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 Heads up | Le quatuor infernal

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AuteurMessage
Adriann Weizerling

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MessageSujet: Heads up | Le quatuor infernal   Sam 25 Juin - 0:56




Stressed out

« We serial killers are your sons, we are your husbands, we are everywhere. And there will be more of your children dead tomorrow. » ► BUNDY
Le réveil avait déjà sonné trois fois. Trois fois que j'écrasais ma main pour faire cesser le bip et trois fois que je reglissais dans les couvertures et dans le sommeil. La nuit de nos retrouvailles avec Therence avait été bien trop fougueuse au vu de la fatigue qui m'accompagnait déjà depuis que j'étais monté dans l'avion du retour. Dormir, donc, était la meilleure solution pour repousser mon épuisement.... et le souvenir encore trop frais du voyage dans mon pays natal. Mais comment retomber dans les bras de Morphée alors qu'un baiser vint me chatouiller le cou, puis, au fur et à mesure que la couette glissait jusqu'à mes pieds, le reste de mon corps ? J'ouvris un œil pour observer le manège de mon rebelle, avant de me recroqueviller pour échapper au froid qui glissait sur ma peau. Replongeant la tête dans l'oreiller, je grognai :

-Je veux pas me lever...

Après une proposition plus qu'explicite sur une récompense, je m'extirpai du lit pour suivre l'adolescent jusqu'à la salle de bain, soudain beaucoup plus alerte. Et on disait que j'avais une libido infatigable...

*

J'étais retourné dans le lit dès que Therence avait franchit le seuil de mon appartement pour partir à son boulot, courant vainement après le sommeil. L'été commençait tout juste, les cours étaient terminés et quelques malchanceux passaient leurs derniers partiels. Autrement dit, rien qui ne requierait ma personne, ni au campus ni au poste de police... enfin, si on omettait un grand passage aux aveux  dans l'après-midi, bien évidemment. Après tout, ce n'était pas comme si un simple rendez-vous à quatre risquait de tout changer. Ce n'était pas comme si le seul répit offert dans cette histoire de traque surnaturelle tenait au seul fait que je m'étais exil... que j'étais parti de l'autre côté de la planète. Mais comme la voix de Chad ne cessait de répéter dans ma tête, "Mick et Therence sont également en danger" et quoi de mieux pour pouvoir se défendre que de connaître la menace qui planait sur nous ? Sauf que voilà : Therence n'était qu'un humain, dont le seul moyen de défense restait un pauvre couteau. Certes, il pouvait se révéler dissuasif, mais les personnes à qui nous avions affaire ne se laissaient même pas intimider par des griffes et des crocs aiguisés. Et puisque rien, aucun lien vraiment proclamé ne nous liait... pourquoi resterait-il ? J'avais tourné et retourné cette question mille fois dans ma tête, j'en avais même rêvé certaines nuits, jusqu'à arriver à une conclusion plus pessimiste que ma nature habituelle : il partirait.

*

Dire que la femme qui s'occupait des places de cinéma ne fut pas impressionnée par mon sourire charmant serait un euphémisme. Elle me dévisagea de haut en bas, et plutôt que de s'attarder sur mon visage attrayant ou mon physique avantageux, son regard se posa sur les deux pizzas que je tenais dans les bras avant de secouer sa tête, dépitée mais néanmoins fermement. Cette femme avait vu pire, c’était ce que traduisait tout son langage corporel. Et surtout, la liste de choses interdites dans le cinéma, qui était anormalement grande. Cette femme était une sorte de vétéran, et ce n’était certainement pas avec un regard de braise que j’allais l’amadouer. Comme le silence entre nous commençait à s'éterniser, je m'éclaircis la gorge et ouvris la bouche avant de me faire couper la parole :

-Vous n'amènerez pas ses pizzas à l'intérieur. J'espère que vous en avez conscience.
-Je comptais les apporter à Therence, pour t-…
-Therence ? Garnet ? Le gamin qui s'occupe de projeter les films ?

J'hochais la tête, les yeux plissés. Oui, et... ? J’obtenais mon droit de passage, oui ou non ? Un soupir interminable franchit ses lèvres alors qu'elle semblait réfléchir à l'issue de ce problème.

-Allez-y.

Requinquer par cet élan de bonté, je m’avançai gaiement avant de me faire aboyer par un "Ca fera deux parts de pizzas !". De mon sourire le plus forcé, je lui tendis une boite dans laquelle elle piocha allègrement avant de me libérer. Montant la poignée de marches pour retrouver Therence, je l'entendis encore bougonner "Et nettoyez après avoir fait votre petite affaire !". Charmant. Arrivé devant la porte, je passais une main dans mes cheveux, peut-être un peu trop nerveux pour le moment. Il était à peine treize heures lorsque, d’une main hésitante, je frappais à la porte de la salle, qui s’ouvrit sur le regard surpris de Therence. A sa question silencieuse sur comment j’avais réussi à franchir l’entrée gardée par l’homonyme de Touffu dans Harry Potter, j’haussais simplement les épaules et, après avoir posé les pizzas sur une table, me tournai vers lui avec un petit sourire.

-J’ai dis que j’étais ton copain.

Je n’avais aucune idée que des yeux pouvaient s’écarquiller autant.

-Je plaisante !, le rassurai-je en ouvrant le carton. Elle s’est servie, c’est tout.

Les deux heures passèrent rapidement, peut-être même un peu trop. Lorsque le devoir appela l’adolescent, je le regardai s’affairer, laissant mon regard se balader sur son dos, ses mains, ses fesses, tranquillement affalé sur un canapé. Les pizzas avaient été mangées, et lorsqu’enfin le film fut lancé, incapable de tenir en place plus longtemps, je me glissais derrière Therence comme une ombre de luxure prêt à envoûter sa proie. Autant profiter de lui tant que je le pouvais encore… Autant en profiter pour se vider la tête.

Ce fut en reboutonnant ma chemise que je sentis mon téléphone vibrer. "Chad" s’afficha sur le portable qui reposait tranquillement au sol. Le regard du brin se posa sur l’écran avant de rencontrer le mien. En une fraction de seconde, nos deux corps s’élancèrent vers l’objet, mains tendues pour s’en saisir le premier, avant de heurter le sol plus violemment que prévu. M’allongeant de tout mon poids sur lui pour le bloquer, je tendis le bras pour décrocher sans que Therence ne puisse faire quoi que ce soit d’autre que de subir. Sous ses plaintes moins présentes que ses menaces, j’entendis vaguement Chad me grogner de me bouger, qu’ils étaient déjà au bar, eux, et qu-… Je raccrochais avant qu’il n’ait pu finir sa phrase, dans un "Ouais, ouais, on arrive" peu convaincant. Mettant mes jambes de chaque côté de son corps, j’attrapai son regard, brusquement plus sérieux.

-Tu te souviens quand je te disais qu’il y avait… certaines choses que je devais t’expliquer mais que ça ne devait pas se faire au téléphone ? Disons que j’ai choisis de t’en parler le plus tôt possible. Et pour ça, il faut qu’on retrouve Chad au bar.

Autant réserver les détails fâcheux, comme la présence de Mick, pour plus tard… car d’après les informations que j’avais glanées chez Therence et chez le Loulou, une entente cordiale entre nos deux… entre les deux antagonistes relevait presque de l’impossible. Mais c’était un détail. Pour le moment, ce qui comptait le plus, c’était l’anxiété grandissante qui me traversait.

Remettant chacun nos cheveux en place, nous sortîmes du cinéma. Je vérifiais l’heure, certains de ne pas être SI en retard que ça, avant de le ranger en reconnaissant avoir bientôt une bonne dizaine de minutes de retard. Accélérant le pas, j’imaginais toute sorte de scénario, chacun accroissant le ressentiment que m’inspirait cette rencontre. C’était une mauvaise idée. Une très mauvaise idée.
Lorsque nous franchîmes la porte du bar, nous n’avions qu’un petit quart d’heure de retard, loin du retard catastrophique que j’avais imaginé. Dans un léger soupir, je scannais la salle avant de poser une main dans le dos de Therence et de me pencher à son oreille en apercevant le couple guimauve, dos à nous.

-Oh, j'ai peut-être oublié de te prévenir, mais Mick sera parmi nous. ...Je te propose un jeu, murmurai-je dans le creux de son oreille en caressant son poignet du pouce. Celui qui les énerve le plus subtilement a carte blanche cette nuit.




Le quatuor infernal

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Dernière édition par Adriann Weizerling le Dim 24 Juil - 16:34, édité 1 fois
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Chad Wilder

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MessageSujet: Re: Heads up | Le quatuor infernal   Dim 26 Juin - 16:44



Le quator infernal

L'appartement de Mick est trop petit pour le loup agité que je suis depuis le marriage de Peter et Ruby. Il faut que j’évacue ce qui bouillonne dans ma chair et je refuse que Mick subisse les conséquences de mon instabilité. La Maserati me laisse près d’un chemin familier, celui qui mène au terrain qui verra notre maison. Est-ce prudent de me balader seul ici sachant que quelqu’un m’a pris en photo sur ce même terrain alors que je prenais des métrés pour le besoins de mes plans. Qu’importe ! Qu’ils me prennent donc en photo si cela leur chante. Je sors de ma voiture et m’éloigne. Le toutes options de ma belle italienne lui fait verrouiller les portes dès que je m’éloigne. Je fais un beau sourire à la forêt avoisinante. Si un de ces connards de chasseur est en train de me viser avec son objectif autant que je ne fasse pas la gueule, si c’est avec son fusil… Je mourrai avec une belle expression…

Mais personne ne semble m’attendre. Inconsciemment je note des détails pour la construction, comme cette ravine qui traverse le chemin et qui peut devenir impraticable par mauvais temps. Il faudra drainer et enterrer une conduite pour ne pas bloquer l’eau. Quand je débouche sur le terrain dégagé qui finit par un à pic, j’ai comme à chaque fois que je viens ici, le souffle coupé. Mick a vraiment trouvé l’endroit idéal. Pas question que nous nous laissons intimider par ces tarés de chasseurs. Bien que ce qu’il s’est passé à l’église prouve que le danger ne vient pas forcément des hommes… Je sais bien qu’une partie des arguments des chasseurs sont entièrement fondés. Nous sommes une espèce potentiellement dangereuse. Mais je refuse de me laisser mettre en cage ou pire éliminer.

En limite de notre terrain, il y a un carré de terre fraichement remuée. Je me dirige vers cette tombe, car il s’agit du lieu où j’ai enseveli Robin. Rien ne marque sa sépulture. C’est trop tôt, mais j’ai promis à Mick que lorsque tout cela sera calmé et la maison debout, nous lui ferons une sépulture digne de son sacrifice. S’il a vécu dans l’ombre toute sa vie, deux personnes honoreront sa mémoire dans sa dernière demeure.

Je regarde la terre ameublie, me sentant un peu idiot. La seule tombe qui m’importe est celle de ma sœur, Amy. Puis il y a eu le funérarium avec les parents de Mick et maintenant celui qui est pour moi toujours un inconnu, mais dont le sacrifice nous a laissé un peu de répit. Je coupe une marguerite qui pousse à quelques mètres de là et la pose sur la tombe.

- Te fout pas de ma gueule !

Je ne peux m’empêcher de voir sa tête de mec canon qui le sait. Il avait une manière bien agaçante de bouger et de se planter dans le canapé de Mick.

- Je vais mettre Mick au courant… J’ai peur de sa réaction. Pour lui, je suis son gentil Loulou… Que va-t-il penser de mon entreprise depuis le meurtre de ma mère ?

Me voilà en train de parler à une tombe. L’autre pignouf qui y est enterré doit bien se gondoler depuis l’enfer. Je serais bien aller voir Derek, mais j’avais eu une étrange sensation qui s’était confirmée lors du mariage d’une manière que je n’aurais jamais soupçonnée. Je crois que je crains autant le jugement de Derek que celui de Mick…

***

- Mick ? Ne pense pas que ce sont les derniers événements qui m’ont décidé. C’était déjà prévu avant le départ d’Adriann pour l’Allemagne.
- Oui Loulou ?
- Je sais que tu sais que je te cache des choses…

Je me sens un peu penaud à dire cela ainsi, mais je n’ai pas trouvé mieux comme entrée en matière. Ce qui est sûr, c’est que j’ai capté toute l’attention de Mick. Il semble même soulagé que je me décide enfin à lui dire ce que je fais en sous-marin depuis quelques mois. J’ai bien avancé avec l’aide des amis de Matthias. J’ai maintenant une cartographie qui se précise des chasseurs et de leurs sympathisants. J’ai été surpris de constater qu’au lycée les enfants de chasseurs sont loin d’être inactifs. Il n’y a pas d’âge pour l’endoctrinement et la barbarie.

- Par contre si cela ne te contrarie pas trop, j’aimerais qu’Adriann et Therence soient présents. Ils sont impliqués, Therence ne sait pas encore la menace indirecte qui pèse sur lui à fréquenter un wendigo...

Je sens bien que Mick est frustré que je ne déballe pas tout maintenant, mais il est suffisamment attaché à moi pour bien vouloir patienter le temps que j’organise la rencontre entre nos deux couples. Rien que d’y penser, je sais d’avance que cela ne se fera pas sans étincelles…

***

- Non mais il fout quoi le teuton !
- Calme-toi Loulou, nous ne sommes là que depuis dix minutes, tempère Mick.
- Tu vas voir que ce bourricot a oublié ! Scheiße !

Mick a raison, cela ne sert à rien que je m’énerve avant de voir sa tête d'énervant planétaire. Je commande un alcool fort à la serveuse alors que Mick prudent, reste sur du sans alcool. C'est surtout pour le gout et l'alcool qui brule la gorge puisque je suis insensible à l'ivresse. Enfin j'aperçois le museau du wendigo d'agneau. Je me colle un sourire plaisant sur le visage. Moi fébrile ? Jamais ! Je note que je ne suis pas le seul à être mal à l'aise, car avant que le tudesque ne capte notre présence, il fait le tic qu'il a quand ça ne va pas. A force de le côtoyer dans des situation impossibles, on en est presque intime. Hallucinant comment Adriann reprend une belle superbe dès qu'il nous calcule Mick et moi.

Je lève mon verre en direction de Therence avec un sourire assuré. Je sais qu'il n'aime pas que je traîne avec son mec. Dommage qu'il n'a pas un odorat de loup, car je ne me serais pas privé de lui laisser quelques cadeaux empoisonnés.



© Fiche & montage by Mafdet Mahes, Dessin by Mokolat


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MessageSujet: Re: Heads up | Le quatuor infernal   Sam 2 Juil - 22:15



Angels Vs Demons
Je remue du nez contre une nuque tiède quand le réveil sonne pour la énième fois. Adriann glisse de sous mon bras échoué en travers de son buste le temps de ramener le silence, puis il revient se loger à sa place en soupirant, pour mon plus grand plaisir. Comme me le prouve mon corps courbaturé par une nuit... intensive, je suis bien réveillé. Donc si c'est un rêve, il ne risque pas de m'échapper... Mmmh... Il n'a pas intérêt. Sourire béat en m'étirant contre lui. Bien que si ce n'est pas moi que l'insupportable alarme sommait de quitter les draps, je n'aurais pas dis non à dormir d'avantage.

Un baiser. Deux baisers. Trois baisers. Plusieurs petites béquets lâchées le long de son cou en ouvrant doucement les yeux, coulissant contre lui pour poursuivre le long de son épaule, de son dos tatoué, de son bras que je pince délicatement entre mes lèvres...

-Adriaaann... soufflè-je contre le bout de peau humide dont les grains se hérissent.

J'ai besoin de café pour être en forme. Et maintenant que je l'ai enfin retrouvé, j'ai besoin d'autre chose... Mes doigts font de petits ronds le long de son ventre à découvert...

-Je veux pas me lever... marmonne t-il en se cachant dans son oreiller.

Je me redresse d'un bond dans son dos. C'est vexant, ça...
Mais je réfléchi un court instant, un sourire de crapule qui grandit, avant de le chevaucher à quatre pattes et glisser à son oreille...

-... T'es sûr? Je pense au contraire que tu as très envie de te lever. suggéré-je en baissant les yeux sur le beau susceptible dont il me limite l'accès.

Puis je longe le corps du prof capricieux à reculons, souplement, en déposant régulièrement mes lèvres le long de son flanc et de sa hanche, jusqu'à m'attarder en bouchées rondes et plus appuyées dans le pli de sa cuisse... pour filer dans la pièce voisine. Je sais comment le faire lever, mon wendigo...

Quand je dresse le nez du lavabo et pose les yeux dans le miroir, le reflet d'un Adriann à moitié assoupi mais quémandeur apparait dans mon dos, me provoquant un sourire.


