Comme si ma grand-mère était grabataire au point de faire une chute dans les escaliers…  Et la queue pour payer qui n’en finissait pas.

*

La voix d’une hôtesse résonna dans l’aéroport pour enjoindre les passagers pour Berlin à rejoindre la porte. Le sac sur une épaule, les mains dans les poches de ma veste, je me tournais vers Therence, mal-à-l’aise. Je savais qu’on ne devait pas aborder ce sujet. Après tout, on était rien de plus l’un pour l’autre qu’un coup régulier. Non. Ce n’était pas qu’un simple coup, pas qu’un simple jour dans la semaine. Tant pis si c’était à sens unique. La joue en sang à force de la mordre, je posais enfin mon regard dans celui de l’adolescent.

-Alors… Qu’est-ce qu’on va faire, pendant ces deux semaines ? Ce que je veux dire, commençai-je au bout de quelques secondes, soudain plus à l’aise, c’est que j’ai pas envie que t’ailles voir ailleurs. Mais je suppose que tu feras ce que tu veux, donc…, murmurai-je en glissant une main sur sa hanche et en attrapant ses lèvres entre les miennes.

Le baiser était enflammé, passionné, comme un prémice à la nuit qui se ferait deux semaines plus tard. Nous nous séparions de temps en temps, à court de souffle, avant de nous retrouver à nouveau. Finalement, je reculais d’un pas en réajustant mon sac sur mon épaule.

-Sois sage, balançai-je, le sourire en coin, en franchissant la porte d’embarquement.



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Therence Garnet

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MessageSujet: Re: Ich hab noch einen koffer in Berlin | Therence & Adriann   Sam 14 Mai - 0:10



Auf Wiedersehen
Pas de viande animale? Adriann, assassin et cannibale assumé, ne consomme pas de viande animale?!
Dans mon ignorance du moment, j'avais déjà été saisi par une invraisemblance quand le soir où je l'avais surpris en train de pister une femme, il s'était révélé être dans un état de faiblesse inquiétant alors que je connaissais parfaitement la nature robuste et régénératrice des métamorphes. Une condition étonnante pour l'effroyable roi des carnassier, bien que je comprenais maintenant l'impact que la psychologie pouvait avoir sur eux. Mais bon sang, qu'un anthropophage ne bouffe pas de viande?! Ça ressemble à une très mauvaise plaisanterie. Ça, c'est pas recevable!

En tant qu'humain, je me sens visé. C'est insensé, c'est vexant, c'est rageant. Je pense assez bien connaitre le professeur pour deviner que ce n'est pas un bestial affamé de charcuterie en dehors de... ses pleines lunes dont je préfère ne pas penser aux détails sordides, mais... j'en sais rien, je pensais qu'en tant que carnivore, il devrait naturellement aimer la viande, avoir un rapport particulier à cet aliment, et... et j'avais espéré que... qu'il y ai une chance pour que l'humain ne soit qu'un met de luxe qu'il s'autorise chaque mois, mais pas l’exception morbide à un tel régime, et de fait difficilement remplaçable...

Je parle, je parle, et il évite mon regard, vide son assiette avec agacement, mais pas plus dérangé par mon flot de remontrances. Mince!... Est-ce qu'il a conscience de tout ce que son comportement sous-entend?! C'est offensant! Je suis quoi pour lui, cette bestiole qu'on décide de garder et de choyer plutôt que de l'engraisser pour la bouffer?!... A refuser de manger de l'animal mais se satisfaire de l'humain, c'est à moi qu'il donne un rang de gibier!...

A protester contre une telle injustice, ma tirade doit donner l'air d'un débat philosophique passionné. On avait déjà eu droit à des emportements pendant mes cours de philo et pendant les siens de criminologies pour savoir que parler de gens qui bouffent des gens, ce n'est rien de plus qu'un énième et très probable sujet de conversation pour qui a matière à disserter dessus.
Mais je fini par me calmer. J'ai été surpris – y a de quoi l'être! - et ça m'a échauffé. Mais en oubliant tout ce que ça insinue, concrètement... c'est bon signe de savoir qu'il préfère la pâtisserie...

-La seule raison pour laquelle je ne mange pas de viande, s'insurge l'allemand, c’est parce qu’elle a le goût de la peur. Il y a aucune question de respect ou de connerie comme ça.

Sa réplique pointe un peu plus ma bêtise du doigt et renforce mon embarra et ma vexation. Tout ce dont je suis capable c'est de baisser les yeux sur mes pancakes que je me met enfin à manger.

J'aurais peut-être pas du me laisser aller. On m'ôtera pas de la tête qu'il n'y a quand même pas de quoi le féliciter, il reste un cannibale! Mais le jour ne se prête absolument pas aux tensions. Pourtant, c'est bien parce que je suis nerveux que j'ai tant de mal à rester tranquille...  
Son téléphone vibre. L'appel tombe mal, mais il ne peut pas y échapper et m'abandonne un moment. Mon humeur grise continue de stagner autour de moi. Sur notre silence pesant, je me retrouve en tête à tête avec mon déjeuner...

Je sais que je peux être vif dans mes soupçons, mais j'ai des raisons valables. Et même sans parler de son wendigo, j'ai beaucoup de mal à me réjouir de son départ. Il va retrouver la terre du schnaps et ses folles soirées Berlinoises, alors même s'il quitte le continent avec un peu de regret, il y a bien une part de lui qui est joyeusement tournée vers son Allemagne natale. Alors que moi, tout ce que m'apporte ce foutu départ... J'avale une grosse part pour combler un vide dérangeant et soupire en posant un regard moins dur sur lui. Adriann va retrouver sa famille et ses potes. Et c'est une très bonne chose. Je peux pas lui gâcher ça avec mes questionnements hâtifs et mon dépit égoïste.

-La famille? lui demandè-je négligemment, ne sachant pas si j'aurais droit à une réponse après notre discussion... ou plutôt, mon monologue.

-Ma… grand-mère est tombé dans l’escalier.

Je le fixe avec ma fourchette à mi-chemin entre l'assiette et ma bouche ouverte, incrédule. J'ai pas besoin d'avoir des sens sur-developpés pour sentir la gène qui s'empare de lui à cet instant.

-Je vais payer balance t-il avant de s'échapper.

Qu... j'y crois pas. Je le regarde faire, franchement contrarié par sa réaction, et m'enfonce dans mon siège. Alors je l'ai à ce point heurté avec cette histoire de viande?... J'ai pas été très fin, mais y a pas de quoi jouer les méfiants et balancer une excuse aussi débile! Enfin si seulement ce n'était que par rancune... ce genre d'explications improvisées, c'est certainement pas ce qu'ont sort pour se venger.

Sur le coin de la table, le téléphone de l'allemand me fait de l’œil. Il a été assez bête pour le laisser là, où il l'a abandonné dans sa précipitation?... Je m'empare de l'appareil et le consulte à la va-vite en le gardant planquer sous la table. C'était qui au téléphone...

Anna Angermüller? C'est pas une parente, ça. C'est qui cette Angermüller?... Anger. Hunger... Rien que son nom me donne le sentiment très désagréable que c'est un vice déguisée. J'aime pas ça. Je farfouille dans ses messages, voir s'il y a eu des échanges, mais rien à propos de cette nana. Je lève les yeux sur le professeur coincé dans la fille, et je continue de fouiller. S'il va retrouver des amis, et quel genre d'amis? il les a probablement prévenus et il doit en rester des traces. Je tombe effectivement sur une conversation... en allemand. Et je me sens assez c*n pour le coup, parce que tout ce que je suis susceptible de comprendre de tout blabla... c'est la ponctuation... Et ch*er. D'ailleurs à propos du genre de potes dont s'entoure Adriann...
Les lettres apparaissent rapidement dans la barre de recherche. W I L D E R. Je l'ai! Alors coco, de quoi vous pouvez bien parler tous les d...

"Ici ton partenaire de crime favori...".

Je bloque. Qu'est-ce qui est censé me sauter à la figure dans cette phrase? "Partenaire", "crime", ou "favoris"?!! Sérieux, mais qu'est-ce qu'ils foutent tous les deux?!!
Pas le temps de m'y attarder, Adriann est de retour, et le portable sagement retourné à sa place initiale...


Une voix féminine invite les passagers à destination de Berlin de se rendre à la porte d'embarquement, et je préfère nier le mauvais coup que cette saleté de voix me fait ressentir.
Adriann ne mange pas de viande? Ok. Tant que ça implique pas qu'il assassine autrement que pour nourrir son wendigo une fois par mois, tout baigne! Grand-Maman Weizerling a fait une chute dans les escaliers? Ça passe : moi aussi je dois avoir une mamie gâteuse spéciale excuses bidons. Il voit une Anna et il s'accoquine avec Wilder?...
... Ça me désole plus qu'autre chose. Peut-être que c'est pas une si mauvaise chose qu'il s'en aille, à bien y réfléchir...

Je lève les yeux de ma contemplation d'un mioche qui peine à porter son petit bagage quand il se tourne vers moi en triturant la sangle de son sac.

-Alors… Qu’est-ce qu’on va faire, pendant ces deux semaines ?

Je le détaille, étonné car pas vraiment sur de comprendre, ou... enfin, pas vraiment certain de savoir jusqu'à quel degrés le prendre, mais déterminé dans mon indifférence apparente. Je hausse les épaules et le reluque assez pour lui faire comprendre l'idiotie de sa demande alors que c'est lui qui retourne au bercail.

-Comment ça?... J'ai déjà toute l’occupation qu'il me faut pour les semaines qui arrivent, en ce qui me concerne. lâche-je en préférant jeter un regard nonchalant sur la circulation alentour plutôt que découvrir sa réaction.

Je suis pas encore libéré de mes cours et autre obligations, moi, et entre des enquêtes improbables et mes propres cas j'ai de quoi faire en dehors... Mais l'allusion est claire. Et toi, Adriann Weizerling? Est-ce que tu as déjà planifié comment tu comptes combler les trous de ton planning vacances?...

-Ce que je veux dire, c’est que j’ai pas envie que t’aille voir ailleurs.

Je darde immédiatement un regard sur lui, interloqué plus qu'outré. Je... m’attendais pas vraiment à ce qu'il... heu... J'ouvre la bouche pour répliquer, mais...

-Mais je suppose que tu feras ce que tu veux, donc…

... Et mes lèvres babillent de l'air avant de se fermer à demi. Quoi répondre?... Sa main glisse sur ma hanche et mon ego, ce fier, ce libre, ce suffisant Therence profite de la diversion pour inciter au silence l'autre aux doutes faciles. Pourquoi est-ce que je le contredirais? Celui qui n'en fait qu'à sa tête sans dépendre de l'avis des autres, celui dont il peut rapidement... "supposer" les réactions... dans le fond, c'est ce Therence là qu'il fréquente et qu'il aime tant provoquer et séduire.
Je louche sur son visage trop conciliant pour ce dont il m'accuse, sans savoir ce que lui même projette de faire derrière sa demande de retenue, lui qui est appelé par cette Anna Angermachin, qui me ment et qui fricote... avec l'architecte... ooh...

Son baiser est fougueux, sa main sur ma taille possessive. Je me laisse envahir par la chaleur qu'il suscite au creux de mes reins et je capitule. Les yeux fermés, j'agrippe le dos de sa veste d'un bras pour lui rendre ses lapées avides, insensible aux regards qui glissent sur nous. Je plante le bout de mes doigts dans son omoplate et retrace sans le vouloir les lignes cachées que mes fougues ont laissée lors de la nuits, en explorant sans relâche l'antre hermétique de nos bouches scellées. La prise de conscience qu'il s’apprête à m'échapper est difficile à accepter... Une goulée d'air pantelante, et je l'entrave à nouveau dans une dernière douceur avant qu'il ne me ravisse ses lèvres et l'ensemble de sa personne. Je ré-ouvre les yeux, démuni. Bon sang...
... Mais pourquoi ce crétin s'en va...

-Sois sage, conclu t-il en passant la porte d'embarquement, le regard tendre et caressant, mais un sourire de démon satisfait aux lèvres.

...Je le déteste. J'ai envie de lui balancer que je le déteste, qu'il profite de son p*tain de retour chez lui, mais de ne surtout pas oublier qu'il rentre à Beacon Hill ensuite et que je l'y attend, prêt à le chopper à la descente de l'avion s'il le faut. Sur le ton de la menace, à peine voilé, ça sonne toujours mieux qu'avec le malaise de le savoir sans aucune entrave ni contrainte à des milliers de kilomètres durant deux semaines...
Mais tout ce que je fais, c'est le regarder disparaitre, sans un mot, en plantant les mains dans les poches de mon jean et refoulant mon dépit dans une grande inspiration. Conscient qu'il ne fera pas marche arrière, je tourne les talons et m'en vais.


* * *


J'ai pas envie que t’aille voir ailleurs. Sois sage.

Comment il peut me demander ça?... C'est lui qui se barre, lui qui tient un agenda pour ses coucheries, se satisfait de tous les genre, et peut se venter de baiser un lycéen tout comme il a réussi à s'enticher d'un vioc ! Marié et hétéro pour couronner le tout !... J'aurais pas du rester sans rien dire. C'est prétentieux de sa part, j'aurais du gueuler mon mécontentement pour changer, ou l'obliger à respecter ses propres requêtes. Ce serait la moindre des choses... Il a pas le droit de me demander ça.

- Excusez moi...

Je cesse de contempler bêtement les boites de conserve quand une petite vieille me demande poliment si je peu me pousser. Ce que je fais aussitôt. Je continue d'errer dans les rayons. Est-ce qu'on aurait du établir des règles ? Ne serait-ce pour plaisanter ! Juste une façon de se donner quelques... limites ?... Ça aurait laissé place à moins de doute au moins. D'un autre côté, c'est carrément mièvre d'en arriver là... je me sens un peu c*n. Il aurait pas manqué que je lui en parle et qu'il se foute de moi en trouvant l'idée puérile... Tout comme lui a eu l'air malin de me sortir ça aussi timidement... Ça me laisse pensif. Pourtant, c'est risible à souhait.
J'entre dans la file, derrière une sportive au short moulant. Puis je suis pas naïf, combien de temps à décompter de son cinéma pour qu'il lorgne sur une paire de jambes ou un fessier?! On a pas besoin de se la jouer "exclusif" comme si ça allait sauvegarder quelque chose. Nous sommes deux adultes, chacun sait ce qu'il veut, et il n'y a pas de problème à ce que... enfin, il n'y a pas de raison pour que ça affecte nos habitudes. On ne s'attache pas, et c'est précisément ça qui fait la force de notre relation. Je ne lui ai jamais caché mon manque d'équilibre et mon indifférence affective, Adriann a aussi clairement signifié sa boulimie de contacts charnels et sa nature solitaire, alors même s'il touchait à quelqu'un...

Je marque un arrêt dans mon cheminement de pensée. Non, non, qu'ON touchait à quelqu'un. Si jamais le professeur se fait plaisir, il n'y a aucune raison à ce que je n'en profite pas de mon côté. Ouais! C'est ça. Je suis d'accord avec moi-même... On a jamais rien établi, alors le pire, ce serait que je me prive pour obéir à un caprice égoïste de sa part et un principe qui n'a jamais existé. Je me suis jamais privé ! Je suis mon seul maitre ! Et on est pas... lié l'un à l'autre. Notre relation s'apparente plus à une amitié qu'autre chose... c'est ça dans le fond. Une amitié avec bénéfice, comme on dit. Alors il ne devrait y avoir aucun soucis à "partager" cet ami, sans craindre que nos rapports privilégiés en soient bouleversés. Tant qu'il n'oublie pas mon existence...  

Planté à la sortie de la supérette avec ma poche de course en main, je fixe tristement la grande enseigne rose à l'autre bout de la rue. Bien sûr que non ça ne va pas. A quoi ça tient tout ces petits jeux, cette complicité, ces nuits passionnées ?... C'est si facile d'aller voir ailleurs et de recommencer avec un autre...
"Moi non plus, j'ai aucune envie que t'aille voir ailleurs". Voilà ce que j'aurais du lui dire à ce crétin.

Mais c'est un peu tard maintenant, et pour mon propre bien, je pose un barrage au sujet "Adriann". J'observe vaguement le Pink où il faudra que je repose les pieds maintenant que l'établissement a changer de proprio, avec l'impression passagère qu'il y manque du monde. Indifféremment, je poursuis ma route jusque devant le salon de tatoo pas très loin, et au lieux d’apercevoir les designs divertissant qui tapissent l'entrée comme chaque fois que je passe à proximité, j'ai droit à volet baissé. Soupir à fendre l'âme.

Adriann se barre, et c'est tout Beacon Hills qui se désertifie, quoi ! Je serais pas étonné de voir quelques têtes du bahut disparaitre aussi, et puis tant qu'à y être, pourquoi le magasin d'électronique prêt du Print ne fermerait-il pas ? Ou le club sportif du coin, ou mon café habituel, ou la boutique ici, ou la poissonnerie là bas, ou encore le magasin photo qui me fait face ?! Oh ouais ! C'est ça ! Et sur la devanture on verra un panneau avec écrit, mmh, je sais pas moi, "Fermeture pour cause d'une exploration quelque part du côté de l’Himalaya"?! Et comme si ça suffisait pas, en prime dans quelques temps, c'est moi qui me casserais pour Boston !!! Beacon Hills, faut croire que tu crains !...
... Voilà. Adriann se barre, et Beacon Hills perd toute sa vivacité. Ou bien ce n'est que mon humeur maussade et mon néant intérieur qui se répercute sur ma vision des choses.
... J'en ais marre...

Je quitte le quartier, solitaire, quand deux visages connus s'imposent comme une touche finale à ma tragédie journalière. Oh c'est pas vrai... il manquait plus qu'eux. Wayne et Wilder, LE couple par excellence. Il pouvait pas s'expatrier eux aussi ?!... Il faut les voir pour l'éprouver. Deux hommes qu'on ne peut pas qualifier de laids, ni même de mal-assortis, deux presque blondinets aux yeux clairs comme on les fantasmes dans l'idéal populaire américain, qui se baladent avec assurance dans la ville qu'ils ont surement fait leur dans leurs petits rêves niais, mains dans la mains avec chacun leurs indispensable anneaux de fiancés - à la française - au doigt, et, la cerise sur le gâteau, cet air radieux à outrance qui éblouirait un aveugle...
Même la bichromie du bichrome ne suffit pas à faire tâche dans le tableau trop parfait. J'ai envie de vomir...

Notre approche inexorable engendre la confrontation entre deux paires d'oculaires plus-ou-moins-célestes rayonnantes contre une paire de noiraudes foudroyantes. Mes nuages noirs sont sans effets contre leur aura solaire combinées, mais je ne m'écraserais pas pour autant... Un sourire point comme un éclair avant le tonnerre. Mais est-ce qu'ils n'ont pas l'air ridicule avec leurs airs de sortir tout droit d'un panneau publicitaire pour achat immobilier gay-friendly, sérieux?!

- Mon loulou, cette bonne nouvelle vaut bien une bonne mousse au chocolat en dessert.

- Surtout que j’ai une faim de loup !


... P*tain! Mais!... Ça veut sortir, mais avec ces enflures qui balancent leur bonheur comme l'arc-en-ciel qui manquait au paysage!... J'ai l'air de quoi, moi, avec mes frustrations pour toute anecdote à leur balancer en répondant?!!... Et QUELLE bonne nouvelle?!! Je ravale mon orage intérieur et accélère le pas avant d'être davantage touché par leur félicité.

- Salue Adri’ pour moi, me stoppe l'autre avant d'agiter son téléphone. Puis non, je vais le faire directement.

Je m'étrangle dans un mutisme strident. Si un regard pouvait tuer, ce type serait mort cent-fois! Je reste figé, dégouté, furieux, alors que le petit couple modèle poursuit paisiblement son chemin sans même cacher sa satisfaction.

... Mais M*RDE! Mais c'est pas de la mesquinerie à ce stade, c'est carrément du sadisme! Tu parles d'un Loulou, un Saint-nitouche, ouais! Mais qu'est-ce qu'il fout avec Adriann? Depuis quand il enseigne sa science aussi facilement qu'il baise et se laisse mordre par le premier pervers qu'il croise, lui, aussi?! Que le Wilder aille nous bâtir des cabanes au lieux de se prendre pour un déterreur de cadavres. Et est-ce que Batman est au courant?! Ça m'étonnerais pas que le Robin cache des choses à son mec, louche qu'il est ! D'ailleurs, au vairon d'ouvrir les yeux et de surveiller son fiancé au lieux de le laisser trainer avec un coureur sans éthique et de penser à bouffer du dessert en amoureux!... "Mon loulou, cette bonne nouvelle vaut bien une bonne mousse au chocolat en dessert!" singè-je en accentuant exagérément ses paroles une fois à des rues du danger in-lovo-actif. Mais je leur en ferais bouffer jusqu'à indigestion moi, de la mousse au chocolat! Qu'est-ce qu'on en a à foutre de leur bonne nouvelle, sérieux ?! Et que leur petit couple respire la joie ?! Qu'ils aillent l'étaler ailleurs leur bonheur, ch*er !...

Je déteste ces types. Wayne, avec son nom de super-héro et le stoïcisme dédaigneux qui va avec, sans parler de ses yeux d'extra-terrestre et ses crimes dont je n'ai jamais eu la confirmation, et l'autre là, son Loulou, le jaloux au double jeu, incapable de laisser quiconque approcher de son morceau de viande mais qui sait très bien comment tourner avec charme autour des victimes de ses revirement possessifs, si ce n'est pas qu'il le trompe carrément en réalité?!...

Je jure en maltraitant une poubelle à coups de pied. Son écho métallique se répercute dans la ruelle. Puis comme un calme d'après tempête, quand la lande est sous la pluie, je soupire lourdement, la tête qui bourdonne d'un orage lointain, dépité et vidé de mon énergie.

...Mais qu'est-ce que j'ai fais pour mériter ça...

* * *

15 : 59
16 : 00


Je tapote frénétiquement de l'index sur le coin de mon mobile, debout en équilibre entre mes doigts et la table, à quelques dizaines de centimètres de mon nez. Le menton calé dans mon bras replié sur quelques notes, les sourcils froncés, je ne lâche pas l'écran des yeux. Il s’éteint : je le rallume d'un coup de pouce. Et c'est le même cinéma depuis plus d'une demi-heure. Mais je pourrais rester encore longtemps, très longtemps comme ça. Rien ne me distrait, ni le passage des élèves à la recherche d'un bouquin dans les rayons alentours, ni la face qui apparait tout doucement dans mon champs périphérique. Dans une imitation involontaire avec le menton entre ses bras croisées, elle attend, regarde l'appareil, me regarde, bats des cils, puis fini par s’immiscer dans mon duel.

- Tu fais quoi?

- Rien.

- T'attends un appel important?

- Non.

- Tu veux passer un appel important?


Petit silence.

- Non.

Bruny se redresse en bombant la poitrine dans une grosse inspiration pour mieux soupirer ensuite. Moi, je ne décolle pas de l'écran. 16 : 04.

- Pourquoi t'essaie pas le sms?

Je claque l'écran contre la table et lève enfin un regard furieux sur la brunette. Elle est aussi cruche qu'elle en a l'air ou c'est moi qui ait l'air aussi débile ?!

- En tout cas, c'est pas de regarder l'écran qui va changer grand chose.

... Elle a pas tort. Mais je devrais peut-être attendre encore un peu?... Il y aura bien un moment où il se décidera à donner signe de vie, non?!... Il a quand même pas déjà rejoint son Anna ?! Puis je veux bien qu'on se soit quitter sur des humeurs divergentes, j'ai pas été si vache que je mériterais un silence ?!... Je fulmine, sans remarquer le sourire de peste qui vient d'arrondir les pommettes fardées de la commère et qu'elle me destine...

-... C'est une histoire de cœur ?

... je me demande... regrette-elle maintenant qu'elle subit le poids accablant de mon regard sur sa personne?...

- Therence! Mais pourquoi tu pars?! crie Bruny en déboulant hors de la bibliothèque, alors que je suis déjà en train de rageusement disparaitre dans le parking.

SEUL! J'ai besoin d'être seul. Je me pose contre le mur, près de ma bécane, et je fixe à nouveau mon portable.

Pourquoi tu dis rien?! Tu fais la gu*ule Adriann? A peine débarqué que tu t'es fait attrapé par ta blonde?! Ou tu discute en cachette avec Wilder?! Ok! On va voir si tu peux continuer à m'ignorer longtemps!... Minute. J'ai un retard de 9h sur lui? Ça ramène à quelle heure, ça? Je plisse les yeux le temps du calcul, puis pianote avec férocité...

Hey

Toujours en vie?

Pas de réponse. J'hésite à balancer une nouvelle accroche. C'est mesquin de ma part... mais c'est largement mérité!

Ta grand-mère va mieux?

Et vlan! Non, je l'est toujours pas avalée celle-là. Continue dans ton mensonge, répare ton erreur ou ignore carrément mon reproche, rien à battre, mais t'as intérêt à répondre maintenant.
... Me laisse pas tombé alors que j'ai fais le premier pas!...


Spoiler:
 

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Adriann Weizerling

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MessageSujet: Re: Ich hab noch einen koffer in Berlin | Therence & Adriann   Dim 22 Mai - 1:09




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« We serial killers are your sons, we are your husbands, we are everywhere. And there will be more of your children dead tomorrow. » ► BUNDY
Deux jours. Deux jours qu’il pleuvait averse sur le Gericht, du matin au soir. Sans interruption, comme le flot de parole qui s’abattait sur les témoins. Eppstein, l’avocate de la partie adverse n’avait aucun moment d’inattention, aucune question déplacée. C’était comme une traque légale, et disséquer sa mentalité aurait pu être un exercice tout à fait passionnant si je n’étais pas l’argument majeur de sa défense. Y avait-il quelqu’un d’autre dans la vie sentimentale de votre collègue ? Comment voyiez-vous cette relation ? Que vous inspirait cet étudiant ? De la méfiance ? Pourquoi donc ? Autant déclarer ouvertement que j’avais manipulé Mde Henning, depuis l’autre bout du monde, pour qu’elle massacre son mari à ma place. Mais Eppstein ne m’avait toujours pas demandé à la barre. Ces deux derniers jours avaient été la phase fantasme du crime. Et demain, lorsqu’elle m’appellerait enfin, la phase « tuerie » serait mise en place. Elle avait dressé tout mon profil psychologique : charmant, manipulateur, entreprenant… tous les traits que les jurés pensaient nécessaires chez un coupable.

Le juge m’avait offert une cigarette à la fin de la séance. Sans un mot. Il avait fallut que ce soit lui, celui qui avait traité l’affaire de Sonia, comme un avertissement funeste sur l’issu de ce procès. Mais la femme d’Henning ne pouvait pas s’en sortir comme ça. Il y avait des preuves. Des tonnes de preuves, et pas une… pas une n’était falsifiée. Ou du moins, il fallait l’espérer. Ce qu’Eppstein tentait de faire, c’était de réduire la peine de sa cliente au maximum. Et pour ça, elle avait déterré la moindre information à mon sujet.

Mais la journée était terminée. J’avais la soirée devant moi, une soirée que j’avais attendue depuis le jour où j’avais quitté le pays : une soirée avec Asher… que j’attendais impatiemment sur les marches du Gericht, bien a l’abri des pluies diluviennes. Je sortis mon portable pour vérifier l’heure. Uniquement pour vérifier l’heure. Rien d’autre. Après tout, ce n’était pas comme si j’espérais un quelconque message de la part de Therence. Ce n’était pas comme si je me doutais sur quelles hanches ses mains se posaient, alors qu’il était à peine dix heures du matin chez lui. Je tirais longuement sur la cigarette et recrachai toute la fumée, lentement. Dire que je lui avais demandé d’être… même pas fidèle. Je savais bien ce qu’était ou non notre relation, et elle ne ressemblait à rien qui puisse justifier le fait que je lui demande l’exclusivité pendant deux semaines. Deux semaines entières. J'ai déjà toute l’occupation qu'il me faut pour les semaines qui arrivent, en ce qui me concerne. ... Alors pourquoi continuais-je à espérer qu’il accepte ? Quel con ! Je rangeais mon portable, certain que sa majesté n’allait pas être le premier à pianoter sur son téléphone, avant de le ressortir pour vérifier l’heure. Oui, j’avais oublié la première fois. Et alors quoi ?! 19H24. Si le mutisme de Therence m’énervait, ce qui continuait d’ajouter à mon irritation était le retard d’Asher. Sept mois qu’on ne s’était pas vu, et il continuait à faire durer le supplice. Après tout, ce n’était pas comme si j’avais prévu de dormir chez lui une grande partie de mon séjour… l’appartement familial  était trop vide pour que j’ai envie d’y rester, celui de ma grand-mère bien trop petit… ne restait plus que celui du deppen. Alors évidemment, j’avais sauté sur l’occasion pour rester avec lui.

Le mégot alla s’écraser dans une flaque d’eau lorsqu’une voiture se gara en bas des marches du tribunal. Courant presque pour ne pas finir trempé, je saisis la poignée de la porte, prêt à entrer, et… la portière ne s’ouvrit pas. Je lançais un regard tout aussi glacial que la pluie à Asher, qui faisait le guignol, bien au chaud à travers la vitre de la bagnole.

-Öffne !, râlai-je en lui offrant un doigt d’honneur. Mais quel connard !
-Tu ne m’aimerais pas autant si je ne te faisais pas souffrir comme ça, se moqua-t-il alors que je m’installais enfin sur le siège passager.

Son appartement n’avait pas changé depuis la dernière fois où j’étais venu : les mêmes emballages de bouffe à emporter trainaient un peu partout, la vaisselle n’était pas faite, et les livres de droit étaient noyés sous des montagnes de DVDs. Pas étonnant qu’il ait prit l’habitude de retaper chaque année… Je balançais mes affaires négligemment dans sa chambre pendant qu’il commandait des pizzas, et je me ruais directement sous la douche dans une tentative désespérée de me réchauffer. Les marques de Therence étaient toujours présentes, comme les miennes devaient l’être aussi sur son corps. Au moins, si Bruny s’approchait d’un peu trop près, elle saurait qu’elle n’avait clairement rien à faire dans son lit. C’était déjà ça…

-On mange et on sort dans un bar, m’annonça Asher en déboulant dans la salle de bain alors que je m’habillais. Il y a deux filles avec qui je par- Wow ! Conquête possessive ?, sourit-il en lorgnant sur les stigmates, que je fis disparaître en enfilant une chemise.
-On peut dire ça. Et donc, les deux filles ?

Les deux filles étaient en fait deux étudiantes que l’apprenti Casanova avait abordées un soir dans un bar. Malheureusement pour elles, il avait persévéré et, même si la chose se révélait assez improbable, avaient été séduites par son sens de l’humour. Son sens de l’humour ! Ils s’étaient revus plusieurs fois tous les trois, étaient devenus amis au fil des nuits, et ce soir, Asher comptait sur moi pour tout faire passer à l’étape supérieure. Au pire, une fille chacune. Au mieux, une folle nuit avec des étudiantes tchèques en année sabbatique…  Il y avait des dilemmes plus difficiles.

Nos  voisines tchèques n’étaient pas seulement mignonnes ; elles parlaient un allemand parfait, ressentait le besoin vital de s’évader et de s’amuser le plus possible. Par conséquent, il était presque logique que Katerina et Adele aient fait un petit saut par Amsterdam  avant de rejoindre Berlin, en rapportant les cadeaux qu’elles se devaient de rapporter du quartier rouge. Enfermés tous les quatre dans les toilettes, j’étais le seul de la bande sobre, et par conséquent, le seul apte à rouler un joint correctement, sous l’œil attentif de la caméra de mon téléphone, que tenait Asher. La cale était parfaite, le collage réussit, et finalement, le résultat l’était tout autant. Il avait été décidé que nous le garderions pour plus tard, mais plus la soirée passait et plus j’étais certain d’une chose : il n’allait rien se passer avec ces filles. Déjà parce qu’elles étaient saoules, qu’Asher n’allait pas réussir à la lever, et ensuite parce que je n’en avais pas envie. Aussi attrayant puisse être l’idée de participer à cette nuit charnelle, j’avais… autre chose à faire. Comme garder mes mains pour moi, ce que j’avais réussi à faire avec brio tout au long de la soirée.

-Adriann ? Ta großmutter va pas bien ?! Elle est tombée dans les escaliers ? Pourquoi tu m’l’as pas dit ?!, s’insurgea Asher, mon téléphone à la main. Tu sais, ta Großmutter, une fois, j’l’ai croisé et… et… en sortant d’la fac, et… elle est trop sympa ! Faut pas qu’elle soit tombée, hein, pourquoi tu me…

Je reprenais mon téléphone en soupirant, tandis que sa litanie continuait. Ma Großmutter n’était pas tombée dans les escaliers, qu’est-ce qu’il… Mais comment il savait ça ?! Je déverrouillai mon téléphone et tombai sur la conversation avec Therence. Mon cœur s’accéléra et je coulai un regard sur Asher pour m’assurer qu’il n’ait rien vu de ma réaction. Il avait écrit, très bien, mais je ne tenais pas à passer pour une collégienne amourachée.

Hey

Toujours en vie?

Ta grand-mère va mieux?


Je levais les yeux au ciel, le sourire aux lèvres, au dernier message. Bien envoyé… les messages avaient été reçus sept minutes plus tôt… c’était bien assez pour ne pas attendre encore. Calé au fond du canapé du bar, j'observais un moment le trio de choc en réfléchissant à ma réponse. Continuer, ne rien répondre, ou... Je rebaissais les yeux sur l'écran et tapais avec ferveur. Qui allait le plus provoquer l'autre ?

Hey ! Trois messages en deux jours.. Je dois m'estimer heureux ?

Ma grand-mère va bien. Tu sais que j'ai menti à propos de ça

Les mains d'Adele attrapèrent les miennes, délicatement. Sa moue suppliante m'intrigua d'abord avant de me faire rire : il leur fallait un conducteur, et vu que j'avais l'air le plus sobre des quatre... Asher me lança les clefs de sa voiture, oubliant momentanément que je n'avais pas le permis. Défi relevé. Après tout, ce n'était pas comme si cela m'avait déjà gêné auparavant. Courants sous la pluie, nous nous réfugiâmes dans la voiture. Mon portable vibra dans ma poche, m’arrachant un sourire. Que ce soit une extension de notre provocation, un changement de sujet radical, je savais au moins qu’il était un peu plus de 16H chez lui et qu’il n’était pas avec Bruny… mais aux heures les plus propices aux plaisirs charnels, ce ne serait peut-être pas le cas.

Katerina, Adele et Asher descendirent devant l’immeuble des filles. Elles me serrèrent dans leurs bras et me firent le baisemain avec un regard qui en disait long quant à leur envie de me revoir. Asher, en revanche, trépignait devant la porte comme un gamin. Je lui offris un clin d’œil avant de repartir, direction l’appartement.