* * *


Aah! Quelle merveilleuse journée! Ni les vieilles sourdes qui refusent de comprendre que le film qu'elles veulent voir n'est plus diffusé depuis des mois, ni les vestiges de batailles de pop-corns et cadeaux gluants que des troupeaux de morveux indomptables laissent sur leurs sièges ne sont capables de ternir mon humeur. Mon professeur est de retour, libéré de ses fonctions principales - ce qui veut dire que j'ai toutes les chances de m'imposer comme l'une de ses priorités... - et le seul obstacle qui nous retient de profiter pleinement de nos retrouvailles, c'est le temps qui file beaucoup, beaucoup trop lentement.
Dans la salle vide et quasi propre, le projecteur me fait des appels de phares, signal de monter dans le local. J'adresse un signe à son intention. C'est un cinéma de bourgade sans prétention, quatre salles dont une fermée la majeure partie du temps et un personnel réduit, le genre de petit complexe qui ne compte pas plus de six blockbusters dans le mois et dont certaines projections tournent encore au 35mm. Une relique de Beacon Hill que la gérante prend grand soin de conserver intacte. Gare à celui qui viendrait souiller son domaine!

Il est bientôt treize heure quand le chef de cabine m'abandonne pour l'après-midi. Il me confie la projection avec un sourire entendu, voyons voir ce que j'ai appris à ses côtés. J'aime bien gérer les films, je préfère amplement que de m'occuper de l'entretient des salles. Puis surtout ça m’évite d'avoir la chef sur le dos! Cela dit, ça n'empêche que la pendule fait du surplace. Et que monter et démonter des bobines, ça creuse... j'ai faim!
Au même moment on me répond d'un toquement à la porte. Un ange sensible à l'appel de détresse de mon estomac?...
Mieux que ça. Un superbe cornu...

Qu'est-ce qu'il fait là? Ma surprise laisse place à un petit sourire conquis en découvrant mon professeur sur le seuil de la cabine, avec les bras pris de deux boites à l'odeur très alléchante. Rejoins sur mon lieux de travail avec le diner, je me fais la réflexion en observant l'attentionné poser les pizzas sur la table que je pourrais définitivement l'adopter...

-T'es génial. le remerciè-je en fermant la porte sur son passage, des papillons dans l'estomac. A moins que ce ne soit l'appétit... Mais comment il a passé l’accueil?

-J’ai dis que j’étais ton copain.


-?!


Je le détaille, éberlué. Je... Je suis censé comprendre quoi?...

-Je plaisante ! Elle s’est servie, c’est tout.

-Oh... Très drôle.
grimacè-je plus que je ne ris, peu convaincu par son humour pour ne pas dire vexé par sa mine ravie. Mais ouais, se faire racketter sa pizza par la matrone, c'est déjà beaucoup plus clair et logique.

On bavarde de tout et de n'importe quoi en dévorant les spécialités italiennes. Je ne suis pas avare de détails à lui soutirer après son retour d'Allemagne, il y a toujours de quoi raconter sur sa vie là bas, avant les États-Unis, sa folle jeunesse Berlinoise... J'essaie sans doute plus de décortiquer le jeune Adriann qu'il ne se confie, mais ça reste amusant. Puis la conversation dévie sur le ciné, sur la projection de l'après-midi. Semaine du film d'anticipation : je lui fais un topos sans spoiler du sombre chef d’œuvre de 1998 dont j'ai la charge. Je lui raconte notamment avec enthousiasme la scène d'ouverture culte, mais lui tout ce qu'il note, c'est que le premier réflexe d'un type qui se réveille amnésique, se croit coupable de meurtres, et se découvre traqué par de mystérieuses entités, c'est de sauver la vie d'un pauvre poisson rouge... J'espère qu'il le fait exprès, parce qu'il n'échappera pas à un visionnage en règle. On ne peut pas dénigrer un tel film ! On ne peut qu'être admiratif d'un tel scenario, séduit par la bande son angoissante, se laisser embarquer par l'atmosphère terrifique, et être retourné par la chute de ce pur bijoux de la science fiction ! Puis Kiefer Sutherland est excellent dans son rôle du Docteur. D'ailleurs il serait temps que j'y retourne.

Rôles inversés, c'est le professeur qui admire son élève à l’œuvre. Je m'affaire sous son regard attentif dans la lumière tamisée que diffuse la pâle loupiotte de notre cabine, et lorsque le film est lancé, que mes doigts courent une dernière fois sur la machinerie, je me fais capturer avec langueur.

-T'es plus fatigué?... murmurè-je, en me retournant entre ses bras pour faire se rencontrer son nez et le mien.

Je reboutonne mon jean quand le tél du criminologue vibre non loin de mon t-shirt. Et je crois que je m'en serais complétement foutu s'il n'y avait ce nom affiché là comme une tâche sur une pédicule.

Chad.

Je regarde l'écran qui continue de vibrer. Je regarde Adriann qui se projette déjà pour l’attraper. Puis dans le même élan, je me précipite vers l'appareil, à deux doigts de m'en emparer quand il me cloue sur place de tout son corps. Hey, non!!!

-Adriann, dégage de là! Passe moi ce téléphone ou tu vas le regretter!

Je t'interdit de répondre à ce type!!! Je remue comme un beau diable pour essayer de le virer, mais c'est qu'il sait ce faire lourd cet idiot! Lorsque j'arrive à me retourner, c'est pour me faire aussitôt enjambé, le téléphone verrouillé dans le creux de sa main. Trop tard. Je souffle bruyamment des narines, les lèvres pincées, alors qu'il me domine tranquillement.  

-Tu te souviens quand je te disais qu’il y avait… certaines choses que je devais t’expliquer mais que ça ne devait pas se faire au téléphone ?

J'en perd ma face revêche pour une expression plus sérieuse moi aussi. Ouais, j'ai pas oublié. Même si j'aurais aimer attendre un peu plus avant d'en arriver sur ce point, regrettè-je déjà nos ébats insouciants.

-Disons que j’ai choisis de t’en parler le plus tôt possible. Et pour ça, il faut qu’on retrouve Chad au bar.

-Chad?!


Mais... mais qu'est-ce qu'il a avoir avec ça, Chad?!...
Saleté de Wilder, je le savais. Je le savais qu'il y avait un truc entre eux, qu'il faisait parti des secrets d'Adriann, que leurs échanges téléphoniques c'était pas anodin! Je le savais!!!

Adriann me libère, mais je reste couché quelques longues secondes en fixant le plafond avant de me lever en silence. J'aime pas ça. Cette impression que, peut-être, notre relation est plus artificielle que je ne suis prêt à l'accepter. Que je suis loin d'être le privilégier de mon professeur, que nos rapports ne sont pas imperméables à des intervenants extérieurs. Que je ne suis pas capable d'appréhender tout ce qu'il peut tramer dans mon dos.

Sur l'écran, Jennifer Connelly chante à propos de tromperies et de secrets révélées.

Est-ce qu'il joue les profs particuliers avec lui aussi? Est-ce qu'ils ont couchés ensemble?! J'en sais rien, c'est quand même son "partenaire" de crime! Puis mielleux qu'il est depuis Berlin, je l'imagine facilement sortir l'excuse de l'accident, de la nuit regrettable... Il est hors de question que je m'assoie avec eux si c'est pour m'annoncer une c*nnerie du genre. Non mais vraiment, pourquoi on est obligé de le retrouver, c'est quoi le lien?! Je ne sais plus si je dois craindre quelque chose de gravement inquiétant ou de gravement vaudevillesque... C'est avec l'esprit qui bouillonne et la moue boudeuse que je pénètre dans le bar. J'ai aucune envie de faire des efforts alors que pour avoir mes réponses je suis condamné à retrouver W...
C'est pas une mais deux têtes familières qui nous tournent le dos. C'est une blague?!

-Oh, j'ai peut-être oublié de te prévenir, mais Mick sera parmi nous.

-T'as "oublié"...
relevè-je d'un ton blasé qui n'est que le reflet d'une colère sourde. Je me sens trahis.

-...Je te propose un jeu. Son bras calé le long du mien pour habillement me chatouiller le poignet me dit surtout qu'il cherche à faire diversion... Celui qui les énerve le plus subtilement a carte blanche cette nuit.

-Alors prépare toi bien, Mister Subtil, parce que cette nuit tu vas déguster. susurrè-je sur le même ton enjôleur. On ne vexe pas Therence Garnet, et même si mon regard vibre en rencontrant le sien et que mon sourire dénote bien malgré moi une pointe d'amusement, ça n'empêche qu'il m'a eu pour Wayne, et ça c'est difficilement pardonnable.

Mais il y a quelque chose dans la façon dont il me regarde à ce moment là que je qualifierais presque de tendre, et ça en est troublant. Pas vraiment le genre de lueur qui le traverse quand je lui promet une soirée sulfureuse... Je mettrais ça sur le compte d'un élan câlin si je n'avais pas conscience du sérieux pour lequel on devait retrouver le loulou ici. Mais Adriann m’échappe avant que j'ai formulé mon interrogation autrement que par un visage hésitant, que j'efface moi aussi pour l'arrogance nécessaire à affronter les deux autres. Le Wilder nous a repéré et lève son verre vers moi avec un air malin. Je continue de sourire, mais ça me crispe sévère.

Mais qu'est-ce qu'on fous ici avec ces deux là?! C'était censé être une si belle journée...

Je m'installe en conquérant en face du vairon, puis mon regard passe successivement de Wayne à Wilder. Puis Wayne. Puis Wilder. Puis Wayne. Avant de baisser les yeux sur l'alliance en vue et d'afficher un large sourire.

-Alors c'était vous tout ce tintouin près de l'église l'autre jour?

Je sais très bien qui est passé à l'échafaud matrimonial y a peu de temps – sans vouloir offenser l'adjointe. Je sais aussi que ces deux là étaient déjà liés par leurs bagues bien avant. Mais ça se souligne sans fin ce genre de mignonerie et tout ce que ça sous-entend... Je jette un coup d’œil à ce sournois de wendigo et je m'adresse plus spécifiquement au bichrome.

-T'es là parce que ta présence est requise ou tu t'es senti obligé de l'accompagner?

Les contraintes peuvent prendre tellement de formes. Une bague de fiançailles... un... bracelet électronique...

Si je ne me trompe pas, on est à deux pas de chez lui, là, non?...
Finalement, je vais peut-être arriver à le conserver sans faire trop d'efforts, ce fier sourire.

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Mickael Wayne
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MessageSujet: Re: Heads up | Le quatuor infernal   Mar 19 Juil - 23:55


Une tête de trop

Je m’évertue à m’occuper pour ne pas me laisser submerger par mes pensées. Si je deviens encore plus minutieux lorsque je suis dans un tel trouble, l’appartement a vite fait d’être dans un état impeccable.

- Loulou ? M’interpelle Chad en sortant de la chambre pour la troisième fois.

Il tourne en rond, incapable de se pencher sur sa palette graphique qui semble l’hypnotiser d’habitude. Depuis le mariage, depuis longtemps en réalité, nous comprenons que la seule habitude tenace est l’instabilité de notre bonheur. Nous nous aimons et notre couple évolue sereinement mais notre quotidien n’est pas paisible. Seuls des moments de joie illuminent une obscurité constante.

- J’ai besoin de prendre l’air, je ne reviens pas tard, promet-il.

J’acquiesce en songeant que je pourrais l’accompagner. Mais, même s’il n’est aucunement fâché contre moi, je sais qu’il a envie d’être seul. Ces dernières semaines, je sens qu’il a de plus en plus besoin d’espace et de liberté. Il est homme et loup, en harmonie. Pourtant, c'est clair que sa nature sauvage se révèle davantage. Son hurlement dans l’église fait encore échos en moi. Comment sommes-nous sorti de ce carnage ? J’ai l’impression de revoir ces moments tragiques comme un film. La douleur de la perte pèse sur la meute comme une chape de plomb.

Rien ne sera plus jamais pareil. Nous l’avons tous lu dans ses yeux.

Lorsque Chad rentre, il semble d’humeur plus paisible. Aux quelques graminées encore accrochées sur le bas de son pantalon, je devine l’endroit qu’il est allé visiter. Il remarque mon sourire et me le renvoie en retour.

Après un repas léger, nous nous chamaillons amoureusement pour déterminer qui est écope de la vaisselle tandis que l’autre profite d’une douche rafraichissante. Les journées sont chaudes et les nuits n’échappent pas au climat estival installé depuis plus d'un mois.

Quand il sort de la salle de bain le premier, j’observe avec gourmandise le corps de mon fiancé. Dans les rayons de soleil qui se couche derrière les immeubles d’en face, sa fine pilosité d’un blond lumineux et ses muscles dessinés le rendent très séduisant. Je crois qu’il devine qu’il a toute mon attention car il fait exprès de retirer lentement la serviette nouée autour de sa taille. Je l’intercepte quand il me la lance et loupe une vision agréable sur son anatomie. Ce sont ses fesses que je suis des yeux en prenant la place qu’il a laissée dans la salle de bain.

J’observe mon reflet dans le miroir. La barbe que je laisse négligemment pousser depuis le mariage me démange.

Bien que je puisse les détailler depuis ma plus tendre enfance, l’iris de mes yeux demeure toujours intrigant. Leur bichromie m’avait attiré des ennuis, même au-delà de la cour d’école. Et le père de Chad, Stephen, a lui aussi failli connaître le pire à cause de cette particularité. Mes yeux sont un trésor disait ma mère. Ils ne font qu’attirer l’attention sur ma vie déjà loin d’être simple.

Je prends soin de me raser et savoure l’eau froide sous la douche.

Lorsque je rejoins Chad, je devine qu’il est nu car très légèrement camouflé par le drap. S’il semble plongé dans ses pensées, ma présence illumine son visage.

Suivant son hochement de tête, je m’approche à pas de loup vers l’homme qui partage ma vie.

Nos corps réagissent à quelques baisers et caresses puis nous nous laissons submerger par le désir.

Je parcours le chemin du bonheur, jouant sur les courbes de son corps comme un aventurier gravirait des montagnes et explorerait des vallées. Du bout de la langue, au toucher du doigt, le nez dans son cou, j’ouvre mes sens à la redécouverte de mon amant.

Quand nos ébats deviennent plus animés, Chad se montre entreprenant. Assis sur moi, ses jambes enlaçant mon buste, il dirige l’intensité de notre union. Son torse frotte contre le mien, m’offrant la possibilité à chaque passage de mordiller un téton et d’embrasser à volonté sa peau devenue chaude et suave.

Après le paroxysme du plaisir et la béatitude qui l'accompagne, la fraicheur de la nuit tombée nous aidera à nous endormir. L'un contre l'autre.

* * *

Dire que je ne suis pas contrarié serait mentir. Je ne suis pas naïf au point de croire que Chad n’avait pas une activité dont il ne me parlait pas mais j’ai suffisamment confiance en lui pour savoir qu’il ne met pas en péril notre couple.

Pourtant, quand il évoque Adriann, le professeur et wendigo que j’avais aussi tiré d’une mauvaise passe lorsque j’étais parti à leur recherche, ça ne m’enchante pas.

Les évènements récents ont peut-être précipité ce rendez-vous, ce qui n’arrange pas la frustration que je ressens d’être à l’écart jusqu’à cette fameuse discussion. Ajouté à l’équation la présence non fortuite de Garnet… j’avoue prendre sur moi par respect pour Chad face à cet amalgame de mauvaises choses en prévision.

Au moment venu, la patience de Chad est mise à mal quand le duo improbable et sûrement instable a l’impolitesse d’arriver en retard.

- Non mais il fout quoi le teuton ! S’exclame-t-il.

- Calme-toi Loulou, nous ne sommes là que depuis dix minutes, dis-je.

- Tu vas voir que ce bourricot a oublié ! Scheiße ! Râle-t-il encore.

Je sais que l’appréhension de nous retrouver tous les quatre ne fait rien pour le soulager. Et je n’en pense pas moins.

Mon loup repère leur présence quand ils entrent. Aux mouvements des lèvres d’Adriann et à la mine de Therence qui s’assombrit, je comprends que le plus jeune n’était pas informé de ma présence. Chad a eu l’honnêteté que l’allemand ne privilégie peut-être pas dans son couple.

En se retournant, Chad affiche un sourire accueillant, sans doute un peu factice, et lève son verre comme s’il souhaitait saluer deux amis qui nous rejoignaient.

Comme une place attitrée par la mauvaise chance, le pseudo rebelle s’installe face à moi.

Pour ne pas rester dans ce cercle vicieux d’inimitié, je réfléchis rapidement à ce qui fait que je n’apprécie pas Therence. J’avais eu bien pires altercations que les nôtres dans ma vie. Ces discordes ne font que refléter quelque chose de plus profond. Je ne l’apprécie pas. Mais pourquoi ? Puis en trois secondes, deux regards provocateurs et un mot de trop, j’ai la réponse à ma question.

Il change de cible des yeux, alternant entre Chad et moi. Pour revenir sur mon fiancé et enfin assommer un jugement muet dans son air de gamin insolent. J’ai envie de ternir son sourire qui m’insupporte comme un moustique en pleine nuit.

- Alors c'était vous tout ce tintouin près de l'église l'autre jour ? Questionne-t-il.

Therence ne sait pas. Comment le pourrait-il ? Chad serre la mâchoire. Personne n’aurait pu s’attendre à un tel drame le jour heureux d’un mariage. Et personne n’ose en parler depuis. La vie est comme suspendue. Perdue.

- T'es là parce que ta présence est requise ou tu t'es senti obligé de l'accompagner ? Me demande-t-il personnellement.

Il est celui qui démarre les hostilités. Plus qu’un jeu puéril, je ne le laisserai pas aller sur des terrains glissants sans l’y précipiter lui aussi. Je sais que certaines choses feront mouche comme un appât plus que facile mais je me contiens.

- Je suis là car je suis concerné, dis-je pour laisser penser que j’en sais davantage que lui. Chad me l’a demandé.

Comme s’ils analysaient le risque qu’ils venaient de prendre, les deux initiateurs de ce rendez-vous demeurent silencieux.

- Tu feras attention, t'as du pop corn dans les cheveux, me moque-je. Est-ce qu'on doit demander un bavoir quand on viendra te servir ta limonade ?

Therence et moi nous jaugeons du regard. Chacun a tiré à bout portant. Mais ce n’est là qu’une joute triviale.

Puis d'un même mouvement agacé, nous nous tournons vers notre compagnon respectif.

- Qu'est-ce que vous vouliez nous dire ? Demandons-nous de concert.

L'échange muet entre Chad et Adriann m'agace. Et ça semble affecter aussi Therence. Tout les oppose. Pourtant, ils se sont bien gardés de nous tenir informés de leurs agissements. Le professeur ne ressemble pas aux fréquentations habituelles de mon fiancé. Pourtant, je ne saurais dire lequel a entraîné l'autre dans les histoires qui les troublent suffisamment pour décider de nous réunir, Therence et moi.

Nous attendons avec impatience que l'un des deux s'impose et prenne la parole.


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Dernière édition par Mickael Wayne le Dim 24 Juil - 21:45, édité 1 fois
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Adriann Weizerling

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MessageSujet: Re: Heads up | Le quatuor infernal   Dim 24 Juil - 16:34




Prologue

« We serial killers are your sons, we are your husbands, we are everywhere. And there will be more of your children dead tomorrow. » ► BUNDY
J’avais l’impression qu’une main s’amusait à tordre mes tripes dans tous les sens. J’appréhendais tout ce rendez-vous bien plus que je ne le laissais paraître, et sûrement bien plus que je n’osais me l’avouer… autant la perspective de réunir Therence et Mick pouvait se révéler distrayante, autant la perspective de devoir avouer tout ce que Chad et moi avions découvert et ce à quoi nous étions tous exposés… Je mordais ma joue en gardant le silence, le rythme de mes pas anormalement lent. Mon étudiant et moi partagions des pensées sombres. Sûrement pas les mêmes, mais sur le trajet qui nous menait jusqu’au bar, c’était, à défaut de la parole, quelque chose qui nous liait.

Devant nous, la façade du No Man’s Land apparut trop rapidement à mon goût. Inspirant un grand coup, je suivis Therence à l’intérieur avant de l’avertir placidement de la présence de sa Némésis, Mick. Loin de croire en mon innocence, la colère du brun ne fit que s’accentuer à nouveau… mais quoi de mieux pour rendre tout ça un peu plus supportable qu’un concours entre nous ? Comme… un petit jeu au dépend des deux antagonistes ?

-Alors prépare toi bien, Mister Subtil, parce que cette nuit tu vas déguster.

Parfait !, pensai-je joyeusement en le détaillant. Mais derrière les promesses de divertissements charnels et les agaceries… il y avait toujours cette appréhension omniprésente et ces questionnements incessants sur la décision que prendrait ou non Therence à la fin de ce petit rendez-vous. Je pris le chemin de la table avant que mes doutes ne deviennent trop visible et m’affalais sur la chaise pour faire face à Chad avec la vague impression d’être un taulard au parloir. Mais soit. J’observai distraitement le manège de mon étudiant avant de rediriger mon attention sur le loulou… et son verre d’alcool. J’humai discrètement et fronçai le nez directement. C’était beaucoup trop fort pour un milieu d’après-midi, et surtout, c’était beaucoup trop fort pour lui.

-Depuis quand tu commences à boire avant la tombée de la nuit ?, demandai-je en haussant un sourcil amusé.

Il me fallait la même chose. A côté de moi, Therence fanfaronnait auprès de Mick, me confortant dans mon choix de boisson. Car si Chad jugeait qu’il en aurait besoin, c’était qu’obligatoirement, j’en aurais besoin aussi.

- Tu feras attention, t'as du pop corn dans les cheveux, se moqua Mick.
Est-ce qu'on doit demander un bavoir quand on viendra te servir ta limonade ?
-Au moins maintenant on sait pourquoi Chad se trouve drôle…, soupirai-je en levant les yeux au ciel.

J’offris un sourire aux deux loulous avant de le perdre rapidement face aux deux visages agacés qui se tournèrent vers Chad et moi, comme si mes paroles avaient réveillés une sorte de monstre à plusieurs têtes. Visiblement impatients d’écourter cette conversation, les deux  prirent la parole :

-Qu’est-ce que vous vouliez nous dire ?

Je coulais un regard sur Chad avant de noyer mon embarras dans la liqueur. Après une gorgée revigorante, je posais mon verre sur la table et le triturai nerveusement, les lèvres pincées. En y réfléchissant, il y avait bien plus à raconter que ce que je pensais... Par où commencer ? "Il se pourrait que nous soyons tous les quatre en danger de mort" ? Je laissais sciemment le soin à Chad d’annoncer cette partie.

-Ca va être long à raconter, prévenai-je. …Bien. Je suppose que vous avez tous les deux été au courant des meurtres sur le campus ?

Un seul regard suffit à répondre à ma question. C’était déjà ça de moins à raconter… Je me taisais en écoutant Chad évoquer les éléments qu’il m’avait exposés lors de notre seconde rencontre : les humains scientifiquement modifiés, leur changement physique mais aussi leurs défauts qui étaient sûrement plus importants aux yeux des bouchers que les capacités auxquelles ils avaient accédés. Je savais que ces paroles rappelaient au futur architecte de très mauvais souvenirs… et au vu de la gestuelle de Mick, je savais aussi qu’elles avaient un impact sur lui.

-On a donc décidé de suivre le peu d’information qu’on avait. J’ai réussi à dénicher des traces de transactions suspectes vers des hangars abandonnés, et après un sms à Chad, on a décidé d’aller voir. D’où le fameux "partenaire de crime", expliquai-je en coulant un regard narquois à Therence.

Raconté de cette manière, le récit mettait en lumière toute l’imprudence de nos actions. Imprudence que nous n’avions mesurée qu’une fois pris au piège… Je repris une gorgée pour me donner du courage. Le hangar abandonné. Résistant à l’envie de frotter ma jambe à l’endroit où la balle en argent s’était logée, j’éclaircissais ma gorge pour continuer mon récit d’une main de maître. Les bouchers appartenaient au passé, après tout… du moins, il fallait l’espérer.

-Disons que ça ne s’est pas passé exactement comme prévu…  soupirai-je en jetant un regard entendu à Mick. Après tout, c’était grâce à lui que nous étions toujours en vie.



Le quatuor infernal

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Chad Wilder

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MessageSujet: Re: Heads up | Le quatuor infernal   Mer 3 Aoû - 21:58

Bad angels & Bland Demons

Immanquablement Therence s’engouffre en terrain glissant, voir miné. Je lui ferai bien avaler son blouson de rebelle en culotte courte. Ce type n’est qu’une facette d’un vide, un miroir aux alouettes. C’est un peu comme dans ces forums pour adolescents oisifs qui pensent écrire comme des Molière dans du pseudo jeu de rôle avec un avatar à la gueule toujours avantageuse. Je parie que Garnet se choisirait un minet, genre mannequin brésilien à la plastique lissée au Photoshop.

-Alors c'était vous tout ce tintouin près de l'église l'autre jour?

Je serre les dents. Même Adriann esquisse un micro geste pour défendre sa bouillote nocturne d’un égorgement certain. Ses mots ont l’effet d’une bombe. Mais rien ne doit filtrer, rien de doit être dévoilé du drame que nous avions vécu. Une ombre passe sur nos visages à Mick et moi que Therence doit prendre pour un point gagné en sa faveur. Le petit co… L’insolent qui n’a pas reçu assez de baffes petit, ou du moins grandit à l’ombre d’une silhouette masculine qui vous apprend où est la limite, renchérit et passe une deuxième couche. Trop point n’en faut pourtant ! Mais il y va gaillardement, un peu comme avec la peinture monocouche que l’on étale toujours en double épaisseur. Peut-être pense-t-il qu’il n’avait pas été assez percutant lors de sa première tirade.

- T'es là parce que ta présence est requise ou tu t'es senti obligé de l'accompagner?

- Je suis là car je suis concerné, réplique Mick d’un ton neutre « très adulte ». Chad me l’a demandé.

Je fais un sourire en coin. Il est très difficile de faire sortir Mick de ses gonds. Il n’est pas de nature expansive, sauf avec moi en privé. Sa réponse est lapidaire. C’est précis, concis et il n’y a rien à ajouter. Avec Adriann nous ne disons rien. Autant je sais que Mick réagira en adulte, autant je crains l’esclandre du plus jeune à ce que nous nous apprêtons à dévoiler. Adriann s’est barré en Allemagne alors que le « risque » était déjà présent. J'imagine déjà la scène du gonflant professionnel.

- Tu feras attention, t'as du pop-corn dans les cheveux, reprend Mick sur un ton moqueur. Est-ce qu'on doit demander un bavoir quand on viendra te servir ta limonade ?

Surpris je jette un œil à mon fiancé. Oulà ! Garnet devrait se garder de le titiller de trop. Si Mick se met à faire de l’humour à ce moment précis, je crains pour le blousonneux qu’il ait du mal à surenchérir. Pour le pratiquer au quotidien, Mick cache bien son jeu sous un aspect sérieux, mon homme a une sacrée répartie. Les deux belligérants se fusillent du regard. Une mouche qui passait par là préfère aller voler plus loin sous l'haleine chargée d'un poivrot tant l’air est devenu chargé de tensions nocives le temps de quelques secondes.

- Qu'est-ce que vous vouliez nous dire ? Demandent-ils de concert.

Au moins, ils s’entendent sur un point et non des moindre, nos cachoteries. Je lance un regard embarrassé à Adriann. Nous échangeons muettement quelques secondes, trahissant une complicité qui dépasse largement les relations que nous sommes censés avoir. C’est-à-dire quasi nulles car je suis en architecture et lui en criminologie. Je crois que le wendigo est comme moi, soulagé que nos binômes respectifs soient de simples humains et n’ont pas accès à la finesse d’analyses corporelles d’un loup ou d’un wendigo. Adriann cherche la solution au fond de son verre ou plutôt une ultime seconde de répit avant de se lancer.

-Ça va être long à raconter, dit-il… Bien. Je suppose que vous avez tous les deux été au courant des meurtres sur le campus ?

Deux hochements de tête nous confirment qu’on ne leur apprend rien. Je sais que Mick était au courant sur l’aspect surnaturel artificiel puisqu’il m’avait aidé avec Maxence à analyser une scène de crime. Par contre c’était moins certain avec Therence. Mais depuis qu’il est au parfum pour le monde caché, j’en déduis qu’il est plus attentif aux détails et tire ses propres conclusions. A-t-il compris toute l’horreur qu’il y a derrière cette affaire ?

Je redonne les grandes lignes de cette sombre affaire. Ce professeur de biologie qui tentait des expériences ignobles, prenant des étudiants comme cobayes. Je tais l’aspect génétique qui semble les relier à mon groupe sanguin et de ma propre expérience scabreuse au Mexique. A ce moment-là de mon exposé, Mick se crispe. Mon retour à une vie normale avait été laborieux. Cela avait fait exploser notre liaison, pour finalement la consolider. Adriann reprend la suite, expliquant ce que nous faisons actuellement se basant sur ce que l’on avait glané dans le hangar où nous avions failli finir débité au détail.

-On a donc décidé de suivre le peu d’information qu’on avait. J’ai réussi à dénicher des traces de transactions suspectes vers des hangars abandonnés, et après un sms à Chad, on a décidé d’aller voir. D’où le fameux "partenaire de crime", explique-t-il en coulant un regard narquois à Therence.

Je devine que l’autre minet a dû tomber sur nos échanges de SMS. Savoir que cela l’a rendu jaloux me ravi beaucoup. Il ne semble pas si certain de sa légitimité aux côtés d’Adriann le coureur de jupons et de caleçons. Petit échange de sourires sarcastiques entre le rebelle et moi pendant qu’Adriann reprend une contenance en buvant une gorgée de son verre. Je l’imite. L’alcool qui me brule le palais me ragaillardit.

-Disons que ça ne s’est pas passé exactement comme prévu…  lâche Adriann en jetant un regard entendu à Mick. Après tout, c’était grâce à lui que nous étions toujours en vie.

Et à James… La mine revancharde de Therence mue en une expression de stupéfaction, voir d’indignation. « Bruce » est plus au fait de nos affaires que lui. Pire, il nous a tout bonnement sauvés la vie. Mick ne saisit pas cet avantage au bond et reste sérieux et concentré. D’une main je serre son genou sur la table. Beaucoup de choses avaient suivi après ça, beaucoup trop.

-Après cela nous sommes devenus plus prudents dans nos recherches repris-je en cherchant une confirmation vers Adriann.

Prudence toute relative, puisqu’une banale enquête policière nous a mise sur la piste d’un chasseur qui visiblement nous connaissait trop bien pour notre survie. Fort heureusement nous avions réussi à l’éliminer sans nous impliquer nous-même…  Quant à la méthode employée, c’est ce que je tente de mettre en place à grande échelle. Je ne sais pas comment annoncer à Mick que nous avions trouvé des photos de notre terrain chez ce type. Pourtant c’est bien le but de cette réunion. Nous n’avons encore rien sur l’implication de Therence, mais nous ne sommes pas assez fous de penser qu’ils ne remonteront pas aussi jusqu’à lui.

- Adriann a été appelé sur une enquête criminelle alors que nous travaillons sur nos recherches. Il… il m’a embarqué avec lui me faisant passer pour un assistant.

A la question muette de Mick du pourquoi je l’ai laissé m’embrigader là-dedans, je réponds par un haussement d’épaule. Tu connais mal le teuton, il est pire que la glu d’un papier tue mouche pour t’emmener dans les emmerdes. Et même en "Dark Loulou", ne ne sais toujours pas dire non.

- La victime était la femme du charcutier qui avait été réduite en… carpaccio et partiellement dégustée.

Je vois Therence se raidir et tourner la tête vers Adriann. Je suppose que tout ce qui porte sur le cannibalisme est un sujet délicat entre eux. Mick a déjà vu tant d’horreur, qu’il encaisse les faits comme le dernier fait divers de la feuille de chou locale. J’explique en abrégeant le cheminement de notre enquête qui nous amène à l’un des amants de la victime qui se trouvait être le chasseur qui avait coursé Adriann un peu plus tôt.

- Évidemment en nous ouvrant, il a reconnu Adriann. Mais plus inquiétant, il savait parfaitement mon nom et à ses allusions ma nature de loup.

Mick et Therence écoutent attentivement. Si Mick s’inquiète surtout pour moi, Therence saisit mal où cela peut le concerner, mise à part des ennuis pour son prof.

- Adriann a trouvé chez ce chasseur une enveloppe avec des photos et d’autres sur une clé USB.

Ce que je ne dis pas, c’est que nous étions dans la chambre du chasseur parce que celui-ci venait de se faire abattre par le mari de son amante par une habile suggestion d’Adriann. Je ne regrette rien, c’est ce taré qui avait tué la femme. Mais c’est la méthode que nous avons employé pour l’éliminer... Toutes les informations que je collecte grâce au groupe de Matthias vont me servir à cela. Amener les différents groupes de chasseur dans une lutte fratricide. Comment dire ça à Mick ? Comment voit-il sa réponse quand il trouvera qui a assassiné ses parents ? Plein de questions se télescopent dans ma tête. Je laisse Adriann poursuivre. Therence me prend à partie, me demandant comment cette affaire l’implique lui ? Je soupire et d’un signe de tête passe le relais à Adriann. Je me moque de ce que dit Therence et l'écoute à peine. Ce qui m’importe c’est la réaction de Mick. Je le regarde avec un air un peu penaud d’un enfant pris la main dans le sac. J’aurais dû tous lui dire depuis le début. Ma fureur m’a donné une arrogance qui n’est pas mon vrai moi. Cependant c’est difficile de faire marche arrière…


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MessageSujet: Re: Heads up | Le quatuor infernal   Sam 13 Aoû - 1:31



Menaces en perspective
Wayne et Wilder. Je leurs fais face par la force des choses, Adriann assis à mes côtés et plus sage qu'à son habitude, surement parce qu'il sait ce que ma seule présence ici suite à ses petites omissions lui ferait mériter de reproches. Je me moque allégrement des anneaux qui les lient officiellement et de tout ce que ça implique de mièvrerie. Ça aurait pu être eux sur le parvis de l'église l'autre jour. Mais je sais très bien qui s'y est marié.
Personne n'avait pu rater la nouvelle lorsque elle avait éclatée au lycée, même un Dunbar teinté de bleu et rose n'aurait pas réussi à concurrencer l'info. Et voir un strict professeur de littérature tout endimanché, ça ne se rate pour rien au monde! Alors comme je passais un peu par hasard dans le coin, le détour c'est imposé de lui-même. Je me suis posé à l'autre bout de la place, trop amusé par l'invasion de pingouins qui y barbotaient, le buffet gargantuesque, les fréquentations venues de Pétaouchnok, la haie d'honneur... fiuh! C'était un vrai petit conte de fée! Je ris, mais je peux pas nier que l'adjointe était magnifique dans sa robe, son tendre un peu moins glaçant que d'habitude, et que l'ensemble prêtait au respect. J'ai reconnu deux trois têtes, j'ai cru apercevoir un Derek qui avait retrouvé quelques centimètres et du poil au menton aussi.
Mais comme les mariages ça va deux minutes pas d'avantage, le temps de se moquer du monde et essayer de piquer dans le buffet, je suis reparti comme je suis venu, la satisfaction en plus. Un évènement pareil, il fallait absolument que je vois ça!