Je m’écroulais sur le lit, complètement habillé, et tirai enfin mon portable de la poche. Avant même de lire sa réponse, je tapais quelques mots sur l’écran, fermai les yeux, les rouvraient, supprimait le texte avant de le réécrire à l’identique. C’était trop tôt pour demander ça. Et puis on ne s'était pas exactement quittés en bon terme... Tant pis. Mon pouce effleura le bouton "envoyer".

 J'ai envie de te parler. Tu m'appelles ?  

Je verrouillais l'objet avant de me déshabiller et de me glisser sous la couette. Tant pis pour le canapé ; si Asher accomplissait ses désirs, il n'aurait aucun reproche à me faire. Dehors, la pluie continuait de taper sur les vitres, brisant le silence presque morbide de l'appartement. La couette me donnait suffisamment de chaleur pour permettre de me réchauffer, ce que je n'avais pas réussi à faire malgré la douche. Cette fin de soirée avait quelque chose d'amer... et je pressentais que celle de demain serait pire. Par automatisme, je vérifiais mon téléphone. Une fois. Deux fois... Sept fois...
Un vibrement continu me fit ouvrir les yeux. Parce que je les avais fermés ? Le nom de Therence et une photo de lui s'affichait sur mon écran. Encore ensommeillé, je décrochai et baillais à m'en décrocher la mâchoire.

-Salut. Je pensais pas que tu allais pas appeler, marmonnai-je d'une voix endormie, où l'accent germanique était encore plus présent que lors de notre première rencontre... les mauvais côtés du retour au pays.




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MessageSujet: Re: Ich hab noch einen koffer in Berlin | Therence & Adriann   Sam 28 Mai - 17:00



Faute avouée...
Hey.
Toujours en vie?
Ta grand-mère va mieux?!

Acculé contre le bâtiment qui jouxte le parking, j'écrase mon pouce sur l'écran de mon tél avec un sourire hautain. Il doit être une heure du mat' en Allemagne, l'heure idéale pour rappeler au wendigo que ce n'est pas la distance qui le débarrassera de moi. Ni ses silences. Puisque monsieur trouve intelligent de me lâcher sur des bobards dignes d'un gamin de primaire, jouons le jeu! Comment va Grand-Maman Weizerling et son incroyable chute dans les escaliers? A lui de décider s'il veut poursuivre sur les demi-mots et les faux-semblants, je suis très fort à ce jeu là, mais je ne le contraint à rien. Je veux juste le piquer avec ses propres armes. En attendant une réponse, j'observe nonchalamment l'environnement tranquille autour de la bibli. Il fait beau. Le fond de l'air est doux... Je regarde l'écran, rien. Mon sourire s'efface peu à peu. Où il a foutu son tél ce crétin?... Je change d’appuis et cale mon pied autrement contre le mur en tapotant plus fort des doigts contre ma cuisse. Tsss. C'est cette Anna?... J'aimerais bien les déranger en plein ébat. Lui rappeler sa brave petite mamie au beau milieu d'un câlin sensuel, ça me ramène un sourire de diable. Ce ne sont pas quelques millièmes de kilomètres qui me retiendront de m’immiscer là où il ne faut pas quand il ne faut pas... Mais encore faut-il qu'il les lise ces p*tains de messages!...

Ok, bientôt dix minutes que je poirote. J'enfourche ma moto, m'apprête à enfiler mon casque, mais je m'interrompt aussitôt pour la réponse qui vient d'arriver.

Hey ! Trois messages en deux jours.. Je dois m'estimer heureux ?

Qu... Prétentieux, va. Il avait qu'à me contacter, lui, s'il attendait qu'à ce qu'on se parle! Il est pas censé réagir sur ce ton!...

Ma grand-mère va bien. Tu sais que j'ai menti à propos de ça

Je reste interdit, les yeux rivés sur l'écran. ...Ok. Il ne s'en cache même pas alors. Je voudrais lui balancer quelque chose à la hauteur de ce que j'éprouve à ce moment là, mais j’écris, efface, ré-écris, réfléchi, range sèchement l'appareil en me disant qu'une absence de réponse pourrait-être sa punition, puis le rattrape, pianote et envoie avant d'enfiler mon casque sur une mine fermée et quitter le bahut dans un bruit tonitruant de moteur.

Ok


Ok... Ok?! Non, c'est pas ok!... Bien sûr que je sais qu'il ment, bien sûr que je sais qu'il sait que je sais qu'il ment! Mais comment il peut me sortir aussi facilement que c'était du flanc, même si c'était d'une évidence exaspérante?! Il se fout ouvertement de moi! Pas la moindre excuse, il n'essaie même pas de se trouver des raisons, ne serait-ce faire semblant! Pourquoi?! Il considère que je ne vaut pas quelques efforts? Il pense que je vais en rester là? Cette brève réponse, c'est pas de la résignation, il a plutôt intérêt à se la prendre comme un avertissement, de l'indifférence, une porte en plein nez et se demander ce qu'il se passe derrière!
Bon sang... Bien sûr que cette réponse c'est du n'importe quoi. Sur le moment, il m'a privé de toute répartie. Et moi je passe pour un c*n...


Je balance mes affaires à travers l'appart', abandonne le courrier sur mon bureau, farfouille dans le placard, et un pot de beurre de cacahouète, un sachet de brioche, assiette et couteau atterrissent rudement sur la table basse à côté d'une petite pile de manuels scolaires et feuillets. Qu'il joue les baratineurs en voyage si ça l'amuse, j'ai d'autres choses auxquelles penser qu'a monsieur et ses excuses débiles...


J'ai envie de te parler. Tu m'appelles ?  

Je reste comme un idiot avec mon sandwish à la bouche. Le laisser mariner avec son sacré culot? Ou me flatter qu'il vienne vers moi?... Je mâche au rythme hésitant de mes pensées. J'ai envie de te parler, admet-il... Tu m'appelles?

Je plisse méchamment les yeux et retourne l'écran face à la table. Je rêve! "J'ai envie de jouer. Tu me ramène le bâton?" Mais pour qui il me prend, un brave toutou?! Mais va te faire voir! Peut-être que ce genre de manipulation marchent avec tes groupies de la semaine, mais je suis pas de ces cœurs faciles qui se laissent amadouer par de belles formulations! T'as qu'à appeler si t'as tellement envie de me parler!... Si je répond à ce genre de provoc', c'est foutu. C'est lui faire comp... lui faire croire que je suis pas indifférent et que suis prêt à répondre présent quand ça lui chante, et ça, c'est lui donner l'ascendance sur moi. J'ai déjà eu l'imbécilité de le contacter le premier en croyant qu'il se montrerait... plus déférent vu ses histoires... Parce que je vais pas ignorer ses mensonges et ses toupets sous prétexte qu'il veut me parler!... Non, qu'il a envie de me parler. Une nuance qui me fait osciller... Un mensonge de plus? Ou de moins?...

Je ne suis pas en train de faire une c*nnerie. Je ne suis pas en train de faire une c*nnerie. Je ne suis pas en train de faire une c*nnerie. Je suis en train de faire une c*nnerie! A la prochaine sonnerie s'il ne répond pas, je...
Ça décroche. Trop tard...

-... Salut.

-Salut. Je pensais pas que tu allais pas appeler
, baille t-il d'une voix à peine compréhensible.

-Tu pensais pas que j'allais pas appeler? T'étais convaincu que je te répondrais, quoi? T'as déjà oublié comment parler ou le décalage horaire t'a à ce point achevé?

... Idiot. L'impression que même un peu involontairement ce type ne doute de rien et s'amuse à mes dépends m'agace et me distrait malgré tout. C'est bon de l'entendre.

-T'as envie de me parler? rappelè-je nonchalamment le pourquoi j'ai consenti à composer son numéro, en me demandant encore si c'était calculé de sa part ou si sous son orgueil apparent, son désir est passif et sincère.

S'il cherche à bavarder à moitié assoupi, j'en conclus qu'il est seul. Ça me conforte un peu et je me radoucis imperceptiblement.

-Alors? Comment c'est passé ton retour, t'as retrouvé tes potes et la famille?

En grandes effusions ou en toute formalité? J'ai du mal à me faire une idée concernant ses rapports aux siens, on en a pas vraiment parlé. Mais ça me parait être autre chose. Oh, il a retrouvé un pote en fait. Je souris derrière l'appareil.

-Parce que t'as vraiment des amis alors? Je demande, parce que quand tu m'as parlé d'un gars qui t'a lancé dans la collecte des numéros, l'autre jour au bar, t'avais pas l'air très sur de toi...

"On s’était habitués à sortir très souvent pour créer des liens un peu moins morbides que ceux formés par la criminologie, et un… ami, enfin, un mec m’a parié que j’aurais moins de succès si je le faisais" c'était-il justifié d'être tombé dans ce petit délire de la compétition téléphonique. Alors, simple curiosité : c'est quel genre d'ami ce type qui l'héberge?... Parce que dans le genre floue, je ne connais pas pire qu'Adriann. C'est pas comme si Wilder était son pote, mais en même temps, "c’est pas vraiment ça, en fait". Mais je suis pas fâché. J'ai pas de raison de l'être, pas vrai? Je préfère mettre en doute la véracité de son champ relationnel et mettre l'accent sur sa vrai-fausse solitude à ce cœur de glace, c'est plus drôle...
Sinon j’attends quand même vraiment une réponse. Je suis soulagé de savoir qu'il ne crèche pas chez une Anna, j'ai l'infime espoir de ne pas être déçu en retour...

... Donc ce serait un vieux camarade de criminologie? Intéressant...

-Oh. Je suppose que dans votre jargon, on peut appeler ça "un partenaire de crime"?...

Je souris narquoisement, à l'affût de la moindre réaction. Ne me dit pas que le sous-entendu te passe par dessus la tête, que t'as déjà oublié ce message envoyé à l'autre élaborateur de cagibis? Il faut dire que l'allemand cherche à ce que je le tourmente... non?... J'ignore tout de ses relations personnelles, il ne m'a rien dit à propos de Wilder et de leurs échanges, et... je ne cherche pas à avoir une relation spéciale avec lui! Mais si jamais il me fait miroiter des privilèges qu'en réalité je suis loin d'être le seul à avoir...  je ne pense pas aux cours de criminologie qu'il me permet, ni ses petites imitations de cartes frauduleuses et autres infractions... je pense surtout à notre... complicité. A nos jeux sulfureux, ces interdits qu'on enfreints ensembles. A ce qui fait que techniquement, même s'il allait voir ailleurs... je resterais son point d'attache. Parce que ça ne serait pas pareil avec un ou une autre...

-Adriann. Pourquoi tu me mens?

Ce n'est pas un piège que je lui tends. ...Pas vraiment. Il n'y a pas de grande sévérité dans ma voix. Ni colère. Ni tristesse. Ni la déception qu'il devrait sans doute y avoir... Juste une interrogation... et un constat. Qu'il n'aille surtout pas imaginer que je sois si calme parce que ça me convient, ce n'est pas du tout le cas. C'est blessant, et je suis un peu paumé, je ne tiens pas à l'encourager dans sa bêtise!... Mais je veux comprendre.
Pourquoi tu me mens, Adriann? Pourquoi est-ce que tu m'avoue que tu me mens?...

Est-ce que c'est un jeu pour lui? Est-ce que ça l'amuse, est-ce que j'ai été trop loin dans mon effronterie naturelle et qu'il a besoin de s'imposer dans notre ménage, arrogance contre arrogance, pour voir qui fléchira le premier? C'est pour me tester? Juger mes réactions, estimer ma naïveté et ma patience, établir jusqu'à quel point je pourrais tolérer ses histoires et ses secrets?... Est-ce qu'il a besoin de mettre de la distance entre nous, pas seulement par ce voyage, mais en exhibant des mystères dont il ne me dévoile volontairement pas la teneur? Redéfinir les frontières de la vie qu'on peut partager et celles de sa vie privée? Est-ce que j'ai de réelles raisons de mal réagir à ses cachotteries? Est-ce que ce qu'il a à me taire est si rageant? graveleux?! Est-ce que c'est... grave? Est-ce qu'il a peur de ma réaction?...

Je ne m'attend pas à une réponse de sa part. Tout comme il a refusé de me reparler de Sonia après son cauchemar auquel je n'aurais jamais du assister, je sais qu'il y a quelque chose. Mais je n'insisterais pas... Pas maintenant. Je n'oublie pas qu'au chevet d'un lit d'hôpital, plus sauveur qu'assassin, le wendigo s'est fait chassé sur l'instant pour avoir dit la vérité.
Je ferme les yeux en me massant la tempe et soupire.

-... T'as prévu des trucs à faire au pays? souris-je doucement pour ranimer la conversation et le laisser bavarder à sa guise.

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MessageSujet: Re: Ich hab noch einen koffer in Berlin | Therence & Adriann   Dim 5 Juin - 16:44




nightcall

« We serial killers are your sons, we are your husbands, we are everywhere. And there will be more of your children dead tomorrow. » ► BUNDY
Bvrrr... Bvrrrrr... Bvrrrr... Bvrrr... Mmmgh… Ma main tâtonna jusqu’à mon téléphone, les yeux résolument clos. Pourquoi est-ce que ça vibrait ?... La photo de contact s’affichait sur l’écran : Therence, le sourire provocateur, la chemise ouverte laissant apercevoir un corps bien plus qu’appétissant.  Je décrochais en baillant, plus fatigué par mon voyage et le tribunal que ce que j’aurais pu penser.

-Salut. Je pensais pas que tu allais pas appeler, confessai-je en baragouinant dans un semblant d’anglais.
-Tu pensais pas que j'allais pas appeler ? T'étais convaincu que je te répondrais, quoi ?

…Quoi ? Sans comprendre un traitre mot de ce qu’il racontait, je me frottai les yeux en m’asseyant confortablement dans le lit. Objectif n°01 : se réveiller et faire fonctionner mon cerveau.

-T'as déjà oublié comment parler ou le décalage horaire t'a à ce point achevé ?

Un rapide scan mental de ce qui me valait ces paroles froides fut nécessaire, avant que je ne lâche un énorme soupir, déjà à bout de ma propre bêtise. Tuez-moi. C’était pas ce que je voulais dire ! Une gifle mentale s’abattit sur moi alors que je babillais pour trouver une réponse, une excuse, n’importe quoi… autant pour l’objectif.

-T'as envie de me parler ?, rappela-t-il placidement.
-…Ouais..., soupirai-je en ayant l’impression d’avouer une faute. Ouais. Je pensais que ce serait mieux que les sms pour… discuter.

Je pensais aussi qu’un coup de fil tardif serait la meilleure option pour arrêter de tourner autour du pot. On ne s’était pas quitté en bon termes, et notre semblant de relation ne cessait de se détériorer au fil des sms…. Alors autant essayer d’arranger ça de vive voix. Même si l’une des voix en question était distante et l’autre à peine déchiffrable.

-Alors? Comment c'est passé ton retour, t'as retrouvé tes potes et la famille?
-J’ai pas encore revu mes parents. Enfin, c’est pas grave, je suppose qu’on trouvera un moment. Par contre, je dois rendre visite à ma grand-mère… pour de vrai, cette fois-ci, précisai-je pour éviter que Therence ne pense que je ne faisais que prolonger l’excuse que j’avais eue le malheur d’imaginer. Je dors chez un ami pour la semaine, ensuite… je trouverais d’autres potes qui m’hébergeront.
-Parce que t'as vraiment des amis alors?
-Etonnamment, oui, ironisai-je.

-Je demande, parce que quand tu m'as parlé d'un gars qui t'a lancé dans la collecte des numéros, l'autre jour au bar, t'avais pas l'air très sur de toi...
Mon rire mourut dans ma gorge. Ce gars qui m’avait lancé dans la collecte des numéros, ce n’était pas Asher. C’était Alex.

-C’est un autre type, répondis-je plutôt froidement.

Mes doigts se saisirent du paquet de cigarette qui trainait sur la table de chevet. Je craquai une allumette et souffla la flamme avant d’expliquer à Therence, d’une voix largement plus humaine, le parcours de la banale mais forte amitié qui me liait avec Asher. Car après tout, Asher savait. Il savait tout. Les cendres touchèrent le cendrier lorsque d’une voix narquoise, mon étudiant répondit :

-Oh. Je suppose que dans votre jargon, on peut appeler ça "un partenaire de crime"?...

Un long silence passa pendant lequel mon corps entier se figea, à l’exception près de mes yeux qui se plissèrent. Partenaire de crime, c’était le surnom un peu stupide que j’avais trouvé à Chad, parce que c’était ce que nous étions, au fond. Seconde claque mentale de la soirée. Therence avait lu mes messages. Ce n’était pas possible autrement. Mais quand ? Il avait eu des milliers d’occasions, verdammt ! Pourquoi je ne m’en étais pas rendu compte ?! Et qu’est-ce qu’il avait pu lire ? Je décollais le téléphone de mon oreille et allai fouiller dans mes propres conversations avec Chad… … rien. Il n’y avait à peine des esquisses de ce que nous traversions. Donc, en définitive, l’adolescent ne savait rien en dehors du fait que je trempais avec Chad dans des trucs tellement louches que je l’appelais partenaire de crime. Je contemplai le téléphone quelques secondes de plus avant de le reposer contre mon oreille.

-Oh, ça ? Non, non, souriai-je narquoisement. Il n’y a qu’une personne que j’appelle comme ça. Mais je suppose que tu sais qui c’est.

Je tirai sur ma cigarette avant de me réinstaller correctement, profitant des émotions presque palpables qui semblaient traverser le gamin à cet instant. On verrait qui serait le plus provocateur de nous deux, Therence Garnet. Tu as beau avoir fouillé dans mon téléphone, tu es loin d’imaginer ne serait-ce que la moitié de ce qui gravite autour du lycanthrope et du wendigo… et même s’il était vrai que le loup avait décidé que l’heure du confessionnal était arrivée, elle n’arriverait réellement qu’à mon retour de Berlin. Comme si l’optique du procès du lendemain ne m’avait pas assez empêché de trouver le sommeil. Parce que oui, Therence avait peut-être survécu à un fanatique, mais serait-il prêt à faire face à toute une organisation de chasseurs ? La réponse était évidente : non. Et puisque j’étais celui qui le liait à ces malades… quoi de plus logique que de rompre ce lien ?

-Adriann. Pourquoi tu me mens?

J’avais envie de hurler.

-Parce que c’est mieux pour tout le monde. Pour le moment.

Je ne parlais pas seulement de toute cette grande théorie du complot, mais aussi de tous les cadavres qui commençaient à entrouvrir la porte de mes placards. Parce que oui, à ce rythme, il m’en fallait plusieurs. Et ces cadavres, que ce soit de la pauvre étudiante que j’avais boulotté lors d’une fringale nocturne à certaines connaissances, à Henning, tous étaient autant de raisons qui faisaient que ça ne pourrait pas marcher.

-Ecoute… je sais qu’il faut qu’on parle de certaines choses, comme du pourquoi je t’ai menti… entre autre. Mais ça ne se fera pas au téléphone. Fais-moi confiance pendant deux semaines. C’est tout.

"C’est tout". Faire confiance pendant deux semaines, c’était déjà énorme. Et pas besoin non plus d’être un génie pour comprendre qu’aucun de nous deux ne faisait confiance à l’autre. Pas avec des milliers de kilomètres entre nous et l’impossibilité de vérifier qui était dans nos lits respectifs. Une dernière bouffée de fumée et j’écrasai la cigarette dans le cendrier avant de me rallonger et de tirer la couverture sur moi. Un soupir se fit entendre dans le combiné, mais j’attendais ses paroles pour pouvoir estimer l’impact qu’avaient eues les miennes sur lui. Il était presque deux heures du matin, j’étais censé me lever dans cinq heures pour être au tribunal à neuf heures…

-... T'as prévu des trucs à faire au pays?
-J’ai un truc qui va m’occuper une bonne partie du séjour… un de mes anciens professeurs m’a demandé de passer motiver les étudiants, aussi… Et toi, alors ? Les cours sont bientôt finis, non ? Qu’est-ce que tu as prévu ?

En dehors des beuveries de mises à la fin du lycée, évidemment… Mes paupières se fermaient d’elles même au son de sa voix. Cet appel était bien plus réconfortant que ce que j’avais pu imaginer…

-Je suis en train de m’endormir…, avouai-je dans un murmure. …On se rappellera ? Pas forcément demain, mais… enfin, tu vois… Bonne nuit, Therence.

*
J’étais enfin à la barre, et le moins que l’on pouvait dire, c’est que j’étais mal-à-l’aise. C’était ma place habituelle dans un procès, certes, mais mon rôle ici différait très largement de ce à quoi j’étais habitué. Normalement, je connaissais mon sujet sur le bout des doigts. Aucun moyen de me perdre, je savais chaque infime détail qui faisait que le coupable se retrouverait derrière les barreaux. Et pourtant, là… Là, j’étais le parfait bouc émissaire. A un tel point qu’Anna Angermüller avait préféré me demander de me raser pour que je paraisse plus inoffensif. C’était donc presque nu que je me retrouvais à écouter les questions de l’avocate de la partie adverse.

-Monsieur Weizerling, pouvez-vous nous éclaircir sur la nature de votre relation avec Henning ?
-… On a commencé à se fréquenter lors de ma seconde année. On s’est r-
-Donc vous aviez quel âge ? 18, 19 ans ?
-19 ans, oui, confirmai-je en la scrutant, détestant être interrompu.
-A 19 ans, donc, vous aviez décidé de séduire un homme de vingt ans votre ainé, marié depuis plus de dix ans. C’est ça, monsieur Weizerling ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui peut pousser une personne, à peine adulte, à se réfugier dans les bras d’un homme qui à l’âge de son père ?
-Ce n’était pas comme ça, répondis-je froidement.
-Ah oui ? Et comment était-ce ? Eclairez-nous.
-Je l’avais aperçu à l’école, je savais qui il était. Pendant ma deuxième année, je bossais dans un bar le soir pour payer mes études. Il venait souvent et on s’est rapidement mis à discuter… J’admets que j’étais imbu de moi-même, et très arrogant. Alors oui, j’ai voulu voir si mes talents de séducteur fonctionnaient sur un enseignant.
-Briser un ménage, donc, c’était un jeu pour vous ?

Je la détaillais froidement, les poings serrés. Pour qui elle se prenait, cette pétasse ? Elle gagnait peut-être ses affaires dans son tailleur, mais une fois celle-ci terminée, ce ne serait certainement pas ses talons aiguilles qui l’aideraient à s’enfuir de la présence d’un wendigo pour sauver sa vie.

-Monsieur Weizerling. Répondez à la question, ordonna le juge.
-Le ménage était brisé bien avant mon arrivée dans la vie d’Henning, répondis-je en fixant l’avocate. Sa femme buvait du matin au soir. Elle ne travaillait presque pas et vivait sur ses économies. Elle lui empoisonnait la vie, fouillait ses messages, lui hurlait dessus lorsqu’il rentrait trop tard de la fac et ne lui faisait pas l’amour. Alors non, je n’ai pas brisé un ménage, comme vous dites.  J’ai ramassé les pots cassés.
-Oh, je vois qu’on arrive au sujet qui vous tient le plus à cœur. Monsieur Weizerling, êtes-vous d’accord avec moi pour affirmer que vous êtes reconnus pour vos prouesses sexuelles et vos nombreuses conquêtes, aussi masculines que féminines ?
-… Oui, soupirai-je en posant mon menton dans ma main.
-Avez-vous profité de la détresse d’Henning pour le séduire et le faire finir dans votre lit ?
-Non. Il n’y avait aucune manipulation de ma part. On avait été très clair l’un et l’autre : ça ne devait se passer qu’une seule fois. On était d’accord.
-Et qu’est-ce qui a fait que vous vous êtes revus ?
-Je suppose qu’il  a aimé, souriais-je sarcastiquement.

J'oubliais complètement la ligne de défense que m’avait fixée mon avocate : surtout, se présenter comme un garçon naïf, qui avait fait une erreur et qui était tombé amoureux malgré lui. Je bouillais de rage. Et l’avocate continuait ses altérations, présentant Henning comme un saint et moi comme le démon qui l’avait attiré du mauvais côté tandis que j’essayais tant bien que mal de prouver ma bonne conduite. J’étais peut-être celui qui l’avait attiré, oui, mais je n’étais pas le seul responsable dans le délit de l’infidélité… Mes poings étaient tellement serrés que mes jointures me faisaient mal. Je rêvais déjà de la nuit où je pourrais éliminer cette garce. Tous les mots qu’elle utilisait pour décrire ma relation avec Henning étaient péjoratifs. Pourtant, ce n’était pas ça. Henning représentait presque trois ans de ma vie.

-Que je résume votre relation, parce que je suis sûre que les jurés s’y perdent comme je m’y perds tout aussi. Surtout, arrêtez-moi si je me trompe, sourit-elle en me lançant un regard obligeant. Vous avez séduit Henning pendant votre seconde année de fac, avez conclu à la fin, vous êtes revus de nombreuses fois avant d’ "officialiser" votre "relation" qui dura presque un an… et subitement, tout s’arrête. Mais quelques mois plus tard, vous vous retrouvez, mais uniquement pour le sexe. Est-ce que j’ai juste ?
-C’est grossièrement résumé, mais oui, on peut dire que c’est ce qu’il s’est passé.
-Pourquoi vous être séparés ?
-Monsieur Weizerling, veuillez..., commença le juge alors que je ne répondais pas.
-Ca ira, monsieur le juge, repris l'avocate. Messieurs dames les jurés, je vais vous dire pourquoi la relation d'Henning et de Weizerling s'est brusquement arrêtée : le professeur a trompé son cadet avec un autre étudiant, à peine plus âgé que le premier. Et ça, Mr. Weizerling, vous ne l'avez pas supporté, pas vrai ? C'est pour ça qu'à votre départ d'Allemagne, alors que vous ressentiez toujours quelque chose pour lui malgré les mois qui avaient passés, vous vous êtes assuré qu'il ne vous referait plus cet affront.

Je la fixai intensément, le regard oscillant toujours entre la haine pure et la froide assurance que j'allais finir par la tuer. Pas nécessairement lors de mon séjour, mais un jour ou l'autre, sa jolie gorge allait finir tranchée, béante et gazouillant pour chercher de l'air. Un jour, son corps serait massacré à coup de griffes et à coup de crocs.

-Je suis beaucoup de chose, mais je ne suis certainement pas rancunier, articulai-je tant bien que mal. Notre relation s'était terminée des mois avant mon départ aux USA. Il était libre de profiter des plaisirs de la chaire autant que je le faisais. Mariage ou hors-mariage, ça ne regardait que lui.

*

La séance avait été levée peu après. Bien évidemment, Angermüller l'avait passée à s'arracher les cheveux de mon manque évident de tact et de tentative pour plaire aux jurés, et elle continuerait l'après-midi en tentant tant bien que mal de trouver un moyen de rattraper mes paroles. Ce qu'elle voulait faire, au final, c'était obtenir la peine que méritait vraiment la femme d'Henning... et on ne pouvait pas dire que je l'avais aidé.

Après avoir passé une demie heure coincé entre deux bouffeurs de McDo dans le métro, j'avais enfin atterrit chez ma grand-mère en début d'après-midi. J'avais cuisiné en l'écoutant me parler de ses recherches sur notre arbre généalogique, en évitant bien évidemment la famille de mon "mistkerl de grand-père."
A 14H17, alors qu'elle dormait déjà profondément, je me retrouvais affalé dans son sofa, sans rien avoir à faire d'autre qu'attendre que mon café ne refroidisse un peu. Je sortais mon téléphone, tapotai jusqu'à trouver la conversation avec Therence et envoyai un message, tout sourire. Autant alléger un peu mon mensonge en tournant tout ça à la dérision...


Devine qui c'est ? (;

Envoyé.
J'avalais une première gorgée de café avant de tourner la tête à droite et à gauche. Le pendule mesurait les secondes, lourdement. Tic. Tac. Tic. Tac. Je regardais mon téléphone à nouveau. Rien. Pas étonnant, s'il n'était que six heures du matin là-bas... Commença alors l'activité la plus ennuyeuse au monde : fouiller son téléphone de fond en comble. Anciens messages, toutes les applications, les photos... Des selfies avec ma großmutter, des photos d'Asher, des vidéos de moi roulant un joint dans les toilettes, des photos des étudiantes, des photos de Th-... Je me redressais nettement en agrandissant la photo, découvrant, pour la première fois sur mon écran, le corps ferme et entièrement nu de Therence, bien plus qu'en forme. Inutile de préciser la réaction que déclencha la série de clichés sur moi... qui fut rapidement balayée par un ronflement de ma großmutter. J'ouvris vivement les messages, désespéré.


Je viens de tomber sur tes photos...


Ce soir, on se fait un Skype. Non négociable.



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MessageSujet: Re: Ich hab noch einen koffer in Berlin | Therence & Adriann   Mer 15 Juin - 22:18



A demi pardonné
Je devine Adriann chercher ses mots après m'a remarque sur son lapsus révélateur. Évidement que j'aurais fini par reprendre contact d'une façon ou d'une autre, mais l'idée qu'il s'y attendait, c'est vexant. Orgueilleux de wendigo, si je l'appelle c'est bien parce que c'est lui qui m'a réclamé! Se justifiant, il me donne l'impression d'un petit garçon pris en faute et qui ne sais pas s'il va encore se faire gronder, ce qui est plutôt... attendrissant en fait. Il veut réellement me parler, alors...

-J’ai pas encore revu mes parents. me raconte le jeune professeur. Enfin, c’est pas grave, je suppose qu’on trouvera un moment. Par contre, je dois rendre visite à ma grand-mère… pour de vrai, cette fois-ci.

Je note l'attention qu'il prend d'établir la vérité. Est-ce que mes fâcheries auraient portées leurs fruits?... C'est ça, fais très attention à ce que tu dis à partir de maintenant... Et parle moi un peu de tes potes puisque apparemment le joli cœur solitaire est capable d'avoir de vrai amis, quoiqu'il faudrait convenir de ce que représente exactement un ami pour lui. Un camarade de longue date, un hôte sympathique, un compagnon de beuverie et à l'influence facile comme l'initier à la collecte des numéros de tél?

-C’est un autre type.

-... Oh. Ok.

Un autre type, mais pas un ami... J'ai dis une c*nnerie? Parce que c'est sorti comme un coup de fusil... Ça me rassure concernant ce rival, mais ça n'amenuise pas ma curiosité. Enfin pour l'instant il me parle de son coloc' et vieux pote, un ami tout ce qu'il y a de plus amical, il me semble. Est-on a l'abri de quoique ce soit avec un croqueur dans son genre? Est-ce que, par exemple, je dois craindre quoique ce soit de sa relation avec ce Saint-Nitouche qu'est Wilder?!

Pas de réponse quand je fais allusion à sa correspondance avec son partenaire de crime favori. Je me délecte d'avoir fais mouche et qu'il n'ai pas moyen de fuir, mais ça m'irrite aussi fortement, parce que son mutisme est révélateur. Il y a un truc entre eux, et c'est assez gênant pour me tenir à l'écart... Pourquoi il ne dit toujours rien? A quoi il pense?! C'est si difficile de trouver une excuse après le coup de la grand-mère qui s'est foulée dans les escaliers? Si jamais il oses encore me ressortir une c*nnerie de ce genre, je...

-Oh, ça ? Non, non. Il n’y a qu’une personne que j’appelle comme ça. Mais je suppose que tu sais qui c’est.

Je bondis du dossier dans lequel j'étais affalé, la bouche ouverte dans un grand "O" outré. Oh le sale...! Il l'avoue! D'où il lui donne un nom pareil à celui-là?! D'où il le mérite seulement?! Je fulmine. Oui! Oui, je sais très bien qui c'est, parce que j'ai regardé son tél, et alors?! C'est pas à moi de recevoir des reproches!

Je me laisse retomber dans le sofa en ruminant ma honte en sourdine. Il joue les malins, mais il n'aura pas éternellement le denier mot... Cependant, j'accorde qu'une fois de plus il n'a pas nié. La franchise est cuisante, mais quoique je râle ça reste de la franchise au moins. Et ça me rend pensif.

Adriann me ment. C'est blessant. Mais plus troublant et désarmant encore que le mensonge en lui-même, c'est qu'il l'admette...

Qu'est-ce qu'il ce passe?... Oser avouer qu'il baratine même si je l'ai surpris, c'est un peu gros pour de la provocation, et c'est pas son genre d'abdiquer pour s'être fait pincé. Est-ce que c'est grave? Est-ce que je dois prendre ça comme un appel au secours de sa part?... S'il ne me dit rien, ce n'est certainement pas qu'il espère que je m’immisce dans ses affaires, mais...

-Parce que c’est mieux pour tout le monde. Pour le moment.

Mon cœur s'emballe nerveusement. Alors il y a bien quelque chose. Seulement je... je comprend rien là. Le ton est trop sérieux pour cacher des relations plus ou moins assumées derrière des excuses risibles... Ou... c'est juste une façon de me faire patienter le temps de trouver comment s'en sortir? C'est un peu facile comme réponse, non? C'est mieux pour qui ces mensonges et ses silences, pour nous, ou pour lui surtout?

-Écoute… je sais qu’il faut qu’on parle de certaines choses, comme du pourquoi je t’ai menti… entre autre.

Il y a effectivement tellement de sujets que nous n'avons pas encore approfondis, je déglutis à son entre autre. Sa nature la plus sombre est un sujet trop conséquent pour avoir le courage de l'interroger,  et je pensais naturellement que ça l’arrangeait, mais... qu'est-ce qu'il entend par là, est-ce qu'il envisagerait de m'en parler?... La pleine lune approche, alors même si Beacon Hill ne risque rien je devrais être satisfait de cette optique. Mais en réalité ça ne me met pas du tout à l'aise...

-Mais ça ne se fera pas au téléphone. Fais-moi confiance pendant deux semaines. C’est tout.

Le soulagement de repousser cette conversation ne concurrence pas la révolte que me provoque sa demande. Lui faire confiance?! Maintenant c'est clair, le wendigo cache autre chose que de stupides amourettes, et je veux savoir quoi! Mariner sagement dans l'ignorance, ça à jamais été mon truc, puis j'ai du mal à croire qu'il soit parti durant cette période lunaire uniquement pour aller voir sa famille!... J'hésite, ça me démange, mais finalement je capitule, soucieux mais surtout touché par sa supplique voilée.
Que je lui accorde ma confiance et que je me montre patient, c'est tout ce qu'il demande. Même si j'ai tout le temps de m'inventer milles films sur ses cachotteries, je sais qu'il est disposé à m'en parler et que je saurais, le moment venu... Mon manque de tolérance m'a déjà fait défaut, je ne veux pas faire la même erreur.

J'ai pas la foi d'approuver, mais j'abandonne cette conversation et lui demande ce qu'il a prévu pour son séjour. Au delà du cannibale et du coureur, il y a un homme comme les autres...