L'évocation de l'heureux jour leur amène une tête d'enterrement. Sans blague, ils sont à ce point susceptibles d'être provoqués sur leur fiançailles?! Quand je dis que ce genre d'engagement ça rend niais... Et pour en revenir à notre situation actuelle, qu'est-ce que le vairon fiche ici au juste?

-Je suis là car je suis concerné. Chad me l’a demandé.

J'interroge le loup du regard puis lorgne sur l'allemand, franchement contrarié. Donc si je comprend bien, je suis le seul qui n'est pas au courant!

-Tu feras attention, t'as du pop corn dans les cheveux. Qu...?! Je me balais aussitôt la tête avant de comprendre son regard rieur. Tsch... Est-ce qu'on doit demander un bavoir quand on viendra te servir ta limonade ?

Oh le sale... Alors ça c'est petit. Faire valoir ma minorité vis-à-vis d'eux et devant Adriann en prime, c'est petit! Mais tout le monde sais que ce sont les petits bobos qui sont les plus irritables... noiraudes contre bichromes, je m'apprête à lui faire remarquer combien sa vanne est facile et limite décevante, que le criminologue s'en charge pour moi. Je le remercie intérieurement. J'ai toujours su attirer les faveurs de mes petits camarades pour tenir tête à d'autres, je savais que mon complice au pieux et et dans la vie me soutiendrait aujourd'hui en dépit de notre petit duel d'agacements. Je voudrais rétorquer quelque chose sur sa boisson non-alcoolisé à ce comique - je commanderais un alcool, fort! - et me dis que je pourrais continuer longtemps à ce jeu de méchants regards dans lequel on s'est empêtré. Mais à ne pas savoir quel œil regarder, je fini par y mettre fin en prenant les devant.

- Qu'est-ce que vous vouliez nous dire?

...aboyè-je avant de couler un regard incendiaire sur l'écho dont je me passerais bien. Puis je reporte mon attention sur les deux interrogés. Le silence persiste, chacun cherchant du courage du côté de son verre... Mais qu'est-ce qu'ils cogitent? Qu'est-ce qu'ils ont fichus?! Un prof de criminologie libertin et un élève en archi exemplaire, y avait pas moyen de les mettre ensemble, sans parler de tout ce qui les opposes encore. Mais je réfute sévèrement ce proverbe qui dit que les contraires s'attirent... Mon regard ne cesse de faire des aller-retours entre eux. Je me fais des idées le temps que l'un d'eux n'ouvre enfin la bouche.

-Ça va être long à raconter… Bien. Je suppose que vous avez tous les deux été au courant des meurtres sur le campus ?

Hochement de tête étonné. Ouais, j'en ai entendu trois mots à la FAC, et bien que le trio ci présent n'a pas besoin de le savoir, on y planche plus ou moins dessus avec le fils Stilinski et Dunbar afin de comprendre les disparitions du lycée. Mick aussi est au courant, mais ça ne me surprend pas beaucoup sachant que monsieur est déjà concerné par tout ça.

Chad nous explique alors le fond de l'histoire. Un prof de biologie s'est servit d'étudiants pour mener des expériences d'hybridation plus ou moins foireuses qu'il refourgue à une organisation aussi malsaine... J'écoute, j'assimile, parfaitement conscient de vivre dans une ville hors-norme. Mais j’admets que j'ai du mal à m’immerger et à croire complétement à ces récits plus dignes du scenario d'une série TV pour adolescent ou de films à succès que d'un fait divers local plausible. Et pourtant, Adriann poursuit, toujours aussi sérieux.

-On a donc décidé de suivre le peu d’information qu’on avait. J’ai réussi à dénicher des traces de transactions suspectes vers des hangars abandonnés, et après un sms à Chad, on a décidé d’aller voir. D’où le fameux "partenaire de crime".

Je ne le lâche pas du regard, grave et contrarié. Pourquoi il m'en a pas parlé?! Je suis conscient que Wilder et lui jouent sur des terrains auxquels un humain lambda n'est pas autorisé, mais il est en train de me dire qu'ils sont allés se jeter dans la gueule de types prêts à les charcuter! Et ça lui vient pas à l'esprit que peut-être quelqu'un, à défaut d'être concerné par ces c*nneries, se sente un minimum concerné pour lui?!
Je détourne le regard, mouché par sa justification à propos de son "partenaire de crime", qui ne prend pas la peine de cacher sa satisfaction à m'irriter et de comprendre comment je suis au courant de ce petit surnom en passant. Tsss, qu'il me fasse croire qu'il a jamais fouillé le tél de son mec! ...Crétin. A son sourire ravi de complice privilégié, j'affiche un rictus mauvais et ne peux pas m'empêcher de m'adosser dans mon siège et étendre les bras de chaque côté de la banquette, un message limpide. On n’empiète pas sur mon espace vital. Mes doigts tapotent sur le cuir peu après l'épaule d'Adriann...

-Disons que ça ne s’est pas passé exactement comme prévu…

Oh que j'aime pas cet aveux et cet échange de regard avec le vairon qui lui répond avec son humilité habituelle... Parce qu'ils ont vraiment réussi à ce fourrer dans les ennuies et lui de les tirer de là?! J'ai pas besoin de plus de mots pour saisir le gros de leur aventure. En revanche, chacun d'eux à droit à mon humeur aussi muette soit-elle. Adriann qui joue avec sa vie en dépit de ce que je peux en penser, Wayne l'indispensable héro à gratifier, et Wilder, sans qui le wendigo n'aurait pas pris tant de risques. Parce que même si Adriann est consentant et impliqué par ces affaires... il y serait pas aller tout seul.

-Après cela nous sommes devenus plus prudents dans nos recherches

-Y a plutôt intérêt! marmonnè-je.

Ils ont beaux être deux prédateurs, ils reconnaissent eux même leur faillibilité! Il ne suffit pas d'avoir de grandes dents pour s'en sortir immanquablement. Pourtant au ton de leur récit, il est facile de comprendre que prudents ou non, l'affaire n'est pas terminée...

- Adriann a été appelé sur une enquête criminelle alors que nous travaillons sur nos recherches. Il… il m’a embarqué avec lui me faisant passer pour un assistant.

J'en perd pas le plus alarmant de notre discussion, mais ça me vexe. Ça pourrait-être n'importe qui d'autre qui suive son cours - hors mis cette blondasse de Marie ou quiconque jouant un peu trop les midinettes - ça aurait pu passer, mais il a fallut que parmi ses étudiants ou tous les fins limiers que compte cette ville, ce soit avec cet agaceur expérimenté et qui n'a rien d'un criminologue en herbe qu'il s'acoquine. Cette mésaventure chez les bouchers a consolidée leur alliance.
Néanmoins, la façon dont le fier loulou se fait mener par le wendigo compense... On dirait qu'il y a un brave chienchien sous ces airs de sombre lupin! Et l'échange de regard avec Mick qui lui ferait presque baisser les oreilles me le confirme et me réjouis d'autant plus. A mon tour de lui envoyer un malin petit sourire...

- La victime était la femme du charcutier qui avait été réduite en… carpaccio et partiellement dégustée.

Il m'ôte toute envie de rire et je darde les yeux sur Adriann. Un réflexe. Un sale réflexe, parce que... ce n'est évidemment pas lui qui à fait ça. Un dingue ou peut-être un autre wendigo? Question qui ne mérite pas d'être approfondie, ou pas tout de suite. Je me réfugie dans mon verre. Ces histoires de charcutiers du genre humain et surnaturel commencent à me peser et à sérieusement me faire réfléchir sur la situation. D'autant quand Chad explique que cette piste les a menés auprès de l'amant de la victime. Un chasseur auquel Adriann avait été confronté sans en prendre conscience à ce moment là...

- Évidemment en nous ouvrant, il a reconnu Adriann. Je rêve... Mais plus inquiétant, il savait parfaitement mon nom et à ses allusions ma nature de loup.

J'interroge Adriann du regard. Il préfère quoi? Que je le félicite ou que je panique plutôt? Saleté de surnaturels qui se croient invincibles...
Mais je dégluti et perd le fil de la discussion quelques secondes. La situation qui se présente est en soit déjà assez grave, mais qu'est-ce que ce serait si un énième tiers en avait après le wendigo?... Parce que pour une bêtise, les chasseurs ne sont pas les seuls à en avoir après le cannibale.
... Je crois qu'après toutes ces explications, il va falloir que je parle à Adriann, moi aussi...

-O... Ok. Mais heu... Qu'est-ce que je fous là, moi?

Concrètement? Parce que s'il s'agissait juste de me parler de tout ce m*rdier, Adriann n'aurait pas eu besoin de m'inviter à une petite réunion pour laquelle aucun des deux autres n'avaient envie de voir ma tronche et réciproquement.

-Au risque d'admettre combien ma vie est déprimante comparée à tous vos exploits, moi j'ai rien à voir avec ces affaires! Je suis ni un wendigo, ni un loup, ni... un extra-terrestre. désignè-je le regard anormal de l'humain. Et je suis pas non plus un criminel d'ailleurs.

Peut-être le genre à qui on a envie de mettre une baffe ou coller une balle dans le bide avec un grain en moins, mais... j'ai pas de griffes ou de crocs ni commis d'atrocités qui puisse alerté ce genre d'autorités officieuse. Les braconniers du surnaturel et Frankenstein, c'est pas le genre de rivaux que j'attire.
Je leur reproche pas de m'avoir mis au courant avec ce ton sarcastique, je l'ai assez cherché auprès d'Adriann, seulement, j'ai tellement attendu que le wendigo m'implique dans sa vie!... j'en viens à m'inquiéter que le trio m'ait inclus dans leur panade commune. C'est pas ce que j'avais imaginé, et y a plus rassurant comme histoire.

-Adriann a trouvé chez ce chasseur une enveloppe avec des photos et d’autres sur une clé USB.


-Des photos? Des photos de vous?

Quoi, donc ils sont fichés?! Je me décompose. C'est pas vrai, ils sont fichés par ces chasseurs. Et par association... Le vairon confirme sans mot mon éclat de génie.

-... Génial. Vraiment génial.

La vague idée de me retrouver à nouveau confronté à un dérangé me ravi au plus haut point! Mais si ce n'était que ça...
L'autre humain accuse le coup comme une petite formalité dans sa vie, et moi j'avale ce qui me reste d'alcool d'une traite et je fais un signe à la serveuse. J'ai besoin d'un autre verre.

-Pourquoi t'as été te fourrer là dedans?! C'est pas une amatrice du couteau à cran que tu vas appréhender un soir en mode justicier au grand cœur, c'est... c'était quoi, une boucherie?! Vous avez faillis vous faire charcuter!

Je parle bas alors que l'autre couple s'occupe de lui même, mais le ton est suffisamment coléreux. Je connais sa tête d'inquiet et ses nuances, il était flippé en parlant de leur virée là bas. Et j'en comprend assez pour faire le rapprochement à une traque dont il m'avait confié avoir été victime, la nuit où l'on s'est retrouvé après la séparation qui avait découlée de notre épisode du psychoboy. J'avais trop de choses à l'esprit et à décortiquer à ce moment pour m'y attarder, mais... b*rdel, c'était ça, il s'était aventuré chez des chasseurs?!

-La cicatrice sur ton bras?...

...C'était pas Lundi.

-T'es un sombre crétin.

Déjà à ce moment là il avait des ennuies. Et depuis combien de temps il sait qu'ils ont un nom sur son visage ou inversement?

-Tu savais en te barrant en Allemagne...

Et il est parti sans rien me dire! Ce voyage qui semblait avoir diverses causes plus ou moins triviales prend définitivement tout son sens... Je sais qu'il avait d'autres raisons auxquelles il n'a pas pu se soustraire, mais il a quand même fuis! Et moi pendant ce temps? Enfin, est-ce que c'était vraiment un mal? Après tout, la menace le concerne lui et elle est ici, en Allemagne il était en sécurité. Cette pensée m'a déjà traversée l'esprit en l'imaginant fliqué... Mais bon sang, comme s'il avait besoin de se faire remarquer par ces gens là... De nous faire remarquer. J'ai déjà faillis finir en miette sous la folie d'un attardé mental, maintenant on est tous les deux plus ou moins la cible de charcutiers? J'avais pas besoin de ça alors j'avais déjà pour principale prise de tête les flics et un wendigo à cacher...

Je me prend un coup au regard de ce qui nous guette, du temps qu'on a pas, qu'on a plus depuis plus longtemps que je l'imagine. Des pistes oubliées, évidentes... Je me masse le visage avant de refermer les doigts autour de ma bouche, le regard grave, actifs mais ailleurs.

-Adriann... est-ce que tu as fait du ménage dans la chambre. chuchotè-je.

Je suis incapable de le regarder dans les yeux. Pas pour reparler de ça...

-Est-ce que tu as fais du ménage dans la chambre froide? réitérè-je d'un même souffle en plantant un regard alarmé et sévère dans le sien.

Ça me coute de prononcer ces mots et subir sa réaction. Parce que jusque là, je pouvais encore me persuader que ce que j'ai senti dans ce frigidaire, c'était l’œuvre du psychopathe qui m'y a mené. Pourtant, je sais a qui l'on doit ces bouts de corps, l'évidence à surgit après qu'il m'a avoué ses crimes...

Fébrile, j'avale une parti de mon verre à grande goulée, mettant le léger voile sur mes yeux et le manque d'air sur le compte de l’absorption trop rapide de l'alcool.

Je le savais... je le savais... Je le savais.

Je peux pas le regarder. J'ai beau faire la distinction entre le monstre qui sévit à la pleine lune et l'hôte humain qui en subit les conséquences, j'ai besoin de rassembler mes idées et détourne sciemment mon attention du criminel pour observer les gens qui nous environnent, insouciants. Ce rappel, c'était pas une façon de savoir si oui ou non je pouvais relier mes cauchemars à lui. J'aurais préféré ne pas avoir la confirmation! Mais si des gens le surveillent et le traquent, il a tout intérêt à effacer les traces de ses crimes avant que quelqu'un ne remonte vraiment jusqu'à lui. Des chasseurs qui en veulent au wendigo... ou des flics au criminel.

-Il faut qu'on parle. Après.

Sans ces deux là. C'est déjà assez catastrophique de devoir lui apprendre qu'il a les flics sur le dos, ils n'ont pas besoin d'assister à ça.

-... Donc... y a des types prêts à vous faire la peau qui en on après vous. Mais pourquoi vous avez été vous foutre dans ce m*rdier?! m'adressè-je à la bande.

Ça veut jouer aux super-garous, mais faut voir le résultat!

-Vous avez voulu mener l'enquête et vous êtes fichés et traqués maintenant. Qu'est-ce que vous comptez faire?

Qu'est-ce qu'il ce passe? On se cache, armes et griffes au point, en attendant que l'un d'eux se manifeste?

-Vous auriez pas du vous fourrer là dedans... Y a des autorités plus compétentes pour ce genre d'affaires.

Je défis quiconque ici de me prendre pour un poltron. J'ai pas la trouille d'être confronté à des mecs dangereux, encore moins en sachant que deux d'entre nous en sont par nature et que le troisième a assez de passif pour se coltiner un bracelet électronique depuis des mois. Je suis surtout conscient qu'il y a une ribambelle de dingues qui sont prêts à transpercer ou à trancher du garou qui en on après eux! Qui... qui en on après nous, après Adriann! Et j'ai eu à faire à suffisamment de réactions pour savoir qu'entre un lycan et un cannibale il y en a bien un qui risque de se faire griller en priorité.

-Adriann avait pas à être fourré là dedans. pointè-je sèchement le loup aux valeureux idéaux et qui a toujours réponse à tout.  

Je me contrefous que Wilder se retrouve vendu en petit morceaux au marché du coin, notre criminologue... il n'aurait pas du!

-C'est déjà assez compliqué comme ça...

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MessageSujet: Re: Heads up | Le quatuor infernal   Lun 5 Sep - 22:11




Bad pair

Les premiers mots de cette discussion à quatre têtes traitent de meurtres. Si les faits divers publiés dans la presse dévorent le malheur qui s’abat sur le Campus, ce n’est que la partie visible de l’iceberg.

Les victimes trouvent dans tous les cas une mort tragique. Et leurs corps, lorsqu’ils ne servent plus à la science, finissent en pièce détachées comme de vulgaires pantins à revendre aux plus offrants. C’est sordide et le sourire en coin d’Adriann à l’évocation de ces cadavres me fait frissonner. Si j’ai l’habitude des loups-garou et de leur sauvagerie, la créature qu’est le wendigo me donne toujours une sensation effroyable. C’est sans doute leur malédiction quotidienne, un certain racisme surnaturel.

- On a donc décidé de suivre le peu d’information qu’on avait, explique le criminologue. J’ai réussi à dénicher des traces de transactions suspectes vers des hangars abandonnés, et après un sms à Chad, on a décidé d’aller voir. D’où le fameux "partenaire de crime".

Cette expression me fait autant tiquer que Therence. L’association des mots partenaires et crime ne donne aucune excuse à leur duo improbable.

Quand Adriann évoque le moment où je leur ai porté secours, le visage du jeunot bataille pour ne pas afficher clairement sa jalousie.

- Après cela nous sommes devenus plus prudents dans nos recherches, assure Chad.

- Y a plutôt intérêt ! Grommèle l’imberbe, toute bride lâchée.

- Adriann a été appelé sur une enquête criminelle alors que nous travaillons sur nos recherches. Continue mon fiancé. Il… il m’a embarqué avec lui me faisant passer pour un assistant.

Je penche la tête vers lui, demandant assez explicitement la raison pour laquelle il a accepté de se laisser embarquer, comme il le dit si bien.

La deuxième partie du récit pourrait parfaitement convenir pour le scénario d’une série télévisée sanguinolente. Mais aucun de nous ne plaisante sur le sujet.

- O... Ok. Mais heu... Qu'est-ce que je fous là, moi ? Ponctue Therence.

Les deux partenaires se taisent, ce qui laisse tout son temps au presque-jeune-adulte d’exprimer le fond de sa pensée.

- Au risque d'admettre combien ma vie est déprimante comparée à tous vos exploits, moi j'ai rien à voir avec ces affaires ! Je suis ni un wendigo, ni un loup, ni... un extra-terrestre, s’exclame-t-il en m’attaquant verbalement. Et je suis pas non plus un criminel d'ailleurs.

Il hausse le ton mais le brouhaha ambiant atténue un peu sa rébellion.

Je me demande si Therence est du genre docile ou plutôt à avoir gagné le trophée du plus « actif ». Adriann est un bel homme, on ne peut pas nier qu’il dégage un charme viril et une sensualité presque gênante. Comme une plante carnivore qui secrète des hormones pour attirer ses proies. Car le professeur est bien un prédateur charnel. Dans les deux sens du terme. J’ai noté les regards fuyants ou dissimulés et les gestes parfois imperceptibles du wendigo lorsque le serveur passe à proximité.

Je parle peu pendant les explications que Chad et Adriann fournissent mais ne perd rien de ce qui est dit. Nous sommes surveillés. Ce dans quoi ils se sont fourrés ressemble à un panier de scorpions grouillant. J'ai peur qu'ils n'attisent davantage l'affrontement entre les chasseurs et les êtres surnaturels. Les experts de crises statuent tous sur les faits qui amènent à un conflit majeur. D'abord des rivalités et des jalousies suivies de sournoiseries et d'attaques dissimulées. Puis ce concentré prend de l'ampleur en nombre et en implications. Là où la diplomatie et la subtilité n'entrent plus en jeu, le basculement est proche.

Je chasse des souvenirs d'autres moments conflictuels où rien de positif n'en était ressorti. Comme c'est malheureusement toujours, ou presque, le cas.

J'entends les babillements de Therence mais je n'écoute pas vraiment. Le cœur en guimauve, il fulmine des risques qu’Adriann a pris. Le wendigo se doute-t-il de combien le pseudo caïd est attaché à lui ? Même si le cocon rassurant de l’enfance semble être loin derrière lui, il y a plus doux comme entrée dans le vrai monde. Surtout dans celui de la Nuit, où les problèmes sont mortels et légion.

À le voir déverser sa désapprobation comme unique réponse à ce que nous venons d’apprendre, j’ai, non pas de la peine, mais pitié pour le plus jeune d’entre nous.

La mort de Robin, l'attaque violente subie par Ruby et la mort de Lilia, tous ces événements m'ont beaucoup affecté. Sans me comporter comme celui que j'étais en arrivant à Beacon Hills, celui qui avait pourtant séduit Chad, je m'affranchis de certains états d'âme qui m'ont finalement desservi.

Je n'ai plus aucun scrupule à affronter ce qui m'agace. Devenir vexant voir blessant n'est pas un objectif mais plutôt une conséquence de moyens.

Si Chad a appris à connaître Adriann avec tous les moments qu'ils ont passés ensemble, nous ne savons rien de Therence. Et je veux découvrir ce que je n'aime pas chez lui, gratter le vernis et lui retirer ce masque qu'il porte avec tant de soin comme je sais aussi le faire.

- Qu'est-ce qui pourrait intéresser ces personnes, chez toi ? Tente-je. Votre amourette ne fait pas vraiment le poids pour un chantage efficace. Je me trompe ?

Le sourcil droit de Therence trésaille. Je sais le sujet sensible mais cette pique n'est là que pour ouvrir la porte à d'autres vérités.

- Qu'est-ce que tu caches qu'ils convoiteraient au point de te prendre pour cible ? Ajoute-je toujours aussi calmement.

Le ton cordial de ma question l'exaspère, ce qu'il ne manque pas de faire savoir. Mais l'intervention d'Adriann, volant à son secours, laisse entendre que leur liaison est plus établie et sincère que ce qu'il parait.

Je fais mine de me résigner en m'adossant sur le tabouret haut.

- Tu es sans doute une cible collatérale mineure, conclue-je comme un affront.

Mais mon regard vairon planté dans ses prunelles sombres transmettent un tout autre message qu'il comprend parfaitement. Tu caches quelque chose Garnet, je trouverai. Quand bien même ça n'a rien à voir avec ce qui se trame aujourd'hui, j'ai la certitude qu'il y a un truc chez toi qui n'est pas clair. Et jusqu'à ce que je le découvre, quitte à mettre le doigt où ça fait mal, la querelle Wayne-Garnet ne cessera pas.

Je remue la paille dans mon cocktail pour libérer la saveur du citron vert et de la menthe.

- Aux bonnes nouvelles, encore, dis-je en souriant et en levant mon verre.

Nous nous posons la même question. Que faire en sachant que nous sommes observés ?

Les réflexions poussées sont synonymes de manque d'action. Et la passivité me semble de plus en plus dangereuse. L'expression "le mieux est l'ennemi du bien" est en passe de devenir mon nouveau crédo.

- Il faut les débusquer avant qu’ils nous mettent la main dessus, déclare-je comme une consigne à suivre.


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Adriann Weizerling

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MessageSujet: Re: Heads up | Le quatuor infernal   Dim 18 Sep - 21:06




Rôles

« We serial killers are your sons, we are your husbands, we are everywhere. And there will be more of your children dead tomorrow. » ► BUNDY
Nous étions tous tendus. Le phénomène touchait chacun d’entre nous, et le moins que l’on pouvait dire, c’était que personne ne pouvait rattraper l’’autre : Chad appréhendait la réaction de Mick, qui lui, posait un regard désapprobateur sur Therence, ce dernier s’énervant de notre manque de prudence, redoutant les conséquences de mes agissements… quant à moi, j’imitais l’architecte en jaugeant la réaction de mon « partenaire »… tout en évitant soigneusement le regard bleu océan du serveur qui ne cessait de se poser sur moi, comme s’il tenait à me rappeler ce que nous avions partagé ensemble. Comme si je pouvais oublier d’avoir baptisé les toilettes et l’arrière-boutique du bar à plusieurs reprises… Evidemment que non ! Mais j’espérais au moins pouvoir mettre ces souvenirs de côté pour me concentrer pleinement sur ce qui posait problème à cette table : notre traque.

- Adriann a trouvé chez ce chasseur une enveloppe avec des photos et d’autres sur une clé USB, dit Chad pour conclure sa partie du récit.

…Génial ! Ce n’était pas une répartition très équilibrée de l’histoire, ça !, râlai-je intérieurement en regardant Therence s’exclamer sur le contenu de l’enveloppe.

-Et aussi des… lendemains de pleine lunes. Il y en avait sur au moins trois dates différentes.
-... Génial. Vraiment génial.

Nous soupirions au même moment. Dissimulant ma peur latente dans une nouvelle gorgée d’alcool, j’observais distraitement le regard de Chad. Nous étions dans la merde. Non seulement parce que les chasseurs en avaient après nous et nos proches, mais aussi parce qu’il fallait expliquer à ces mêmes personnes notre plan pour anéantir toute menace. Et ils avaient beau être impliqués, ils n’en restaient pas moins humains : le caractère nécessaire de cette croisade ne leur échapperait peut-être pas, mais il fallait aussi saisir le besoin vital de réduire l’existence des chasseurs. Et comment expliquer ça à Therence, même pas majeur et qui venait à peine de faire son entrée dans le monde surnaturel ?

-Pourquoi t'as été te fourrer là dedans?! C'est pas une amatrice du couteau à cran que tu vas appréhender un soir en mode justicier au grand cœur, c'est... c'était quoi, une boucherie?! Vous avez faillis vous faire charcuter!

Je le fusillais du regard à l’allusion plus qu’évidente d’un épisode dont je n’aimais pas trop me souvenir.

-Il y a que ça à faire. C’est une solution binaire ; soit on les attaque, soit c’est eux qui se chargeront de nous charcuter pour faire dieu sait quoi avec nos membres !
-La cicatrice sur ton bras ?...

Coup d’œil interloqué et geste instinctif sur la manche de ma chemise.

-T'es un sombre crétin.
-Oh, parce que je suis le seul à avoir hérité d’une cicatrice en ayant fait le con, peut-être ?, assénai-je  en plissant les yeux, conscient de peut-être relancer l’une de ces disputes que nous avions eu lors de mon retour au pays natal.
-Tu savais en te barrant en Allemagne...

A nouveau, je posais mon regard sur son visage, cherchant la moindre trace d’émotions. Ses traits en laissaient transpirer plusieurs, contradictoires. Evidemment que je savais en me tirant. Evidemment que je ne l’avais pas mis au courant ! Comment annoncer ça ? Dans la salle d’embarquement, au milieu de la foule, alors que nous venions tout juste de nous engueuler ? Quelle blague.

-T’inquiéter alors que tu pouvais rester encore deux semaines sans être mêlés à nos problèmes ne servait à rien. Tu psychotais déjà bien assez après Pinkman, inutile de revivre deux fois la même chose, concluai-je en haussant les épaules.

Mais à son changement d’expression, ma décontraction apparente s’envola, rapidement remplacée par une anxiété qui s’afficha par des sourcils froncés. L’évocation de Psychoboy le gênait-il tant que ça après tout ce temps ?...

-Adriann... est-ce que tu as fait du ménage dans la chambre.

Q… Quoi… ?

-Est-ce que tu as fais du ménage dans la chambre froide?

Mon cœur rata un battement, si ce n’était plusieurs. Il avait fini par comprendre…  Sans autre fuite possible que de détourner le regard, je choisissais cette option pour me soustraire au malaise qui s’était emparé de moi. La chambre froide. C’était le premier endroit dans lequel je m’étais rendu après la succession de tous les évènements qui m’avaient poussé à faire une tentative de contrôle plus poussé sur ma créature. La nuit était à peine tombée que je m’étais faufilé jusqu’à la chambre froide qui avait jusque là été la mienne, redécouvrant les membres couverts du sang de Therence, dévorant cette chaire qui en avait été imbibée. J’avais nettoyé la pièce, oui. Peut-être pas de la même manière que ce qu’il sous-entendait, mais… oui. Elle avait été débarrassée. Toutefois, ce n’était pas le genre de chose que je pouvais avouer comme ça. Pas au garçon qui s’était réfugié dans un endroit qui avait continué d’hanter ses nuits pendant longtemps. Je ne pouvais tout simplement pas.

-Il faut qu'on parle. Après.

Son palpitant s’emballa encore un peu plus, entrainant le mien à suivre sa cadence. Ce n’était jamais le genre de phrase qui annonçait quelque chose de bon. C’était le genre de phrase qui ne laissait aucun espoir, comme un point définitif à un bout de chemin. Finissant mon verre, je fis signe à la serveuse de me resservir, préférant la suivre du regard plutôt que de me concentrer sur le dialogue qui s’installait à côté de moi. Chad devait le savoir autant que moi, tout cela n’était qu’une mauvaise idée ; ça l’avait été depuis le début, et ce le serait jusqu’à la fin. Accueillant mon verre d’un faible sourire, je le délestais d’une gorgée pour me préparer à affronter à nouveau le climat presque paranoïaque qui s’insinuait à table.

-Adriann avait pas à être fourré là dedans. C'est déjà assez compliqué comme ça...
-Ils menacent tous les surnaturels. Evidemment que je dois y être mêlé, défendai-je Chad en lui jetant d’un coup d’œil. C’est autant ma faute que la sienne.
- Qu'est-ce qui pourrait intéresser ces personnes, chez toi ?, demanda Mick pour ce qui devait être l’une de ses premières prises de paroles depuis que l’entrevue avait commencé. Votre amourette ne fait pas vraiment le poids pour un chantage efficace. Je me trompe ?

Tout ça sur un ton incroyablement poli. Simplement curieux.

- Qu'est-ce que tu caches qu'ils convoiteraient au point de te prendre pour cible ?
-Si tes interventions ne consistent qu’à nous embrouiller encore plus, mieux vaut peut-être que tu continues à jouer le mec mystérieux et à te taire, souriais-je faussement en le fusillant du regard.

Je ne détachai pas mes yeux de lui. Contrairement à Therence, son visage, tout comme son langage corporel, était insondable… même si, au fond, il n’était pas bien difficile à cerner : vie difficile, rencontre de Chad qui avait sûrement tout fait basculer, et traces encore présentes de son passé. C’était un grossier raccourci pour expliquer le spécimen qui levait son verre à ce moment même. Plantant mon regard au plafond devant sa comédie, je lâchai, désinvolte :

-Ce qui nous amène à la question qui, je crois, nous passionne le plus : que faire ?
-Il faut les débusquer avant qu’ils nous mettent la main dessus, rétorqua Mick dans un trait de génie.

Merci, Sherlock ! J’observais le vairon un moment, suivit de son compagnon, avant de poser un regard indécis sur Therence. Il valait mieux pour le lycanthrope que je sois celui qui endosse le rôle de l'inventeur du plan. Après tout, d’un point de vue tout à fait objectif, j’étais celui qui avait le moins à perdre dans cette histoire. Organiser un plan pour décimer toute une branche d’individus, c’était forcément ce qu’on attendait de mon espèce. Triturant mon verre, je soupirais avant de décider à me lancer, ignorant le parallèle que Therence ferait obligatoirement.

-Pour être sûr de ne plus être menacés par le chasseur, j’ai… poussé le mari du plat de résistance à assassiner celui qui nous traquait. Il était faible, facilement manipulable. Ca pourrait être plus compliqué avec toute une bande de chasseurs, mais… si on veut rester en vie, je pense que c’est la défense qu’il faut adopter. Il faut les pousser à s’éliminer entre eux. Si on y arrive, ça ne représentera que des avantages.



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Chad Wilder

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MessageSujet: Re: Heads up | Le quatuor infernal   Mer 21 Sep - 22:24

La fin justifie les moyens

Therence nous demande ce que lui vient faire dans nos histoires. Je jette un regard à Adriann. Que répondre ? Qu’à cause de nous, de notre nature, que par le simple fait de nous connaitre, et de nous fréquenter, sa vie est en danger ? Qu’il peut devenir la cible d’un odieux chantage sur Adriann… et sur moi également car je ne suis pas un sans cœur, et quoi que je pense de ce chieur de première, je ne pourrai pas fermer les yeux s’il lui arrive malheur. Je serre la cuisse de Mick sous la table. Je l’implique aussi dans ce merdier. J’ai beau me dire qu’il a lui aussi une épée de Damoclès au-dessus de la tête, qu’il a l’habitude, qu’il est rodé à ces conneries, qu’il ne m’en voudra pas… Je m’en veux d’ajouter des complications à notre vie déjà pas si simple.

Il y a un moment de flottement où Therence demande des comptes à Adriann. Il parle bas, mais pas assez pour les oreilles d’un loup. Alors je tente de faire abstraction et de ne pas écouter. J’ai déjà assez de ses remarques à voix haute, autant laisser Adriann encaisser ce qui leur est plus personnel. Je regarde Mick, mais ne dis rien. Du moins pas verbalement. Il peut lire dans mon regard mon air désolé plus pour les cachoteries que je lui ai faites ces derniers mois que le pétrin dans lequel nous nous trouvons et qui si on relativise, n’est qu’un pétrin de plus parmi d’autres qui ne manqueront pas de nous tomber dessus. J’ai peur de perdre sa confiance, parce que moi je n’ai pas eu assez confiance de lui dire ce que je projetais de faire. Peur que mon action nous divise aussi.

-Tu savais en te barrant en Allemagne... Crache Therence.