-... Et toi, alors ? Les cours sont bientôt finis, non ? Qu’est-ce que tu as prévu ?

-Moi?... Mon regard s'évade, happé par une liste mentale des embrouilles dans lesquelles je me suis engagé et risque d'aller me fourrer, pour le bien de tous pour ne pas dire par vanité ridiculement humaine... Oh. Heu... j'ai aussi de quoi m'occuper en dehors des cours et du boulot. Et ouais, la fin des cours approche, mais je ne serais vraiment libre qu'après les exams. Pas de quoi se réjouir.

Mais pas non plus de quoi croire que je sois inquiet, c'est pas comme si mon manque d'implication et absences n'avaient pas sensiblement impacté mes notes et que ne pas éprouver de stress en cette période relève de l'inhumain... Tout va bien! Je vais passer ça les doigts dans le nez.
Je gratte négligemment la couture de mon jean en pensant à Boston aussi, mais ne dis rien. Il n'y a rien à dire de toute façon, et même si je devais l'évoquer, ce ne serait pas pour le moment. Pas au téléphone, me dis-je avec contrariété.

-Je suis en train de m’endormir… émet une voix faible et rauque de fatigue. On se rappellera ? Pas forcément demain, mais… enfin, tu vois…

... On s'arrête là? Déjà?...

-Oh... ouais. Ouais, bien sûr.

-Bonne nuit, Therence.

-Bonne nuit. ...Adriann?
 l’interpellè-je avant qu'il ne coupe. Je ne tiens pas à ce qu'il se méprenne et croit à un encouragement ou du laxisme de ma part, mais... ... Je suis content que tu m’aie dit que ta grand-mère a rien. Salut.

Là dessus, je raccroche. Et je reste un long moment dans le silence à triturer le téléphone.

Je suis content que tu m’aies dit que ta grand-mère a rien. Je suis pas insensible au fait que t’aies admit ton mensonge...  

Faute avouée, à demi-pardonnée.


* * *


Il fait noir.
Partout.
Encore...
J'erre dans le vide, je suis entouré de ténèbres irréelles et qui n’insufflent que le malaise... Je ne serais pas seul dans mon cauchemar? Les ténèbres sont propices à cacher des monstres... mais non, ce n'est pas ça. L'atmosphère n'est pas creuse, froide comme d'habitude... c'est surtout oppressant. Il y a quelque chose d'infimement différent...

Je cherche, je tique, et je lève le nez.

Haut dans le ciel obscur, la grande et froide gibbeuse règne et guète...


-Qu'est-ce que...?!

C'est mon portable qui vibre contre le bois du parquet et m'arrache à mon rêve. Bon sang... A cette heure-ci?... Un problème?...

"Devine qui c'est ? (;" entend-je presque chantonné l'allemand qui irradie sur le cliché électronique. Mon problème matinal doit avoir dans les cent ans si ce n'est pas celui qui cache une paire de cornes et le caractère diablotin qui va avec...

Je me retourne sur le ventre en grommelant et plante lourdement mon visage dans l'oreiller. Est-ce que je l’appelle pour lui dire que les cours ne commençant pas avant 8h00, Beacon Hill n'ayant pas la superficie de Berlin, et que vu le peu de temps qu'il me faut pour me préparer et faire le trajet, il me reste facilement une heure de sommeil?!
Pourtant ma respiration reprend un rythme lent et profond tandis que je replonge avec un petit sourire en visualisant mentalement la bouille enjoué de l'allemand et sa drôle de mamie... ils sont marrants...

Nouveau tintamarre, je m'agite en grognant.  
Je retire ce que j'ai dit : il n'est pas du tout marrant! Quoi encore?!

Je viens de tomber sur tes photos...

Je réfléchi longuement, les yeux plissés d'incompréhension et bouffis de fatigue rivés sur l'écran. Les photos... quelles photos?!

Ce soir, on se fait un Skype. Non négociable.

Quelques secondes de plus pour tenter de comprendre. Ooh... il est tombé sur "ces" photos. Je soupire en frictionnant doucement ma tignasse échevelée. Je suppose que je dois être content?... Dommage, j'ai pas l'énergie à sauter au plafond pour être franc!
Alors je repose l'appareil à sa place, et je me recouche avec la ferme intention de terminer ma nuit jusqu'à l'heure du réveil, sa libido active ou pas. Morphée l'emportera! Du moins c'est ce que je pense... les minutes défilent, et moi je me retourne d'accepter peu à peu ce que son impératif suppose pour la soirée et laisse deviner de son état actuel...


Bonn nuit


Je m'étire triomphalement sous la couette pour mieux m'enfoncer dans mon oreiller. Moi je dors! Lui en revanche... S'il a du temps à perdre à mâter mes photos, voilà de quoi gonfler son... dossier et l'occuper. Je me demande si j'aurais du prendre la peine de lui envoyer une photo plus illustrative des lascivités nocturne que son message m'inspire?... Non... qu'il ait pris l'initiative de me contacter pour ça et l'imaginer dans son état, c'est déjà une jouissance en soi!
C'est sans pouvoir m’ôter un sourire ravi que je poursuis le reste de ma nuit...


* * *


... Et m*rde! Je bondis de la bécane et me rue dans le bâtiment. Finalement Morphée m'a eu, et il a décidé de me garder la durée impartie : j'ai coupé le réveil dans mon demi-sommeil. Mon pas de course raisonne dans les couloirs vides jusqu'à arriver devant la classe. Merci le comique cornu et ses crétineries! J'entre doucement, conforté par l'idée que ce bourdon de prof d'éducation civique est assez souple pour ne pas me tenir rigueur d'un écart de dix... quinze?... petites minutes, mais le son monocorde habituel de sa voix laisse place à une claire interruption. Je reste aussi c*n qu'une biche dans les phares d'une voiture. C'est une jeune femme qui me scrute à la place du vieux bonhomme. Heu...

-Oui, Garnet. Vous avez raté un épisode. se moque la blonde. A votre place je vous prie.

Ça pouffe dans les rangs et moi je m'écrase à la table libre en tirant la tête. Il est où le prof d'éduc'?! Mon voisin me souffle que le vieux est absent et que Mme Prêle tient la classe en remplacement. Mme Prêle. Clara Prêle...

Je la reluque mauvaisement de ses mollets nues à sa chevelure soignée, toute fraiche et suzeraine dans sa petite robe et à la tête de ma classe. J'ai vraiment couché avec elle comme l'a suggérer son frère qui a voulu nous refaire la tronche à Adriann et moi?... Elle n'est pas moche. De là à lui trouver quelque chose de spécial... Nos regards se croisent, et elle ne m'accorde pas plus d'attention qu'au reste de la classe, tout comme elle ne m'a jamais relevé depuis le temps que je la soupçonne. Alors intox, ou comédie de sa part?... Bah, certains mystères ne sont pas voués à être résolus, contrairement à Adriann qui s'est fait harcelé par la prof de français pour avoir officiellement et irréfutablement partagé son pieux tous les mardi... et ça me fait ruminer.

Fais-moi confiance pendant deux semaines, qu'il dit. Deux semaines, c'est interminable dans ces conditions... Il me cache des choses bon sang! Mamie Weizerling m'assure qu'il n'a pas inventé ces histoires de retour aux sources, mais notre discussion de la veille ne m'aide pas d'avantage. Il s'échappe une quinzaine de jours aux alentour de la pleine lune, est appelé par une mystérieuse Anna Angermüller, est complice avec Wilder, refuse de me parler de quoi que ce soit avant son retour... Ça ne va pas aussi bien que son départ insouciant laisse croire... et...

Quand quelque chose ne va pas, j’ai… tendance à me réfugier dans le sexe.

... Je le déteste. Qui m'assure que derrière ses besoins de me parler et de me voir il n'a pas déjà rétabli son emploi du temps? Je vois déjà le tableau. Montag est un grand sadique, Dienstag une petite frenchy névrosée... et puis il doit-y avoir un Mittwoch hétéro, un Donnerstag marié, Freitag qui à la quarantaine bien entamée, puis Samstag un partenaire de crime inavoué... Ah non, c'est vrai. Lui il est unique, irremplaçable! Alors c'est peut-être une Anna? C'est démoralisant. Mais il y a pire que tergiverser sur ses coups hebdomadaire...

... Et Sonntag est une cervelle qu'il aura pris plaisir à mariner et deux cuisses safranées englouties à la suite de délicieux abats...

Je dois en apprendre plus. Essayer au moins. C'est pas manquer de confiance! C'est juste pour me rassurer. Me dire qu'il ne va pas si mal, que c'est pas si horrible... Savoir si je peux coucher durant son absence moi aussi!... Deux semaines, c'est long, et il n'y a pas que mon affect qui est touché, surtout si ce crétin me dérange la nuit pour me parler photos coquines... Sérieusement, il faudra être fin, mais j'arriverais bien à lui arracher quelques explications.
En parlant de ça, à me précipiter j'ai même pas confirmer pour ce soir. Mardi a le nez dans son manuel. Je glisse le tél sur mes genoux, écris trois mots, et un silence caractéristique m'invite à lever les yeux sur le regard sévère de la française...

~

-Mais j'ai BESOIN de ce portable!

-Vous avez surtout besoin de suivre les cours si j'en crois vos derniers tests.

-Ma moyenne est bonne.

-Elle est loin d'être exemplaire. Ce portable reste ici, vous viendrez le récupérer demain dans ma classe. Ce ne sont pas 24h sans qui vont vous tuer.


Elle par contre, pas sûr qu'elle survive à ces 24 heures. Je boue. La jeune femme, se retourne empiler ses copies. J'ai une furieuse envie de lui balancer que je sais quelle chouineuse amourachée au premier tombeur qui l'accepte elle est sous ses airs supérieurs, si ce n'est pas clarifier pour nous deux et la mettre dans l'embarras. Mais je me ravise. Ce tél est truffé de photos d'Adriann... et elle l'a laissé sans défense, juste à côté de sa trousse.
Pendant qu'elle a le nez dans son sac, le mobile disparait d'une volée et moi je m'éclipse de la salle.

Ce soir à partir de 17h
heure Californienne.


Envoyé.

La journée se déroule tranquillement, cours, révisions, déjeuner, doutes mêlés d'impatience... Bruny me salut et disparait dans la masse, mon tél affiche 16h22 lorsque je ferme mon casier. Je m'en réjouis manifestement, tourne les talons, mais...

-Therence?

Melle Morell? Plantée au milieu du couloir, la psy de la Beacon Hill High School arque les sourcils pour signaler l'évidence de son interpellation. Mon portable. Dans ma main...
... Oh non...

~

Je tapote frénétiquement des doigts sur l'accoudoir de mon siège, à détailler la conseillère d'orientation qui en fait de même avec un calme déconcertant. Ordure de Mardi!!!

-Pourquoi es-tu reparti avec ce portable? Si on te l'a confisqué, c'est qu'il y a une raison à cela.

-J'ai besoin de ce téléphone. J'ai pas le fixe. Et c'est lui qui fait office de réveil.

-Et la dernière fois, tu t'es fais collé par ton professeur de biologie pour avoir souffler la bonne réponse à un camarade. rappelle t-elle mes excuses constantes en n'omettant pas l'injustice sur laquelle j'avais farouchement insisté. Et le retard de ce matin?

-J'ai une vie. Et ça va de pair avec les aléas.

-Une vie. Comment ça va en dehors des cours?

Traduction : quel soucis croustillants as tu as me confier? En quelques mots : amant, cannibale, pleine lune, frustration, plan m*rdiques, secrets, voyages, questions existentielles...

-Très bien. soulignè-je d'un sourire calme qui ne trompe personne.

-Est-ce que ta vie personnelle pèse sur ta scolarité?

Mes orbites font un arc de cercle parfait. Elle connait ma situation. Je suis autonome et je le vis et je m'en sors très bien. Vraiment. Alors même en dehors de l'aspect irrationnel de la réalité dans laquelle je suis impliqué, il n'y a rien à signaler. Mais voyons, juste pour voir. Quelque soit la réponse que je donnerait à ça, que me rappellerait-on? Ah oui! Combien le travail et les études ne font pas bon ménage. Combien les sauteries et les études ne font pas bon ménages. Combien vivre pour autre chose que pour l'école ne fait pas bon ménage si on suit ce point de vu qui ne diffère jamais trop d'un établissement à un autre. Ça se passe de commentaires.

-C'est toi qui a choisi de terminer le lycée, n'est-ce pas?

-On m'a posé des options.

-Mais c'est bien toi qui à choisi. Pourquoi?

Soupir. Le milieu scolaire est une entrave, et paradoxalement... c'est aussi une structure solide et qui ne risque pas de s'effondrer. Rassurante.

-C'était le meilleurs choix. Je suppose...

-Tu as des capacités. Tu pourrais être excellent si tu t'en donnais la peine.

Je sais. On me le dit souvent, ais-je envie de rétorquer. Ses yeux vacillent longuement sur mon visage fermé. Je sais être adulte quand il faut, prendre mes responsabilités. Mais c'est difficile de vouloir jouer les grands garçons quand l'interlocuteur voit dans chacun de tes actes ceux d'un gamin. Elle croise les doigts en ce penchant légèrement vers moi.

-Therence. Ce qui est alarmant ce ne ne sont pas tes résultats mais ton mépris de l'autorité. Un bon dossier ne se construit pas uniquement sur des résultats scolaires, et en agissant ainsi tu perds l'appréciation de tes professeurs. En deçà, pense aux répercutions qu'aura ton comportement dans tes rapports avec de futurs employeurs. Ça vaut également pour tes relations personnelles.

Je dresse un regard sombre sur la moralisatrice lorsqu'elle s'attarde sur sa dernière phrase. Ma vie personnelle, comment je gère mes relations, ça ne regarde que moi.

-Il est question de ton avenir. insiste t-elle, égale à elle-même. Comment te projettes-tu dans ton avenir?

-Conseillère d'orientation et psy. Deux casquettes pour une seule tête. Quelle casquette vous portez dans l'immédiat?

-Vois ça comme les deux facettes d'une même casquette.

Je déteste les psy. Ils ont toujours réponse à tout...

Avenir, hein?... Je reste muet, je réfléchi. Avenir, c'est un concept trop flou, trop incertain. J'essaie de coordonner un minimum ma vie, mais le temps et les évènements filent malgré moi, comme l'année qui me rattrape. Concrètement, j'en ai conscience. Mais émotionnellement, je ne réalise pas encore, je crois. Quoiqu'il en soit, en être conscient ou non, ça ne m'aide pas plus à savoir où m'orienter et à fournir les efforts adéquats à bâtir quoique ce soit.
Ma vie manque encore trop de sens pour parler d'avenir.

-Je ne me projette pas.

-Tu ne te projettes pas.

Non. Je suis coincé ici. Dans le présent. Le reste est trop vague à l'heure actuelle pour pouvoir envisager du concret. Bien sur, je prend les dispositions qui s'imposent en vue de la fin de ce cycle scolaire, ce genre de c*nneries auxquelles on ne peut pas échapper. Mais de manière plus générale, mes projets se résumes au substantiel et à des espoirs incertains. Alors je veux encore profiter du présent sans m'abrutir à tout ça, sans m'inventer un idéal par obligation avec le peu de bases et de repères que je possède. La seule constante dans l'univers est l'inconstance. Mon avenir, j'y réfléchirais demain.

Un silence ponctué de tic-tac flotte entre nous. Marine Morell voit plus loin que les mots, elle lit entre les évidences premières. Je me dis que c'est ce dont sont capable les psychologues après tout.
Elle n'insiste pas.


* * *


...Et m*erDEUH! Dix sept heure passé! Je cours, encore, et pour rentrer chez moi cette fois, mais je ne sais pas ce qui me motive le plus : revoir l'irrésistible criminologue ou l'envie de l'engu*uler pour mes déboires de la journée?! Je m'écrase lourdement sur mon lit pendant que l'ordi s'allume et que la cafetière fait son boulot. J'aurais aimé prendre une douche avant. J'attends son commentaire sur mon retard avec impatience. En retard, moi? Et à cause de qui?! Ah elles sont belles les vengeances de monsieur Weizerling!... Il faut croire qu'on est condamnés à se parler qu'en ne se faisant la tronche vu comme ça. Mais il fait tout pour m'y pousser aussi!...

Je m'installe avec le PC sur le canapé, la tasse non loin. Ouvre le logiciel et passe rapidement la main dans mes cheveux pour les re-discipliner. Et sur l'instant, quand mon professeur m'apparait, je me rend compte que je suis juste heureux de le revoir...

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Adriann Weizerling

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MessageSujet: Re: Ich hab noch einen koffer in Berlin | Therence & Adriann   Mar 28 Juin - 1:13


Adriann

connecté avec Therence






Les ronflements de ma großmutter baignaient l’appartement dans un sentiment de sécurité et d’apaisement, ce qui était totalement contraire avec l’envie qui grondait dans mes veines. Je n’attendais pas une réponse de la part de Therence, il était bien trop tôt. Il ne restait plus qu’une chose à faire : attendre que mon désir redescende tant bien que mal. Et quoi de mieux pour se faire que de faire un brin de ménage ? C’est ainsi qu’en plein après-midi, dans un T’Shirt et une chemise miteux que je n’avais sûrement pas mis depuis des années, sur un fond de jeux télévisé allemand, je me retrouvais à passer le balai dans le véritable musée qu’était devenu l’appartement d’Edda, avec la pensée grandissante que la vieille femme commençait peut-être à souffrir de syllogomanie. Je me rappelais encore sa réaction, et la mienne, lorsque ma mère avait parlé de la mettre dans une maison de retraite. Elle s’était enfermée dans ce même appartement dans lequel elle avait aménagée avec son mari et n’avait accordé le droit qu’à une seule personne : moi. J’avais été celui, depuis mon plus jeune âge, qu’elle appelait « mon petit résistant », et ça n’avait jamais changé avec le temps. De temps en temps, elle me regardait parler sans vraiment m’entendre, le regard voilé par quelques bribes de pensées qu’elle ne partageait jamais.
Lorsqu’elle se réveilla, ce fut dans un sursaut, et immédiatement, ses yeux se posèrent à la fois partout et nul part dans l’appartement avant de se relever en hurlant des « Mein Gott ! Markus ! Ne t’approche pas de moi ! » hystériques. Avec peine, je réussis à l’attraper dans mes bras, et c’est en lui murmurant l’histoire de sa propre résistance que je l’apaisai. Etapes par étapes, je la relâchais jusqu’à ce qu’elle soit à nouveau libre de ses mouvements et libre de sa mémoire. Se confondant en excuse, elle accrocha brusquement mon regard du sien, toujours perdu quelque part loin de ce petit appartement miteux.

-Tu lui ressembles tellement, Adriann. J’aimerais que ce ne soit pas le cas… Souvent, depuis ton adolescence, je te vois pensif, les yeux rivés sur un point uniquement visible de toi. Ton grand-père faisait ça. Et dans la minute qui suivait, il affichait une prestance supérieure, un regard plein de… de haine froide. Tu comprends, Adriann ? J’ai peur que tu lui ressembles trop…

Que dire après ça ? Rien. Absolument rien. Ma grand-mère venait de me comparer à l’homme qui avait fait de sa jeunesse un enfer, l’homme qu’elle haïssait bien plus que les soviétiques… et ça, ce n’était pas rien. Et tout aussi soudainement que ses peurs avaient jaillies, son esprit retourna à l’instant présent grâce au vibrement de mon téléphone sur la table.

-Oooh ! C’est ton amoureuse qui t’envoie un message ?, demanda-t-elle, toute guillerette, en attrapant le mobile. …Mein Gott…, fit-elle tandis que son visage se décomposait. Dire que ton père pensait que tu traversais une phase. Je comprends que tu ne laisses pas passer ça !
-Tu n'es pas encore trop vieille pour laisser passer ce genre de chose, arguai-je en souriant.
-Non, tu as raison. Que proposes-tu ?
-... Euh... Je pourrais t'amener dans un... club ?, proposai-je, pris de court.
-Demain soir te sied-il ? J'ai poker, ce soir.

J’éclatai de rire en hochant la tête, sans avoir à réfléchir à l’adresse. C’était osé et il allait falloir la surveiller de près, mais c’était faisable.


*
             
01H57. Asher venait juste de rentrer en claquant la porte, dans un long soupir de soulagement qui en disait long sur sa journée. Me sortant de ma tanière où j’attendais plutôt impatiemment la venue virtuelle de Therence, il me raconta, les yeux encore rouge et la voix pâteuse, Ô combien j’avais été nul de quitter les étudiantes. Comme je l’avais prédit, ils n’avaient rien fait. Sauf si, bien évidemment, il fallait considérer la construction de château fort à quatre heures du matin, complètements déchirés, comme une activité potentiellement bénéfique sexuellement. Pour marquer leur nouvelle amitié toute récente, il avait passé la journée chez elles. La journée entière. Soudain, Asher se coupa brusquement dans son récit pour observer le canapé. Le nez levé, il se tourna vers moi, suspicieux.

-Mais attends… Atteeeends… T’as dormi dans MON lit !

J’hochais la tête, un sourcil levé, un brin amusé par ses réactions. Il empestait la weed et il était clair que la plante faisait encore effet sur lui.

-Mon pyjama dino’ ! Tu l’as touché ?!
-Bravo, Sherlock. Je pouvais pas m’en empêcher. Il était beaucoup trop beau…
-Moi qui pensais que tu baisais tout ce qui bougeait… En fait, tu baises même ce qui ne bouge pas ! Quel revers dans ton histoire, Adriann Jan Weizerling !
-Au moins, moi, j’arrive à coucher, Asher Léopold Böotner !, me défendais-je. Maintenant excuse-moi, mais j’ai un rendez-vous qui m’attends...

Je quittais le salon au son exagérément dramatique que fit mon ami. Il était désormais 17H largement passé aux USA. Toujours rien. En soupirant, je retournai me servir une énième tasse de café, retournai m’affaler sur le lit, allumait une cigarette et passait mon temps à me recoiffer. Je n’avais pas eu le courage de me changer, mais si tout se passait comme je le voulais, je n’allais pas avoir à porter mes vêtements bien longtemps. Si, bien évidemment, Asher arrêtait de passer sa tête pour être sur que je ne reniflais pas ses caleçons. Excédé, je lui balançais un coussin lorsque l’écran de l’ordinateur s’anima soudain. Sans dissimuler un sourire plus que ravi, j’acceptais la conversation pour apercevoir, dans les demi secondes qui suivirent, le visage de Therence.

-J’ai avalé l’équivalent d’un litre de café pour toi. Sûrement plus. J’arrive pas à tenir en place, confessai-je en me réinstallant correctement sur le lit, rapprochant le cendrier au passage. Comment tu vas ?

Au vu de sa mine quand même légèrement renfrogné, pas si bien qu’il espérait sûrement me faire croire… Mais on avait passé la majorité de ces derniers jours à s’engueuler, et mon envie de le provoquer était, pour une fois, très loin de mon esprit. Pour le moment.

-Ma großmutter est tombé sur la photo de ce matin… Elle m’a écrit quelque chose pour que je te le dise, attends, demandai-je en fouillant au plus profond des poches de mon jeans. Alors…

Mes yeux décryptèrent les quelques lignes dans le silence le plus complet, le sourire s’élargissant de plus en plus au fil de ma lecture.

-Ca commence par : Bel inconnu. Dans le cas, certes peu probable, mais quand même possible, où mon petit-fils ne vous suffirait plus, je lui laisse le bon loisir de vous donner mon adresse. Et c’est signé Edda, terminai-je en relevant le nez sur Therence, en mordant ma lèvre pour retenir un rire. Et je crois qu'elle attend plus ou moins une réponse...

Je tirais une latte sur la cigarette toujours allumée avant de l’écraser et de reposer mon regard sur l’air surpris de l’adolescent. La clope plus les cernes qui n’avaient de cesse de se démarquer par leur teinte de plus en plus foncée, il était évidemment qu’il se posait bien plus de questions dans son crâne que ce qu’il me demandait. Mais il était encore trop tôt pour en parler… Et quoi de mieux qu’éluder des questions silencieuses et intrusives par quelque chose d’un peu plus lubrique ? Asher avait dû s’endormir puisque aucun bruit ne se faisait entendre depuis le salon : c’était parfait. J’avançais l’ordinateur sur le matelas pour m’allonger de tout mon long, la tête dans les mains, en observant le brun parler. Un observateur extérieur aurait pu penser que j’avais des étoiles dans les yeux rien qu’à le regarder… et il n’aurait pas eu tort, ce qui, sur le long terme, pouvait devenir quelque chose de problématique. Mais pour le moment, ça ne comptait pas. Parce qu’il était là avec moi, d’une certaine manière, et pas avec Bruny en train de se frotter l’un à l’autre. C’était déjà un bon point !

-Therence ? Loin de moi l’idée de vouloir te distraire dans tes révisions, mais… ça te dirait, un action ou vérité ? J’ai bu trop de café pour m’endormir…, soupirai-je d'un air entendu.


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Therence Garnet

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MessageSujet: Re: Ich hab noch einen koffer in Berlin | Therence & Adriann   Lun 4 Juil - 2:01



Action
Une inspiration, un click, et Adriann m’apparait à travers l'écran. Depuis combien de jours il est parti déjà?... J'ai l'impression que des semaines entières défilent, et chaque fois que j'ai des nouvelles de lui, c'est une épiphanie.

-J’ai avalé l’équivalent d’un litre de café pour toi. Sûrement plus. J’arrive pas à tenir en place trépigne t-il effectivement derrière son ordinateur. Comment tu vas ?

... C'est là que je suis censé lui dire que je suis arrivé en retard au bahut, que j'ai failli me faire confisquer notre principal moyen de communication, que pour l'avoir récupéré je me suis retrouvé condamné à une joyeuse introspection dans le bureau de la psy scolaire, à cause de laquelle je me suis retrouvé en retard à notre rencart, et tout ça par sa faute, non?...

-... Ça va, ça va.

Tous mes muscles se détendent, et si c'est possible je crois que mes cellules aussi, y compris celles qui s'agitaient furieusement dans mon cerveaux et dans mes veines. Un sourire a pris naissance sur mon visage gentiment exaspéré. Comment est-ce que je peux lui faire une crise après ça?... Ce sale séducteur,  impatient et qui reste éveiller "pour moi"... il a l'art de choisir ces mots. Ou pire, il est vraiment sincère...

-Ma großmutter est tombé sur la photo de ce matin… Hé, hé, la phot... Heu, quoi?! Non!!! Elle m’a écrit quelque chose pour que je te le dise, attends.

Il me fait une farce?! J'espère que la chaleur que je sens circuler sous mes pommettes, ce n'est pas un vilain far. Non, sérieusement, il me fait marcher?... Penché sur l'ordi comme si ça allait me permettre de mieux voir, je le regarde lire le chiffon avec embarra, surtout quand ses commissures grandissent, et grandissent... Mais accouche!

-Ça commence par : Bel inconnu. Dans le cas, certes peu probable, mais quand même possible, où mon petit-fils ne vous suffirait plus, je lui laisse le bon loisir de vous donner mon adresse. Et c’est signé Edda se marre t-il à moitié pendant que je me cache derrière ma main. Et je crois qu'elle attend plus ou moins une réponse...

-M... Mais qu'est-ce que tu veux que je lui dise?! bafouillè-je en m'ébouriffant le crâne. Je ne sais pas où me mettre. Et arrête de te marrer! Montre moi ce papier. ... C'est bien ce que je pensais : dis lui que je parle pas l'allemand!

Voilà! Problème réglé! Qu'il se propose comme le traducteur qu'on ne peux pas nier qu'il est et je... je... je ne peux pas faire grand chose de très concret à l'autre bout du monde, mais! Je trouverais bien, il devrait savoir que rien ne m'arrête quand je suis d'humeur vengeresse. Tsss, espèce de crétin. "Mais où tu laisses trainer son portable aussi?!" râlé-je. Encore heureux que je n'ai pas cédé à la plaisanterie de lui avoir envoyé une photo de mon... ! Oh bon sang... Mais avec ses bêtises, je me fais dragué par une grand-mère. Et mon ego est très partagé quant-à se féliciter ou non de l'ampleur du public que je peux me vanter de séduire...

Victime de la complicité frapante entre le petit-fils et l'aïeule Weizerling, je m'enfonce lourdement dans le dossier du sofa et riposte en le foudroyant exagérément du regard. Je m'apprête à lui dire qu'il ferait quand-même bien de mieux garder son mobile ou le verrouiller efficacement aussi, mais à bien y penser je me ravise. Parce que je suis sans doute le premier qui tient le plus à y regarder sans avoir à déjouer d'obstacles...

-C'est une vieille habitude que t'as retrouvé? demandè-je calmement en désignant le bâtonnet incandescent.

Depuis que je le connais, j'ai jamais vu Adriann avec une clope. J'ai pas non plus aperçu de cendrier rempli chez lui, pas par ses soins c'est sur. Et cette question, ce n'est que le sommet insignifiant d'un iceberg de détails évidents et de questionnements plus profonds à son sujet. C'est idiot, mais ça me fais prendre conscience que derrière le Adriann que je côtoie, le professeur de criminologie à l'université, le wendigo de Beacon Hill, l'amant fougueux et à l'accent étranger si singulier... Il y a aussi l'allemand avec une vie ailleurs. Une famille, des potes... des habitudes. Et pendant qu'ici, je n’attends que son retour... est-ce que sa vie là bas le rattrape sans même qu'il en prenne conscience?... C'est juste une cigarette, c'est pas comme s'il admet... m'annonçais avoir renoué avec de vieux amours non plus! Enfin, ça fait réfléchir... Puis ses cernes profondes, ça lui donne pas vraiment l'air de quelqu'un qui profite du pays et d'une visite de famille comme il s'en est justifié. Couplé à son tube de tabac ou quoi que ce soit d'autre et son petit air négligé, ce n'est définitivement pas que la somme de plusieurs détails qui trompent.
Mais je n'aborderais pas le sujet maintenant alors qu'on se retrouve sur des bêtises.
Et il le sait.
Alors on fait comme-ci...

-C'est des clopes de chez toi?

Le genre qu'il ne retrouvera pas ici à tous les coins de rue, tout comme son Schnaps typiquement germanique? J'ai rien contre, j'ai eu ma période aussi, ce sur quoi j'embraye plutôt que m'attarder de façon trop visible sur le malaise que ça me procure, et histoire de faire la conversation... Tiens, qu'il me dise : où il le trouve son Schnaps? Parce que j'ai beau avoir fait le tour des commerces de la ville, le seul schnaps que je trouve, c'est sa pseudo version américaine... Et puis en période de pré-vacances et fiesta, ce serait cool que je puisse faire connaitre à quelques potes, ça change des liqueurs du Mexique ou de... Mais je fais du ménage dans mes pensées quand il s'installe autrement en face de moi pour me couper.

-Therence ? Loin de moi l’idée de vouloir te distraire dans tes révisions, mais… ça te dirait, un action ou vérité ? J’ai bu trop de café pour m’endormir…

-... Tu sais que je suis très fort à ce jeu là. souris-je en me remettant de la surprise, complétement séduit par son initiative et son minois pétillant.

Surpris, je le suis. Parce que derrière l’excitation de façade, une part de moi s'interroge. Est-ce que je dois comprendre qu'il m'ouvre une porte, ou bien il veut seulement qu'on s'amuse tous les deux?... Il me cache des choses, et... oser me permettre de jouer à ce jeu là, c'est pas rien... C'est l'occasion pour que j'élucide ses mystères, savoir ce qui ce passe. C'est risqué pour lui. C'est tentant pour moi. Très tentant. Mais il m'a aussi demandé de lui faire confiance, et d'attendre jusqu'à son retour, sagement...
Est-ce que je dois saisir l'opportunité qu'il créer? Ou est-ce que je dois lui prouver que je crois en lui et laisser tomber mes réflexions, et m'abandonner à un entretient canaille, sans tension, juste nos frivolités insouciantes?...
Je ne sais pas. On verra bien...

-Je suppose que c'est à moi de répondre le premier? Mmh... Action. écartè-je les bras, prêt à répondre à ses désirs.

Qu'est-ce que tu me réserves Adriann? Et moi, qu'est-ce que je pourrais te réserver quand ton tour viendra?...

La sentence tombe, prévisible vu son petit air gourmand, mais à demi-moins que je l'avais imaginé. En témoigne ma mine à mi-chemin entre un sourire incontrolable et l'envie de lui faire une scène.

-Mon action, c'est de faire un strip-tease aussi long que le temps de mon retard?! Mais tu sais à cause de qui je suis en retard, Monsieur j'envoie des messages au milieu de la nuit?!

Je rêve! Je refuse d'entendre que c'était au petit matin, il m'a réveillé au mauvais moment et j'en ai payé les frais toute la journée.

-Le temps d'une chanson. Marchandè-je, pour la peine. Je tiendrais pas un strip improvisé si longtemps.

Je râle et je râle, mais il peut être fier de m'allumer quand il veut cet idiot. Bon, voyons voir... je pianote quelques instants à la recherche d'une musique adaptée à mon gage, et je vais tirer les rideaux pour casser la luminosité de fin d'aprèm' qui éclaire l'appartement. Je juge mon ensemble de tous les jours en bousculant la table du passage, on est loin d'un cadre soigné qui se prêterait à ce genre de déballage coquin. Mais ok, allons-y pour un show maison et de la totale impro!


La musique démarre par des battements réguliers pendant que je termine d'installer l'ordi sur mon bureau et régler l'inclinaison de l'écran. Et sûr que la vue est bonne pour Adriann, j'essaie de me mettre dans le rythme, non sans rire à moitié de notre jeu stupide. Je bouge sur des mouvements simples en glissant mon regard sur le beau d'abord puis en les détournant régulièrement ailleurs, jusqu'à les fermer pour mieux m’imprégner du son. Puis ça coule tout seul, les lentes ondulations du bassins, les remous des épaules, la main que je passe dans mes cheveux en rouvrant les paupières puis les refermant, fausse alerte pour mon public que j'ai décidé d'ignorer. J'effleure ma lèvre inférieure du bout des dents en imaginant ce qu'il éprouve de son côté. Dans mon monde, je lui tourne le dos à pas lents, mais quand je reviens dans sa direction, c'est pour le regarder enfin. Ce t-shirt nous gène? demandè-je d'un haussement de sourcil en retroussant le dit t-shirt jusqu'à mi-abdo. Je fais glisser mes doigts le long du pan du vêtement, mes bras qui s'entrecroisent, pour le soulever en accentuant mes balancements corporel. Je m'ébroue quand ma tête est libérée, et envoie le t-shirt valdinguer en repoussant quelques mèches rebelles du front. La vue te plais Adriann? La vue que j'ai de toi, de ton regard dévorant me plais énormément... J'approche de lui, de l'appareil qui me renvoie son image, sourire avide, saisis l'écran, et je lèche la caméra du nombril avant de revenir à sa hauteur et glisser un avant bras puis l'autre de chaque côté de l'ordinateur pour réitéré mes ondulations, une onde qui me fait me cambrer en partant des épaules jusqu'à mes reins à plusieurs reprises, tantôt arqué dans un extase imaginaire, tantôt courbé en accrochant intensément son regard.