Je soupire et laisse Adriann lui expliquer pourquoi nous avons attendu son retour d’Allemagne pour l’informer du danger qu’il coure. Je me demande si c’est une bonne chose que de l’avoir finalement mis au courant. Je ne sourcille presque pas quand il évoque le nettoyage d’une chambre froide. Finalement Garnet n’a pas le droit de s’offusquer d’un danger qui plane sur sa tête s’il accepte l’existence d’un tel frigo… Si la mort des autres pour « raisons surnaturelles » lui est assimilable à défaut d’être acceptable, il doit assumer que sa propre vie fait partie de la vaste équation dans laquelle nous sommes tous liés.

-Adriann avait pas à être fourré là-dedans. C'est déjà assez compliqué comme ça...

-Ils menacent tous les surnaturels. Évidemment que je dois y être mêlé, me défend Adriann en me regardant. C’est autant ma faute que la sienne.

Je lui fais un faible sourire de remerciement. Appréciant qu’il partage les tords alors qu’il aurait pu facilement retourner la colère de son amant entièrement vers ma pomme. Le teuton gagne des points dans mon estime. Il montre une implication et un intérêt pour autrui que je ne lui aurais pas accordée avant. Je regarde le wendigo, lui qui n’a mangé que des burgers végétariens chaque fois que nous avons déjeuné ensemble. Son instabilité sur le sexe n’est finalement qu’un exutoire pour brider le monstre enfermé dans son corps.

- Qu'est-ce qui pourrait intéresser ces personnes, chez toi ?, demande Mick de manière posée et réfléchie. Votre amourette ne fait pas vraiment le poids pour un chantage efficace. Je me trompe ?

Oui et non. Pour côtoyer Adriann en tant que « partenaire de crime » et non comme « partenaire » tout court, j’ai une analyse sur le professeur que Mick ne peut pas faire avec les éléments qu’il a. Le cœur d’Adriann s’agite de manière particulière chaque fois qu’il s’agit de Therence. Rien à voir quand il fait du gringue au serveur qui cherche désespérément à se faire remarque de lui alors que ce n’est vraiment pas le moment.

-Ce qui nous amène à la question qui, je crois, nous passionne le plus résume Adriann : que faire ?

-Il faut les débusquer avant qu’ils nous mettent la main dessus, rétorque Mick.

Le prof de criminologie grimace sur l’évidence énoncée par Mick qui nous a déjà conduits à agir. Cependant, Mick ne sait pas que nous avons déjà partiellement élagué le problème. Je suis soulagé que Mick pense à une solution qui peut être potentiellement radicale, seulement j’appréhende sa réaction quand Adriann expose la méthode que l’on a employée avec le chasseur qui nous traquait.

- Pour être sûr de ne plus être menacés par le chasseur, j’ai… poussé le mari du plat de résistance à assassiner celui qui nous traquait. Il était faible, facilement manipulable. Ça pourrait être plus compliqué avec toute une bande de chasseurs, mais… si on veut rester en vie, je pense que c’est la défense qu’il faut adopter. Il faut les pousser à s’éliminer entre eux. Si on y arrive, ça ne représentera que des avantages.

Voilà c’est dit. Adriann s’approprie le projet que je muris depuis des mois, mais je m’en moque. Je sais que Mick n’est pas dupe de mes cachoteries passées. Et que j’en sois l’investigateur ou le complice, l’implication revient au même. Je plonge le nez dans mon verre en écoutant le cœur de Mick. Celui-ci bat à un rythme lourd. Il mesure le crime que je prévois de commettre. Je sais ce qui lui a plu chez moi. J’ai peur que cette noirceur qu’il découvre n’entache notre amour. Mes raisons sont honorables, vivre sereinement avec l’homme que j’aime, faire en sorte que Ian puisse grandir dans un monde où il n’aura pas à surveiller ses arrières, punir ceux qui ont arraché la vie de ma mère, et celle de mon père, venger les parents de Mick...

Tuer pour ne pas être tué. Manger ou être mangé. N’est-ce pas là le cycle perpétuel de la vie ? Seulement, le faire de manière consciente et calculée et non pas comme un simple animal par instinct de survie, fait-il de nous des monstres ? Je me tais depuis trop longtemps. Therence a accablé Adriann de reproches. Si certains sont fondés, d’autres non. Personne n’a le droit de nous reprocher notre nature. A l’instar du professeur, je n’ai rien demandé. Nous subissons notre côté surnaturel. J’ai plus de chance qu’Adriann, ma nature est gérable pour qui s’en donne les moyens. Le wendigo est en lutte perpétuelle contre lui-même. Le rebelle n’imagine pas les efforts de son amant.

- Quand Adriann est parti en Allemagne, j’avais la consigne de te surveiller discrètement. Je peux te redonner ton emploi du temps sur ses quinze jours d’absence.

Le regard que je lui lance vaut une menace. Therence a le don de se coller dans les ennuis. Et si je tais ses péripéties au Pink Print, c’est par égard pour Adriann que je commence à apprécier, même si cette éventualité m’aurait été inenvisageable il y a quelques mois de cela et non pour épargner le rebelle en culotte courte. Pour avoir déjà été dans ce bar avec Mick, je sais que le propriétaire est joueur. Je ne suis donc pas resté à espionner plus que nécessaire. Le loup italien l’aurait protégé si des chasseurs s’étaient pointés, le reste... qu’il de débrouille. Je laisse passer un blanc, le temps au pénible de digérer l’information. T’avise plus de nous prendre de haut…

- J’ai un réseau d’informateurs… commencè-je.

Je tais le nom de Matthias. Je ne fais pas confiance à Therence. Puis cela fait un moment que je n’ai plus de nouvelles du loup. Cependant, il m’a donné beaucoup de matière à étudier la dernière fois que l’on s’est parlé. Je sais sa mère malade. Je crois que je ne serais pas étonné si un jour un de sa bande d’utopistes me disait qu’il est parti sans vraiment prévenir. C’est comme Maxence que je ne croise plus non plus. Pourtant je n’ai pas changé mes habitudes, ni la fréquence de ma présence sur le campus. Je l’avais trouvé changé la dernière fois que nous nous sommes entraperçus. Je finis par mener ma quête seul ou plutôt en chargeant Adriann qui n’avait pas vraiment besoin de ça.

Sans l’interface de Matthias, mon réseau s’écoule. C’est frustrant après tant d’énergie dépensée, de temps à tenter de convaincre... Mais je dois faire avec ce que j’ai et l’intérêt que mes amis veulent bien m’accorder. Je ne me fais pourtant plus trop d'illusion. Le temps délite les liens. Cependant avec le matériel que j’ai, je suis au courant de quelques inimités entre certaines familles de chasseur. Les Argent gardent le monopole de la ville tout en étant les grands absents. Étrange paradoxe.

- Grâce à mon réseau d’information, « que j’espère toujours d’actualité », mais ça, je me garde bien de le dire, j’ai une cartographie de la ville avec les familles de chasseurs, leurs sympathisants plus ou moins actifs. Il apparait qu’ils sont plutôt divisés, avides de territoire et fortement imbus d’eux même. Beaucoup pratiquent la chasse comme un sport. Ils se mettent en concurrence. La méthode dont parle Adriann est jouable. Les monter les uns contre les autres, les laisser s’exterminer entre eux.

Je mine avoir besoin de me désaltérer pour me plonger dans mon verre. Mick doit faire l’analyse que tout ce travail est passé sous le nez et la barbe de James. Il sait que son ami me check que ce soit mon téléphone ou mon ordinateur. C’est d’ailleurs ça qui nous a sauvé la vie avec Adriann quand nous nous sommes faits piéger dans le hangar de la mort. Le fait que James soit passé à côté de mon travail montre le soin que j'ai pris à me cacher de lui et de Mick. J'inspire profondément pour prendre du courage et poursuivre.

- Nous avons les noms de ceux du hangar qui font dans la vente de surnaturels au détail. Ce qui les rejoint avec celui que le mari de la bouchère a tué, vu qu’il n’y a qu’eux pour m’associer à Adriann. Ils sont en désaccord avec une famille qui tue les surnaturels pour les éradiquer de la terre et qui ne sont donc pas d’accord avec leur commerce macabre. Pour eux, je pense que l’étincelle à donner pour les enflammer sera facile à faire. Sinon, je n’ai rien qui peut me conduire à ceux qui ont tué ma mère au manoir…

Ma voix se casse. C’est cet événement qui a déclenché mon changement. Des mois après, je n’ai toujours rien. Et l'idée de rester comme Mick avec des questions et une rage au ventre toute ma vie me ronge. Penser à cela me renvoie à ce jour maudit et à la vision de ma mère avec un carreau d’arbalète planté dans le cœur. Je serre la mâchoire à m’en briser les dents. Mon entreprise me semble si futile, si vaine. Si on élimine ceux du hangar, on élimine ceux qui m’ont tracé jusqu’à notre terrain ou Adriann avec les reliefs de ses « repas », mais c'est tout. Puis brusquement quelque chose me saute aux yeux. Je regarde Mick.

- A l’attaque du manoir, il y avait des berserks, comme au mariage de Ruby…

Je me moque que Therence fasse des rapprochements avec l’incendie « accidentel » de l’église. Des berserks il y en avait aussi au Mexique où William Hale était aussi présent. Ceux qui ont tué ma mère n’étaient pas forcément des chasseurs, mais des types à la solde de William qui a juré la perte des Hale et donc de notre meute.


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Therence Garnet

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MessageSujet: Re: Heads up | Le quatuor infernal   Lun 3 Oct - 0:33



Open the eyes
-Adriann a trouvé chez ce chasseur une enveloppe avec des photos et d’autres sur une clé USB.

-Et aussi des… lendemains de pleine lunes. Il y en avait sur au moins trois dates différentes.


Des lendemains de pleines lunes. Trois dates. Trop de tensions nous anime pour qu'un dératé cardiaque et quelques malaises ressortent particulièrement. Peut-être que je tiens trop à garder mes angoisses pour ne pas être plus explicite aussi. Mais les aveux d'Adriann me laissent interdit. Il n'a aucune conscience de ce qu'il dit, de ce qu'il admet... des espoirs plus que des doutes qu'il anéantis... Plus de trois pleines lunes qu'il opère. Combien est-ce que ça fait de...
...Je veux pas savoir. Je suis lucide, mais j'aurais préféré ne pas avoir à mettre de quantité là dessus. Et puis de toute façon c'est pas le problème actuel : pourquoi il s'est foutu dans des ennuies pareils?!

-Il y a que ça à faire. C’est une solution binaire ; soit on les attaque, soit c’est eux qui se chargeront de nous charcuter pour faire dieu sait quoi avec nos membres !

-Et tu penses que deux surnaturels c'est suffisant contre une organisation de malades pareils?

Il y a une heure, je me serais encore vanté que le wendigo l'emporterait facilement sur à peu prêt n'importe qui, oui. Mais ça c'était avant de découvrir que le dit wendigo, accompagné d'un garou, a manqué de se faire capturé, dépecé, que maintenant il est fiché et traqué, et oh! j'oubliais : qu'il en a écopé une blessure assez méchante selon mon souvenir. Je savais qu'il était fragile, je veux dire, pas en porcelaine, mais qu'il y a trop de failles émotionnelles ou quoique ça puisse être d'autre pour qu'il n'arrive pas à guérir correctement parfois, comme ça lui était arrivé après Psychoboy et notre séparation. Mais pas de là à arriver à se faire tailler par un déséquilibré!

-Oh, parce que je suis le seul à avoir hérité d’une cicatrice en ayant fait le con, peut-être ?

... S*lop! suis-je prêt à injurier haut et fort, la mine outrée. Comment il peut comparer ses imprudences à ce qui m'est arrivé?!

-C'est pas moi qui suis allé m'installer sur une p*tain de chaise en ferraille pour attendre ton apprentis et sa panoplie du petit psychopathe!

J'ai jamais cherché à me faire assommer, tabasser et shooter dans une usine désaffectée! Je suis peut-être provocateur par nature, mais lui, son toxico, je l'ai pas cherché personnellement! C'est à peine si j'avais capté son existence avant qu'il m'agresse!
...Et il était au courant de tout ce m*rdier avant de se casser à Berlin...

-T’inquiéter alors que tu pouvais rester encore deux semaines sans être mêlés à nos problèmes ne servait à rien.

-Non évidemment. Tout le monde sait qu'il suffit de fermer les yeux pour que le problème disparaisse comme par enchantement.

Je ne sais rien, donc aucune chance qu'un chasseur déboule de nulle part et me fasse ma fête, hein! Alors que maintenant que je suis au courant, il va forcément y en avoir à tous les coins de rues!

-Tu psychotais déjà bien assez après Pinkman, inutile de revivre deux fois la même chose.

Celle là me vexe profondément. Pas parce qu'il cible méchamment une faiblesse avérée, mais parce que je ne pensais pas qu'il l'avait remarqué. Pas à ce point. Je ne suis pas de nature à me plaindre pour ce type d'émotions, et ce ne sont pas des cauchemars et quelques petites nervosités qui auraient du suffire à trahir l'étendue de mes inquiétudes. Oui c'est vrai, je psychotais beaucoup après Pinkman, mais il n'avait pas à s'y attarder dessus. Ni à prendre de décision sur ce fait. Ça ne veut pas dire que je sois à prendre avec des pincettes.  

-C'était différent.

J'aurais été capable de vivre avec la nouvelle des chasseurs et d'agir en conséquent. Éviter de causer plus de problèmes en y mêlant des flics par exemples... Et ça m'aurait jamais affecté comme l'autre enfoiré, j'en aurais pas fait de... cauchemars...

Pendant quelques secondes, avec toute la lucidité que cette sale affaire m'apporte, je replonge dans mes hantises, cette chambre froide et obscure tapis de... membres humains... Flics, chasseurs, qui que ce soit qui lui court après, est-ce qu'il a seulement pensé à effacer les traces de ses crimes?!...
Je n'en parle pas maintenant pour régler des comptes, j'aurais aimé n'avoir à jamais faire cette remarque là. Jamais. Mais au vue de la situation et de l'insouciance de ce crétin prétentieux, il fallait que je lui rappelle et lui fasse prendre conscience des risques qu'il encourt, qu'il puisse prendre les dispositions nécessaires concernant ces... restes, ou toutes autres preuves de ses atrocités.

Sa réaction ne permet aucune ambiguïté. Nous sommes dans un lieux public, accompagné de deux personnalités insupportables, je ne peux pas me laisser aller. Mais prendre un coup dans le ventre aurait été moins conséquent que l'affirmation muette du wendigo. Les cadavres, c'était lui. C'était vraiment lui...

... C'est pas le moment de se laisser envahir par ce genre de ressentiments. Pas maintenant. Il y a plus urgent. Chad a réussi à l'embarquer dans ce m*rdier, et aujourd'hui ce n'est plus lui le prédateur : ce sont les autres. Et nous sommes tous susceptible d'en payer le prix par leurs c*nneries... Il y a déjà assez de problèmes qui nous tournent autours, Adriann avait pas à participer à ça.

-Ils menacent tous les surnaturels. Évidemment que je dois y être mêlé. C’est autant ma faute que la sienne.

Je hoche légèrement de la tête en ignorant le wendigo pour mon verre, désabusé. Comment est-ce que je suis censé défendre quelqu'un qui s'incrimine lui-même et qui cherche à se jeter dans la bataille?!... Est-ce qu'il est à ce point présomptueux pour ne pas envisager qu'il n'est peut-être pas de taille pour affronter ces dingues ou une menace supplémentaire?! Et moi, entre son wendigo, les maladresses d'un jeune loup et maintenant ceux-là, comment je suis censé gérer tout ça?!

- Qu'est-ce qui pourrait intéresser ces personnes, chez toi ? Votre amourette ne fait pas vraiment le poids pour un chantage efficace. Je me trompe ?


Je plante un regard perçant de colère sur le vairon, surpris par sa prise de parole soudaine et aussi ciblée. Ce qui les intéresse chez moi, ce pourquoi je suis convié à leur petite réunion de partenaires de crimes devenus victimes, c'est d'eux que j'attendais les réponses, qu'ils me définissent le degrés de menace qui pèse sur nous puisque visiblement j'ai assez de présence pour être mis dans la confidence. Mais ce détail passe à la trappe, soufflé par ses insinuations.
Il parle de notre relation au professeur et moi comme d'une liaison sans importance, comme si je ne représentais rien, ni concernant leurs affaires, ni aux yeux d'Adriann. Et je devrais me défendre, réfuter à juste raison. Mais je garde le silence : je ne sais pas quoi répliquer. Rien qui ne me parait assez clair pour démentir, rien qui me paraisse assez juste, crédible ou réciproque pour affirmer ma valeur ni l'intensité de ce que je partage avec l'allemand.
Je ne sais pas ce qui est le plus percutant là dedans : son insulte, ou un fond de vérité possible...

- Qu'est-ce que tu caches qu'ils convoiteraient au point de te prendre pour cible ? poursuit-il avec ce même regard ferme et impassible, inébranlable. Je tique, confus.

-P*tain, c'est quoi ton problème Wayne?

A l'entendre, c'est à ce demander si ce c*nnard essaie d'appuyer encore sur mon insignifiance ou s'il m'accuse carrément.

-Si tes interventions ne consistent qu’à nous embrouiller encore plus, mieux vaut peut-être que tu continues à jouer le mec mystérieux et à te taire. minaude Adriann. Mais j'ai tout sauf envie de plaisanter alors que sur ces paroles, il s'adosse nonchalamment sur son siège avec mépris.

- Tu es sans doute une cible collatérale mineure.

-La cible collatérale mineure ne tiens pas à ce faire trouer parce que d'autres se sont foutus dans la m*rde! persifflè-je en me redressant de mon siège dans un élan incontrôlé, la colère qui boue dans le creux sous ma poitrine.

Mais son regard ne quitte pas le mien. Il ne se contente pas de me défier. Il me sonde...
Je déglutis et recule imperceptiblement en comprenant sa manœuvre. ... Mais qu'est-ce qu'il me veut?... Je ne sais pas ce qu'il cherche, je ne sais pas ce qu'il voit ni ce qu'il a déjà pu percevoir, mais que ses accusations soient fondées ou stériles, ce mec est décidé à gratter jusqu’à déterrer quelque chose. Et des secrets, je commence à en accumuler un peu trop pour qu'il ne risque pas d'y tomber dessus dans son expédition...

Je reste debout quelques secondes, le point qui me démange, avant de me rassoir, encouragé par le wendigo. Je ne le quitte pas des yeux, même lorsqu'il abandonne notre duel pour son verre, je ne suis plus tranquille.
Il ne pourrait pas comprendre. Quoique j'ai fais ou que je projette de faire, qu'elle que soit l'inconscience apparente de mes stratagèmes, c'est pour une bonne raison. Mais s'il se mêle de ça, cette chose insignifiante qu'il pointe du doigts et qui nous uni Adriann et moi risquerait d'en pâtir.

- Aux bonnes nouvelles, encore, trinque t-il pour point final à cette conversation.

Le cynisme de ce mec me rembruni d'avantage. Je me rend compte que je ne connais pas Wayne. Que je l'ai largement sous-estimé sous cette image de rusé impassible et de bagnard à l'écoute à laquelle j'ai été confronté lors de nos brèves rencontres. Cette carapace qui ajoute à ses air ridicules d'extra-terrestre et qu'il me plait tellement d'essayer de briser cache bien plus que de la jugeote et de la dérision.

-Ce qui nous amène à la question qui, je crois, nous passionne le plus : que faire ? interroge l'allemand.

- Il faut les débusquer avant qu’ils nous mettent la main dessus. clame alors le vairon, sans hésitations.

Mon regard reste suspendu sur celui que je n'avais pas imaginé se poser en meneur avant de passer de Chad à Adriann. Je suis pas contre, se défendre avant de se faire attaquer me semble être la meilleure action. Mais...

J'attends et je cherche les avis et l’approbation des deux autres. Je suis mal à l'aise, je me sens petit dans la cours des grands, parce que c'est ce que je suis bien au delà de ce que ma consommation illégale d'alcool dans ce bar peut souligner. Et le comportement du blond qui pointe mon manque d'implication et de valeur dans cette situation ne fait qu'accentuer cette impression. Et c'est vexant. Ce n'est pas dans mes habitudes. En général c'est plutôt moi qui joue le rôle du meneur ou qui suis une composante essentielle du groupe, comme dans l'équipe de Torches où nous avions chacun notre rôle à jouer, ou notre trio avec Stilinski et Dunbar auprès de qui je comptes faire activement ma part de travail pour résoudre notre enquête. Un rouage nécessaire de la machine, comme je l'ai toujours été dans n'importe quel autre bande, au même titre ou au dessus des autres. Mais cette fois ce n'est pas le cas. Je suis mêlé à des histoires qui me dépassent, dans l'ombre d'hommes rodés par des difficultés que j'ai du mal à estimer à leurs justes valeurs. Juste un humain, observè-je Chad. Rien qu'un gamin fis je de même avec Mick. Appelé à leurs côtés par égard pour Adriann...

-Pour être sûr de ne plus être menacés par le chasseur, j’ai… poussé le mari du plat de résistance à assassiner celui qui nous traquait. reprend ce dernier. Je cille. Quoi?... Il était faible, facilement manipulable. Ça pourrait être plus compliqué avec toute une bande de chasseurs, mais… si on veut rester en vie, je pense que...

... Je perd le fil de la conversation. Le brouhaha des trois autres me fait l’effet d'un bourdonnement lointain tandis que mes yeux se noient dans mon demi verre d'alcool. Pendant un instant, je suis incapable de réfléchir.
Ma chaise racle quand je me relève trop brusquement, et j'amorce un geste sec pour éviter à quiconque un mauvais geste ou commentaire.

-... Je reviens.

J'emporte mon verre avec moi et le fini d'une traite en chemin.


La serveuse relève la bouteille et le liquide cesse sa course au creux de mon verre. Accoudé au bout du comptoir, je ramène ma nouvelle ration vers moi et m'avachis dessus dès qu'elle s'éloigne. Adriann me rejoint, mais je n'accepte pas son geste qui se veut sans mauvaises intentions.

-... Ne me touche pas.

Ma voix n'est qu'un murmure ferme. Un bar, c'est pas vraiment l'endroit dans lequel je m'attendais à découvrir... non. A avoir la confirmation de ses... crimes, et l'ampleur de ses travers criminels, j'ai pas envie qu'on se fasse remarqué, j'ai pas envie que ses vices soient ébruités.

-... T'as manipulé ce type?

Redis-le. Admet-le, en me regardant cette fois. Je le fixe farouchement, soumis à une colère contenue et à autant de désillusion et de questionnements. J'agite mon verre, l'indexe accusateur.

-Tu l'as manipulée pour qu'elle assassine...

Il comprend de quoi je parle. L’amalgame est difficilement envisageable, non?... J'engloutis un peu plus de mon verre et me masse le front du dos de la main, nerveusement. B*rdel... mais qu'est-ce que je fous là? Qu'est-ce que je fous à essayer d'aider un type pareil?!!... Il assassine! Il manipule! Y a certains faits que je peux accorder à son wendigo, c'est vrai! Mais... mais...
Je suis plus sûr. Je sais plus trop si c'est Adriann, ou la bête en lui qui est à l'origine de tout ça, de ces calculs, de ces plans tordus, c'était pas un monstre qui avouait clairement ses méfaits à la table, là! Et... et les deux autres qui disent rien! Qui acceptent, tout naturellement!...

Quand Adriann me demande de revenir à la table, mon regard est explicite. Je pourrais partir. Les abandonner ici et retourner loin de cette bulle terrible de traque et de meurtre qui les concernent, eux, ces espèces de surnaturels stupides et inconscients! Sauf que non : en fait je ne peux pas. Parce que je suis impliqué. Qu'il y a peut-être une bande de Psychoboy qui conspirent quelque part et sont prêt à me trouver par association au wendigo s'ils ne lui tombent pas directement dessus, ce qui, qu'on le croit ou non, ne m'enchante pas plus!... J'essaie de me calmer. Il a raison, Wilder est loin d'avoir tout dévoiler de la situation. Je lui claque violemment le bras et l'avertit d'un doigt ferme quand il me frôle l'épaule. Je lui ais dit de pas me toucher...

Je reviens à ma place sans mots. Que les amoureux spéculent sur notre discussion, je préfère encore qu'ils se fassent leurs propres films plutôt que de connaitre la vrai teneur de notre discorde. Ils sont déjà assez agaçants avec leur petit couple parfait... J'ancre sombrement mon regard dans celui de Chad qui requière visiblement mon attention.

- Quand Adriann est parti en Allemagne, j’avais la consigne de te surveiller discrètement. J'ouvre grand les yeux sur le loup puis darde sauvagement vers Adriann. En voilà une autre! J'espère qu'ils n'attendent pas de moi que j’exulte de soulagement ou de gratitude : j'étais espionné pendant tout ce temps?! Je peux te redonner ton emploi du temps sur ses quinze jours d’absence.

Je vais lui balancer ce que je pense de sa si charitable protection, mais son regard est ferme, menaçant. Il ne blague pas... Un frisson me traverse et je m’embarrasse avec moins d'exaltation à l'idée d'avoir été surveillé à mon insu. Ces deux semaines de séparations me repassent en tête à vive allure, d'une virée clandestine dans un bar à une échappée hors de la ville, en y ajoutant la présence d'un chaperon de l'ombre et je cille et le soupçonne d'un regard incertain en imaginant ce qui a pu lui sauter aux yeux...
De là je n'ai plus rien à dire et me tasse sur mon siège en sirotant un peu de réconfort le temps que le silence soit rompu. Cette histoire prend des proportions qui me dépasse...

- J’ai un réseau d’informateurs… reprend Chad.

Alors dans le secret de notre table, le loup se pose en stratège et nous dévoile une carte imaginaire de la ville et comment il serait capable de situer les différents groupuscules qui sévissent, des chasseurs confirmés à leurs adeptes les moins impliqués. J'écoute sans bronché, attentif, passif, confus. Je prend un peu plus conscience de l'étendu du danger qui sévit dans la ville, dans l'ombre, autour de nous. De la menace qui pèse sur chaque surnaturels et leurs alliées. J'assiste à l'élaboration d'un plan d'attaque...

-... Beaucoup pratiquent la chasse comme un sport. Coup d’œil inquiet vers le cervidé. Ils se mettent en concurrence. La méthode dont parle Adriann est jouable. Les monter les uns contre les autres, les laisser s’exterminer entre eux.

De la chasse à l'homme en guise de sport, du trafic de corps, l'éradication des surnaturels comme un dogme... replié dans mon siège, je joue à faire tourner le liquide dans mon verre d'un rythme calme et continu. Hypnotique. C'est une réalité parallèle dont ont m'a ébruité l’existence, ouais, mais... pas ce truc de malades là!... J'ai une boule au ventre. Wilder explique qu'il a les noms des charcutiers du hangar qui ont eux-même mis une identité sur leur visage et leurs agissements. Des agissements macabres pour l'un... Sans compter le gars aux photos qu'ils ont mis hors d'état de nuire quoiqu'on puisse les dénoncer directement. La voix de Chad me parvient comme une houle. Et donc, il a les informations nécessaires à arrêter ceux qui savent pour Adriann et lui?... Affirmatif, et il sait même comment mettre à dos les bouchers et un clan de fanatiques. Super! Je devrais être rassuré, je me fous de ces types comme je me fous des guerres de gangs qui pourraient se disputer la ville si ce n'est que ces gars là en ont après nous. Mais j'écoute Chad parler avec un contrôle de lui-même effarant et auquel les deux autres adhèrent...
Ils parlent de faire s'entretuer des individus...

-Sinon, je n’ai rien qui peut me conduire à ceux qui ont tué ma mère au manoir…

J'émerge enfin et relève les yeux sur Wilder. Pour être sur d'avoir bien entendu, j'inspecte d'un coulissement oculaire Mick puis Adriann pour finalement en revenir à Chad que l'émotion trahie.

Cette bataille n'est pas si hypocrite. Quoique j'avais largement saisis le danger, je découvre une nouvelle motivation chez Chad à laquelle je ne peux pas rester totalement insensible, qu'il y ait ou non du conflit entre nous. Il ne s'agit pas d'avoir échapper à des psychopathes et se poser en défenseur de leur race, il y a perdu cher... Je refoule l'apparition d'un visage lui aussi perdu à jamais pour préférer me souvenir avec réserve comment d'autres ont survécus et vu périr leur famille et leur foyer à cause des chasseurs...

- A l’attaque du manoir, il y avait des berserks, comme au mariage de Ruby… lâche t-il gravement à sa moitié.

-... Ruby? Je me redresse timidement. Elle va bien?

C'est grâce à elle que j'ai une chance d'approfondir quelques questions personnelles, mon inquiétude est légitime. J'ai entendu parler de cet incendie de l'église, la faute à des troubles fêtes je crois, mais ça ne pouvait évidemment pas être... lié à ce mariage?...  

Les mines de Mick et Chad sont éloquentes et contagieuses. Je n'avais fais qu'un passage fugace et discret avant la cérémonie, mais assez pour reconnaitre quelques têtes.

-... Qu'est-ce qu'il c'est passé?... me risquè-je.

Ça ne me regarde peut-être pas. Après tout, à l'entendre il semblerait que le problème ne concerne plus nos chasseurs si je saisis tout... Cependant... si ça n'implique pas notre problème actuel... ni des étrangers à leur meutes, ça veut dire que...

-Attendez... Y a pas que des chasseurs qui vous tournent autour... comprend-je gravement. Vous êtes ciblés de tous les côtés?...

... C'est ça... Mais pas par des individus foncièrement hostiles au wendigo!

-Vous avez combien d'ennemis au juste? interrogè-je sévèrement les deux amants à problèmes.

Parce qu'il est pas question qu'Adriann et moi on se retrouve la cible de nouveaux lascars. Il a commencé à en parler, il aurait peut-être mieux fait de taire s'il ne voulait pas avoir à s'expliquer : puisqu'on en est à parler de toutes les menaces qui planent sur nous, surnaturels ou simple "dommage collatéral mineur" pour reprendre les termes du vairon, il ferait bien de tout déballer!

-Vous voulez exterminer les chasseurs parce que le wendigo et toi êtes fichés?! Ok, ça je comprend. Mais vous êtes dans une galère plus énorme que ça...

Et qu'on me pardonne, mais ça ne m'aide pas à ne pas revoir mes jugements sur le fait que Chad ait entrainé Adriann dans SES histoires! Je les laisseraient pas mêler Adriann à ça en prime. Qu'il s'en charge eux-même, pour les chasseurs aussi! Je ne manque pas de considération pour l'adjointe et sa meute, sincèrement, mais... moi je peux pas! Je peux pas laisser Adriann aller assassiner des gens!!!

...Pas alors que j'espère empêcher le cannibale de récidiver et que d'autres autorités pourraient le prendre pour cibles...

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MessageSujet: Re: Heads up | Le quatuor infernal   Sam 8 Oct - 0:31




L'Art de la Guerre

Dans l’ambiance tamisée de ce bar, la lumière se fait sur les agissements de Chad et Adriann ces dernières semaines. Déstabiliser une paix fragile. Attaquer les premiers.  Tuer avant d’être tués. Les mots transcrivent les idées et tentent de les justifier. J’écoute plus que je ne parle. Des pièces se mettent en place dans le puzzle mental que j’ai l’habitude de compléter par sens de l’observation et de l’analyse.

En face de moi, Therence s'agite nerveusement. Il boue, réfléchis, s'inquiète et prend conscience de faits qui le bouleverse. Il explose.

-... Je reviens, lâche-t-il davantage pour le professeur que pour nous.

Suivi de près par Adriann, il finit rageusement son verre avec le maigre espoir que l’alcool adoucisse la réalité.

Il ne m’est pas nécessaire d’avoir l’ouïe surdéveloppée pour comprendre que sa discussion avec Adriann est houleuse

Malgré notre inimitié, je comprends tout à fait ce qui l'assaille. C'est une chose de connaître la vérité et une autre d'y être confronté. Therence n'a rien demandé. Il n'a pas souhaité vivre dans une ville où quotidien rime avec pétrins. Il n'a pas voulu croiser le chemin d'un wendigo tourmenté. Tout comme l'enfant que j'étais n'avait pas prié pour que ses parents périssent si tôt.

J’observe sa gestuelle pendant qu'il s'explique avec son petit ami. Je me demande quel enfant il était, quelle est l'histoire de sa famille. Aurais-je eu son arrogance si ma vie avait pris un autre chemin ?  

Le mur de Berlin est dressé entre Therence et Adriann lorsqu’ils reviennent s’installer face à nous. Être deux multiplie les solutions autant que les problèmes. Les relations d’un couple ne sont jamais simples.

C'est à cet instant que Chad évoque sa stratégie. Si j'ai conscience que la perte de sa mère a pu engendrer un désir de vengeance, qu'il l'ait froidement calculé ne lui ressemble pas. Et pourtant. Nul ne sait de quelle manière la vie et ses épreuves est capable de nous changer.

Je ne dis rien. Son projet fait échos en moi, je chasse également des ombres pour des tords passés et présents.

Que nos méthodes divergent ou se ressemblent, nous avons le même objectif. Un avenir serein. Ce souhait apparaît parfois comme une utopie tant notre fardeau est lourd. Il ne s'agit plus de moi seul. Et il ne s'agit pas seulement de nous. En cet instant, je n'ai pas conscience à quel point ceci est vrai.

Si je pouvais effacer nos problèmes d'un coup de baguette magique je le ferai, quand bien même ils nous rendent plus forts et méritants du bonheur qu'ils dissimulent. J'effacerai même le sourire fier de Therence quand il m'exaspère. Mais la magie n'existe pas. Je ne crois qu’à la force du corps et de l'esprit, humain ou surnaturel.

- Nous avons les noms de ceux du hangar qui font dans la vente de surnaturels au détail, continue mon fiancé. Ce qui les rejoint avec celui que le mari de la bouchère a tué, vu qu’il n’y a qu’eux pour m’associer à Adriann. Ils sont en désaccord avec une famille qui tue les surnaturels pour les éradiquer de la terre et qui ne sont donc pas d’accord avec leur commerce macabre. Pour eux, je pense que l’étincelle à donner pour les enflammer sera facile à faire. Sinon, je n’ai rien qui peut me conduire à ceux qui ont tué ma mère au manoir…

Mon cœur se serre quand son timbre de voix s’atténue. Ce drame est encore bien trop récent pour pouvoir être évoqué non sans douleur mais avec une émotion moins saisissante.