Il a du feu dans les yeux, j'ai du feu dans le corps. Je tiens à ce qu'il le sache et me caresse sans pudeur en mimant toute ma frustration. Pourtant de nous deux, je ne crois pas être le plus frustré pour le moment... Mes mains glissent, sur ma gorge, sur mes côtes, sur cette cicatrice qui n'existe plus lorsque c'est Adriann qui me regarde, et dans un cheminement parallèle, mes mains échoues dans mon pantalon. Combien de minutes ont passées? Je m'en fiche maintenant. C'est l'état de mon professeur qui défini la durée. Je me sens roi en déboutonnant le jean avec nonchalance. Je le laisse avec la braguette ouverte le temps de me recoiffer, satisfait que mon amant ne puisse rien faire d'autre que ronger son frein, puis je m'en débarrasse enfin.

Mon boxer pour dernier rempart, je lui présente mon profil pour simuler des coups de reins souples et profonds que je lui destinerais avec autant de plaisir que je le contemple, puis je croise les mains derrière ma nuque et remue dos à l'écran pour lui laisser en profiter aussi. Un coup d’œil par dessus mon épaule et mes pouces accroche un côté et l'autre du sous-vêtement. Un petit encouragement?...

Je suis joueur, et méchant, alors je lui cache la vue du morceau de chair qui lui fait tellement envie en faisant danser le tissue devant, le cachant de ma main et tirant bénéfice des hors champs de la webcam. Le symbole même de la distance qui nous sépare devient ludique au rythme de la musique et de mes idées. Je joue avec l'inclinaison de l'écran, le baisse en jouant près du sol, le redresse en gardant mes doigts sur le capot comme une tête que je ne peux pas tenir. Vue plongeante je m'offre à tes yeux, vue du dessus je te domine...

I wanna f*ck you like an animal... ♪

La chanson qui joue ses dernière accords, j'emporte l'ordinateur et Adriann avec pour le déposer sur le lit, et je l'y rejoins d'un bond avec un coussin ramené du canapé en travers de mes cuisses à nues. C'est fier de moi que je m'adosse dans mon oreiller en croisant les bras derrière la tête.

-Verdict? m'amusè-je franchement. Ça mérite bien une note ou quelques compliments, non?

A mon tour, je m'étale à plat ventre, les coudes croisés sous mon torse pour observer mon allemand.

-A toi. Action ou vérité?

Ce sera action. Mmmmmh... dur dur après ce qu'il m'a fait faire... mais la nuit avance chez lui, et si je pourrais passer des heures à jouer à ça, lui risque de tomber de fatigue avant que j'ai pu en profiter. Et vu son état... ce serait un gâchis sans nom... Je serais bien tenté par un strip-tease moi aussi...

-A poil. commandè-je.

Mais moi, je n'ai pas sa patience!
A poil, ce n'est pas son action. Ça n'est que le prémisse... J'éclate de rire en lisant la délivrance dans ses yeux. Je ne me retient pas de le regarder se désaper en véritable sauvage. Nous voilà d'égale à égale maintenant. Alors je cherche, j'hésite, puis...

-Fais toi plaisir.

Et je me réinstalle en pacha. Je suis sûr qu'il saura interpréter ce généreux commandement de la meilleure façon qui soi. Mais fais gaffe à ce que je n'en perde pas une miette mon beau!

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Adriann Weizerling

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MessageSujet: Re: Ich hab noch einen koffer in Berlin | Therence & Adriann   Jeu 7 Juil - 0:53


Adriann

connecté avec Therence






J’avais réussi à faire rougir Therence. L’exploit faisait écho dans mon sourire immense tandis que je regardais l’adolescent bafouiller comme il pouvait pour essayer de garder un minimum d’honneur… peine perdue.

-Je mérite une récompense pour t’avoir fait rougir !, arguai-je sans me départir de mon sourire.

…Quoi que ma großmutter était celle vraiment responsable du fard… mais il était hors de question que la pensée d’Edda et Therence ensemble ne se contente ne serait-ce que de germer dans mon esprit, méditai-je à ce sujet en tirant une latte sur ma cigarette.

-C'est une vieille habitude que t'as retrouvé ?
-Ouais, on peut dire ça. Asher a des paquets partout dans son appart’, alors je me sers…
-C'est des clopes de chez toi?

Il m’analysait. Je pouvais le lire dans son regard qu’il ne se satisfaisait pas de cette excuse et qu’il cherchait à creuser la raison de cette subite addiction. Pourtant, il ne dit rien de plus à ce sujet et la conversation dériva banalement sur le Schnaps, alcool dont je lui promis de ramener une bouteille ou deux. Malgré le café, un bâillement m’échappa… et je n’oubliais pas pourquoi j’avais ordonné à Therence de ramener son joli derrière sur Skype à l’origine. Sans aucune tactique, je lui proposai un Action ou Vérité… même si, au vu de ce que j’avais en tête, il était facile de prévoir que l’option vérité ne serait pas réellement utile.

Mon corps bouillonnait. Ma chemise était de trop, mon T’Shirt était de trop, tous mes vêtements étaient de trop. Même mon boxer devenait trop serré tandis que Therence continuait de se déhancher  devant la caméra… Les frissons de mon épiderme affluaient au rythme de ses mouvements, se faisaient plus nombreux lorsqu’il mordait sa lèvre ou se rapprochait de l’écran pour mieux me provoquer encore. Difficile cependant d’estimer ce qui était le plus excitant : son corps ou le regard qu’il plongeait dans le mien, sulfureux, provocateur, brûlant. Ses  mains caressaient des endroits où j’aurais aimé y trouver les miennes alors que, bouche entrouverte, le souffle court, je luttais pour ne pas les faire suivre le même chemin sur mon corps… A ses coups de bassins contre un corps imaginaire, m’imaginant très bien à cette place, je laissais échapper un grognement bien réel, le visage entre les mains, dénonçant la torture d’un regard fiévreux. Et à sa demande d’encouragement, partageant sa mine joueuse, j’éventais mon visage d’une main… un faible euphémisme pour évoquer le feu qui brûlait au creux de mes reins…  et au fur et à mesure les dernières notes de musique retentissaient, sonnant la fin de cette douce torture. Je voyageais à travers l’appartement de l’adolescent en tentant tant bien que mal de me remettre les idées en place… ce qui, au vu de mon état, était bien évidemment peine perdue.

-Verdict ?, demanda Therence en réapparaissant dans mon champ de vision, fier comme un coq.
-…Je veux le même en rentrant, répondis-je, des étoiles comme du feu dans les yeux.

A moi de choisir, donc… Action, ou vérité ? Quel choix difficile… Action, évidemment. C’était à mon tour d’assurer le spectacle pour te faire plaisir, Therence Garnet… Alors ? A quel jeu veux-tu m’initier ?

-A poil.

Petite exclamation de victoire alors que, déjà, ma chemise volait hors du lit, rapidement suivit de mon T’Shirt et de mon jeans. Impatient ? Nooon. Ce n’était que justice. Lorsqu’enfin, mon boxer rejoignit le tas de fringues, je me recouvris de la couette. Autant le faire patienter tandis que j’attendais ma sentence…

-Fais toi plaisir.

…Vraiment ? Un large sourire illumina mon visage tandis que je réfléchissais déjà à comment m’installer pour faire profiter Therence du spectacle… Sortant de sous la couette, je rapprochais une chaise du matelas, posait l’ordinateur dessus avant de jeter un coup d’œil brûlant au pacha de l’autre côté de l’écran. Comment assurer le show ? Un sourire au coin des lèvres, je m’installais au bord du lit et me penchai en arrière, soutenu par mon avant-bras. Les yeux fermés, avec la sensation très présente et plaisante d’être observé, ma main libre commença à parcourir mon corps avec une lenteur presque cruelle, imitant fidèlement le chemin que Therence avait parcouru avec ses propres doigts quelques minutes plus tôt. Le long de ma gorge, sur mon torse, descendant jusqu’à mon nombril pour remonter jusqu’à l’un de mes boutons de chairs. Mordant ma lèvre, mes doigts coururent à nouveau en suivant la ligne de mon ventre pour plonger lentement entre mes cuisses. Le frisson était encore plus exquis en sachant qu’il regardait, impuissant à l’autre bout du monde… une caresse furtive sur mon giron et je rouvrais les yeux pour les plonger dans ceux de Therence, satisfait de le voir suspendu à son écran, tandis que, toujours dans la même langueur, ma main finit par se saisir de mon membre et commença à coulisser contre celui-ci. La tête rejetée en arrière, les sensations décuplées par son regard, des gémissements franchissaient de plus en plus régulièrement mes lèvres… jusqu’à ce que je me redresse à nouveau et que, dans un sourire plus provocateur que séducteur, je fasse glisser ma langue sur mon majeur et l’attrape entre mes lèvres. Indirectement, c’était aussi à celui qui allumerait le plus l’autre… et je comptais bien rattraper mon fiasco des numéros…  Le regard ancré dans celui de Therence, désireux l’un comme l’autre, je faisais lascivement aller et venir mes lèvres sur mon doigt, rapidement rejoint par un deuxième.

-Ne te touche pas... Pas maintenant, ordonnai-je à l’adolescent dans un soupir lorsque ces mêmes doigts glissèrent entre mes chairs, me faisant cambrer à leur passage, mordant ma joue pour retenir un gémissement trop fort.

Mes jambes s’écartèrent légèrement, les deux mains prises pour me mener à l’orgasme. Les vagues de plaisir s’intensifiaient petit à petit sous mes mouvements de bassins, les yeux clos… Les dents plongées dans la chaire de ma lèvre, je retenais à grande peine les manifestations de mon désir, avant de tout stopper. Net. Essoufflé, je réouvrais  les yeux sur Therence et lui offris un sourire en coin.

-Action, ou vérité ?

Son regard valait tout l’or du monde, pensai-je alors que j’insistais encore. Alors, action ou vérité ? Lorsque, sans surprise, il opta pour action, mon sourire s'agrandit :

-Jouis en même temps que moi, ronronnai-je presque en le regardant. Je te laisse le temps de me rattraper ?

*

Les yeux clos, affalé sur le lit, un bras sur mes paupières, je reprenais doucement mon souffle. En relevant la tête, je pus constater que Therence en faisait autant. Paresseusement, les membres encore engourdis, j’attrapais l’ordinateur et le calai à mes côtés tandis que je me glissais sous la couette.

-Asher va me tuer quand il saura ce que j’ai fait dans son lit…, soupirai-je en frottant mon visage, sans regretter quoi que ce soit pour autant.

Je me réinstallais sur le ventre, l’oreiller sous le menton pour observer l’adolescent. Pesant le pour ou le contre dans une balance mentale, je finis par pousser un autre soupir.

-Therence… ? Je choisis Vérité.




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Therence Garnet

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MessageSujet: Re: Ich hab noch einen koffer in Berlin | Therence & Adriann   Dim 10 Juil - 20:32



Vérité
-Je mérite une récompense pour t’avoir fait rougir !

Je... j'ai pas rougi! J'ai envie de lui balancer quelque chose sur la tête en guise de récompense, mais mon ordi me supplie de ne pas céder à la tentation. Je trouverais bien de quoi lui faire piquer un far moi aussi à cet entremetteur du troisième age!
Outre ses bêtises, il continue de rester secret. "Ouais, on peut dire ça" réplique t-il à sa nouvelle ou peut-être ancienne lubie de fumer. Pas un mensonge, mais pas non plus une réponse satisfaisante... Néanmoins, il n'est plus question de vérité lorsqu'il me défis à un nouveau jeu avec son minois langoureux... ce n'est pas seulement pour la causette que l'allemand s'est enivré de café, et parler, je ne suis plus très sur d'en avoir envie à partir de là... Sans surprise j'opte pour de l'action et j'hérite d'un strip-tease pour monsieur Weizerling. Ok, voyons comment il réagit à mes facéties...  

-…Je veux le même en rentrant. s'enchante t-il tandis que je m'étale sur mon lit dans le plus simple appareil. Son enthousiasme me ravi. A son tour maintenant, je veux ma part de spectacle!

Deux mots suffisent pour que les vêtements s’envolent et que le bel animal soit prêt à répondre à mes... à nos désirs. La nuque bien calée dans le creux de mes mains, je soutiens son sourire séduit d'une mine amusée. Ça tangue et ça tremble, jusqu'à ce que l'ordi convenablement installé, il réapparaisse avec le regard luisant de promesses... Il se laisse choir sur le dos, en face de moi pour m'offrir une vue indécente de l'ensemble de son anatomie et il l'explore d'une main calme et sensuelle, électrisante... reflet taquin de mes mouvements de plus tôt. Qu'est-ce que je donnerais pas pour être cette main qui glisse inexorablement le long de son nombril et qui remonte finalement lui causer quelques tourments... Je caresse des yeux ses lèvres transies et sa pomme d'Adam qui vague au grès d'une déglutition, j'effleure mentalement les sillons de ses muscles qui remuent aux passages de ses doigts. Le regard intense qu'il plonge dans le mien me fait frissonner de toute part. Il est le maitre incontestable de la partie maintenant et il en joue sans scrupules. Ses soupirs me régalent, mais je lâche à mon tour une petite plainte inassouvie quand il prend les choses en mains et s'abandonne sous mes yeux. Rah! Prisonnier de l'autre côté de l'écran, je me retrouve victime de mon propre gage!... Et lui, toujours plus terrible, revient à moi pour se lécher les doigts et me laisser imaginer la suite... Je dégluti. Mon rôle de spectateur ne me suffit pas, je me frotte nerveusement le cou puis le torse avec l'envie d'engloutir ses digitales moi aussi... arrête de me faire languir Adriann...  

-Ne te touche pas... Pas maintenant , défis mon roi qui se comble en égoïste.

"Sadique", murmurè-je en refermant péniblement les doigts qui me démangent à si faible distance de l'aine. Mais ok, je suis prêt à le regarder faire jusqu'au bout et sans rechigner, je suis plus fort que le désir croissant qui me possède!...

Bon sang, est-ce qu'il à conscience à quel point il me rend dingue quand il se débat avec son propre plaisir?! L'envie paradoxale de répondre à sa détresse et de le torturer un peu plus qu'il me procure, en sachant que je ne peux que subir ses propres choix?! Son visage se crispe et se relâche désespérément, je retiens ma respiration avec lui, le sang qui pulse dans mes veines, le feu qui consume mes entrailles et frémis sous ma peau, aux portes de la culminance... Quand soudain, tout s'arrête. Mais...?

-Action, ou vérité ?

Qu... quoi?! M... mais... Il redemande, haletant et coquin.

-Action! Action!!! martelè-je de la voix comme j'aurais aimé le contrôler d'une télécommande.

Play! Qu'on puisse reprendre! Il peut pas en rester là!

-Jouis en même temps que moi ronronne t-il d'une voix tendre et rauque de plaisir. Je te laisse le temps de me rattraper ?

Un sourire carnassier prend possession de mes lèvres quand je suis enfin autorisé à faire écho à ses envies.

-J'arrive.



Aah! L'extase... Tous mon corps se détend et s'enfonce dans le matelas. Pas moins de 9000 Km de distance, 9h de décalage, et pourtant! Deux corps et deux esprits entrent en symbiose et explosent à l'unisson... Mmh... vue comme ça, la physique quantique me parait ridicule et moi et mon professeur immensément puissants...
Je reviens doucement de mon nuage en ouvrant les paupières sur un Adriann également affecté. J'échange un sourire avec lui en me recouchant plus près de l'ordinateur, le bras replié sous ma joue et grattouillant la coque autour de l'écran à défaut de pouvoir atteindre sa chair. La fine pellicule de sueur sur sa peau reluit quand son torse se gonfle et se dégonfle.

-Asher va me tuer quand il saura ce que j’ai fait dans son lit…

Rires partagés à cette idée. Pas sûr que justifier un impitoyable Action ou Vérité suffise à innocenter l'allemand de passage... Je le regarde gigoter avec le sourire, apaisé par notre plaisir solitaire à deux et d'humeur contemplatrice. Des réflexions se dessinent sur son visages, me rendent curieux, mais je n'attend pas spécialement qu'il brise cette petite bulle de silence...

-Therence… ? Je choisis Vérité.

Mon sourire disparait instantanément. Je... je m'attendais pas à ça. Mes yeux fuient son regard et cherchent quelque part sur les couvertures. Je reprend pied. Je réfléchi. Des questions, j'en ais tellement...

-T'es pas parti pour des vacances.

Ce n'est pas une question, c'est une affirmation. Je ne veux pas qu'il me pense bête ni... aussi indulgent que je peux l'être pour l'instant. Je suis pas sûr de tenir le reste de son absence sans chercher à savoir pour lui, et... me proposer des questions, je ne sais pas si c'est louable ou cruel de sa part étant donné sa supplique de lui faire confiance de la veille. J'ai tant de choses à lui demander. Qui est Anna? Pourquoi il est parti? C'est quoi cette histoire avec Wilder? Pourquoi il est dans cet état? Est-ce que c'est à cause du wendigo?

-... Adriann, est-ce que j'ai quelque chose à voir avec ton départ en Allemagne?

Je ne le lâche plus des yeux. La vérité. C'est ce qu'il s'engage à dire. Au risque de passer pour égocentrique ou pire, parano, j'ai des raisons de douter. Il est appelé par cette nana dont il m'a menti l'existence et ça ne m'aide pas à infirmer l'idée que ça puisse être une ex. La pleine lune arrive, et c'est la première depuis qu'on est sérieusement... enfin, depuis qu'on se voit régulièrement. Et puis je sais que parfois je suis difficilement supportable et qu'on a rien fixé et qu'il n'y a rien à fixer entre nous de toute façon. Alors est-ce que j'ai quelque chose à voir avec son départ? Est-ce que... je représente une gène dans sa vie relationnelle mouvementée comme Lundi ou Clara l'on été, ou est-ce qu'il s'est éloigné pour tenir sa parole de me garder sauf en dépit de sa nature?...
J'appréhende en silence, le détaillant obstinément avec le nez à moitié enfouis entre mon bras et mon point et ne sachant pas ce que je préfèrerais entendre. Si ce n'est la vérité. Rien que la vérité...

Quelle qu'elle soit, je n'ai pas l'intention d'afficher outrageusement ma réaction. Je crois... On est deux adultes, je suis capable de faire avec.

-Tu vas vouloir en rester là pour ce soir?

Il est tard chez lui. Et ce serait raisonnable que j'étudie avant de me préparer pour le ciné. Néanmoins, au cas où il voudrait rester encore un peu... je hausse négligemment les épaules. Ce sera vérité pour moi aussi. Une juste contrepartie pour la question qu'il m'a autorisé à lui poser.

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Adriann Weizerling

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MessageSujet: Re: Ich hab noch einen koffer in Berlin | Therence & Adriann   Mer 13 Juil - 0:39




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« We serial killers are your sons, we are your husbands, we are everywhere. And there will be more of your children dead tomorrow. » ► BUNDY

-Therence… ? Je choisis Vérité.

Je suivis le cheminement de ses pensées en décryptant son visage. Il avait plein de questions à l'esprit, et certainement concernant des sujets que je ne m'imaginais pas forcément. Mais dans la mesure du possible, je voulais répondre sincèrement. J'avais choisis vérité. J'avais toujours choisis cette option... du moins avec lui.


-T'es pas parti pour des vacances.

Son ton était sans appel : il savait. Et au vu des indices que je semais presque malgré moi comme le Petit Poucet, ce n'était pas étonnant. Therence n'était pas idiot. Je secouais la tête en confirmant avec un faible « Non ». Le temps passait et le silence s'éternisait. Nerveusement, je tapotais une touche du clavier, toute tension parasitée par les ronflements d'Asher. Les yeux de mon étudiant accrochèrent les miens soudainement. L'imitant involontairement, je fuyais son regard en détaillant soudainement l'oreiller devant moi.

-... Adriann, est-ce que j'ai quelque chose à voir avec ton départ en Allemagne ?

Je... Qu'est-ce que j'étais censé répondre ? La bouche entrouverte sous la surprise, le cœur battant, je le détaillais, lui et son regard décidé, et pourtant lui avec sa moue... presque attristée. Évidemment que le voir aussi... aussi comme ça ! ne me laissait pas insensible... Au contraire. Et c'était peut-être ça le problème. Je soupirais en frottant ma nuque d'une main, mal-à-l'aise et partagé entre deux sentiments.

-...Peut-être en partie, finis-je par avouer après un gros silence. Il n'y a pas que ça, j'ai une affaire à régler ici, mais... Ouais. Il y a peut-être de toi aussi dans mon départ...

Incapable de lui avouer les raisons pour lesquelles je partais. Pour le protéger des types qui en avaient après Chad et moi ? Pour prouver que je pouvais passer deux semaines sans nouvelles de lui et finir par presque le supplier de m'appeler ou de faire un Skype ?! Alors ouais. Il n'était peut-être pas la raison principale de mon « retour aux sources », mais il avait finit par s'y inscrire. Je n'ajoutais pas un mot, empêchant ma colère ou quoi que ce soit d'autre de sortir.

-Tu vas vouloir en rester là pour ce soir?, me demanda-t-il presque innocemment.
-Non.

La réponse sembla claquer dans l'obscurité.

-J'ai une question pour toi, Therence, commençai-je en contrôlant à peine la rancœur dans ma voix. Qu'est-ce que tu fais des gens qui s'attachent trop à toi ?

C'était injuste. Je le savais. Il n'y avait rien à espérer d'une alliance comme la nôtre, de son côté comme du mien. Ca avait été clair depuis le début. Et pourtant... et pourtant ça ne l'était plus vraiment. Pas pour moi, même si je voulais rester dans la partie, même si cela me condamnait à la terminer en perdant. Je voulais connaître ses règles. Mais sa question et son air affecté, ça, c'était déloyal et égoïste de sa part.

-... Salut, soupirais-je à nouveau en mettant fin à la conversation.

Je repoussais l'ordinateur éteint jusqu'à mes pieds, avant de le dégager d'un coup moins savamment calculé que ce que j'avais cru imaginer. Dans un bruit sourd, il s'écrasa au sol tandis que je rabattais la couverture sur moi avec une folle envie de... de rien.

C’est en me réveillant que la réalité me frappa de plein fouet. J’avais merdé. Enormément. C’est ce que je ne cessais de me répéter en sortant du lit, en passant sous la douche, en réveillant Asher et en quittant l’appartement. J’avais vraiment merdé, et comme me le rappela Anna Angermüller en me voyant arrivé au tribunal, j’avais merdé à tous les niveaux, et je ferais mieux de l’aider à rattraper tout ce que j’avais dit hier. Cela expliqué, elle me tendit une grande tasse de café et m’ordonna de ne pas laisser une goutte dedans. Evidemment, je ressemblais à un zombie, ce qui, dans l’inconscient collectif, n’aidait pas à plaider en faveur du dit-zombie.

*

Tard dans l’après-midi, en quittant enfin la séance, j’avais englouti plusieurs litres de café. Mes mains tremblaient sous l’effet de la caféine, et comme à chaque fois que je sortais de la salle, je vérifiais mon portable. Aucun message. Le néant total. Mon téléphone vibra entre mes doigts, et je le déverrouillais pour répondre à ma großmutter. D’un air visiblement enchanté, elle me rappela non sans un brin d’impatience, que nous avions une soirée de prévue. Comme si j’avais pu oublier… c’était presque la seule chose qui m’empêchait de me rouler sous le premier bureau venu pour faire une sieste. Sautant dans le premier métro, je vérifiais à nouveau mon téléphone et lâchai un profond soupir en constatant le manque toujours plus oppressant de message. C’était normal. C’était moi qui avais pété un câble et c’était donc moi qui devais aller vers lui. Je regardais ma montre : 19 heures. Donc dix heures à Beacon Hills… Au moins je ne le réveillerais pas.


J'ai merdé, hier, pas vrai ?

*

Les néons du club éclairaient le trottoir d’un rose suggestif. Les rares clients qui en franchissaient la porte étaient généralement des couples ou des jeunes prêts à célébrer l’enterrement de la vie de garçon de l’un des leurs. En soi, donc, la présence d’un jeune adulte accompagné d’une femme âgée élevait des soupçons… il ne restait plus qu’à entrer à notre tour pour que tous les vices imaginables ne soient considérés comme normaux.
La jeune femme de l'entrée, brune ténébreuse aux lèvres rouge profond, leva un sourcil sur moi avant de me dégotter un sourire plus large que sa mâchoire. Elle quitta son post de réceptionniste et m'encercla dans ses bras en sautillant, sa voix tirant dans les aigus alors qu'elle criait presque mon prénom. Avisant un nouveau couple qui fit son entrée dans le bâtiment, elle le fit passer devant nous avec professionnalisme avant de se retourner vers moi et Edda. C'est d'un air courroucé que Marie, une amie de longue date, m'informa que je n'avais jamais répondu à son dernier sms... pour prouver mon innocence, je sortis mon téléphone avant d'arrêter mon geste, les yeux plissés... Marie + Therence et son talent pour fouiller dans mon téléphone = une conversation en moins.

-Amusez-vous bien !, nous souhaita la brune en nous accompagnant jusqu'à la salle. Oh, et... J'en connais qui seront très, très heureux de te revoir. Passe donc dans l'autre salon quand tu auras placé ta großmutter entre de bonnes mains, glissa-t-elle en nous quittant pour retourner à son travail.

Edda n’avait pas perdu de temps pour m’abandonner : déjà, elle était installée sur l’une des banquettes, sur le côté de la scène, observant en pouffant l’arrestation… musclée d’un malfrat par un policier moulé dans peu de tissu. Je la laissais au bon vouloir des deux danseurs et allait m’échouer au bar, gardant toujours un œil sur elle. Elle serait capable d’oublier la raison de notre venue ici et de gifler les artistes en les insultants de dépravés… Me tournant vers la barmaid, je commandais deux schnaps. Il était assez tôt pour que les clients ne soient pas trop nombreux, et les verres glissèrent rapidement devant moi. Je regardais à nouveau mon téléphone avant de soupirer. Rien.


Je crois pas que ça mérite un tel silence pour autant... si ?

-Une peine de cœur ?, me lança une voix grave et posée derrière moi.

Je me retournais lentement pour tomber nez à nez avec un frisé plus grand que moi. Il prit rapidement ses marques sur le tabouret à côté du mien, un sourire amusé au coin des lèvres.

-Merci pour le verre, fit-il en le caressant du bout des doigts. Je m’appelle Kaleb.
-Adriann, répondis-je sans lâcher son regard tout en faisant glisser à nouveau le récipient vers moi. Tu bosses ici ?

L’homme m’offrit un sourire entendu. L’autre salon n’était pas loin, après tout, et il ne tenait qu’à moi de lui offrir mon approbation…

-Je plaide coupable pour la peine de cœur, avouai-je en collant ostensiblement ma cuisse contre la sienne. Tu sais ce qui… permettrait vraiment… de me remettre ?, sussurrai-je en me rapprochant de son visage à chaque fois sans détacher mes yeux des siens.

Ses lèvres se rapprochèrent lentement en soufflant un "Je crois que je peux t’aider..." Oh oui, il pouvait m’aider… Doucement, je fis pivoter son tabouret jusqu’à faire face à la scène et me glissais dans son dos, mon torse collé à sa chemise. J’approchais mes lèvres de sa nuque, le souffle contre sa peau en effleurant son oreille du bout des lippes…

-Tu vois la vieille femme, là-bas ? Je veux que tu lui offres une danse. Pas plus. Merci, Kaleb, murmurai-je dans le creux de son oreille en lui fourrant 40 euros dans la poche de son jeans avant de le planter au comptoir en souriant triomphalement.


Je viens de repousser les avances d'un strip teaser. Ca mérite bien une récompense ! Appelle-moi ?

Un cul sec plus tard et à la venue du danseur, je délaissais ma großmutter pour payer une nouvelle tournée et m'exiler dans les toilettes. Un peu de silence dans toute cette foire était plus que bienvenu. Sortant une énième fois mon téléphone, je pianotais jusqu'à appeler Therence. Les sonneries résonnaient dans la salle d'eau, et ne cessaient de s'allonger...

-Hey, Therence ! Je suis désolé pour... pour ce que j'ai dit hier soir. Pour absolument tout ce qui est sorti de ma bouche... Sauf mes doigts, évidemment, mais c'est pas le sujet, marmonnai-je plus pour moi-même que pour mon étudiant.



Therence & Adriann

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Therence Garnet

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MessageSujet: Re: Ich hab noch einen koffer in Berlin | Therence & Adriann   Jeu 21 Juil - 21:45



Anger
Je sais qu’il faut qu’on parle de certaines choses, comme du pourquoi je t’ai menti… entre autre. Mais ça ne se fera pas au téléphone.
Fais-moi confiance pendant deux semaines. C’est tout.


J'ai bien remarqué qu'Adriann n'a pas mon manque de considération pour ses relations, et ça n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd quand dans un jeu similaire à l'anniversaire de Marie il m'a avoué s'être entiché d'un type par le passé. On a pas non plus ré-aborder le sujet de son wendigo depuis la nuit où il m'en a expliqué assez pour me garantir qu'il ne me ferait pas de mal, mais pas assez pour savoir comment c'est concrètement... Alors confronté à tant de silence, je me demande légitimement. Est-ce que je suis un facteur de trop ou au sort incertain parmi ses liaisons, ou est-ce que c'est une façon de me tenir à l'écart de son wendigo et de ses vices inexcusables? Est-ce que j'ai quelque chose à voir avec son départ?!...

-...Peut-être en partie.

Sa voix est basse, neutre. Mais ça me fait l'effet de m'être pris la foudre et me laisse interdit.

-Il n'y a pas que ça, j'ai une affaire à régler ici, mais... Ouais. Il y a peut-être de toi aussi dans mon départ...

-... D'accord. ravalè-je d'un babillement incertain en remuant péniblement contre mon bras, calme, mais plus hagard que je ne l'aurais cru.

On a beau se préparer au coup, c'est toujours difficile de l'endurer réellement. J'ai le cœur horriblement serré et la gorge nouée. Mais ça va, c'est sur le moment. Ça passe vite. Ça s'ingère avec une facilité déconcertante et ça se maitrise, fièrement, une longue inspiration qui passe inaperçue et les muscles qui se détendent. Je savais à quoi m'attendre. Ouais, il y a peut-être de moi aussi dans son départ... ça devrait pas être aussi étonnant.

J'attends, mais rien ne suit qu'un silence éloquent. Et avec ça pas d'explications, évidemment! Pas au téléphone, ni à travers un écran... pas avant son retour à Beacon Hill. Je savais à quoi m'en tenir, j'aurais pu demander n'importe quoi d'autre, mais j'ai fais le choix délibéré d'en demander le moins possible, juste savoir si j'étais concerné par son absence, parce qu'il m'a demandé de lui faire confiance et d'être patient, et que le contraindre à tout me dévoiler ça aurait été trahir ça. Mais je ne suis plus sûr d'être satisfait de mon choix... Et pourtant, je n'ai pas à me plaindre, ni même à lui en vouloir.
Il n'a fait que répondre à ma requête. Il a été sincère avec moi.

Je ne le lâcherais pas sur un caprice. Il n'y a pas de raison pour que je le fasse, il a agit honnêtement et je suis assez mâture et responsable pour assumer mes questions et les réponses qui en découlent. J'ai bien compris qu'il n'avait rien de plus à ajouter, alors s'il veut qu'on s'arrête ici...

-Non.

Si spontané que ça me surprend. Mais j'aurais peut-être préféré l'inverse. Parce que s'il compte poursuivre ce jeu pour m'autoriser une nouvelle vérité, maintenant c'est clair, je ne pourrais pas me contenter d'une réponse de surface, pas après ce qu'il vient de me sortir, pas après la c*nnerie que je viens de faire et la chance que je viens de laisser passer!...

-J'ai une question pour toi, Therence. saisit-il la brèche que je lui présente, d'un ton lourd qui m'alarme. Qu'est-ce que tu fais des gens qui s'attachent trop à toi ?

Ma bouche s'ouvre sur une exclamation muette, à l’instar de mes yeux qui s’écarquillent et se plissent dans une suite de heurt, d'effarouchement et de dégout en me redressant sur mes coudes pour lui faire face. J'aurais jamais du lui permettre de question... Comment il ose me demander ça après cet aveux, comment il peut me... le reprocher?!... Ma tête pivote légèrement de droite à gauche sans pouvoir le lâcher de yeux, sourire désabusé. Lui qui fuit égoïstement, lui qui baise ci et là sans restrictions, je voudrais tellement lui renvoyer sa question à la figure! Mais même si je prétextais haut et fort et avec toute la détermination du monde être sidéré à cause de l'hypocrisie dont il fait preuve, on saurait tous les deux que dans le fond si je reste silencieux, c'est que je ne sais absolument pas quoi répondre. Ou... que je n'y tiens pas. Prendre la peine de me justifier, est-ce que ce ne serait pas significatif en soi? Ce n'est pas tant que je ne sais pas quoi dire, j... je sais pertinemment ce que je fais des gens qui s'attachent bêtement à moi! mais je ne suis pas sûr de savoir quoi lui dire, à lui...

-... Salut.

Qu... qu... quoi?!

-N... non, attend, Adriann!

Écran noir. Trop tard.

Je reste figé devant l'écran, à accuser le choc. I... il est parti. Ma tête est trop pleine et trop vide à la fois pour réfléchir à quoique ce soit. Je suis perdu. Je m'assoie sur le drap, à poil et seul avec moi même, envahi de multiples sensations qui bouillent et qui crépitent dans ma poitrine et partout dans mon corps. Culpabilité. Colère. Le sentiment injuste de subir une punition pour une faute que je n'ai pas commise... disproportionnée. Si j'avais ouvert la bouche, dis n'importe quoi, peut-être que... Pourtant, j'ai rien à me reprocher, il me balance sa question piège puis il me tourne le dos, l'écran sombre qui me renvoie mon reflet ne me permet aucune riposte, ni défense, pas d'explication, aucune réaction, il s'est barré avant de m'en avoir laisser le temps, y a rien à attendre en retour!... Rien.
Alors je m'abandonne au vide qui m’envahit en me disant qu'il vaut mieux garder la face et ne rien ressentir pour ce soir. Et passer à autre chose.

Je ferme l'ordi en songeant à mes révisions, mais avant d'aller me rhabiller, mon oreiller fuse à travers la pièce dans un rugissement bref et puissant et s'écrase violemment contre la face inerte d'un stupide loup dans un tableau.


* * *


Je tapote frénétiquement mon stylo contre ma trousse pendant que les copies nous sont distribuées. J'ai mal dormi. Mais je préfère me dire que le sujet qui glisse sous mon nez y est pour quelque chose. L'importance des exams qui s'enchainent ne me permet pas de m'égarer dans mes priorités. Je considère un peu ça comme une aubaine, ça m'évite de penser à trop de choses à la fois... Je me redresse sur ma chaise, me donne du courage, et fait ressortir la mine de mon bic pour attaquer le problème.

Qu'est-ce que tu fais des gens qui s'attachent trop à toi ?

Pourquoi est-ce qu'il pose la question? Est-ce qu'il ne le sait pas déjà, lui qui désigne mes conquêtes comme des objets dont on dispose?! Est-ce que c'est pas exactement ça au fond?! Ça me fait rire jaune.
Est-ce que seulement je le sais vraiment moi-même?...

C'est pas le genre de question que je me pose. C'est pas le genre de question à laquelle j'ai le moindre intérêt à répondre. Pas jusqu'à maintenant...

Je les ignore. Je les abandonne. Je les repousse si c'est pas assez. En faisant mal, pour être sûr d'avoir la paix, et parce que c'est jouissif aussi. Peut-être parce que c'est jouissif en fait... La tête d'un pauvre petit cœur brisé! Se repaitre de toute l'attention qu'il est possible de recevoir et s'en débarrasser quand ça devient trop gênant, si simplement, c'est idiot de ne pas en tirer partie. Je ne fais pas ça tout le temps, plus maintenant, c'est pas non plus vraiment toujours volontaire. Je veux surtout rester libre et maitre de mes conquêtes et éviter les fardeaux. Alors je garde la distance, je joue, je profite, je fais tellement de choses, il y a tellement à faire avec ces gens là, ceux qui offrent ridiculement leur cœur comme une marionnette confierait sa croix!

Je demande pas à ce qu'on s'attache à moi. Je séduis, je sème le trouble, mais je ne mens pas éhontément sur mes sentiments ou sur un avenir à deux. S'ils y croient, alors ils ne peuvent s'en prendre qu'à eux-même.


La sonnerie retentit. Je me laisse porter par la masse en me sortant de l'esprit le devoir rendu. Cet aprèm' j'ai des heures de libres, il faudrait que j’aille à la bibli du campus. Ça fait longtemps que je veux vérifier quelque chose, et le besoin de quitter mes rêveries et de m’immerger dans le réel m'y incitent fortement. J'ai pas de temps à perdre avec des causes perdues alors qu'ailleurs d'autres histoires m'attendent. Je rallume le tél et constate qu'il y a plusieurs messages.

 J'ai merdé, hier, pas vrai ?

Je crois pas que ça mérite un tel silence pour autant... si ?

Parce qu'il y a quelque chose à se dire? Étonnant, parce que j'ai le souvenir d'un écran vide pour point final à notre conversation de la veille.

-Therence, t'as reçu un sms.

-Laisse ça.


Je retire de sous le nez de Bruny le téléphone que j'ai posé dans mon casier le temps de transférer les bouquins et me risque à un coup d’œil. Rien ne m'oblige à lui répondre...

Je viens de repousser les avances d'un strip teaser. Ça mérite bien une récompense ! Appelle-moi ?

Je reste estomaqué. Une récompense pour avoir repousser les avances d'un... Je rêve?!... Ce s*lop, il s'enfonce dans son manège, il espère quoi là? Que je me sente menacé?! Mais à ce stade c'est pas du cran! Par pitié dite moi qu'il est pas sérieux et que c'est... de la débilité pure! Appelle-moi ? J'ai déjà appelé une fois, et ça a été pour m'entendre demander d'attendre qu'il me revienne pour savoir ce qu'il cache. Et lorsque je l'ai rejoins sur skype à sa demande, c'était pour partager une baise virtuelle avant d'être laisser en plan. Je ne suis pas un toutou qu'il suffit d’appeler pour qu'il rapplique. Au cas où il aurait oublié, il m'a claqué la porte au nez hier soir. Le bon Therence n'est pas du genre à attendre sagement sur le palier. Je reprend mon indépendance.

-Therence, y a quelqu'un qui appelle.

-Laisse tomber j'ai dis.

-Oh! Tu viens de recevoir un message...

-Bruny!

-Bon! D'accord, d'accord!
Lève t-elle innocemment les mains avant de mimer un bouche cousu. Pourtant j'aurais du sentir son agitation et voir la main filer dans mon champs de vision si je ne m'étais pas farouchement réfugier dans mon sac...

-... Les doigts? répète la brunette le visage rond et rose de stupeur.

-Mais qu'est-ce que tu fous avec ce téléphone?! Rend moi ça de suite!

-Ce que t'es de mauvaise humeur!
s'amuse t-elle quand je le lui arrache des doigts, toujours avec son sourire pétillant. Qu'est-ce qu'il c'est passé? Ça avait l'air hot! J'espère que tu vas l'excuser, parce qu'il a un joli accent... Je préfère les latino, mais allemand ça pourrait m'aller du moment qu'il n'est pas comme ce garçon au collège qui...

"Hey, Therence ! Je suis désolé pour... pour ce que j'ai dit hier soir. Pour absolument tout ce qui est sorti de ma bouche... Sauf mes doigts, évidemment, mais c'est pas le sujet."

Crétin.

-Pourquoi t'es désolé? l'attaquè-je fermement lorsqu'il décroche, me dirigeant hors du couloir bondé d'élèves pour un coin plus tranquille. C'était la vérité, non? Alors t'as pas à l'être.

Sois un grand garçon et fais comme moi Adriann : assume.

-Et juste pour info : j'ai des cours et des exams, évite de me harceler comme s'il n'y avait que toi que je doive avoir à l'esprit! Tout le monde ne prend pas des vacances à l'autre bout du monde pour voir sa petite famille et repousser les avances d'un strip-teaser à l'occasion.

Ou quoi que tu y fiches d'autre. T'es loin d'être mon problème, alors lâche moi.

-De toute façon c'est en partie pour ça que tu t'es cassé, comment t'as dit? Ah ouais : il y a bien un peu de moi dans ton départ, non?

Alors pourquoi tu appelles? Pourquoi tu t'accroches? Tu sais très bien à quoi t'attendre de ma part sans avoir besoin que je te donne ma réponse sur le sujet...

-Quand je laisse tomber les gens Adriann, moi je reviens pas leurs courir après. Je suis peut-être un s*lop, mais je me tiens au décisions que je prend.

De façon borné, si borné, que parfois seule une fin inconvenue et irrémédiable peut venir tout faire foirer... Fais pareil b*rdel, te montre pas plus pathétique que tu l'es déjà!

-Et tu sais très bien comment je suis capable de traiter les pots de colle. ricanè-je en débouchant dans un coin d'ombre à l'extérieur du bâtiment.

Mais immanquablement ça relance la conversation de la veille. Pourquoi je répondrais à sa question, pourquoi est-ce que je confirmerais de vive voix ce qu'il sait déjà?!

-Moi aussi j'ai une question pour toi : est-ce que tu demandes à tous tes coups de ne pas aller voir ailleurs pendant que toi tu te fais draguer dans un club de strip-tease?!

Qu'est-ce que tu as à répondre à ça? Si c'était pour m’amadouer, c'est raté, si c'était de la provoc', alors il peut se vanter d'avoir réussi son coup!

-N'impose pas des règles que t'es incapable de respecter toi même...

Et ne me reproche surtout pas de... d'être moi-même en ce qui concerne les relations!

-Je suis pas comme toi, moi! Quelqu'un qui s'accroche, je lui fais regretter comme personne, j'ai pas tes remords à faire chialer les gens!

Même alité dans un lit d’hôpital, je suis encore très fort pour ça, c'est pas lui qui dira le contraire!  

-Mais à ce propos je veux que ce soit clair, je...

Je... je me pince les lèvres en me retenant d'exploser et incapable de sortir les mots qui me brûlent les lèvres. Je...

-Je suis pas comme toi.

Sur ce sévère regret, je raccroche et fourre le tél dans ma poche. Je m'attache pas aux gens, moi. Et je ne suis pas prêt à laisser quelqu'un s’agripper à moi non plus.

Je ré-installe mon sac sur l'épaule d'un geste sec et quitte mon mur pour rejoindre la sortie du lycée, à bout de nerf. Je ne mangerais pas avec Bruny ce midi, je pourrais pas la supporter, elle a du aller rejoindre ses copines au réfectoire de toute façon. Le téléphone se met à vibrer dans ma poche, je raccroche aussi sec. Mais à peine rangé que ça vibre à nouveau. Je réitère le geste, soupire...

-B*rdel, arrête d’appeler!!! gueulè-je à travers l'appareil en regrettant déjà d'avoir cédé.

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Adriann Weizerling

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MessageSujet: Re: Ich hab noch einen koffer in Berlin | Therence & Adriann   Dim 24 Juil - 22:39




Phone calls

« We serial killers are your sons, we are your husbands, we are everywhere. And there will be more of your children dead tomorrow. » ► BUNDY
Tous mes SMS restaient sans réponse. Je jetais régulièrement des coups d'oeils, entre deux verres, puis, une dizaine de minute plus tard, en observant Kaleb faire sa danse. Et dire que j'avais laissé tombé ça pour me faire tout simplement ignorer... Un verre plus tard et je me réfugiais dans les toilettes pour composer le numéro de Therence. Et au bout de plusieurs sonneries, faute d'avoir décroché son téléphone, je laissais quelques phrases sur sa messagerie. En soi, pas le meilleur moyen pour se faire pardonner ma question de la veille. Après un long soupir, je m'apprêtai à sortir de la salle d'eau lorsqu'un vibrement m'arrêta dans mon élan. Je décrochai sans même réfléchir, enthousiaste.

-Pourquoi t'es désolé ?, lança-t-il de but en blanc. C'était la vérité, non ? Alors t'as pas à l'être, conclua-t-il, agressif.

Je ravalai brusquement ma joie de l'avoir au téléphone.

-Et juste pour info : j'ai des cours et des exams, évite de me harceler comme s'il n'y avait que toi que je doive avoir à l'esprit!
-Je te harcèle ? Excuse-moi d'avoir envie de savoir si tu m'en veut ou non !
-Tout le monde ne prend pas des vacances à l'autre bout du monde pour voir sa petite famille et repousser les avances d'un strip-teaser à l'occasion. 
-C'est pas ce que tu imagines ! J'ai amené ma gr-
-De toute façon c'est en partie pour ça que tu t'es cassé, comment t'as dit? Ah ouais : il y a bien un peu de moi dans ton départ, non?
-Tu m'as demandé la vérité, Therence, et c'est ce que tu as eu. Arrête de réagir comme ça !, râlai-je, excédé.
-Moi aussi j'ai une question pour toi : est-ce que tu demandes à tous tes coups de ne pas aller voir ailleurs pendant que toi tu te fais draguer dans un club de strip-tease?! 

Encore ça ?! Je passais rageusement une main dans mes cheveux en continuant de faire les cent pas.

-Je t'ai déjà dit que j'étais pas dans un club de strip-tease pour ça !
-N'impose pas des règles que t'es incapable de respecter toi même...
-Que je suis incapable de respecter ?! Mais si tu tenais tellement à ce que je la respecte, cette putain de règle, il aurait peut-être fallut que tu dises quelque chose à l'aéroport, au lieu de me laisser partir sans rien demander !
-Herr Weizerling ?
-Was ?!, hurlai-je, hors de moi, au type derrière la porte que j'avais verrouillée.
-Je suis pas comme toi, moi! Quelqu'un qui s'accroche, je lui fais regretter comme personne, j'ai pas tes remords à faire chialer les gens!, gueulai Therence de son côté du combiné.
-Ihre großmutter !, enchaîna l'autre.
-Ta gueule !, finis-je par trancher en me tournant vers la porte, sans ne plus savoir à qui je voulais hurler ça à la base, ni dans quelle langue.
-Mais à ce propos je veux que ce soit clair, je... Je suis pas comme toi. 

Un rire désabusé franchit mes lèvres. Comment est-ce qu'il avait dit, déjà ?

-Qu'est-ce que tu t'es retenu de dire, Therence ? Ca allait être la vérité, non ?

Trois bips répétitifs m'indiquèrent que la conversation avait été coupée. Rageusement, je donnais un coup de pied dans la poubelle, avant d'ouvrir la porte à la volée, excédé. En se reculant de peu pour ne pas se manger la porte, Kaleb planta dans mes yeux un regard empreint de panique. J'avais presque oublié sa présence, à l'autre... Sèchement, je lui demandai quel était son problème, avant que mon regard ne soit happé par des pompiers entrant en courant dans la salle. C'était elle. C'était Edda.


*

-Vous êtes parents ?, demanda une voix en brisant le silence de la chambre d'hôpital.

Je relevai le front du matelas dans lequel reposait ma großmutter en posant un regard las sur le médecin. Comme je l'avais répété pour la énième fois, oui, nous étions parents.

-Vous devriez vous reposer, tenta le médecin. On m'a dit que vous n'aviez pas fermé un œil de la nuit.
-On ne m'a toujours pas dit ce qu'elle a, recentrai-je la conversation d'un ton sec.
-On ne vous a rien dit ?, répéta-t-il bêtement avant de se reprendre. Simplement un malaise vagal, mais étant donné son grand âge, nous avons préféré la garder en observation.

*

Mon esprit oscillait entre les rêves et la réalité dans un équilibre précaire. En bruit de fond, la voix d’Asher venant du salon faisait office de parasite. Et, malgré mon visage enfoncé dans les oreillers, il devenait de plus en plus compliqué d’ignorer le timbre grave qui troublait la quiétude de la nuit. Mais qu’est-ce qu’il pouvait bien faire à… ma main s’abattit sur le réveil. Qu’est-ce qu’il foutait encore debout à 02H37 ? Dans un long soupir, je me levais paresseusement et sans m’inquiéter de sortir en boxer, je quittai la chambre pour le salon. Plissant les yeux sous la soudaine lumière, j’avançais, une main en visière pour stopper l’agression dont mes pupilles étaient victimes. Trainant des pieds jusqu’à la cuisine, je jetai un coup d’œil à mon colocataire.

-Qu’est-ce que tu fous debout aussi tard ?, grognai-je en ouvrant enfin complètement les yeux.
-Moi ? Je suis sur… Chatroulette.

Je le considérai un moment, une main sur les hanches tout en vidant un verre d'eau d’une traite, la mine méfiante. Sur Chatroulette, hein … ?

-T’es pas le genre de mec à être à poil sur ce genre de site, toi ?, me marrai-je en m’approchant de lui et de l’ordinateur.
-Venant du mec qui éjacule sur le lit de son pote hétéro, le reproche me fait doucement marrer… Bon ! Retourne te coucher, râla-t-il en me balançant un oreiller. Tu fais fuir les dames !
-Je sais que tu fantasmes sur moi, souriais-je en attrapant sa joue entre deux doigts comme une mamie. Et je dormirais si tu parlais moins fort !, arguai-je en levant mon majeur à son intention tout en m’échappant dans la chambre, essuyant un nouveau tir de coussin.

Une douce odeur de pancakes et de gaufre me fit battre des paupières. A peine réveillé, j'enfilais déjà un T'Shirt pour remplir mon estomac qui criait famine. Distraitement, je regardais mon téléphone et lorsqu'il afficha onze heures, je me ruai presque dans le salon, étouffant le calcul mental presque automatique de l'heure qu'il devait être à Beacon Hills... A la cuisine, tout souriant et réveillé, sans aucune cerne ni rien indiquant qu'il ait passé la nuit à tout faire sauf dormir, Asher préparait le café. Ce mec n'était définitivement pas humain... Tel un pacha, je m'installais à la table et me remplit un énorme bol de chocolat chaud.

-Tu sais, c'est pas parce que je te fais pitié que tu dois forcément être au petit soin pour moi.
-Tu plaisantes ? J'ai tout cuisiné pour moi, c'est toi qui t'incruste, râla-t-il en volant la gaufre que je venais de poser dans mon assiette. Blague à part... tu as beau avoir meilleure mine que quand tu passais tes nuits à baiser virtuellement avec ton copain, tu vas pas mieux pour autant, si ?

J'haussais une épaule en tartinant consciencieusement une nouvelle gaufre. A son regard sévère, j'avalais une gorgée de chocolat chaud avec une mine innocente, comme pour lui signifier que je ne pouvais pas parler la bouche pleine.

-Ne me fais pas compter jusqu'à trois, Adriann, menaça-t-il. Ca fait combien de temps que vous vous êtes pas parlé ?
-Ca va, ça va ! Je sais pas. Tu crois que je compte en plus ?, râlai-je avant de lever les yeux au ciel. ...Quatre ou cinq jours. Ca va être le cinqu-

Mon estimation resta suspendue lorsque, sur la table, mon téléphone vibra, encore et encore, sans discontinuité. Therence. Je relevais les yeux sur Asher, suspicieux, avant de les reposer sur l’écran. Des SMS continuaient d’arriver sans interruption. Finalement, j’attrapai l’objet et… le passait en mode silencieux, sous le regard incrédule d’Asher. Dans le silence désormais total, je croquai dans ma gaufre en ignorant royalement les signes de mains épileptiques de mon ami, dont les yeux étaient rivés sur l’écran qui ne s’éteignait jamais. A peine avais-je fini ma bouchée que le brun me claqua l’arrière du crâne et me tendit le téléphone d’un air autoritaire. Je m’en saisis sèchement, et sans prendre la peine de lire ses messages, je pianotai :

Comment ça se passe, là ? Je porte plainte sous statut du harceleur harcelé ?  

Et lorsqu’enfin mon pouce coulissa pour lire les messages, je retenais difficilement l’esquisse d’un sourire en mordant dans ma joue… sans savoir si je devais ou non être flatté d’être celui à qui Therence choisissait de parler lorsqu’il était saoul.

Est-ce que tu es saoul ?

Reposant le téléphone sur la table et bien décidé à ignorer le regard trop triomphant d’Asher, je reportai toute mon attention sur mon assiette… jusqu’à ce que mon mobile danse sous mes yeux avec la photo de Therence : appel entrant. Mon colocataire me désigna strictement sa chambre du doigt et les yeux levés au ciel, je m’enfermai dans la pièce.

-Qu’est-ce que tu veux ?, soupirai-je sans méchanceté en m'appuyant contre la porte.




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Therence Garnet

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MessageSujet: Re: Ich hab noch einen koffer in Berlin | Therence & Adriann   Lun 1 Aoû - 1:46



A demi-mots


Musique électro diffusée à fond d'une pièce a l'autre, la maison est pleine à craquer. Il y a ceux qui boivent, ceux qui cuvent, ceux qui retombent en enfance, une enfance folle et décomplexée, et ceux qui sont prêt à baiser contre le premier mur à leur disposition.
Adossé contre le chambranle de la porte vitrée qui donne sur le jardin, je retire le goulot de mes lèvres en observant la décadence qui m'entoure. Conscient. Simple spectateur.

-Salut.

Je jauge la jeune femme qui m'aborde en se berçant des hanches. Les cuisses bien rondes, ses yeux soulignés façon chat et le décolleté qui encadre sa poitrine rebondie. Elle est jolie. Mais je suis pas intéressé. Je migre ailleurs sans un mot. Rien ne m'en empêche.
Je préfère m'installer dans un grand fauteuil en face d'un tout autre spécimen. A demi stone, la grunge dépose un peu de poudre blanche dans un bout d'allu. Je la regarde faire sans rien dire. Le petit sachet rangé à l'intérieur de sa veste en jean, elle chauffe le papier, renifle et s'extasie avant de poser les yeux sur moi.

-T'en veux?

-Non.

-Je t'invite.
insiste t-elle langoureusement en rallumant le briquet.


Le téléphone échappe de peu à finir exploser contre le mur du réfectoire. Je boue. Mais si tu tenais tellement à ce que je la respecte, cette putain de règle, il aurait peut-être fallut que tu dises quelque chose à l'aéroport, au lieu de me laisser partir sans rien demander ! Enfoiré. Il me fera pas culpabilisé comme si j'avais ma part de responsabilité là dedans. Parce qu'il aurait simplement suffit de quelques mots pour garder un baratineur dans son genre? Ne serait-ce avoir l'assurance qu'il n'irait pas voir ailleurs?... On sait bien tout les deux que quoi que je demande rien ne l'empêchera de faire ce que bon lui semble avec qui il veut, de DIRE ce qui l'arrange. C'est pas comme si j'étais pas l'une des causes de son départ non plus. C'est pas dans sa nature d'être sage...


-...Envie de rester sage, pour ça que t'en profite pas? Je continue de la dévisager. Quel homme modèle...

-Je suis pas sage. Je le suis plus depuis longtemps. Mais si je me défonce, je pourrais pas attendre que toi tu n’aie plus la tête sur les épaules pour pouvoir t'embarquer dans un coin.

Ses yeux s'arrondissent soudain, et elle éclate et ronfle de rire. Elle se laisse tomber dans les coussins en cachant son rire ridicule dans sa main, m'amusant par la même occasion.

-Tu te prends pour un psychopathe?!

Rien qu'un sourire et mes yeux qui l'accrochent. Le regard plus sérieux et pas moins pétillant qu'elle me porte en dit long sur ses pensées. C'est vrai. Y a quelque chose d’excitant dans l'idée de coucher avec un danger potentiel, tellement plus avec un danger avéré, si elle savait... C'est le gout irrésistible des limites qu'il est risqué de franchir, l'orgueil de tenir la bride, ou de s'en remettre au hasard en fait, qui sait vraiment... C'est le frisson d'être confronté à une façade en sachant qu'autre chose se cache derrière sans savoir exactement quoi. C'est un jeu permanent. Et manque de pot, je suis terriblement joueur...


... Mais qu'est-ce qu'il fout encore dans les parages celui-là? Les partielles sont pas passées pour les futurs charpentiers? Non loin de la bibliothèque, je regarde Wilder traverser le campus avec un camarade. Sauf que je suis tout sauf d'humeur à supporter ses sourires et ces vannes d'agaceur. Pas après le coup de fil de midi. Je poursuis ma route en ignorant méchamment le loup, direction la bibliothèque.

-Excusez moi, fis-je relever le visage défraichie de la bibliothécaire. Les Yearbooks d'avant 2005, ils ne sont pas consultables? J'ai regardé en rayon et dans les documents numériques, mais...

-Si, aux archives. Il faut demander pour les consulter. Quelles années?

-95 à 2000.

-Je vais voir. Attendez moi là.


Je patiente en jouant avec la carte de bibli, presque réplique à celle qui atteste que je suis étudiant ici. Elle revient avec un petit empilement et j'hésite.

-Heu... Vous travaillez ici depuis longtemps?

-... Trois ans.


Oh. Je crois que je l'ai vexé. Mais vu son age, j'ai supposé qu'elle bossait ici depuis... bref. J'embarque les albums et m'installe dans un coin pour parcourir les pages où se succèdent photos et éloges. Yearbook de l'université de Beacon Hill, 1997-1998. Beaucoup de filles, autant de garçons, pas d'index pour trouver ce que je cherche... Garner. Garner? Trevis Garner. Il doit avoir la vingtaine, de grosses binocles, une coupe horrible, je me fais la réflexion que je suis très loin d'y trouver la belle femme dans laquelle je peux me vanter d'avoir été moulé... Mais mon sourire disparait en m'attardant sur le type à sa droite, plus brun, plus assuré. Puis sur son camarade à côté. L'autre au dessus...


-Aller, au moins une. T'aura les idées plus... claires.

-C'est pour garder les idées claires que je touche plus à ces trucs.

-On arrête jamais...

-J'ai eu une prise de conscience.

-Genre?


Je fais face au scepticisme de la jeune femme et regarde autour de nous. Les corps qui ce soutiennent, ceux qui gisent inertes... et j'avale une lente gorgée.

-Si je dérive, maintenant... je risquerais de couler.

Parce que personne n'ira me rattraper. C'est le revers de la solitude arrogante. Mais je peux pas couler. Quelle que soit les contrariétés et les déceptions, y a un truc pour lequel je me laisserais pas aller.


Je ferme le book et recommence depuis la première page, parcourant chaque portrait, chaque photo, consciencieusement. Et s'il était là quelque part? Il parait que je ressemble à ma mère. Mais je dois bien lui ressembler aussi, à lui, à mon paternel! Un regard similaire. Une ligne de menton commune. L'image que je possède de lui est celle d'un animal. Mais à Beacon Hill, les loups sont aussi des hommes presque comme les autres...
Je scrute, je fouille, chaque images et chaque articles, à la recherche d'Elisabeth Garnet et d'un faciès masculin reconnaissable, des étudiants en passant par le personnel...
Je suis le mieux placé pour savoir quelle stupide alchimie peut amener élève et professeur à enfreindre le tabou.  


-... Alors tu restes raisonnable.

Hochement de tête. J'ai perdu tout intérêt de faire ça. A quoi bon s'agiter s'il n'y a plus personne pour regarder et intervenir? Je suis ma propre assurance et mon propre soutient, je connais mes atouts et mes limites. Comme quoi il est imbécile celui qui ne comprend pas combien je me suffit à moi-même. Combien personne ne m'est indispensable.

Je termine ma bouteille, me lève, et je choppe ma compagne de soirée sous les genoux pour la faire basculer sur mon épaule.

-AH! Qu'est-ce que tu fais?

-T'es prête. Alors je t'embarque.


Elle rit, elle cri, on ne la prend pas au sérieux. Elle ricane encore quand je la laisse tomber sur un lit à l'étage dans la première chambre vide que j'ai trouvée. Depuis combien de temps je me suis pas tapé une fille?... Je retire mon t-shirt, je l'aide à faire de même avec le sien, et je l'allonge fermement sur la literie. J'empêche ses mains de se balader pendant que mon nez glisse dans ses cheveux sombre. Mais ce sont des cheveux blés qui me viennent à l'esprit. Les cheveux de Clara. Peut-être parce que c'est avec elle que je devrais couchée. De façon à m'en souvenir cette fois.
Combien de fois il l'a prise, lui? Qu'est-ce qu'il lui a trouvé? Qu'est-ce qui l'a poussé à en faire une régulière? Qu'est-ce qu'elle a de spécial? Je pourrais le découvrir... Adriann, je pourrais le découvrir et mieux le connaitre à travers elle... à travers d'autres... celles et ceux qu'il a côtoyé...
Je ne lui cours pas après par insuffisance... je l'ai en travers. Et je suis rancunier...
Y a si longtemps que j'ai pas varié le menu, je souffle le long du nombril de ma conquête jusqu'à son jean que j'ouvre en grand, prêt à la faire grimper aux ri...

Un ronflement sonore me coupe dans mon élan.

Mes épaules restent basse quand rassis entre ses genoux, je la regarde qui dort comme un meunier aux bronches de fumeur. Nooon...

Je voulais me défouler, mais pas avec une poupée de chiffons, je voulais un échange et des réactions! Je suis dégouté, mais pas assez pour ce qui m'arrive, et la prise de conscience me fatigue.
J'ai aucune envie de cette nana.

Je renfile mon t-shirt et retourne en bas profiter de la soirée en jetant un regard à sa veste oubliée au pied du lit.


Il est connecté?...
Je détourne péniblement les yeux, d'autres choses auxquelles penser, j'ai une house party dans quelques heures. Quatre jours depuis notre dispute, et aucune nouvelles, pas un message, pas un appel. Rien. C'est pas à moi de revenir vers lui comme j'y ai déjà consenti, et pour quel résultat? Il finira par se manifester. Il faut juste être patient...
... De la patience, tu parles! J'ai jamais été patient! Il y a une flopée d'Anna Angermuller sur le net, et je ne cesse de jeter coups d’œil sur coups d’œil en me demandant si c'est avec elle qu'il parle si tard, sinon avec qui! On en restera pas sur cette engueulade, il s'imagine m'avoir cloué mais je le laisserais pas s'en sortir sans avoir eu d'explications : j'envoie l'invitation vidéo. Et... Et je me demande si j'aurais pas mieux fais de réfléchir avant d'agir... Qu'est-ce que je vais lui dire? Je l'ai pas quitté gagnant au téléphone... même si j'ai des torts à lui renvoyer à ce...

... Heu...

Je fixe le gars qui apparait, perplexe. C'est pas Adriann ça!!!
Je rabat subitement le clapet de mon ordi.  

M*rde! Mais qu'est-ce que quelqu'un fout sur son compte?! Déjà à partager ses affaires privées avec un nouveau petit... Ooh. Ou un ami de longue date et coloc' peut-être... Soupir. Plus que de me sentir embarrassé, je crois que je suis en parti soulagé. La confrontation n'aura pas lieux. Pas besoin de me justifier. Pas à subir de nouveaux reproches... Néanmoins c'est plus fort que moi, je jette un oeil, juste pour voir si Adriann est par là...
... Et ce que je vois c'est que l'autre gus n'a pas désactivé l'appel vidéo.

Depuis combien de minutes j'observe ce mec en train de grignoter, le nez dans un manuel non loin de l'écran? Regarder les gens à leur insu je pourrais faire ça longtemps. Mais j'ai eu le temps de faire le tour du personnage pour finir par m'ennuyer et être assuré... au moins me persuader! qu'un type qui laisse trainer un pyjama dinosaure dans un appart' aussi bordélique ne fera jamais partie des critères d'Adriann. J'arrête de tapoter des doigts sur mon biceps et me redresse face à l'écran.

-Psst!

Assez jouer. Adriann est pas là, mais lui, il est présent. C'est son pote, il le connait... il sait forcément! Alors puisque le professeur refuse de parler...

-Hey, Asher!

C'est ça, approche! D'un regard sur le décor affiché à l'écran, je m'assure que notre connaissance commune ne soit pas cachée quelque part.

-Salut! Asher c'est ça? Je suis un... pote d'Adriann, et...

Et... et pris d'un doute, je cherche mes mots.

-Heu... tu... comprends ce que je dis au moins?

Parce que moi je ne parle pas un traitre mot d'allemand, et... et pas de réponse. Il me regarde en mâchant de la même façon que j’attends quelques mots de sa part. Comme deux ruminants qui se jugent...  Okaaay... Soit il ne comprend effectivement pas ce que je dis... soit, fait assez probable, je suis un divertissement pour l'amateur de grenouillère et il se fout de moi. Sauf que je ne suis pas là pour rigoler et je voudrais vraiment éviter qu'Adriann se pointe et nous choppe en pleine conversation! Comment est-ce qu'on dit "est-ce que tu connais"? Non, plus simple, peut-être "qui est"? J'ai pas la moindre notion d'allemand...
Je cherche, commence à pianoter et je m'agite, c'est frustrant de ne pas pouvoir communiquer!... Ah!

-Anna?

Et j'observe sa réaction les sourcils figés en arc au dessus de mes orbites d'espérer quelque chose. Est-ce que ça lui parle? Il plisse les yeux, mais j'ignore si c'est d'ignorance ou de méfiance de m'entendre balancer ce nom alors que je réitère d'un incertain petit "Anna?...". A quoi il articule soudain.

-Angermüller?

-C'est ça!
M'exclamè-je tout sourire. Anna Angermuller!

Et... Et donc? Est-ce qu'il peut me dire qui c'est? Qui elle est pour Adriann?!
Mais mon excitation fond comme neige au soleil quand il réplique et interroge à son tour.

-Super... mais je comprend que dalle en fait...

Et il est exclu de s'écrire sur le compte d'Adriann. Est-ce qu'il peut me le faire comprendre, me donner quelques indices?!... Je réitère en geste évocateurs et prénoms.

-... Anna et Adriann? Ensemble, comment on dit ensemble?... suza... zusammen? Parce que c'est de l'allemand, ça...

L'autre s’esclaffe de rire. D'accord, j'ai peut-être pas l'accent, mais de là a... Et il baragouine je ne sais quoi en se calmant - est-ce que je lui ait dis que je pigeais pas un mot d'allemand?! - et retourne bouquiner... Hey, non, reste là!!! Je l'interpelle, désemparé. J'ai pas le vocabulaire adéquat, mais tout mon être exprime assez de détresse pour lui faire saisir qu'il est mon unique moyen de savoir qui est cette nana. Je sais que c'est louche, mais je ne lui demande pas de trahir un ami, je veux juste savoir pourquoi cette femme l'a contactée juste avant qu'il ne rejoigne leur pays... Aller Asher, soit un mec sympas et aide moi!...

Mine suppliante contre regard considérateur. Il quitte soudain le bureau sans un mot. Heu... Mais il va revenir, pas vrai?... Je deviens blême. Oh non, non, non, non, il a pas intérêt à avertir Adriann ce crétin! C'est pas avec lui que je veux parler de ça, enfin évidemment que si, ce serait plus simple, beaucoup plus simple même! Mais comme monsieur tient à conserver le silence jusqu'au retour...

-Asher?... appelè-je en parcourant l'écran à la recherche d'un signe de vie. Asheeer?

Quand il fait subitement irruption devant mon nez. J'ai sursauté, et ça fait marrer cet idiot. J'ai une envie folle de lui  tordre le cou avant qu'il ne pianote sur son tél et me dévoile l'écran. Le visage collé à celui de mon ordinateur pour essayer de lire la page qu'il tient trop loin, je m'illumine peu à peu. "Blablablabla, Anna Angermuller"... C'est elle, c'est la Anna d'Adriann. Je copie le lien et parcours l'article sur mon appareil et sans subir la langue de Goethe... Mais je me fronce peu à peu.

-Avocate?...

Parce que le wendigo a un faible pour les pince-sans-rire en robe noire? Je devrais pas être étonné vu sa profession et ses appétits, mais... c'est quand même pas pour le boulot? C'est pas lui qui a besoin d'être représenté, c'est idiot!...
J'interroge son ami du regard.

-Pourquoi une avocate?

Mais c'est la panique quand je vois notre criminologue apparaitre paresseusement dans son dos. M*rde, m*rde, m*rde! Je balais des mains pour avertir Asher et par pitié, illustrè-je d'un indexe contre les lèvres, qu'il ne dise rien de cette discussion à Adriann!!!

J'écrase mon pouce sur la cam et saisis le claper de mon ordi pour le fermer par sécurité, mais à leur réaction je devine que je n'apparais plus sur l'écran. Ce qui n'est pas leur cas de mon côté...

Mon adrénaline retombe en observant Adriann voguer dans l'appart' sans se douter que je l'observe à l'autre bout du monde. Ses cheveux en bataille et son corps à demi-nu marqué par la texture du matelas ne me provoque pas le manque charnel habituel qu'une telle vue m'inspirerait. Pas en le sachant en colère et en l'étant moi-même. Pas en le voyant rire et jouer avec son compagnon comme deux grands gamins. Je devrais être énervé, envieux, vexé! Mais le voir et l'entendre sans pouvoir participer, sans oser lui parler, supporter son manque d'attention... c'est son absence toute entière qui n'en est que plus palpable. Et ça me ronge et me malmène à l'intérieur.

Adriann a disparu. Et Ce n'est que quand l'allemand s'adresse manifestement à moi que je réagis. C'est vrai, je suis toujours en visu moi aussi...

Un sourire furtif, simple merci pour son aide, et je me déconnecte sans un mot. Je reste bloqué sur Adriann qui mène une vie à laquelle je n'appartiens pas en me demandant si j'ai encore une place dans ses pensées. Je comprend qu'autre chose qu'un banal mal du pays l'a poussé à s'expatrier, une affaire à régler comme il a dit... Mais ça ne retire rien à ses cachotteries ni aux paroles qu'il a eu. Ça ne fait qu'engendrer plus de questions.
Et je lui en veux pour ça.
Il n'a pas à me faire subir ça...

Pas lui...


Je descend la moitié de mon verre et le claque sur la table. Sonia? C'est la seule affaire que je lui connaisse et qui me vienne à l'esprit, mais il a pas à mentir là dessus, j'aurais compris... Son wendigo? Je ris. Il est trop malin pour se faire chopper, notre criminologue criminel... Ou alors... Anna. Ou encore son vieil amour hétéro et marié. Ou un strip-teaser choppé un soir, ou la première chose baisable qui ait pu lui passer sous la main, j'en sais rien... Non, j'en sais rien. Mais y a une chose qui est sure...

Il y a peut-être de toi aussi dans mon départ...

J'avale, je veux sentir le liquide me consumer le gosier, le cerveau et les veines. Comme si j'avais fait quelque chose de mal...

Il y a peut-être de toi aussi dans mon départ...

Mais j'ai rien à me reprocher. Pas tant qu'il préfèrera garder mes torts sous silence ce dégonflé.

Il y a peut-être de toi aussi dans mon départ...

Ce n'est pas moi qui l'ai rejeté, c'est lui qui est parti!!!
Sans donner ces p*tains d'explications...
Comme si ça comptait pas... comme si je comptais pas, moi. Mais bon sang, je croyais qu'il avait confiance! Parce que moi je lui... je le... pour moi il est...

Qu'est-ce que tu t'es retenu de dire, Therence ? Ça allait être la vérité, non ?

...
Je balance le gobelet vide pour une nouvelle boisson.


* * *


Tuuuuuuuuuut. Tuuuuuuuuuut. Tuuuuuuuuuut. Et une p*tain de messagerie. Pour la quatrième fois.
Ah ouais? M'sieur veut pas décrocher? M'sieur veut pas décrocher. Mais j'ai pas besoin qu'il s'accro... décroche pour le pourrir, moi! Il va voir, s'il va m'ignorer encore longtemps... On ignore pas Therence Garnet!!!

ESk ta couché avec nna??

jsais que t'es allemagne pour elle!

Ouais! Je l'ai vu dans le téléphone, me mens surtout pas!!!

ou C l type marié??

HEY

Rpond!! Je sais que t'es la

Comment ça se passe, là ? Je porte plainte sous statut du harceleur harcelé ?  

J... Oh! Parce que c'est une victime! Je m'apprête à balancer encore, un "ske ta couché avec Wiler aussi, hein??" à peine frappé quand la question qui apparait sur l'écran me déconcerte. Est-ce que je suis saoul?... Beuh! Comment il sait?... Je jette un regard soupçonneux à droite, puis à gauche, et je me redresse bien droit et m'applique à pianoter un sobre...

j'ai pas bu.

J'aime pas trop cette impression de sentir son regard me peser dessus à des millier de kilomètres de là.

1 verre.

...

8

non, 5!

Et toi tes ou??

Qu'est-c'tu fais? Avec qui?! Commence pas à me reprocher des trucs alors que t'es le premier à enchainer les c*nneries!... Mais il me renvoie intelligemment ma question.

Pk? tu vas vnir me chercher?

Je souris, sans vergogne.

ca va, j te taquiiine

Fais pas ta tête de wendigo fautif! Je la vois d'ici. Elle se lit, là, dans ton écriture. Ou absence d'écriture... Enfin bref, on m'la fait pas, t'es trop prévisible vieux! Je continu d'envoyer, il peut pas stopper mes écris comme une convo vidéo, là.

je rentr chez moi

A pied la mmoto est chais pas ou

Me sens-je obligé de le rassurer. Quand même. Un peu.

Ah! chez moi , je suis allé avec des potes ils sont rentrés

suis pas loin  

J'envoie le message et ce c*n de tél ce met à chercher mon correspondant... Oh! Un appel.

-Allô? C'est quiii?

-Qu’est-ce que tu veux ?

Ça alors! Mon allemand préféré...

-Bah heu... je sors d'une soirée. Y avait pas de stip-treaser, mais c'était suuuper cool. Dommage que t'étais pas là, hein. marmonnè-je en me grattouillant la nuque. Où je suis? Mes orbites roulent largement tout autour de moi. Chuis dans la rue. Côté centre ville. Pas loin de chez moi j't'ai dis. J'y vais, là.

Et d'un pas décidé, j'y vais! Je marche, droit, jusqu'au bout du trottoir... heu... puis je me retourne... me retourne encore... c'est par où en fait?... C'est fou, la nuit toutes les rues sont les mêmes...

-... Ch'ais très bien où ch'uis. veux-je être sûr de dissiper tout doute. Mais il est perpi... perpsi... perspi... intelligent le wendigo! C'est bien ma veine...

-Pas besoin de taxi. ... Pas besoin de taxi. ... Pas besoin de taxi j'te dis!

N'insiste pas!... Mais je fini par soupirer et chercher un indice assez gros à lui fournir sur ma localisation exacte. Ah! L'enseigne du commerce, là. Oh, mais je sais où je suis en fait.

-J'ai pas besoin de taxi, je te jure.

Mais faut croire qu'a errer seul en pleine nuit je risque de me faire enlever par des dingues... Et quand il prévient devoir s'absenter pour passer le coup de fil puisqu'il sait pertinemment que je ne le ferais pas, je bondis sur place.

-Non attends, raccroche pas!!!

Steuplais!...
Mon cœur bat fort dans ma poitrine et je m'accroche désespérément au mobile contre mon oreille jusqu'à entendre sa voix. Il ne raccrochera pas... Je m'adosse contre un mur et me laisse glisser par terre, l'esprit vague et les genoux comme du coton, l'un que je rabat contre mon torse en regardant une voiture passer.

-'Driann?... son silence m'inquiète. Je veux être sûr qu'il est toujours là. Chuis désolé.

Je me mordille l'intérieur de la lèvre en ne sachant pas à quelle réaction m'attendre de sa part.

-Pour c'que j'ai dis. Ou pas dis en fait. C'est compliqué!... E... et toi aussi, t'es compliqué! Tout est compliqué!...

C'est pas simple de répondre à ses attentes. Ni de poser les bonnes questions pour lui.

-C'est dur... je fais des efforts, j'te jure que je fais des efforts! Mais c'est dur de rien comprendre et être mis de côté... C'est cruel!...

Si seulement je savais ce que j'ai fais de travers!... Si seulement je saisissais le nécessaire pour pouvoir faire ce qu'il faut, juste ce qu'il faut pour... que ça fonctionne entre nous...

-Et, dis, j'le pensais pas quand j'ai dis qu'tu devais laisser tomber l'autre midi! T... t'es mieux que ça... ris-je nerveusement.

Tu laisses pas tomber les gens, toi. T'es trop attentionné pour ça, tu prends soin des gens, même quand tu les largues comme Clara! Tu me laissera pas tomber...

-... Adriann... appelè-je tristement. J'ai du mal à formuler mes pensées et savoir s'il m'en veux encore. J'ai besoin de l'entendre me parler, bouger... savoir qu'il est là...

Mais lorsqu'il cherche à comprendre ce qui ce passe, ça fait comme un gros déclic. Je cligne plusieurs fois des paupières. Je regarde autour de moi, et je dégluti en me réinstallant un peu mieux, conscient de l'image pathétique... inquiétante? que je renvoie. Il est inquiet... c'était pas le but. Pas de cette inquiétude là...

-Ça va, je... juste l'autre jour et tout... balayè-je de la main en me raclant la gorge pour embrayer timidement. Et toi, ça va?...

Mis à part le fait qu'il est je sais pas quelle heure là bas et que je le tiens au téléphone?...

-Ça va, ça va, j'te jure!... Ça va mieux, maint'nant.

... Maintenant que je l'ai au tél. Et qu'il est pas si fâché... Ou plus trop... moins froidement on va dire? Je me sens idiot. Je pensais pas l'alarmer, juste... l'inquiéter un peu, un tout petit peu peut-être... Enfin bref. ...Je suis un vrai crétin...

-Il est cool ton copain. Idiot mais cool. ris-je gentiment en espérant détendre l'atmosphère. Mais si mon sourire persiste c'est pour mieux cacher ma crainte ensuite. Cette Anna qui t'a appelée... vous... vous êtes proches aussi?...

Juste un oui ou un non?... Je sais que rien ne l'oblige à parler. Pas après sa demande d'attendre pour des explications. Pas après nos disputes. Pas après... mes silences...

-Je voulais pas que tu partes moi tu sais... J'ai... J'ai pas envie que t'ailles voir ailleurs Adriann. J'te l'dis, maintenant, j'ai pas envie que t'ailles voir ailleurs...

Et je prie pour qu'il ne soit pas déjà trop tard, qu'il m'ait pas remplacé, qu'il soit apte à m'entendre. Que ce ne soit pas irrémédiable...

-... J'ai pas envie que t’ailles voir ailleurs...

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Adriann Weizerling

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MessageSujet: Re: Ich hab noch einen koffer in Berlin | Therence & Adriann   Lun 8 Aoû - 3:16




caring

« We serial killers are your sons, we are your husbands, we are everywhere. And there will be more of your children dead tomorrow. » ► BUNDY
Ses yeux perçants scannaient la foule sans se poser sur quelqu’un au hasard. Elle était comme un prédateur dans la faune, avec le loisir de choisir sa proie. Et sa proie, en l’occurrence, c’était moi. Dès qu’elle aperçut l’ombre de ma silhouette, elle se dirigea vers moi, ses talons claquant inéluctablement dans ma direction. Je ne pouvais pas lui échapper : elle le savait. J’étais foutu.

-Vous vous foutez de la gueule de qui, Weizerling ?, demanda froidement Anna Angermüller en enfonçant deux ongles pointus sur mon torse. Vous avez quinze minutes de retard. Quinze ! Vous êtes habitué à défiler dans ce cirque, pourtant, nom de dieu ! Suivez-moi, le procès nous attend. Est-ce que vous avez fermé les yeux ne serait-ce qu’une minute cette nuit ?, râla-t-elle en louchant sur mes cernes.

Les reproches ne cessaient pas de pleuvoir, chaque jour. C’était son boulot, je le savais, et je savais aussi que je ne faisais rien pour l’aider à gagner. Mais cette affaire m’impactait et me dépassait bien plus que ce que j’avais pu imaginer… sans compter que ma quantité de sommeil était loin d’être celle recommandée pour passer le cap d’un procès haut la main. Ou même pour avoir l’allure d’un innocent auprès des jurés. Alors sur le banc du tribunal, écoutant distraitement l’avocate de la partie adverse, les yeux rivés dans le vide, je me promettais de mettre de côté tous les problèmes extérieurs à cette foutue affaire, le temps de la gagner. Ou de la perdre.

Mes doigts répétaient tous les matins la même chorégraphie. Cravate, peigne, gel, café. Tous les matins, encore et toujours les mêmes gestes pour me préparer à affronter la partie adverse et le comportement affligeant de la femme d’Henning. D’amant à suspect, j’étais aussi devenu le cerveau d’un meurtre sanglant, un manipulateur sans remords qui aurait retourné la pauvre petite femme contre son époux. J’avais déjà procédé comme ça pour éviter de me mouiller, il fallait reconnaître ça à l’avocate qui avait pu imaginer ça. Mais de là à faire passer mon ancien mentor comme responsable de son propre massacre, les jurés voyaient enfin que le plus suspect ici n’était pas moi, mais bel et bien une imagination trop débordante. Et en sortant du tribunal samedi midi, la famille d’Henning avait bon espoir que le procès se termine sur une sentence juste, comme je les entendu dire lorsque ses membres passèrent à côté de moi sans même m’adresser un mot. J’étais incapable de les identifier. Cousin, frère, sœur ? Henning n’en parlait jamais. La seule dont il ne m’ait jamais parlé, c’était sa fille… qui n’avait, à aucun moment, croisé mon regard dans le tribunal. Je ne lui en voulais pas ; j’avais aussi du mal à la regarder de mon côté… difficile d’engager une conversation avec l’amant de son père en temps normal, alors lorsque celui-ci était sensiblement du même âge que sa descendante, je n’osais imaginer. C’était sur ses pensées que je descendais les marches du tribunal pour rejoindre la voiture garée devant. Se dispensant de blagues vaseuses, Asher dégagea son sac plein à craquer du siège passager pour me laisser de la place.

-Tu es sûr que c’est une bonne idée ?
-Mais oui. Elle sera contente de te voir… et puis tu seras mon bouclier si elle s’énerve trop contre moi, soupirai-je en haussant les épaules.
-D’où mon hésitation à dire que c’est une bonne idée. Si elle te lance un truc dessus, tu es mignon, tu l’évites, tu me mets pas en plein devant ! T’es un surnaturel avec des super réflexes, ou t’es juste un bouffeur de touriste ?, me provoqua le brun dans une tentative pour m’encourager.

Devant mon air explicite, il lâcha un "Wichser" et démarra. L’ambiance de Berlin changeait au fur et à mesure que les quartiers défilés. Des filles longilignes trainaient près du Berghain, des petites pilules s’échangeaient entre groupes aux allures de mannequins sortis tout droit d’une publicité. A un peu moins vingt minutes de là, alors qu’Asher se gara en observant des gamins jouer dans la rue devant des mendiants. Rien n’avait changé dans la capitale. Sans refaire le même genre de remarque qu’il avait fait lors de sa première venue ici, mon ami me suivit. Poussant une lourde porte, nous escaladions un escalier miteux et raide sur six étages avant de de frapper à une porte. Les hurlements d’un bébé résonnaient sur le seuil, et tandis que je me questionnais silencieusement sur la présence ou non de nouveaux locataires, la pénombre fut troublée lorsque la porte de ma maison s’ouvrit.

-Salut, maman, tentai-je d'un sourire mal assuré.
-C’est trois jours après avoir envoyé ta großmutter à l’hôpital que tu viens me voir, Adriann ? Tt-tt-tt ! Pas un mot !, fit-elle en me faisant rentrer. Oh, Asher ! Combien de temps ça fait ? Sûrement moins de sept mois, en tout cas. N’est-ce pas Adriann ?, crut-elle bon d’ajouter, comme si je n’avais pas compris à sa première phrase.

Je levais les yeux au ciel en articulant un "Fayot !" à l’enfant qui était plus prodigue que moi avant de me glisser dans la cuisine. Là aussi, rien n’avait changé, pas même d’un centimètre. La  pièce principale était toujours aussi sombre, et bien qu’Asher ne dise rien, je savais ce qu’il pensait : sa salle de bain était presque plus grande que l’espace qui nous servait à la fois de salon et de cuisine.
Après une lutte acharnée, nous avions enfin convaincu ma mère de se reposer tandis que nous cuisinions. Devant un gratin dauphinois, nous rattrapions le temps perdu, parlant de mon "expérience" américaine, du nouveau travail de mon père et bien évidemment, des derniers ragots du quartier. Et loin de se satisfaire d'une simple visite pour le déjeuner, elle insista pour que l'on reste, sous prétexte que nous avions l'air maigrichon, retenant avec grand mal une exception pour Asher.

*

11H. Absolument loin d'être réveillé, je m'installais déjà à table pour profiter du petit déjeuner. Mon ventre criait famine et réclamait tout ce qui pouvait me tomber sous la main ; une gaufre glissa dans mon assiette tandis que de ma main libre, j'attrapais le bol de pâte à tartiner par dessus les plats qu'Asher avait installé. Il avait toujours cru que je plaisantais quand je lui disais qu'il s'était trompé d'études, mais au vu de ses résultats en droit et du goût de ses préparations pour les petits-déjeuners... le choix était vite fait. Sauf pour lui, évidemment. Les sarcasmes habituels remplaçaient les salutations plus formelles, comme des frères habitués à vivre ensemble. Et, comme s'il était réellement mon frère, il glissait des coups d’œils concernés sur moi. Je savais que j'avais souvent été plus en forme. Mais comparé à mon arrivée, c'était déjà un réel progrès d'avoir réussit à faire diminuer mes cernes !

-Tu as beau avoir meilleure mine que quand tu passais tes nuits à baiser virtuellement avec ton copain, tu vas pas mieux pour autant, si ?

Je le regardais innocemment. Je savais qu'il savait que j'avais des cauchemars. Ils n'étaient pas aussi intenses que certains, mais... disons que la présence de Therence m'avait aidé à les canaliser et à les repousser.  Alors oui, je ne baisais plus virtuellement avec lui et par conséquent dormais plus, mais mes nuits n'étaient pas mieux pour autant : je me contentais d'hausser une épaule pour toute réponse. Et c'est au moment où Asher choisit de me menacer que mon téléphone choisit de s'animer sans s'arrêter. Toujours sous l'autorité de mon « ami », je répondis à Therence et découvris ses messages... ainsi que l'étendue des dégâts.

Est-ce que tu es saoul ?

Question rhétorique, auquel il répondit visiblement le plus sérieusement du monde :

j'ai pas bu.


… J'avais envie de lui répondre que pour prétendre ne pas avoir bu, il ne suffit pas d'ajouter des points à la fin de chaque sms. Qui sait, ça pourrait peut-être lui être utile, à l'avenir...

Et toi tes ou??


Et toi, alors ?

Pk? tu vas vnir me chercher?


J'imaginais sa mine satisfaite en soupirant, les yeux levés au ciel. Asher, lui aussi,  me regardait en souriant de toutes ses dents... qu'est-ce qu'il avait encore fait ? Encore cinq minutes à me dévisager comme ça, et il jurerait plus tard avoir vu un sourire sur mes lèvres. Ou pire, du soulagement dans mes yeux du fait que Therence me contacte.

ca va, j te taquiiine


Lawrence Barett, un sens de l'humour en toutes circonstances...

je rentr chez moi


Je me saisis du téléphone, sourcils froncés, commençant à taper furieusement un "Tu rentres à pied, certainement pas en moto", mais un nouvel message ne m'en laissa pas le temps. Sa réponse me provoqua un léger soupir de soulagement. Au vu de son état, il ne tiendrait même pas 200 mètres en moto... cela dit, j'imaginais très bien le cheminement de ses pensées. Sa moto, c'était son amante la plus fidèle, alors s'il ne savait pas où elle était, il ne partirait certainement pas avant de savoir où il l'avait laissé...

Ah! chez moi , je suis allé avec des potes ils sont rentrés


Je relisais encore et encore le message. Ses potes étaient partis, il était saoul, et... potentiellement intéressant pour des chasseurs. Bien. Très bien ! Aucune raison de paniquer outre mesure. Lorsque le téléphone sonna, je bondis presque pour l'attraper et pour me réfugier dans la chambre d'Asher, largement poussé par celui-ci.

-Allô? C'est quiii?, hurla à moitié Therence dans le téléphone.

J'écartai l'appareil de mon oreille en grimaçant, presque sûr que mon tympan saignait abondamment.

-Qu’est-ce que tu veux ?
-Bah heu... je sors d'une soirée, jugea-t-il bon de préciser. Y avait pas de stip-treaser, mais c'était suuuper cool. Dommage que t'étais pas là, hein, expliqua-t-il, m'arrachant un petit sourire.
-Tu vas réussir à rentrer ? Tu es où ?

Une main sur ma nuque, j’essayais tant bien que mal de contrôler le léger sentiment de panique qui m’avait pris aux tripes. Juste assez pour que Therence ne l’entende pas, quoi que dans son état, rien ne garantissait qu’il saisisse cette nuance. Ou n’importe quelle autre, d’ailleurs. Sans prendre grand soin à articuler, l’étudiant commenta sa localisation et le début de son périple. Je l’écoutais marcher sans dire, attentif au bruit de ses pas résonnant dans la rue déserte, d’abord décidés, puis… désordonnés. Il était perdu. Est-ce que c’était surprenant ? Non.

-T’es perdu ?, le devançai-je avec une pointe de sarcasme.
-... Ch'ais très bien où ch'uis.
-C’est ça. Essaye d’appeler un taxi, ça devrait pas être trop long pour aller chez toi…

Et au moins, il serait enfin en sécurité.

-Pas besoin de taxi. ... Pas besoin de taxi. ... Pas besoin de taxi j'te dis!
-J'ai pas besoin de taxi, je te jure, insista-t-il après m'avoir donné une indication assez précise pour que je puisse me faire une idée de l'endroit où il se trouvait.
-Tu bouges pas de là où tu es, d’accord ? J’appelle un taxi, il viendra te chercher. Je te rappelle juste apr-…
-Non attends, raccroche pas!!!

L’urgence de son ton me stoppa dans mon geste. Je reposai le téléphone contre mon oreille en lui assurant que je n’allais pas raccrocher, qu’il ne fallait pas qu’il s’inquiète, comme une petite tentative pour le rassurer et peut-être pour me rassurer moi. Car plus il parlait, et plus il devenait évident qu’il était vulnérable. Du doit, je mis le haut-parleur et pianotai jusqu’à pouvoir écrire un sms. Sélectionnant Chad, je commençais à lui écrire un message culpabilisateur, pour le pousser à sortir son petit cul de son lit, peu importe si Mich y était, et à ramener Therence chez lui, jusqu’à ce qu’un appel déchirant de la part de ce dernier m’interpelle :

-'Driann ?... Chuis désolé.

Un soupir franchit mes lèvres. Mon cœur était serré au maximum, bien évidemment. J’avais l’impression d’être un gamin pris au piège d'un amour impossible. C'était tellement cliché… pourquoi fallait-il que, même complètement saoul, il soit si… si comme ça !

-Pour c'que j'ai dis. Ou pas dis en fait. C'est compliqué!... E... et toi aussi, t'es compliqué! Tout est compliqué!...
-Therence, on est pas obligé d'en parler maintenant, tu sais ?, tentai-je de le rassurer. T'es pas en état...
-C'est dur... je fais des efforts, j'te jure que je fais des efforts!, continua-t-il quand même. Mais c'est dur de rien comprendre et être mis de côté... C'est cruel!...
-Je voulais pas que ça se passe comme ça entre nous, pendant le voyage. Je voulais pas que les silences prennent autant d'ampleur...
-Et, dis, j'le pensais pas quand j'ai dis qu'tu devais laisser tomber l'autre midi! T... t'es mieux que ça...

Un silence s'installa. J'étais suspendu à ses mots, le souffle court, des drôles de picotements dans le bas du dos.

-... Adriann...
-Je suis là.. Je te laisse pas, Therence. Je suis là. ...Ca va aller ?
-Ça va, je... juste l'autre jour et tout... Et toi, ça va?..., demanda-t-il timidement.

Je crois que je pourrais tout donner pour être avec lui à ce moment. Pouvoir le toucher, l'embrasser... le ramener chez lui, aussi.

-On s'en fou, répondis-je sincèrement. Tu es sûr que ça va ?
-Ça va, ça va, j'te jure!... Ça va mieux, maint'nant.

Et comme s'il tenait vraiment à me le prouver, il enchaîna sur Asher, confirmant ainsi mes doutes : ils s'étaient parlés. Ce qui expliquait les questions et l'air triomphant de l'allemand... Je ris doucement en ne pouvant faire autre chose qu’acquiescer la remarque de Therence. Surtout que si ce dernier s'était présenté comme lui-même à Asher, le connaissant, il avait dû pousser la comédie jusqu'au bout...

-Cette Anna qui t'a appelée..., repris mon étudiant plus sobrement, vous... vous êtes proches aussi ?...
-C'est à cause d'elle que tu penses que je vois quelqu'un ici ? ...On est absolument pas proches, c'est pour... l'affaire que je dois régler. Je t'expliquerai.
-Je voulais pas que tu partes moi tu sais... J'ai... J'ai pas envie que t'ailles voir ailleurs Adriann. J'te l'dis, maintenant, j'ai pas envie que t'ailles voir ailleurs...

Le cœur qui s'arrête.

-... J'ai pas envie que t’ailles voir ailleurs...
-J'ai rien fait... avec personne. Pour le club de strip-tease, me sentis-je obligé d'expliquer, j'ai... ça va sonner bizarrement, mais j'ai amené ma großmutter là-bas. Ca s'est révélé être une mauvaise idée. Sur plusieurs points, riai-je légèrement.

-Aller, remets-toi debout !, lançai-je énergiquement. Je vais te guider jusqu’à chez toi.

*

J'entendis enfin Therence fermer la clef de son appartement. Soupirant de soulagement, je continuais néanmoins à lui parler, pour le garder éveiller... au moins jusqu'à ce qu'il atteigne son lit. A partir de ce moment là, je ne pourrais plus faire grand chose pour lutter contre son sommeil... mais c'était ce dont il avait le plus besoin en ce moment. Lorsque j'entendis finalement son corps s'allonger sur le matelas, je souris à l'autre bout du monde :

-Bonne nuit, Therence.

*

La musique de Skype résonnait dans toute la chambre. Plus ou moins patiemment, je tapotai contre l’ordinateur que Therence accepte l’appel. Il n’y avait eu qu’un seul échange de message entre nous, et ça avait été seulement pour confirmer l’heure à laquelle j’avais fixé le rendez-vous : comme souvent, en plein milieu de la nuit Berlinoise, et à peine en début de soirée pour Beacon Hills. Lorsque le visage de mon étudiant apparut enfin à l’écran, ce n’est pas à moi qu’il fit face… c’était à Asher :

-Salut Therence ! Tu t’es bien remis ?, demanda-t-il dans un anglais parfait, avant d’embrayer sur des tonnes et des tonnes de questions, son sourire de parfait idiot sur les lèvres.
-Dégage de lààà, râlai-je en prenant l’ordinateur et en offrant, comme à mon habitude, un doigt d’honneur à mon ami. Sors !
-Il voulait finir la blague qu’il avait commencée quand vous vous êtes parlé… histoire de te montrer qu’il s’était foutu de toi, expliquai-je au brun sur l’ordinateur en levant les yeux au ciel. Enfin bon… tu t’es bien remis ?

Le voir enfin faisait du bien, même si, malgré ce qu’il voulait montrer, son organisme n’avait pas encore complètement récupéré. Je le regardais et l’écoutais parler en me remémorant la nuit dernière, sachant très bien qu’il regrettait sûrement la moitié de ses propos… si ce n’était la totalité. Parce que se révéler comme ça n’était pas dans sa personnalité. Mais je n’étais pas là pour soulever des questions et créer à nouveau une dispute ; c’était même tout l’inverse.

-Je voulais t’expliquer, commençai-je en passant distraitement une main dans mes cheveux. Pour Anna et l’affaire dont je dois m’occuper ici.

Je guettais sa réaction avant de prendre la décision de me lancer :

-Tu te souviens de ce que je t’ai dit quand on a bu ensemble, la dernière fois ? Sur l’homme de deux fois mon âge, marié et hétéro ?

Une ombre passa sur son visage, comme s’il appréhendait que je lui annonce une liaison qui continuerait toujours malgré sa présence à lui.

-Il s’appelle Henning, et il a… été massacré par sa femme, il y a plusieurs mois de ça. J’ai dû revenir pour le procès, et je t’avouerai que le « retour aux sources » ne se fait pas du tout, puisque je passe mes journées enfermé dans ce putain de tribunal, soupirai-je avant de me frotter les yeux. La partie adverse m’a pris comme argument de défense, en prétextant que j’avais manipulé sa femme pour lui faire faire ça, et… enfin bon, soupirai-je à nouveau. Anna est l’avocate engagée par la famille d’Henning. Et si mon implication théorique est reconnue, le juge baissera sa peine, ce que sa fille ne veut évidemment pas… c’est pour ça qu’Anna m’a contacté. Pour préparer le procès.



Therence & Adriann

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Therence Garnet

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MessageSujet: Re: Ich hab noch einen koffer in Berlin | Therence & Adriann   Sam 20 Aoû - 21:41



Behind the silence
Je marche, un pas après l'autre. Je connais la destination, c'est pas si loin, mais il fait sombre, mon esprit est brouillé et aucun chemin ne se distingue d'un autre. Quel sens vaut-il mieux que je prenne? Comment savoir dans quelle aventure je m'engage à choisir cette voie plutôt qu'une autre? Ça tangue un peu, c'est ch*ant... Alors une voix extérieure, plus sage, m'incite à me poser le temps de trouver un moyen plus sûr pour avancer. Et parce que je ne sais pas quoi faire, je l'écoute. Et je me trouve contraint de stagner. ...Et pour combien de temps?... Et qu'est-ce qui ce passe, ailleurs, pendant qu'on me maintient dans l'ignorance?...

Vivre dans le flou, c'est dur... c'est atroce. Il m'a demandé de lui faire confiance, mais lui alors?!... Il a pas assez confiance en moi?... Je lui en veux. Je lui en veux beaucoup. Mais je suis désolé aussi... Je ne suis pas le seul à en pâtir. J'ai jamais été patient pour ces choses là. Ou peut-être que je l'ai trop été en réalité... et pour quel résultat...

-Je suis là.. Je te laisse pas, Therence. Je suis là. ...Ça va aller ?

Un semblant de sourire au fond du cœur. ...Ouais. Ça va aller. Ce que j'ai le plus besoin d'entendre à cet instant, plus que des explications, c'est juste sa voix. L'absence de colère dans sa voix... c'est qu'il m'enveloppe de son attention. Au moins un moment... Je sais que... j'ai pas vraiment insisté pour être sa priorité... j'ai rien dit du tout... Mais est-ce que j'ai une chance de rivalisé alors que si ça se trouve, s'il est reparti au pays, c'est parce qu'il y est attendu? Que sans le savoir, pendant qu'on passait du bon temps tous les deux, que je m'habituais à lui, cette Anna...

-C'est à cause d'elle que tu penses que je vois quelqu'un ici ? Je déglutis. J'ai pas envie que mes susceptibilités pèsent comme des boulets aux pieds de l'indépendant. Puis j'acquiesce courageusement de la tête sans réfléchir qu'il ne me voit pas. ...On est absolument pas proches, c'est pour... l'affaire que je dois régler. Je t'expliquerai.

... Alors ils sont pas proches?... Ils sont pas proches. C'est... c'est cool. C'est une super nouvelle... il m’expliquera. Plus tard... Pourtant... elle ou un autre, qu'est-ce qui le retient d'engager une nouvelle relation? Personne ne l'en empêche. Moi je ne l'ai pas fait. Et pourtant, je déteste pas ce qu'on vit ensemble, l'idée de ne pas avoir à le partager... J'ai pris le risque qu'il trouve quelqu'un d'autre, et qu'est-ce qui arrivera s'il trouve quelqu'un de meilleurs que moi?... J'ai pas envie qu'il ailles voir ailleurs... J'ai tellement pas envie qu'il aille voir ailleurs...

-J'ai rien fait... avec personne.

J'arrête ma litanie, comme si chaque phrase auraient pu resserrer des liens autours de lui. Sa réponse sonne comme un petit éclat. C'est vrai? Mais... et le club de strip-tease?...

-Pour le club de strip-tease, j'ai... ça va sonner bizarrement, mais j'ai amené ma großmutter là-bas.

L'appareil collé à l'oreille, je me fige puis exécute une série de grimace, perplexe d'abord, pensif ensuite, soupçonneux puis franchement saisis par sa nouvelle.

-... mais t'es cooomplétement irresponsable!!! Personne emmène sa grand mère dans c'genre d'endroit!

Je m'insurge, mais sans pouvoir m'empêcher de rire, c'est plus fort que moi. Je suis estomaqué mais séduit par l'idée saugrenue de ce drôle de petit-fils, par l'absurdité de la situation, et... et tellement soulagé. C'était pas pour lui qu'il était là bas alors. Il a amenée sa grand-mère dans un club de strip-tease... Il a amenée sa grand-mère avec lui dans un club de strip-tease! J'ai mal aux côtes.
Si Adriann n'existait pas, il faudrait l'inventer.

-Ça s'est révélé être une mauvaise idée. Sur plusieurs points, rit-il un brin embarrassé.

-Nan, c'est... bizarre, mais c'est pas une si mauvaise idée, c'est même plutôt cool, tu dois être le seul mec qui emmène sa... Oh... est-ce que c'était un reproche? J'ai pas été très indulgents à ce propos... Un petit moi intérieur me souffle d'arrêter de tourner autour de mon nombril deux secondes. Peut-être autre chose alors? 'C'est passé un truc?... tentè-je.

Je crois saisir une histoire de malaise et d'hôpital qui me font réagir.

-Quoi, mais c'est grave?... Apparemment plus de peur que de mal. Mais une belle peur tout de même. Petit silence le temps d'évaluer la sincérité de l'état du professeur et de la situation autant que je le puisse. Ok. Mais fais gaffe quand même, hein... Je lui ai même pas répondu a son petit mot... Ah! Attends, attends! Heu... Tu lui dira que... tu lui dira que je suis très flatté qu'une dame de son expérience... de... son expérience de la vie comme elle, me trouve à son gout. C'est chouette. Je suis très flatté. Vraiment. fis-je avec toute la sincérité et la modestie à quoi m'enclin mon état. Mais... mais tu dira que son petit fils... Oh, mais t'as des frères et sœurs au fait? Mouais, s'en fiche, tu dira que son petit fils – peut pas se tromper, c'est celui qu'est irrésistible – il me suffit encore.

... Et... et voilà. Et c'est à ce moment où le peu d'égo qui me reste meurt dans une atroce crise de guimauvite aigue, je suppose. Une part de moi espère êtes sûre de regagner son affection. Ou simplement suis-je honnête... peut-être les deux. En tout cas, il n'y a plus de fâcherie et ça me rassure.

-Adriann, tu m'dira vraiment tout quand tu sera là?

Il confirme encore une fois. Il promet. Et ça me conforte et calme mes doutes. J'accepte d'un petit silence tranquille, méditatif. La rue de nuit est vraiment calme.

-C'est long. me plaigne-je.

La semaine qui reste. J'en vois pas la fin...

-Aller, remets-toi debout! m'ordonne soudain le GPS à la voix la plus sexy que je connaisse. Je vais te guider jusqu’à chez toi.

Je pouffe d'exaspération et souris contre le portable, comblé par sa présence téléphonique qui ne me quitte pas, avant de me remettre sur mes deux pieds. C'est partie!


Je parcours le trajet en lui commentant mes faits et gestes, de ce "p*tain de trottoir" dans lequel je me suis pris le pied, de l'immeuble que je grimpe en le sommant en gros "Shhut" de rester discret pour ne pas réveiller les voisins, à la porte que "c'est fermé!" de mon appart'. Quand je ferme les yeux - ce que j'aurais peut-être du faire moins souvent sur le trajet - c'est un peu comme si Adriann était dans ma tête... et c'est apaisant. Reposant de s'en remettre à quelqu'un et se laisser guider sans réfléchir.

Je me laisse tomber comme une masse sur le lit, le téléphone à quelques centimètres, et pousse un profond soupir de bien-être.

-'Driann?... juste une brève manifestation à l'autre bout du mobile. Tu m'manques.

-Bonne nuit, Therence.

-... 'nuit...

Sa voix me paraissait déjà si lointaine.


* * *


... ... ... C'est pas vrai...
Je me masse et me masse encore le visage et la tignasse en repassant nos échanges écris, espérant trop subir les contre-coup de l'alcool pour lire de travers. Ça va, c'est pas non plus comme si je lui avais fait une demande en mariage, mais...
J'étais énervé. Et... et il le méritait un peu, non? J'avais bien le droit de me demander ce qu'il foutait et avec qui pendant que moi j'oscillais entre mes instincts de toujours et son pénible "sois sage", non? Non?!... Ça fais pas de moi un ridicule jaloux!...
Il est plus de 14 heure et demi, et j'ai l'impression de m'être réincarné en légume condamné au pressoir... Mais je peux pas le laisser sur nos discussions de la veilles. Et puis donner des nouvelles après l'avoir tenu au téléphone et obligé à me supporter dans cet état, c'est la moindre des choses, histoire de montrer que je vais bien.

"Salut. T'as passé une bonne journée?"

... j'efface illico.

"Je suis en vie".

Et il sera enchanté de le savoir. Je marmonne d'agacement.

"Hey, salut! Est-ce que tu as déjà porté plainte pour harcèlement ou j'ai une chance de pouvoir te parler sans risques de me faire embarquer par des flics?"

...Point d'interrogation. Drôle et expéditif. Ça vaut mieux qu'une confrontation de vive voix! ...Non, on oublie la blague. Mais allons-y pour la bonne humeur au moins! Dédramatisons...

Le téléphone rebondit au fond du lit après une énième tentative. Rah! Tans pis, je peux pas le contacter aujourd'hui! Ça ne ferait que remuer le couteau dans la plaies, ça vaut peut-être mieux d'attendre. Ça lui laissera le temps d'oubl-
... l'appareil m'annonce que l'allemand en a décidé autrement. Je me lamente en mon fort intérieur. Mais je peux pas lui refuser ça vu mon incruste de la veille, j'imagine...
Rendez-vous ce soir de visu.


* * *


Je ne suis pas nerveux. J'ai pris une douche, suis sorti me rafraichir cinq minutes le temps de sortir les poubelles, relativisé mes jérémiades d'ivrogne sur-possessif, j'ai enfin réussi à avaler un café... j'ai une gueule de déterré, mais un déterré moins vaseux que le Mozart du sms de cet aprèm'!... J'ai aucune raison d'être nerveux. Wendigo ou non, il en a connue de sacré cuite lui aussi. Et toutes les conséquences que ça engendre...
Je prend une grande inspiration et accepte l'appel en me forçant à une approche enthousiaste.

-Hey! Salut, heu... à propos d'hi...

-Salut Therence ! Tu t’es bien remis ?


Qu... Encore lui? Mais où est Adriann?! Hey! Mais il parle très bien l'anglais?!! ...Je le savais, marmonnè-je en mon for intérieur pendant que l'autre m'assaille de question que je n'écoute même pas. Je savais qu'il se foutait de moi!

-Dégage de lààà, apparait soudain le professeur comme un Polichinelle bousculant Guignol pour reprendre sa place sur la scénette. Sors !

Je reste sagement assis devant mon écran à les regarder faire leurs sketch. Je leur dis combien ils ont l'air touchant de c*nnerie tout les deux?

-Il voulait finir la blague qu’il avait commencée quand vous vous êtes parlé… histoire de te montrer qu’il s’était foutu de toi. ... Je le savais... marmonnè-je encore, parce que j'aurais du me douter que je me faisais avoir. Minute, il est au courant?! Enfin bon… tu t’es bien remis ?

-Ouais, ouais! m'agitais-je pour mieux envoyer balader cette stupide soirée. Heu... fais pas attention, j'étais bien beurré, et... enfin tu sais ce que c'est! On a des réactions idiotes et on dit des trucs stupides. Tout ça...

Mon rire est difficilement convainquant. J'étais lamentable hier...

-Hum, et toi? Quoi de neuf à part éviter que ton pote ne te vole ton ordi et tes relations aux passages?

Cet appel est pas si horrible finalement. J'en profite, heureux de pouvoir parler avec Adriann sans les tensions de nos précédentes disputes.

-Je voulais t’expliquer. Pour Anna et l’affaire dont je dois m’occuper ici.

Je plante mon regard sur son image à l'écran, vif et troublé. Il est sérieux?! Je croyais qu'il voulais attendre de revenir pour ça... Je me remémore rapidement la veille pour trouver ce qui a pu déclencher une telle décision, mais même s'il se sent contraint à parler à cause de ce que j'ai pu dire ou faire... je ne regrette pas. J'ai le cœur qui carbure d’intérêt et d’appréhension.  

-Tu te souviens de ce que je t’ai dit quand on a bu ensemble, la dernière fois ? Sur l’homme de deux fois mon âge, marié et hétéro ?

-... Ouais. Je me souviens. me rembrunis-je.

Le type dont il est tombé amoureux. Je redoute comme j'ai redouté et à raison l'instant où il a admit que j'étais partiellement concerné par son absence. Le regard planté quelque part sur le clavier pour ne pas avoir à subir son regard trop tôt, les scénarios les plus probables et moins plaisants me traversent l’esprit. Quelques secondes durant lesquelles Adriann oscille entre vieil amour et nouvel intérêt, est parti porter soutient à un ancien amant dans le besoin, où son corps avide et ses penchants parfois spéciaux le renvoient vers une influence plus fiable et expérimentée. Secondes que j’interromps pour le regarder à nouveau dans les yeux dans l'attente de ses explications.

-Il s’appelle Henning,
Henning... immédiatement je me met à haïr ce nom, et tout ce qui pourra lui être rapporté... il a… été massacré par sa femme, il y a plusieurs mois de ça.

Mais la colère sourde, la déception, tout ces sentiments contenus dans une cage loin de la façade neutre que je me promettais d'afficher et qui commençaient à se réveiller sont museler en quelques mots. Qu... quoi?...

-J’ai dû revenir pour le procès, et je t’avouerai que le « retour aux sources » ne se fait pas du tout, puisque je passe mes journées enfermé dans ce putain de tribunal. se frotte t-il les yeux qui gardent quelques traces de fatigue. Je le dévisage sans pouvoir masquer mon ahurissement et mon embarras croissant. La partie adverse m’a pris comme argument de défense, en prétextant que j’avais manipulé sa femme pour lui faire faire ça, et… ...et je me demande, un instant, s'il est ou non concerné avant de me claquer mentalement. Enfin bon. Anna est l’avocate engagée par la famille d’Henning. Et si mon implication théorique est reconnue, le juge baissera sa peine, ce que sa fille ne veut évidemment pas… c’est pour ça qu’Anna m’a contacté. Pour préparer le procès.

Je me décompose à mesure qu'il m'explique être un gage de réduction de peine pour la véritable coupable du meurtre de son amant. Alors la Anna que je prenais pour une ex est en réalité l'avocate qui se bat pour faire valoir son innocence. Et son petit séjour de rêve...

-... C'était pas des vacances... répétè-je en ramenant quelques doigts sur une bouche trop bavarde, comme je l'avais déjà exprimé mais en comprenant cette fois toute la dimension cachée de son départ.

...C'était un cauchemars éveillé...
Mon regard fuit vers un refuge qui n'existe pas. J'ai envie de me cacher et d'aller me frapper la tête contre un mur.

-... Je... je savais pas... m'excusè-je bassement. Je sais pas quoi dire...

Peut-être lui dire que je suis désolé, ce serait une excellente chose! Combien je me sens idiot, que je mériterais qu'il m'envoie une pelle dans la tronche pour aller creuser mon propre trou et qu'il m'y ensevelisse histoire qu'il puisse se défouler?... Bon sang... Je l'ai accusé de prendre du bon temps, l'ai soupçonné de coucher ailleurs en égoïste, je... l'ai presque harcelé pour ça, pour qu'il l'admette! pour savoir ce qui ce passait... parce que j'étais sûr qu'il était en faute de quelque chose. Et pendant ce temps, il était appelé à la barre ou en train de chercher le moyen de se sortir efficacement de tout ce m*rdier... Confronté à la mort de l'homme qu'il aimait et de sa meurtrière... Je me sens c*n... tellement, tellement, tellement c*n...

-Mais... mais toi, t'as rien à voir là dedans pas vrai? Je veux dire, tu... tu risques rien?

Cette nana qui l'accuse d'être responsable de ses actes, est-ce que ça pourrait le conduire dans une sale situation? En taule?!
C'est une pensée qui me traverse légitimement l'esprit en le couvant soucieusement et malgré tout en prenant un peu de distance. Personne dans cette affaire n'a... fait le lien à d'autres crimes qu'il ait pu commettre? Hein?...

Je suis inquiet. Mais je ne sais pas si j'ai le droit de poser plus de questions après mon cinéma et l'avoir pousser à ce dévoiler comme ça. La présence de la petite Sonia m'avait été imposée par erreur, Adriann lui même ne se doutait pas qu'il me dévoilerait un fragment de ses cauchemars en acceptant le voyage dans ma bulle onirique. Et ça avait été douloureux à expliquer au réveil. Mais cette fois... c'est moi qui ais insisté pour lui extirper cette histoire de la bouche.

-Je... j'aurais pas du insister. Mais je croyais que... Enfin, certainement pas que c'était pour ça!

M'excuser? Regretter mon obstination?! Est-ce que c'est vraiment la chose à faire après l'avoir obligé à déballer cette histoire? Il est trop tard maintenant. Regretter, ce n'est certainement pas ce qui m'est permis.

-... T'avais l'air si fatigué...

Et c'était pas à cause d'une vie débridée. J'hésite à baisser les yeux ou le regarder sans savoir ce qui est le plus insultant. Pourtant dans mon idéal, je ne rêve que de pouvoir me poser à ses côtés, l'entourer et l'inviter contre moi sans avoir rien d'autre à dire. Son affectation reste modeste, par pudeur ou par résignation, j'en sais rien, mais je peux pas croire que ce soit le reflet de ses émotions réelles. Sonia qu'il n'a pas pu sauvé. Son amant qui s'est fait assassiné... J'ai du mal à le concevoir. A combien d'échecs, de pertes à t-il encore été confronté? A l’hôpital, il avait évoqué ces morts qu'il était plus facile de garder dans un coin de son esprits sans plus s'y attarder. Peu à peu, ce message fait sens. Un sens bien plus sombre et bouleversant que le manque d'empathie que je lui avait prêter à ce moment là.

Je me regonfle, sans fierté. Puis je le regarde en face.

-... Merci. De m'avoir dit pour ça.

Le remercier. C'est peut-être la meilleure et la seule vrai façon de compenser sa confession. La confiance qu'il m'accorde... Il aurait pu se taire. Encore et toujours, fuir dans le silence et se défendre avec dédain. Mais il ne l'a pas fait.
Ma gratitude est sincère.

-Alors... Angermuller te défend? Et la fille de Henning aussi? Enfin je veux dire, elle n'est pas contre toi, c'est plutôt un bon point, non?

Si j'ai bien compris?...

-De toute façon si c'est cette nana la meurtrière, doit bien y avoir des preuves, quelque chose qui fasse la différence! Dis moi que t'es pas dans une mauvaise posture... suppliè-je dans un petit sourire trop concerné.

Je veux qu'il me revienne... l'esprit en paix, autant que ce soit envisageable, et innocenté...

-Quand est la prochaine audience?... Heu, on est pas obligé d'en parler! me rendis-je compte comment je remue le problème. On... on peut changer de sujet si tu veux. Tu as revu tes parents? Ta grand-mère va mieux? Tu devrais peut-être mieux essayer de dormir aussi, ça te ferais pas de mal! Moins que si tu dors pas... rectifié-je, conscient que ses nuits sont rarement paisible, on pourra se parler par téléphone!

Je m'embourbe, je me suis rarement sentis aussi maladroit.

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Adriann Weizerling

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MessageSujet: Re: Ich hab noch einen koffer in Berlin | Therence & Adriann   Dim 18 Sep - 1:21




caring

« We serial killers are your sons, we are your husbands, we are everywhere. And there will be more of your children dead tomorrow. » ► BUNDY
Le corps gigotait entre mes jambes. Les yeux grands ouverts, les battements de cœur chaotiques, la gorge quémandant avidement une dernière gorgée d’air, la fille était en train de mourir sous moi. Elle n’était pas recouverte de sang ; elle était immaculée, belle… parfaite. Son souffle mourut dans un dernier spasme alors que le désormais cadavre gisait sous mes mains tremblantes. Je couvais d’un regard presque amoureux ses lèvres encore chaudes, son regard déjà vitreux, ses cheveux en batailles. L’anonyme était une merveilleuse allégorie de la Mort, même si elle ne le resterait pas longtemps. Mon wendigo appelait à la transformation. Tout mon être me réclamait d’accéder à mon second état, mais tout mon être me réclamait aussi de jouir encore quelques instants du macchabé déjà refroidissant, de savourer l’adrénaline et la sensation de pouvoir qui coulaient dans mes veines, avant de savourer sa chaire. Pourtant, il fallait que je me transforme. J’avais beau l’avoir tué sous ma forme humaine, il ne fallait pas que je l’ai tué pour rien. J’avais enfreint ma règle à moitié, et mieux valait ne pas l’enfreindre en entier. Posant mes lèvres sur les siennes, je m’abandonnais entièrement à ma créature. Je pouvais sentir mon corps accueillir la transformation ; les os, tout comme mes cornes, se modeler sous la peau qui s’assombrissait peu à peu jusqu’à l’obscurité, mes crocs apparaitre et s’allonger… j’étais désormais un nous : Adriann ne me rejetait pas. Il ne me rejetait plus, de toute façon. La violence et la terreur avaient toujours été une part de lui. Je ne faisais que l’accentuer… je ne les créais pas. J’entrouvris mes lèvres et plantai délicatement mes dents dans celles encore tendres de la jeune femme. Le sang éclaboussa notre visage, tiède et moite contre notre épiderme rugueux, provoquant un frisson de plaisir dans notre épiderme. La fille avait hurlé comme jamais elle n’avait dû le faire au cours de sa vie. Personne n’avait beau eu l’entendre au plein milieu des bois, sentir sa langue s’arracher du reste sa chaire me donnait comme une impression de justice accomplie. Le sang du muscle coulait le long de notre menton, mais qu’importait. Ce n’était que le début d’une longue nuit… et après tout, Adriann avait l’habitude de se nettoyer de tout le sang qu’il avait sur les mains...

*

Asher me regarda sortir de la chambre, un vague sourire au coin des lèvres. Evidemment, je savais quel style de pensée sa risette reflétait, et surtout, quelle question : pour quel genre de plan cul pouvais-je bien passer près d’une demi-heure au téléphone, alors que le plan cul en question était saoul, têtu et perdu à l’autre bout du monde ? Il n’y avait aucune réponse correcte. Je le savais tout comme il le savait.

-J’espère au moins qu’il va t’offrir un bon show par Skype, soupira mon ami en s’enfilant une nouvelle gaufre.

*

Je le regardais se débattre avec ses regrets. Evidemment qu’il regrettait ses propos de la nuit dernière. C’était normal ; quiconque, moi y compris, les auraient regrettés dès l’instant où nous aurions ouvert les yeux avec un énorme mal de crâne. Mais c’était toujours marrant de voir les autres se débattre avec, de les observer se justifier et détourner la conversation… en bref, de les voir faire tout ce que Therence faisait en ce moment même : un bref instant de répit avant de passer à l’aspect plus sérieux de la conversation. Parce que si je faisais le premier mouvement « sobre » vers lui, c’était surtout parce qu’il me l’avait presque supplié de lui expliquer les raisons de mon départ. Et c’était ce que je faisais, d’une manière toujours aussi pédagogue : une affaire, avec un début et une fin, une cause, moi, et un effet, la mort de mon amant.

-... C'était pas des vacances... Je... je savais pas... Je sais pas quoi dire…
-T’as rien à dire. Tu pouvais pas savoir que j’avais un tel cadavre dans le placard, soupirai-je en haussant les épaules. …C’est bien comme ça qu’on dit, hein ? …Hey, Therence. Ce qui est fait est fait. T’as pas besoin de culpabiliser pour ton comportement vis-à-vis de mes omissions. Je pensais que c’était pas utile d’en parler… c’est que le procès.
-Mais... mais toi, t'as rien à voir là dedans pas vrai? Je veux dire, tu... tu risques rien?

J’haussais un sourcil, hésitant quant à savoir s’il parlait du meurtre en lui-même ou de tout ce qui découlait de ma nature. Car j’avais beau n’avoir incité personne à tuer Henning, j’avais beaucoup plus de meurtres sur mon sol natal que sur n’importe lequel…

*

Les restes des cadavres s’empilaient jusqu’à hauteur de genoux environ. Des vêtements, des papiers d’identités et des amas de chaires, c’était tout ce qu’il restait des victimes de cette pleine lune. Personne ne les retrouverait jamais ; ils ne feraient que s’ajouter à la longue liste des disparus venus camper dans cette forêt, renforçant la légende qui racontait qu’elle était hantée. Au  vu de notre reflet qui apparut dans l’eau rouge sang du lac lorsque nous nous étions rincés, ce n’était pas une légende absurde. Elle se trompait de créature, préférant un banal loup-garou à un réel prédateur. Mais au fond, qu’importait ? Nous ne cherchions pas la gloire. Tout ce que nous cherchions, ou du moins tout ce dont Adriann s’importerait lorsqu’il aurait repris sa forme humaine serait de faire brûler ses restes.

Les premiers rayons de soleil filtrèrent difficilement à travers le feuillage des sapins. L’eau du lac était froide et sanguine de toute l’hémoglobine qui s’était déposé sur ma peau au fil des meurtres. Cette nuit avait été violente, jouissive, entrainante. J’avais perdu le contrôle. Totalement et en pleine conscience, et j’avais adoré ça. J’avais adoré sentir le fauve prendre le pouvoir, j’avais adoré chaque coup de dents dans chaque morceau de chaire. Je n’avais pas une once de regrets. Nageant en quelques coups de brasses jusqu’à la rive, je sortis de l’eau et marchai nu jusqu’à un sac à dos. Enfilant mes vêtements à la va-vite, je fouillais dans le fond pour chercher les allumettes et le bidon d’essence, avant de m’approcher de l’amas de corps. L’odeur commençait à être saturée par la puanteur qui s’accentua lorsque le liquide rencontra les macchabés. Bientôt, ce serait pire. Et il ne fallait pas rester là si je ne souhaitais pas être marqué par le relent de mort et de pourriture.

Sortant des bois, le sac à dos sur les épaules, j’avais l’air du parfait petit touriste. Je longeais la route, encore protégé par les arbres. Prendre le risque d’être aperçu, c’était le risque que les quelques bagnoles qui passaient se souviennent de moi lorsque les conducteurs verraient à la une d’un torchon les disparitions de la semaine ou du mois. Encore valait-il mieux favoriser un chemin plus laborieux, quitte à marcher plus longtemps jusqu’à Berlin… Attrapant mon téléphone dans la poche arrière, je branchais les écouteurs et commençai à pianoter pour demander à Asher de venir me chercher, puis pour envoyer un sms à Therence :

Hey ! Ca va ? Angermüller a annoncé hier soir qu'il ne restait plus que trois jours de procès maximum. Devine qui va enfin pouvoir avoir de vraies vacances ?



Therence & Adriann

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wendigowak


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Therence Garnet

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MessageSujet: Re: Ich hab noch einen koffer in Berlin | Therence & Adriann   Dim 2 Oct - 23:04



The sercrets
Bibliothèque du campus. Je parcours des pages d'articles et de vignettes photos en gestes lents et distrait. La tâche devrait me motiver, avec d'autant plus de hargne que j'y reviens une énième fois, mais aujourd'hui j'ai l'impression de flotter dans un brouillard. Ni bon, ni tout à fait dérangeant... juste un étrange brouillard. Mon corps s’acquitte d'une mission simple et précise, mais j'ai l'esprit volatile.


-T’as rien à dire. Rassure le professeur. Et pourtant je voudrais tellement pouvoir... Tu pouvais pas savoir que j’avais un tel cadavre dans le placard. Je relève vivement les yeux à sa comparaison. "Un cadavre dans le placard", de sa bouche et pour évoquer son plus fidèle amant... C'est de l'ironie? …C’est bien comme ça qu’on dit, hein ?

Et lui il fait de l'humour dans un moment pareil... Idiot.

-…Hey, Therence. Ce qui est fait est fait. T’as pas besoin de culpabiliser pour ton comportement vis-à-vis de mes omissions. Je continue de regarder mes genoux. Je pensais que c’était pas utile d’en parler… c’est que le procès.

-Pas "utile"?...

Je hoche la tête, exaspéré par la situation et son comportement. A la fois si j'avais su ce dont il retournait, je lui aurais évidemment jamais forcé la main comme je l'ai fais! Ça mérite d'être traité avec respect et maintenant, je peux comprendre qu'il ai gardé ça pour lui. Personne ne se vanterait de ce genre d'histoire!!! Mais à la fois, il n'a pas jugé ça... "utile", il est sérieux? Évidemment que c'est utile! Ça m'aurait éviter cette maladresse, et parce que... lui, tout simplement! L'une de ses meilleures relations a été tuée, aujourd'hui on le ramène au pays pour l'accuser... Comment il peut prendre ça à la légère et juger ça assez insignifiant pour me le cacher?!...
Je m’ébouriffe nerveusement le crâne à défaut de débiter toutes mes réflexions. J'ai déjà été assez impulsif pour ne pas tourner sept fois la langue dans ma bouche avant de l'ouvrir, et c'est dans un soupir que je me dégonfle finalement.

-...Quand est-ce que t'aurais jugé utile de m'en parler, quand tu serais derrière des barreaux?...

Rien ne dit qu'il aurait à y finir, je sais, et je n'attend pas de réponse de sa part. Mais je veux seulement qu'il comprenne... C'est important. Ça l'est pour moi...


Je m'en veux, et je lui en veux aussi un peu, mais la vexation s’amenuise pour un constat étrange... plus tendre. Il aura fallu en passer par là, les doutes, les accusations, les quiproquos houleux. Pourtant... Adriann a fini par m'en parler.

J'interroge un portrait au hasard. Toutes les batailles contre le secret ne sont pas vouées à l'échec alors...

La joue dans le creux de la main, le regard absent, je fais défiler les pages avant de tiquer. Combien j'en ai feuilleté sans même les voir? Je reviens en arrière en m'ébrouant mentalement.
Ma honte n'a pas flétri. Mais l'amertume qui embaume ma douce torpeur, comme une brume sombre, épaisse et persistante, je ne la dois pas à mes bêtises.

Alors il s’appelle Henning. L'homme mâture, marié et hétéro, le défis de taille qu'un jeune Adriann aura relevé avec brio. Le mec dont il s'est amouraché... Un mec aujourd'hui décédé, tué par sa femme.
Qu'est-ce qu'il c'est passé? Est-ce qu'il est vraiment impliqué? Combien de temps ont-ils été ensemble? Est-ce qu'il lui arrive de penser à lui? Pendant qu'il est avec moi ou quand il se penche sur une affaire? Qu'il fait cours à sa classe, quand il termine son déjeuner, quand il enfile ses chaussures pour sortir, en se brossant les dents, la nuit dans ses rêves?! Dans ses cauchemars...
Je lâche mes recherches pour m'adosser dans ma chaise en croisant les bras et brassant tristement des yeux dans le vide. Ça remue de dépit sous mon torse.
Est-ce que depuis tout ce temps, je partage Adriann avec une ombre?...

Les absents ont ce pouvoir paradoxal et cruel de se faire omniprésents.

La tentation de prendre un ordi d'assaut et taper quelques termes sur cette affaire est grande, mais je m'en abstins de toute mes forces. Si je dois savoir, ce sera de la bouche d'Adriann... Ils étaient proches et il est mort, le moins que je puisse faire c'est respecter ce mec au yeux de mon professeur. ...Bon sang, je sais pas ce qui est le plus frustrant : cette stupide obligation morale, ou l'incertitude sur l'attachement que ce dernier lui portait et lui porte encore aujourd'hui?! Je devrais être soulager qu'il ne soit plus là. Ne pas avoir à le partager, ni craindre qu'il revienne à lui comme je l'ai imaginé retourner au pays pour une ex. Mais au contraire, ça m'inquiète. Peut-on rivaliser avec un fantôme?...

Résigné, je ferme l'album aux visages d'inconnus et me masse les paupières. Je ne devrais pas me poser tant de questions. Par égard pour Adriann, et parce que ça devient masochiste de ma part compte tenu de la situation.
Et puis entre les recueils scolaires traine un manuel sur les diverses influences de la lune. D'autres ténèbres, plus graves, demandent à être vaincues...


* * *


Heure du déjeuner. Le soleil de midi brille sur la Californie. Mais en Allemagne, la nuit approche, la lune s'est peut-être même déjà posée en reine céleste. Et elle attend que les dernières lueurs déclinent, et que son ascendance touche les créatures qui lui sont attachées...

Adriann n'a pas répondu à mon message de ce matin. "Salut. Bonne journée? T'es occupé ce soir?" Je soupçonne l'approche d'être exaspérante, mais qu'est-ce que je pourrais écrire d'autres?... On ne parle pas du wendigo.

Je serais dispo pour 17h.

Je réitère. Peut-être qu'un peu de compagnie suffirait à... réguler ses fringales?...

Dispo pour une
cession skype. Wink

... Voir, en détournant ses envies?...
J'esquisse un sourire canaille en envoyant. Mais un sourire qui ne prend pas, pas plus que n'importe quel fantasme imbécile. Je tripote nerveusement mon téléphone avant de le poser sur le muret où j'ai élu domicile et m'occuper les mains à déjeuner. Inutile d'attendre le téléphone en main qu'il réponde, je verrais sa réponse quand il se décidera...

T'as déjà essayé le tantrisme par téléphone?

...Pas pu m'en empêcher. Je peux pas attendre qu'il réagisse! Où il est? Qu'est-ce qu'il fait?! Qu'est-ce qu'il s'apprête à faire...

Il aurait du être ici à cette date. Je récite une liste mainte fois révisée, rejoue mentalement un scenario trop revue... et je ne suis pas prêt. Alors en réalité ce voyage est peut-être une aubaine pour BeaconHill. Mais qu'en est-il de Berlin?

... Qu'en est-il d'Adriann?...

Je n'ai pas à me sentir concerné, j'ai aucune chance de connaitre ses victimes, il s'agit du bout du monde. Comme l'est la petite Sonia... Concerné, je le suis puisque je SAIS! Je suis pas insensible! Et je m'inquiète pour lui... il est déjà dans un sale pétrin, il devrait pas faire ça. Sans même se chercher d'excuses, il ne doit pas. Il ne tue pas, il... dévore. J'ignore comment. J'ignore qui. Mais il dévore des gens, la bête qui l'habite se nourrit à travers lui et qu'il lui obéisse ou qu'il s'abandonne, il n'a pas a faire ça. Il ne devrait pas. Il ne devrait plus...
...Bon sang Adriann, dans quel état est-ce que tu te trouves?...

Impossible de toucher à mon casse-croute. Je n'ai pas vu la pause passer, je rejoins mes camarades à l'étude pour passer l'heure à tâtonner mon mobile.

Tu devrais éviter de sortir.

Je regrette gravement mon envoie. Est-ce que son pote est chez lui ce soir?!

Ou peut-être que si en fait.

Asher est avec toi?

Je devrais prendre son numéro à celui-là. Ça me permettrais de garder un œil sur Adriann à distance! Et puis être sur que lui soit toujours en un seul morceau!... L'image me retourne l'estomac. Non, ça va aller, Adriann ne lui ferait pas de mal. Il a du prendre ses écarts pour la nuit... Je me masse le front, agacé avant de reprendre frénétiquement.

Je pense que tu devrais essayer de dormir. C'est important avec toutes les histoires que tu traverses.

Peut-etre prendre un somnifère?

Fais pas le c*n Adriann... je t'en supplie, fait pas le c*n...
Il faut que je me calme. Il est intelligent. C'est ce qui le rend si redoutable... mais s'il œuvre à BeaconHill en toute impunité, il n'y a pas de raison qu'il se fasse attraper en Allemagne, il ne l'a jamais été après... tout... La réflexion me glace. Je me rend compte que je ne sais même pas depuis quand est-ce qu'il fait ça...
S'il te plais Adriann, répond...  

On parlera

si tu veux

moi j'ai envie de te parler!

... Adriann, m*rde!...

répond moi

Stp.

L'heure file, et toujours rien. Je quitte la salle avec mes affaires me précipiter aux toilettes. Je fais les cents-pas alors que ça sonne, tans pis si je dérange au pire mom-

-Adriann!...

... Mais sa voix parfaitement claire m'invite à laisser un message. Je me fige, désemparé, jusqu'à ce que le bip caractéristique retentisse.
Je raccroche. Je n'ai pas le courage de lui parler de vive voix. Pas en sachant ce qu'il fait... pas s'il refuse de m'écouter.

Il me tarde que tu reviennes.

Ce sera mon dernier message. Il n'y a rien à faire...
Je quitte les sanitaires et grimpe aller me réfugier sur le toit de l'école où je serais sûr de ne pas être dérangé. Je m'installe dans un coin, mon sac à proximité, et je farfouille dans ma poche pour en tirer la broche offerte par le mentaliste et enchanté par l'ancienne Torche que je ramène à hauteur du regard pour me perdre littéralement dans ses reflets chatoyants.

Je ne peux rien faire ici bas. Mais j'ai une influence dans ce monde ci.
Je ne peux rien faire pour le wendigo et Berlin. Mais j'ai toujours moyen d'agir pour Adriann et Beacon Hill...


* * *


La dernière séance vient de terminée. Je suis de corvée jusqu'à la fermeture du ciné et passe un dernier coup vif et las dans l'allée quand mon portable vibre enfin. Je trifouille frénétiquement dans ma poche, mon cœur dérape. C'est lui...

Hey ! Ca va ? Angermüller a annoncé hier soir qu'il ne restait plus que trois jours de procès maximum. Devine qui va enfin pouvoir avoir de vraies vacances ?

Le soulagement de le savoir indemne s'efface. Je comprend pas sur l'instant. L'idée qu'il n'a pas lu mes messages me traverse l'esprit. Peu crédible, mais préférable, une idée qui devait absolument me passer et à laquelle m'accrocher plus que je ne devrais. Peut-être qu'il y a eu un bug? Peut-être qu'il les a raté?... Peut-être que sa nuit s'est passée sans mal et qu'il ne méritait pas tellement de suspicion?!
Le mal aise se divise en impressions de plus en plus distinctes. Confusion. Interrogation. Gravité. Colère...

Il ignore mes messages.

Alors... on fait comme si de rien n'était? On continue sur cette voie, conscient du problème mais pas décidé à le résoudre?...

Qu'est-ce que t'as foutu cette nuit Adriann? Qu'est-ce que le wendigo a exigé?!...

Il me fait marché. Ou peut-être pas, peut-être qu'il n'a rien à se reprocher, Asher pourra confirmer! ou il a vraiment passé la nuit en compagnie de son festin, et ça été une boucherie!...  
...Je dois savoir. Je devrais lui demander... On peut pas éternellement se taire, il doit assumé, et moi aussi...
Je me pose dans un siège le temps de reprendre mes esprits. Le cœur qui bat fort, l'esprit qui tangue... je pianote, à plusieurs reprises, efface, autant de fois, reformule, repense, écris encore, puis sur une impulsion désespérée, mon pouce écrase l'écran.

Envoyé.

Je fixe l'écran, hagard, en mesurant l'importance de mon choix, avant de fermer les paupières et d'enfouir mon visage dans le creux de mes mains, déplorable.

Génial!! On devrait fêter ça par une nuit skype quand ce sera terminé.



* * *


Cession skype.

Le message est laconique. Il est 4h du mat' ici, donc il doit-être au alentour de 13-14h chez lui. J'ai pas réussi à fermer l’œil. Si peu... Quand je ferme les yeux, j'imagine des choses et éprouve des sensations qui me donnent la nausée...

La lampe allumée, l'ordi sur le lit, je masse mollement ma tignasse échevelé en songeant qu'il aura la présence d'esprit de s'isoler de son coloc'. Quand enfin Adriann apparait, je le gratifie d'un petit sourire furtif. Juste un petit sourire furtif. Je le dévisage longuement avant de déclarer.

-... A poil.

Je n'attend pas qu'il s'exécute, j'ôte mon t-shirt, mon boxer, et sous ses yeux, j’exhibe ma chair et m'adonne au même plaisir auquel il finira par succomber avec moi.
Je me mord la lèvre, me masse avec poigne. Mes ongles laissent des trainées blanches sur mon mollet que j'agriffe. J'attise son désir protégé d'un écran, sans la contrainte d'ignorer ses regards ou de le scruter avec force en risquant de subir de pression de sa part. A travers lui, je guète l'Autre. Je cherche une preuve de sa présence... un signe de ses vices cachés.
Ça me manque de ne pas pouvoir faire plus. J'aurais aimé lui imposer mon corps. Lui sauter dessus et le malmener sans lui permettre de se cacher, l'interroger charnellement, heurter, lécher, mordiller, odorer le délice et le confronté à une chair ferme et savoureuse à portée de dents en guettant toutes ses réactions...
Je me crispe d'un extase fautif. Ou peut-être en réalité j'aurais succombé à nos ébats habituels et je me serais laissé fondre dans la chaleur de son corps en fermant les yeux sur ses agissements...

Ramenant mon visage en avant, grisé, je rouvre les paupières sur un allemand attrayant qui me scrute sans malice. Et je ne sais plus ce que j'espérais... L'innocenter d'éprouver tout appétit malsain, ou au contraire, me jouer de sa résistance pour enfin lui percevoir cet ignoble instinct...
Je ne sais pas quoi penser de lui. Je ne vois aucun monstre. Je ne vois qu'Adriann... alors...

Ne pose pas de question dont tu ne veuilles connaitre la réponse. me souffle une petite voix intérieure.

...Je capitule. Il n'y a rien d'autre que ce masque irrésistible qui me couve. J'ai le sentiment d'avoir perdu une bataille. Je ne suis pas satisfait. Mais je suis soulagé, en partie... Il a surement des choses à faire et le sommeil me surprend enfin, alors j'abandonne mon professeur sur un petit sourire contenté et un "bonne nuit" moins distant que ma salutation.

Quoi qu'il ce soit passé à Berlin, je ne peux peux pas rester braqué là dessus. Nous sommes deux à vouloir sauver les apparences... puis Adriann reste Adriann. Mon envie de lui est toujours au plus haut. Le monde continu de tourner. Pendant un nouveau cycle du moins...


* * *

-Aah! Les vacances me paraissent encore trop loin... dire qu'ils sont enfin libre à la FAC... pleurniche Bruny en laissant sa tête retomber sur mon épaule que je lui enlève. Tu viens chez Riley? On à prévu de décompresser autour de coktails maison, puis il y aura Marc de Devenford, et Kristin, et TJ, et...

-Pas ce soir, je sors au Pink.


Carla m'a proposé en sortant de la blibli du campus l'autre jour pour fêter la fin de leurs partiels. J'y ai pas vu une mauvaise idée...

-Mmmh, le Pink? Je n'aime pas son petit air d'imaginer des scenarios dont je puisse être l'un des protagoniste... elle s'empare de mon bras. Ton allemand aux doigts magiques ne te convient plus? Parce que tu pourrais nous présenter, moi je veux bien qu'il...

-Allemand aux doigts magiques?
Oh. Cf son message vocal de l'autre jour... J'y vais pour me détendre les neurones, Bruny.

-Mais tu peux pas aller au Pink Print et me dire ça!!!


Et elle piaille alors à propos du sublime danseur au corps gracile et musclé pour qui elle se damnerait si elle pouvait le rejoindre dans les loges, et elle fantasme au sujet du beau, et mystérieux, et galant patron qu'elle rêverait de monopoliser dans son bureau pour une interview bénévole, et si je ne connaissais pas un minimum l'établissement, je jurerais que l'adolescente fantasmes sur des idoles inaccessibles.

-Tu sais, je ne suis pas juste fort pour baiser. Je sais aussi m'arrêter. De temps en temps.

-Ooh... ça c'est viril.
Mais sa mine faussement admirative revient se river sur moi... ...Therence... J'aime pas ça... T'es en train de t'assagir?

-Je suis pas sage! Je l'ai jamais été. Et je compte pas le devenir!

-Dit celui qui va au Pink Print
martèle t-elle comme un synonyme de luxure, pour boire un verre! Parti comme tu es, tu vas commencer par être sage, puis tu vas devenir servile, puis loyal, puis carrément dévoué!

Alors ça c'est... vexant! Je toise la jeune femme de quelques centimètres de moins en retenant un rire indigné et menaçant, et elle se dandine sur ses pieds d'un air convaincu et innocent.

-Ouais. considérè-je d'un sourire carnassier. Le jour ou un pseudo sosie de Christian Grey me fera du rentre dedans!

La brunette éclate de rire en m'agrippant le bras. Que je lui enlève en râlant...


* * *


...Oh bon sang... Qu'est-ce que j'ai fais?!

Le réveil est difficile. Très difficile. Pourtant, il n'y a pas de quoi s'alarmer! Quoiqu'il ce soit passé au Pink... c'était pas volontaire. ...Ça l'était! Mais... c'était pour des raisons parfaitement compréhensibles. N'importe qui à ma place aurait fait la même chose!... Hein?... Et puis, ça n'aura pas été inutile finalement...

Bientôt treize-heure, j’appelle Adriann. Ce sera pire si j’attends qu'il me contacte, me dis-je en posant le tél sur l'évier avec haut-parleur pour préparer à manger.  

-... Hey! Comment ça va?

Je ne pense plus à l'autre nuit, à... sa nuit à lui. Je peux pas éternellement chercher la petite bête - la grosse en fait. Bref. Autant rester dans la continuité de notre vie hors cet épisode là, Adriann a été honnête concernant son affaire, il mérite une meilleure considération et tout mon soutient. Il en a besoin. D'ailleurs il devrait bientôt en être libéré, j'espère... Nous allons tous les deux avoir un peu plus de temps, il faut s'en réjouir! La cession skype était... courte, mais on aura de meilleurs moment aussi, j'en suis sûr.
Je lui parle de tout et de rien. Je l'interroge à propos de l'affaire, s'il peut enfin profiter de son retour au pays. Je demande des nouvelles de sa grand-mère, comment il peut supporter son idiot de copain, puis l'on en vient à parler à propos de mon emploi du temps post-exams, de mes projets pour le mois à venir. J'évite de m'attarder sur la difficulté des épreuves et préfère me plaindre de comment Bruny me prend la tête à propos d'une stupide histoire qui anime le bahut sur l'une de ses copines dont le petit-ami, un sportif connu entre nos murs, aurait manifestement des vus sur une autre...

-Tout ça parce qu'ils ont été vus ensemble... D'ailleurs, t'en penses quoi toi?

Je surveille le feu et joue des épices le plus naturellement du monde. Mon cœur joue un tempo diffèrent de la décontraction que j'affiche. Mais heureusement, pas d'oreille assez puissantes pour en saisir la nuance ici...

-Tout le monde a un avis différent sur la question, alors j'essaie d'établir une moyenne... Par exemple : est-ce que regarder c'est tricher?

Tant de gestes ordinaires qui, lorsqu'ils sont commis par des personnes engagées prennent un autre sens. Mais dans le fond, ça ne veut rien dire?...

-Parler?... poursuive-je en lui laissant le temps de répondre. Avoir un contact?

Je grimace à l'impression d'avoir fais une bourde.

-Je veux dire, une bise, une... main sur l'épaule, ce genre de contact là.

... Rien de très licencieux, me grattè-je nerveusement la nuque...

Je suis hyper attentif à ses réponses, à ses réactions. Répliques directes? Réflexions hésitantes? Adriann n'a jamais été qu'un coureur à mes yeux, légitimement, je considère qu'il ne peut pas attendre plus de la part de ses coups. En dehors de... son abstinence et sa volonté que je ne vois personne durant son séjour... ou de sa relation avec Henning.
Quel genre de partenaire était-il? Il ne peut pas être exigent alors qu'il est aussi facile à amadoué avec un peu de chair... influençable. Je me demande si son Henning avait de l'influence sur lui, sur sa façon de percevoir les choses, de les ressentir pour qu'il finisse par s'enticher de lui... Je ballais le nuage gris qui vient troubler mes pensées en m'attelant à ma cuisine. Avec de la chance, il n'a vraiment aucune restrictions dans le domaine et s'en fout complètement en fait!

-Ok, approuvè-je ses réponses d'un petit rire, détaché, quoiqu'il révèle de ses opinions. Du coup, si ça va plus loin...

Je laisse planer l'allusion, mais on dirait que ça l'amuse d'avoir des précisions.

-Genre, heu... une... certaine proximité... un baiser...

... Plus? On est d'accord, ce ne sont que des questions comme j'aurais pu en poser à n'importe qui, pas de quoi fouetter un chat! Rien qu'une manière d'appréhender un amant encore trop mystérieux pour moi. Une façon de faire mariner son imagination alors que la distance et le temps ce fait long... C'est grisant d'imaginer un couple s'abandonnant aux bras de d'autres... bien sur, une infidélité purement imaginaires, et en prenant en compte que pour tromper quelqu'un, il faut évidemment que deux personnes soient liées par un attachement clair et mutuel. Ce qui n'est pas... forcément le cas de tout le monde.

Et moi? Ce que j'en pense? Je ne devrais pas paniquer puisqu'il me demande simplement mon avis sur un phénomène fictif. Sans arrières pensées. En tant qu'avis extérieur...

-Moi...

Je ferme les yeux le temps de chasser quelques relents malvenus de ma nuit au Pink, odeur de tabac froid et frissons d'une paire de crocs dans la peau, le temps de prendre la distance nécessaire à aborder la question de mon point de vue le plus clair et objectif.

-...Moi, je pense que ça dépend de beaucoup de choses. affirmè-je calmement mais avec un zeste de fermeté dans la voix. Pourquoi est-ce que je n'aurais pas le droit d'être sérieux et réfléchi sur une question qui touche au sexe?! Ça dépend de qui, de quoi, de quel contexte... Tu ne peux pas en vouloir à quelqu'un de regarder quelqu'un de regardable, ni juger une accolade comme un acte criminel!

C'est vrai! Il faut garder la tête froide et éviter de tout ranger dans des cases, comme s'il suffisait de quelques attouchements pour crier au scandale! Combien de quiproquos pour ce type pris sur le fait par sa moitié en train d'enlacer chaleureusement un canon de beauté qui se révèle être sa sœur? Ou ce vilain concours de circonstance qui amène une âme serviable à épauler le maladroit qui s'est blessé bêtement et en conclure beaucoup plus qu'il n'en faut?! C'est tellement, tellement plus compliqué...

-... Ni culpabiliser certains de reluquer ce qui se ballade sous leurs yeux quand leur intention première, sincère, et très honorable, j'en conviens, consiste à généreusement offrir un peu de divertissement à son adorable grand-mère...

Je souris à pleine dents. Un reproche? Non, ça m'amuse, sans trop mentir, je crois que ma voix m'a assez trahie sur le rire que je lui épargne à cette évocation. Je préfère m'attarder sur son chaperonnage hors du commun que sur les bellâtres allemands qu'il auraient pu vouloir visiter. J'aurais pu le blâmer longtemps pour ça. Mais maintenant...

-Heu... la bouffe et prête et je buche avec Bruny cet aprèm'. Je vais te laisser...

Je ne préfère pas tenter le diable. Je pense que je m'en sort sur un bon point, et certaines discussions ne méritent pas d'être approfondies plus que nécessaire... Non?

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Adriann Weizerling

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MessageSujet: Re: Ich hab noch einen koffer in Berlin | Therence & Adriann   Mar 25 Oct - 1:49




caring

« We serial killers are your sons, we are your husbands, we are everywhere. And there will be more of your children dead tomorrow. » ► BUNDY


La musique flottait tout autour de moi. Sans jamais s’arrêter, les accords s’enchaînaient dans une harmonie parfaitement calme, tout comme je l’étais. J’avais profité du peu de réseau disponible dans la forêt pour prévenir Asher  et envoyer un banal SMS à Therence, de quoi se voiler la face encore quelques temps. J’étais tout sauf prêt à une confrontation pour le moment, pas alors que chacune de mes pensées, de mes souvenirs, étaient exhumées pendant le procès d’Henning. Il m’avait fallu un exutoire, et j’étais plus que conscient que l’étudiant ne m’aurait pas laissé la chance d’en avoir un le temps d’une nuit si j’avais été à Beacon Hills, ou si j’avais même gardé mon téléphone allumé.  Ce qu’il fallait pour le moment, c’était ça : une pile de cadavres désormais envolée et un retour à la routine.

Le chemin avait fini par se désencombré, jusqu’à arriver sur une route.  L’entrée du parc naturel était à deux cent mètres plus loin. Remontant sur le bitume, je fis un salut poli à la serveuse qui s’occupait du bar et tirait une clope d’un paquet qu’Asher avait encore dû fourrer à mon insu dans la poche de ma veste. Assis sur mon sac, je patientais en regardant les voitures passer, jusqu’à me relever dans un sourire lorsque la mienne arriva. Jetant mon sac en travers de la banquette arrière, je m’attachais sous le regard toujours malicieux de mon ami.

-Alors ? Bonne soirée ?, sourit-il.
-C’est à toi de me dire ça ! J’espère que tu as profité de l’appart… en revoyant les deux étudiantes tchèques, peut-être ?

Son sourire en disait long. Il redémarra dans la seconde qui suivait, sous prétexte qu’avec le réseau qu’il y avait dans ce coin merdique, il pouvait toujours attendre longtemps pour avoir des nouvelles des deux filles. A peine rejoint l’autoroute que nos deux téléphones vibrèrent de concert, dans une litanie à n’en plus finir. Sourcils froncés, je fis défiler les messages de Therence sous mes yeux dubitatifs… qu’est-ce… pourquoi est-ce qu’il avait envoyé ce genre de chose ?!

-Un problème ?
-Je pense que tu devrais essayer de dormir. C'est important avec toutes les histoires que tu traverses. Peut-être prendre un somnifère ?, citai-je en décollant mon regard de l’écran pour les poser sur Asher.

-Il n’a aucune idée de l’impact que peut avoir un Wendigo sur son hôte, hein … ?

J’haussais simplement les épaules en lui jetant un coup d’œil entendu.

*

Le claquement d’une porte me réveille en sursaut. Bataillant pour garder les paupières ouvertes, je quittais le lit pour rejoindre le salon, vide. Sur la table, Asher m’avait laissé un plat de concombre pour « combler les fringales d’un véritable carnivore », comme indiquait la note collée à côté. Préférant ravaler le rire qui montait, je vérifiais l’heure sur mon téléphone…

Cession skype.


Un sourire presque béat sur les lèvres, j’allumais l’ordinateur et me précipitai sur le lit pour correctement m’installer le temps que la machine démarre. Pas besoin de remettre mes cheveux en place, ni même d’améliorer les plis sur ma chemise ; après tout, je doutais que les vêtements allaient nous être longtemps nécessaires… Quand enfin Therence apparut, aucun de nous deux ne dit un mot. Son sourire furtif cachait mal la réelle intention de son examen de ma personne, mais je m’en fichais pas mal… tout comme il avait l’air de s’en foutre autant :

-A poil, me devance-t-il en ôtant l’intégralité de sa tenue.

Je dévorais du regard ses gestes, sa peau, mais aussi l’intensité de son désir qui transpirait par le mordillement de ses lèvres, ses yeux à moitié clos. Ô combien j’aurais aimé être avec lui et m’offrir à ses envies…  ouvrant la chemise sur mon torse et me débarrassant de mon boxer, j’imitais les mêmes gestes que mon étudiant, le désir rivé sur son corps, sur lui tout entier. J’avais envie de lui, et pas d’une réplique en deux dimensions sur un écran froid, mais tant pis. Je m’abandonnais à mes caresses et aux soupirs de Therence à l’autre bout de la Terre, sous son regard lubrique.

-…J’ai envie de toi, finis-je par dire après notre échange moins passionné qu’à l’accoutumé. Vraiment. J’en peux plus d’attendre la fin de la semaine.

Son sourire en disait beaucoup sur ce qu’il pensait aussi. Longtemps après qu’il ait raccroché, je restais assis à contempler l’écran, dubitatif quant à la session Skype qui venait de se dérouler. Pas déçu le moins du monde, mais… je soupirais en fermant l’ordinateur brusquement. Tant pis.

*

-Je ne dis pas que j’aime pas faire ça, soupirai-je en humidifiant mes lèvres. C’est juste que…
-Que tu ne m’aimes pas assez pour le faire, c’est ça ? Seigneur Adriann. Je te savais égoïste, mais tu dépasses tous les records !
-La ferme, râlai-je en le fusillant du regard. C’est bon ! Ramène tes fesses et tout ce qu’il faut, je vais m’en occuper !
-… Adriann ?
-Quoi ?, lâchai-je, exaspéré, alors qu’Asher s’asseyait sur le bord du matelas.
-Tu fais ça bien, hein ? Tu y mets vraiment du tiens ?

Sans même prendre la peine de lui répondre, je me penchais au dessus de lui pour attraper le paquet de feuille slim et son bocal de weed. Ouvrant son tabac, je préparais le joint sous les yeux presque amoureux de mon colocataire, comme si le fait le voir en construction lui faisait aussi plaisir que lorsqu’il serait dans son organisme. Glissant ma langue sur le collant de la feuille, je jouais de mes doigts pour la coller proprement et m’apprêtais à recommencer l’opération quand brusquement, mon téléphone apparut dans mon champ de vision.

-Therence t’appelle. C’est pas si grave, hein ! Je peux lui dire que t’es très occupé et que tu le rappelles dans quelques heures ? Quand tu auras fini de tout rouler, clarifia-t-il à mon air interrogateur.
-Therence !, fanfaronna-t-il dans le téléphone. Adriann est occupé, il te rap-
-Rends-moi ça !, râlai-je en m’affalant sur lui et en lui arrachant le téléphone des mains. Va fumer celui que je t’ai déjà roulé et sors !, soupirai-je en me redressant sur le lit et en reprenant mon souffle. …Salut, Therence.
-... Hey! Comment ça va?
-Ca va. Désolé pour Asher, il est... Asher, résumai-je en mettant le haut-parleur et en commençant la préparation d'un nouveau joint.

La discussion continuait joyeusement alors que le paquet de cigarette se remplissait aussi. Tout aussi ravi de ne pas avoir perdu la main depuis mes années lycée que de parler avec Therence, je me laissais porter par nos rires et tous nos sujets, jusqu'au plus petit potin que l'étudiant me partageait. Une banale histoire de tromperie, qui n'en était peut-être même pas une. Qu'est-ce que j'en pensais ?

-Je sais pas. Dans ce genre de cas, il vaut mieux que tout le monde soit honnête. Si le mec veut partir, qu'il le fasse sans jouer au connard juste avant...
-Tout le monde a un avis différent sur la question, alors j'essaie d'établir une moyenne... Par exemple : est-ce que regarder c'est tricher ?

Je rigolais franchement à sa question alors qu'il continuait son interrogatoire.

-...ce genre de contact là.
-C'est des trucs assez banal, ça. Après, si ça va plus loin..., haussai-je les épaules. Je veux dire, ton partenaire est censé respecter les termes du contrat que les deux ont mis en place. Si le footballeur voulait une relation libre, il aurait peut-être fallu qu'il le précise avant de baiser avec une autre fille.
-Ok, rit-il doucement. Du coup, si ça va plus loin...
-Genre ?, souris-je.
-Genre, heu... une... certaine proximité... un baiser...

Je réfléchis pendant quelques secondes avant de ricaner.

-T'as jamais été trompé. J'ai juste ? ...Si un des deux partenaires veut coucher ailleurs, il faut le consentement de l'autre. Sinon la relation est inégalitaire et celui laissé derrière finit comme... je sais pas. Etre en couple, c'est aimer assez quelqu'un pour le respecter. Selon moi. Mais toi ? Qu'est-ce que tu en penses ?

A Therence de m'expliquer sa vision des choses. J'étais intrigué, attentif, tellement que j'en avais même arrêté mon activité. Alors selon lui, ça dépendait...

-Heu... la bouffe et prête et je buche avec Bruny cet aprèm'. Je vais te laisser...
-C'est ça, fuis !, ricanai-je en rangeant mes affaires. Travaille bien, Therence.

*

Si je pouvais avoir la gueule de bois, il était très clair que ce serait l’état dans lequel je me serais trouvé actuellement. Je n’avais pas dormi de peur de louper mon réveil pour partir à l’aéroport, et il me restait désormais deux autres heures à tuer avant de réveiller Asher et ainsi, mettre fin à ses ronflements. Nous avions quitté les étudiantes très tôt le matin devant leur porte et après avoir fait des pâtes pour cinq personnes, mon colocataire s’était affalé dans son lit pour un repos des plus mérités. Quant à moi, j’avais fait ma valise, nettoyé l’appartement qui avait d’ailleurs déjà besoin d’un autre coup de balai… je renonçais sans même envisager sérieusement ce nouveau défi, préférant de loin me laisser tomber sur le canapé et ouvrir mon ordinateur. Un rapide message à Therence et nous nous retrouvions sur Skype, où je mesurais toute l’intensité de mon état : tournant au café depuis la veille au soir, mes cernes n’avaient fait que s’agrandir tandis que mes cheveux se dressaient de manière disparate sur mon crâne. Et c’était sans parler des relents de fumée, d’alcool que je dégageais… je souriais à l’image bien mieux portante de l’étudiant.

-…Hey, dis-je d’une voix enrouée. Il se pourrait que j’ai trop abusé hier soir. C’pas ma faute, Asher, il a… attends, tu l’entends ronfler, là ?, demandai-je, candide, les oreilles tendues. …Enfin bon… on est allé fêter mon départ et la fin du procès !

J’expliquais à Therence que l’avocate de la partie adverse s’était servi de mon vécu avec Henning pour gagner l’affaire : les circonstances du meurtre étaient plus atténuantes, même si notre relation s’était déroulée quelques années auparavant. Le brun demeura silencieux un moment à me contempler avant de me demander des précisions. Comment était mort Henning ?

-A coups de haches. J’ai oublié combien exactement, mais… enfin, pas besoin de trop en dire pour comprendre que c’était pas très joli à voir.

Comme s’il marchait sur des œufs, le garçon continuait à poser ses questions. Pourquoi est-ce qu’il avait été tué, si sa femme savait…

-Ecoute, Therence… je comprends que tu veuilles en savoir plus, mais… je pars dans cinq heures, on a gagné malgré tout, et... j’ai pas vraiment envie d’en parler plus que ça. Plus tard. Peut-être, soupirai-je faiblement.

-Bon !, relançai-je la conversation vivement. Je ferais mieux d’aller prendre une douche. On se revoit à l’aéroport, souriais-je en envoyant un baiser dans le vent avec un regard de braise.

J’éteignais l’ordinateur pour revenir m’affaler dans le canapé. A bien réfléchir, c’était vrai qu’une petite douche me ferait le plus grand bien…

*

A mon réveil, l’avion entamait sa descente. Mon regard se porta sur la ville qui s’étendait sur le hublot alors que je m’attirais les foudres de ma voisine. Son existence m’apparut alors comme une surprise : je m’étais endormi avant même le début du vol et je ne m’étais réveillé que pour redémarrer ma playlist ou réajuster ma couverture. En somme, la déranger était le dernier de mes soucis. Avalant un chewing-gum, je la suivis néanmoins pour qu’elle me guide jusqu’aux valises. J’attrapai la mienne rapidement et adoptai une démarche décontractée, loin de l’impatience et de l’excitation qui grignotait mes pensées. Surtout, ne pas la jouer trop sentimental. Je scannais la foule, les familles, les amis qui attendaient leurs proches, sans apercevoir Therence. Renfrogné, je continuais ma progression sans stopper mon observation, jusqu’à trouver, quelque peu à part, une tignasse familière. Sans rien dissimuler de mon sourire, je m’approchais jusqu’à ce que nos mains puissent attraper les hanches de l’autre. Sans même une parole, nos lèvres se retrouvèrent avidement, rapidement suivies par nos langues. Mes mains glissaient partout sur lui, sur ses flancs, dans son dos, sur sa nuque… Il était enfin là, sous mes doigts.

-Je crois qu’aucun de nous deux ne peut attendre d’être rentré à Beacon Hills…, susurrai-je à son oreille en collant la preuve de mes dires à son bassin. Toilettes ?, demandai-je avec un coup d’œil entendu.



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Therence Garnet

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MessageSujet: Re: Ich hab noch einen koffer in Berlin | Therence & Adriann   Sam 29 Oct - 2:55



Welcome back
…J’ai envie de toi. Vraiment. J’en peux plus d’attendre la fin de la semaine.

La voix rauque et faible d'un désir consommé d'Adriann joue dans ma mémoire pendant que le téléphone sonne. Je pourrais être heureux de ce manque partagé, et je le suis. Mais pas sans une once non négligeable d'inquiétude...

-Therence ! Asher?! Adriann est occupé, il te rap-

-Rends-moi ça !
Le coupe t'il, ainsi que son souffle si j'en crois son soupir subit. J'éloigne l'appareil de mon oreille en haussant un sourcil aux bavardages de l'allemand sur des pétards à consommer. J'ai l'impression d'avoir à faire à un intenable couple d'ados... …Salut, Therence. Ca va. Désolé pour Asher, il est... Asher.

Je ris doucement en m'ôtant de l'esprit que je préfère qu'il soit Asher que des restes d'encas d'après-minuit... Mais je ne le contacte pas pour parler de ça. J'ai... besoin de clarifier la situation dans laquelle je me suis salement fourré en m'aventurant chez le boss du Pink. ...clarifier notre situation?...

-Je sais pas. Dans ce genre de cas, il vaut mieux que tout le monde soit honnête. Si le mec veut partir, qu'il le fasse sans jouer au connard juste avant...

...Super. On peut dire que ça commence bien : il n'est pas insensible à cette histoire. Être honnête, c'est pourtant évident! C'est pas comme si j'étais le premier à gueuler sur le propos... Mais elle se situe où, l'honnêteté, quand on a dit "ok" sur un chantage odieux?... Un regard provoquant, quelques paroles équivoques, ça compte pour de la tricherie, ça?

-C'est des trucs assez banal, ça. Mes épaules s'affaissent à défaut de pouvoir soupirer audiblement. OUF! Après, si ça va plus loin... Fausse alerte... Je veux dire, ton partenaire est censé respecter les termes du contrat que les deux ont mis en place. Si le footballeur voulait une relation libre, il aurait peut-être fallu qu'il le précise avant de baiser avec une autre fille.

... D'accord. Je suppose qu'un "j'ai pas envie que t’aille voir ailleurs" est une clause assez explicites pour ne pas être ignorée...

-T'as jamais été trompé. J'ai juste ? Je me sens ridicule d'un coup. Qu... Hey! Je lui interdit de se foutre de moi! Je plaisante pas, je sue derrière le combiné de savoir si oui ou non j'ai commis une bêtise!... Et... j'en sais rien, je supporte assez mal d'être ignoré pour pouvoir dire que j'ai toujours accepté de l'être, mais je présume qu'on ne peut pas parler de quelques abandons imprévus et frivolités non partagées comme étant concrètement de la tromperie dans mon cas... ...Si un des deux partenaires veut coucher ailleurs, il faut le consentement de l'autre. ... Sinon la relation est inégalitaire et celui laissé derrière finit comme... Comme? je sais pas. Flûte. J'ai rarement autant détester un cliffenger. Être en couple, c'est aimer assez quelqu'un pour le respecter. Selon moi.

Je bénie Adriann d'être à l'autre bout du monde et n'avoir qu'un téléphone pour communiqué avec lui pour cette discussion. Être en couple, respecter, aimer assez... Mettre des mots sur notre relation n'est pas ce que je préfère. Mais je réfléchis avec embarras en sachant pertinemment que je respecte et... et aime assez Adriann pour ne pas vouloir le décevoir, c'est clair. C'est très clair pour moi... Mais ça ne résous absolument rien à la situation ambiguë dans laquelle ce foutu rital m'a mis.

-Mais toi ? Qu'est-ce que tu en penses ?

...Et c'est à ce moment là où je dois prendre le dessus sur mes embarras et jouer une mélodie sérieuse et concernée, mais pas trop non plus, avant de prétexter l'heure qui tourne...

-C'est ça, fuis ! M... Mais qu'il arrête, je fuis rien du tout!!! Travaille bien, Therence.


* * *


Je parcours le journal pour me tenir au courant des énormités dont cette ville est la victime. Pendant que monsieur tout le monde prend insouciamment son café-donuts du matin, des étudiants puis des lycéens disparaissent peut-être, et à défaut de me sentir visé, ça me rend curieux. Et puis... on sait jamais. Dans la campagne avoisinante, un fermier ronchon aurait très bien pu perdre sa cochonnaille il y a peu... Ce serait ballot que l'histoire fasse la une du papelard local.

Heureusement - ou pas - la une est accaparé par une histoire de boucherie digne d'un film d'horreur. Ce ne serait pas un tel étalage que vu la zone et les victimes, ça aurait put être le genre d'histoire à respirer le flingue abandonné sur une scène de crime comme une cerise déposé sur un gâteau.

Je plisse la feuille de chou en renversant ma tête en arrière contre le dossier du sofa. Ce que ce journal ne me dira pas, c'est comment Adriann s'en sort à la barre... Je n'ai pas eu de réponses et n'ai pas osé en demandé de peur de déranger et de m'aventurer sur un terrain difficile. Me biller pour une histoire qui m'échappe complétement, ça n'aidera pas l'allemand dans son épreuve. Alors je tente de m'occuper l'esprit à d'autres priorités. Mais finalement, le journal va rejoindre ma carte de bibliothèque dans la corbeille à papier. Cet imprimé ne m'en dira pas non plus d'avantage que ce que les administrations locales pourraient m'apprendre sur un passage ici il y a des années. Je me masse le visage avec contrariété en jugeant la liste de mes tracas, jette un petit coup d’œil implorant à mon portable et m'exaspère. Mais pourquoi à t-il fallu que je me fourre avec un phénomène dans son genre sérieux? Ma vie n'est pas déjà assez compliquée?! Il ne manquerait plus que de nouveaux emm*rdements me tombent dessus...

Mais Adriann ne me laisse pas approfondir la question. Enfin du nouveau!!! Il m'invite à le rejoindre sur l'ordi, et ni une ni deux, nous nous retrouvons en face à face.
Mais lorsque je le vois apparaitre à l'écran, je prend peur... Oh non... non, non, non, qu'on ne me dise pas que son état est à l'image des nouvelles qu'il s'apprête à me balancer, pas ça...

-…Hey. Il se pourrait que j’ai trop abusé hier soir. C’pas ma faute, Asher, il a… attends, tu l’entends ronfler, là ? Je ne sais pas comment prendre ses airs mignards. Il est saoul?... …Enfin bon… on est allé fêter mon départ et la fin du procès !

-... Ça veux dire que c'est positif pour toi, hein?  m'impatientè-je d'une plus nette confirmation, ne sachant pas si je peux vraiment me permettre de souffler.

Oh bon sang!... Je respire à nouveau quand il confirme qu'il est définitivement acquitté. C'est génial! Aussi évidente semblait-être la culpabilité de la veuve, on ne peut pas dire en connaissant ses vices et les absurdités de la justice qu'il avait toutes les chances de son côté.

Adriann est innocenté, et il va revenir à BeaconHill. Je suis soulagé, mais ma joie s’amenuise à mesure qu'il explique comment c'est sa relation avec le mort intelligemment nuancée par son avocate qui lui a sauvé la mise. La satisfaction sur son visage alors qu'il évoque son amant, ça me laisse un sentiment désagréable quand bien même c'est pour félicité le verdict de l'affaire. Je garde les yeux baissés, jouant avec la couture de mon jean. J'hésite, ça ne me regarde peut-être pas. Mais dans la continuité de la conversation, je glisse doucement les interrogations qui me mines.

-Comment c'est arrivé pour Henning?

-A coups de haches.

Je fronce des sourcils et grimace, choqué par l'acte et successivement désolé pour mon professeur en imaginant les faits. C'est... barbare!... J'ose pas imaginé... pourtant l'espace de quelques secondes, par analogie au sort de son propre amant, c'est la vision de son corps à lui, mutilé, que mon imagination me représente et ça me fout un sacré vertige. Oh non de...

-J’ai oublié combien exactement, mais… enfin, pas besoin de trop en dire pour comprendre que c’était pas très joli à voir.

-... Ouais, ouais... confirmè-je en me demandant comment il peux avouer ça si sereinement alors que je viens de lui faire parler de son petit-ami trucidé dans de telles circonstances.  

En apprendre plus sur Henning et lui, c'est traverser un champs de mine, j'ai l'impression de ne pas pouvoir faire un pas sans marcher inévitablement dessus. Pourtant, Adriann ne s'énerve pas. Je considère son calme et ce que cela m'autorise, et je saisis l'opportunité.

-Pourquoi elle a fait ça? Nouveau silence avant d'oser. C'est parce qu'elle savait pour v...

-Ecoute, Therence… je comprends que tu veuilles en savoir plus, mais… ...J'ai été trop loin... Je pars dans cinq heures, on a gagné malgré tout, et... j’ai pas vraiment envie d’en parler plus que ça. Plus tard. Peut-être.

-Ok. balayè-je la discussion d'un haussement d'épaules et hochement de tête qui se veulent détachés.

Je me fiche de la mort tragique de cet Henning et de sa folle de femme, des morts scandaleuses il y en a tous les jours dans les média et je n'y pleure pas dessus. Mais je me préoccupe de ce que mon professeur éprouve et a pu vivre, de ce que sa mort et son vivant ont d'emprise sur sa vie, de l'impact que ça peut avoir encore aujourd'hui. Vis-à-vis de lui. Vis-à-vis de nous...
Adriann prend les choses avec un flegme déroutant. Mais ce n'est peut-être pas une si mauvaise chose. Il a raison, il est sorti d'affaire, et c'est le principal.

-Bon ! clame t-il plus guilleret. Je ferais mieux d’aller prendre une douche. On se revoit à l’aéroport.

Je ris à ses bêtises, l’œil brillant de joie de retrouver un Adriann déchargé de quelques démons et de le retrouver bientôt en chair et en os.

-J'y serais. promis-je avant qu'il disparaisse de l'écran.


* * *


Une foule de nouveaux arrivants afflues, grouille un long moment, se délite, et ne me laisse qu'un sentiment de frustration. Ce n'est pas le vol d'Adriann. Ça commence à faire trop longtemps que je me dandine sur mes pieds, fais cents pas, puis cents nouveaux pas, puis stagne en scrutant les portails d'arrivée sans pouvoir m'empêcher de tapoter frénétiquement des doigts sur ma cuisse ou repasser une énième fois la main dans mes cheveux que de toute façon j’ébourifferais encore d'impatience.

... Je peux plus attendre!!! Deux semaines aux allures de dix vies en parallèles et il est bientôt là, a portée de doigt, les minutes deviennent des supplices! Cette fois c'est bien son avion qui est arrivé alors je cherche, je scrute, mais je ne le trouve pas. J'ai peur de l'avoir bêtement raté, quoique s'il y avait quelqu'un pour lire mon désarroi, il jugerait surement que le constat est sacrément hâtif. Je m'agace et tourne en rond : est-ce qu'il a rallumé son tél?! Je ferais mieux de l’appeler!

Attrapant mon portable, mon regard file vivement sur les visages divers, quand l'un me saisis au vol. Je souris, pris d'une euphorie innocente. J'ai l'impression d'être un gosse qui vient de dévaler les escaliers pour découvrir le sapin au matin de Noël.

D'un même pas nous nous retrouvons, et avant même une parole nos lèvres se scellent avec fougue. J'empoigne ses hanches en m'abreuvant de son souffle. Comme c'est bon de le retrouver, de le sentir, de le toucher!!! Je le serre plus fort, lui mange les lèvres plus avidement. Je me fous de ses affaires, de ses vieux potes, de sa brave mamie : je ne suis pas prêt de le laisser repartir. Si ce n'est pas mon corps frustré qui réclame, c'est tout aussi violent. Comment j'ai survécu ces quinze jours sans lui?!
... Un vicieux petit diable aux relents de fumée et à l'accent particulier se rappelle à ma mémoire, et je le refoule avec contrariété. Mes mains agrippent possessivement la nuque du wendigo. Je n'ai pas l'esprit aux tracas et aux hontes, j'ai un autre genre de cornu auquel succomber et à fêter dignement...

-Je crois qu’aucun de nous deux ne peut attendre d’être rentré à Beacon Hills… Toilettes ?

-... Toilette.
approuvè-je d'un seul souffle.

Je me détache de lui en me mordant la lèvre, l’œil flamboyant, et glisse ma main à la sienne pour l'entrainer dans une course folle à travers les voyageurs, directions les cabines closes.

-Bon retour... haletè-je en l'attirant vivement avec moi dans l'habitacle et fermer la porte dans notre dos.

Spoiler:
 

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Ich hab noch einen koffer in Berlin | Therence & Adriann
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