- À l’attaque du manoir, il y avait des berserks, comme au mariage de Ruby…remarque-t-il en évoquant le cousin de Peter comme point commun à ces évènements.

William est un monstre. Notre meute pleure encore la douleur qu'il a causée à notre amie et alpha. Ruby et Peter sont anéantis, repliés dans une tristesse lourde et silencieuse. Ils se soutiennent et forment un écrin d'amour pour leur fils. Ian, mon filleul, est à jamais séparé de sa sœur.

- William est capable d'être là où nous l'attendons le moins, dis-je. Tantôt il s'entoure de chasseurs pour participer à l'embuscade du manoir, tantôt il prend l'ascendance sur des adolescents perdus pour en faire des armes. Les bersekers semblent être la seule constante. Du moins pour le moment. Il n'a aucun respect pour la vie ni pour quiconque.

Grâce à James, la liste des membres de notre meute qui avait fuité auprès des chasseurs responsables de la mort de Fiona avait pu être effacée. Pierre et Marc Argent ont aussi débusqué ceux qui n'avaient pas respecté le code.

Mais les chasseurs sont retords. Ennemis ancestraux des êtres surnaturels, ils ont parfois un coup d'avance et des méthodes rodées.

À l’instar de Therence, je ne sais pas quoi ressentir. Suis-je aussi en colère parce que Chad risque sa vie ou bien parce qu’il a la détermination de faire ce qui doit être fait ? Ce pour quoi j’ai l’impression d’avoir arrêté de lutter.

Je songe  à mes parents et leur promet en silence que je ne les oublie pas. Machinalement, j’allais porter ma main au médaillon que j’ai autour du cou. Un regard de Therence me freine. Je ne veux pas lui donner l’occasion d’une tirade cinglante. Pas en ce qui concerne ma famille. Pour son propre bien.

Le dialogue à quatre tête dure jusque la nuit soit bien avancée. D’autres clients, certains habitués, prennent leur aise dans le No Man’s Land. Si le plan échafaudé par les deux partenaires de crime, comme ils se nomment, est tangible et potentiellement efficace, il mérite une réflexion approfondie.

Chad cherche mon regard quand nous sortons. Je n’ai réellement parlé que pour titiller Therence, avec pour objectif de découvrir ce qu’il renferme, et pour énoncer certains faits et conclusions dont nous avons tous conscience. Néanmoins, je comprends que mon avis a son importance et que si Chad a choisi de m’en parler c’est autant pour mon expérience que par honnêteté envers moi.

Nous marchons main dans la main, chacun perdu dans ses propres pensées.

Que faire maintenant que j’ai appris la vérité sur les agissements de l’homme qui partage ma vie ?

Lorsque la porte de l’appartement se referme derrière lui, je me rends compte de ce que je pense réellement, de cette acceptation tacite qui s’est insinué dans une obscure fêlure de mon cœur.

J’aurais pu être déçu de son comportement, terrifié par les risques qu’il a pris. Mais je le comprenais. Après tout ce qui est arrivé, je ne peux penser autrement.

Et ma réaction le surprend beaucoup plus qu’un élan de colère et de réprimandes.

- Je te comprends, souffle-je en conclusion de notre discussion alors que nous nous glissons dans le lit, l’un contre l’autre.

Cette nuit-là, je rêve de Robin agonisant dans le salon. Ses derniers mots tournent en boucle dans ma tête, je cherche un sens, une piste discrète à suivre.

« C'est ça la clé »

« Ton père…il a échoué, Mick. »

Bientôt, sans faire fi du sacrifice de mon ancien compagnon d'armes, nous emménagerons dans l'appartement de Chad. Ce n'est que l'illustration du changement qui s'est opéré en nous.

Le temps nous brise et nous change. Mais nous gardons la tête haute.

Heads up.


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Adriann Weizerling

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MessageSujet: Re: Heads up | Le quatuor infernal   Dim 23 Oct - 0:50




Rôles

« We serial killers are your sons, we are your husbands, we are everywhere. And there will be more of your children dead tomorrow. » ► BUNDY
Ce bar avait été maintes et maintes fois utilisé comme QG par Chad et moi, lorsque nous fermentions le fantasme de mettre un terme à toutes les tueries qui sévissaient dans Beacon Hills, paradoxalement en élaborant le plan d’une parfaite guerilla. Rencontre après rencontre, verre après verre, baignant dans notre univers surnaturel et sanglant, il était devenu habituel d’évoquer le sujet, oubliant rapidement qu’un tout autre monde, celui des humains, plus pacifique, existait en dehors de ces murs. Et cette prise de conscience se faisait, dans mon cas, en ce moment même, alors que Therence, debout, fixait Mick d’un regard haineux. L’adolescent n’était pas prêt à faire face à une déferlante de violence ; il avait prouvé qu’il pouvait se défendre, mais rien ne disait qu’il était prêt à attaquer une armée toute entière pour éviter qu’elle ne s’en prenne aux siens. Croisant les prunelles du lycanthrope, je posais une main sur le bras du garçon pour lui intimer de se calmer. Provoquer Mick, qui restait quant à lui imperturbable, n’était pas le meilleur des choix alors que nous n’avions toujours pas abordé la question qui nous amenait ici : comment se débarrasser des chasseurs ?

- Il faut les débusquer avant qu’ils nous mettent la main dessus, clama le vairon, comme si ce n’était pas suffisamment évident.

Sans même concerter Chad, je décidais d’endosser le rôle de celui qui avait imaginé l’idée d’une tuerie entre clans. La technique pouvait être plus facile que ce que nous pensions : il suffisait de jouer sur les faiblesses des uns et la fierté des autres, la division du territoire et des parties de chasses… les manipuler pour les monter les uns contre les autres. Exemple à l’appui, je vantais objectivement les mérites de ce plan, conscient qu’à côté de moi, Therence devait sévèrement remettre mon intégrité en question.

-... Je reviens, lâcha-t-il en se relevant et en quittant la table brusquement.

Déjà fatigué de la discussion à venir, je frottais mes yeux en soupirant avant de le rejoindre, sans même un regard pour Chad ou Mick : la perfection de leur couple était quand même emmerdante. Là où le blond restait stoïque, Therence, lui, semblait s’effondrer comme un château de carte. Mais je n’avais pas d’autre choix que de le mettre au courant, même si la réalité était bien plus dure que ce à quoi il s’était préparé.

-Hey…, commençai-je en posant ma main dans son dos dans une tentative pour l’apaiser.
-... Ne me touche pas.

Je détachai mes doigts de sa veste, compréhensif. Evidemment qu’il lui fallait du temps et de l’espace après une telle vague de bonnes nouvelles ! Mais ce que je ne voulais pas, c’est qu’il s’éloigne totalement de moi. J’étais coupable, il n’y avait aucun doute là-dessus… mais accompagné de circonstances plutôt atténuantes.

-... T'as manipulé ce type? Tu l'as manipulée pour qu'elle assassine..., insinua-t-il en me fixant du regard.
-Ne mêle pas les deux affaires, le prévenai-je sans détourner mes yeux. Je plaide coupable pour ce cas-là, mais si on a recours à ce genre de bassesse, c’est uniquement pour nous défendre contre eux.

J’étais fatigué de devoir me justifier, de marteler encore et toujours le même argument qu’il n’avait pas l’air de comprendre : c’était soit eux, soit nous. Ignorant la migraine qui tambourinait contre mes tempes, je demandais à Therence de rejoindre la table avant d’être sèchement remis à ma place, tandis que le gamin revenait à la table. Je me détournais finalement de sa silhouette pour poser mon regard sur le serveur. M’offrant à la fois un sourire explicite et un verre de whisky, je ne lâchais pas du regard ses prunelles vertes, pétillantes de malice. Evidemment qu’il était fier de lui… je l’avais ignoré tout au long de la soirée pour finalement venir étancher ma peine au comptoir.  Mettant tout le reste de ma volonté pour lui offrir un magnifique sourire hypocrite, je ramassais mon verre pour rejoindre le trio. Sans un regard pour Therence, je me réinstallais en silence pour ne pas couper Chad dans ses révélations :

-… une cartographie de la ville avec les familles de chasseurs, leurs sympathisants plus ou moins actifs. Il apparait qu’ils sont plutôt divisés, avides de territoire et fortement imbus d’eux même. Beaucoup pratiquent la chasse comme un sport. Ils se mettent en concurrence. La méthode dont parle Adriann est jouable. Les monter les uns contre les autres, les laisser s’exterm…

Décrochant sans même m’en rendre compte, je faisais tournoyer l’alcool au fond de mon verre. Chacun de nous, sauf Mick, évidemment, avait eu le besoin de le faire, comme si la liqueur était une solution à chacun de nos problèmes. Ca l’était peut-être pour certains. Et pourtant, pour le moment, j’avais surtout l’impression que l’ambre faisait plutôt ressortir les doutes qu’autre chose. Therence ne s’habituerait jamais au monde surnaturel. Pas s’il ne pouvait supporter toutes ces élaborations, ces plans de batailles, ces meurtres prémédités. Et il fallait être honnête, il serait difficile de mener à bien cette guerilla si à chaque action menée, un humain était à mes côtés dans le seul but de remettre en cause les bienfaits de mes actes. Mes yeux papillonnèrent jusqu’à se poser sur la nuque du brun, son profil. Que pourrait-il bien être ? Un atout, ou un poids lourd ?

- A l’attaque du manoir, il y avait des berserks, comme au mariage de Ruby…
-... Ruby ? Elle va bien ?
-Qu’est-ce que c’est, un berserk, verdammte ?, brusquement plus attentif au discours de Chad.
-William est capable d'être là où nous l'attendons le moins, renchéris Mick. Tantôt il s'entoure de chasseurs pour participer à l'embuscade du manoir, tantôt il prend l'ascendance sur des adolescents perdus pour en faire des armes. Les bersekers semblent être la seule constante. Du moins pour le moment. Il n'a aucun respect pour la vie ni pour quiconque.

Son intervention clarifiait peut-être des choses pour le loup, mais même pour moi, qui étais censé être dans la confession, elle ne faisait que révéler des zones sombres. Jamais Chad n’a évoqué un quelconque Willem pour notre affaire.

-Attendez... Y a pas que des chasseurs qui vous tournent autour. Vous êtes ciblés de tous les côtés?... Vous avez combien d'ennemis au juste ?  

Je restai silencieux, préférant ne pas assaillir Wilder de tous les côtés. Néanmoins, mes interrogations restaient les mêmes que celles de Therence. Dans quoi  est-ce qu’il s’était fourré, et en quoi est-ce que ça impliquait nos affaires ?... En quoi est-ce que ça m’impliquait, moi ? Je croisai son regard accablé. Le poids de tout ça était beaucoup trop fort pour ses épaules. Il était fatigué comme je l’étais, marre d’être traqué pour la simple et bonne raison que nous existions, simplement. La seule chose que je pouvais lui offrir pour le moment, ce n’était rien d’autre qu’un faible sourire. Nouvelle créature et nouvel antagoniste ou non, si le loulou avait besoin d’aide, je répondrais présent à son appel.

*

Le parfait petit couple s’éloignait au loin. La lune était déjà haute, la température était redescendue… et elle ne ferait que descendre encore plus, au vu de l’ambiance qui régnait entre Therence et moi. Regrettant la présence de Chad qui aurait pu plaider en ma faveur, je soupirais et me tournai vers le jeune homme.

-Il est peut-être temps qu’on parle, non ?




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Chad Wilder

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MessageSujet: Re: Heads up | Le quatuor infernal   Lun 24 Oct - 21:46

La fin justifie les moyens



La réaction de Therence est… humaine. Je regarde Adriann qui me rend mon regard. Nous ne nous attendions pas à ce que le lycéen ne bronche pas à nos révélations, mais je devine que le professeur s’attendait à un peu plus de compassion, à défaut de solidarité de la part de celui qui partage plus ou moins sa vie. A sa décharge Therence n’est pas préparé à ça, quel jeune le serait ? C’est la nette différence avec Mick qui encaisse nos dires presque sans broncher. Je sais qu’il est plus affecté qu’il ne le montre, car je commence à bien le connaitre et cela me peine. Son stoïcisme est l'image de la merde qu'il a encaissée jusqu'à maintenant. Les dernières en date sont  les morts de Robin, Lilia et Luka. Finalement cela serait mieux qu'il réagisse comme Therence, cela signifierait que son cœur n'est pas aussi désabusé. Therence m’en veut d’avoir mêlé son mec à ce merdier, même si Adriann a pris à sa charge ma macabre idée. Une fois seuls, il faut que je rétablisse la vérité auprès de Mick. Je lui dois une honnêteté totale, sinon notre couple soit disant idéal n’est qu’une image sans réalité.

Autant je veux bien encaisser les reproches, mais Therence s’en prend également à Mick qui aurait pu être à ses yeux un soutient, car humain comme lui. L’adolescent n’imagine pas que mon fiancé n’a pas eu la chance de pourvoir avoir une adolescence comme lui la vit maintenant, à quelques aléas près d’avoir mal choisi son plan sexe. Jusqu’à présent ses soirées étaient faites de fêtes, de dragues et d’insouciance du moment présent. Mick ne mérite pas cette hostilité, il n’a pas eu droit à cela. Cependant je ne réplique rien et soupire quand furieux, l’adolescent s’en va au bar. Je lève un regard désolé vers Adriann.

Une chose est sûre, cette entrevue à quatre change notre relation. Au début nous étions dans une forme de collaboration forcée, ne pouvant pas nous piffer l’un, l’autre. Cela a évolué en ce que le prof a appelé « partenaires de crime ». Maintenant, je pense que l’on peut parler d’amitié. Beaucoup de choses nous séparent, mais un vécu commun nous a rapprochés. Je n’aime pas Therence, pourtant je suis navré du froid qui s’installe entre lui et Adriann. Que va devenir leur relation ? Si je n’ai aucun doute quant à mon propre couple, le leur n’est pas bâti sur des bases solides. Différence d’âge, Therence est encore mineur, différence de vécu, le plus jeune n’est pas préparé à partager notre univers loin d’être paisible. Je plisse les lèvres quand Adriann va le rejoindre au bar. Je conçois que cela doit être frustrant pour lui de devoir se justifier. Honnêtement je ne sais pas ce qui est le mieux pour eux. La logique prudente serait qu’ils coupent tous liens, mais le cœur a ses raisons que la raison ignore… C’est leur salade, je n’ai pas à m’en mêler. Je reste seul un moment avec Mick. Nous ne nous disons rien, du moins pas oralement. Je sonde son regard pour y trouver un soutient. Il reste insondable, cependant il ne me renvoie pas d’hostilité comme Therence le fait pour Adriann. Quelles conclusions tire-t-il de tous cela ?

Je me réinstalle plus confortablement sur mon siège quand Therence et Adriann reviennent. C’est tendu, pourtant je poursuis mes explications. Therence nous demande des nouvelles de Ruby. Je plonge le nez vers la table ainsi que Mick. Que dire de notre alpha qui a les yeux rouges non à cause de son rang mais à force de pleurer son bébé mort, sa famille blessée, et son époux fracassé ?

Sans me rendre compte que je livrais une information connue que de Mick et moi je fais l’analogie de l’attaque du manoir et celle du mariage. Deux attaques qui n’ont rien à voir avec ce qui nous préoccupe Adriann et moi. Je soupire quand je vois le regard effaré des deux autres en face de nous.

-Attendez... Y a pas que des chasseurs qui vous tournent autour, demande Therence. Vous êtes ciblés de tous les côtés?... Vous avez combien d'ennemis au juste ?

Adriann n’enchérit pas mais il reste attentif. Je regarde Mick, puis mon verre. On ne va peut-être pas évoquer ce qui vient de son côté et qui nous a valu son ami agonisant sur le tapi du salon. Sans parler de mon propre cas et d’Elias qui semble avoir pour le moment lâché l’affaire. Il ne semble pas avoir averti Gérard de ma présence à Beacon Hills. La réponse à la question de Therence serait plutôt de compter nos amis…

- A la menace qui pèse sur tout surnaturel s’ajoute une guerre interne à la famille Hale. Un cousin de Derek et Peter a juré leur perte pour une raison qui se perd dans le passé. Ce William Hale a décidé de décimer notre meute. C’est un alpha qui a, on ne sait pas comment, réussi à prendre le contrôle de pantins humains que l’on appelle des berserks. Pour faire simple, c’est plus fort qu’un loup et cela obéit aveuglément à celui qui les contrôle… A priori ce danger-là ne menace pas Adriann.

Alors que Therence siffle d’agacement et de mépris mélangés, Adriann m’adresse un signe de soutien. Lui peut comprendre le ras le bol qui est le nôtre. Car notre seule faute à lui comme à nous est simplement d’exister. Therence a la chance de ne pas être soumis à cette loi. Ne pas vouloir y être mêlé est légitime de sa part. Avec Mick, nous mutualisons nos emmerdes… Ensemble nous sommes plus forts, mais…

Je profite que Therence soit absorbé par son verre pour exprimer de façon muette mon soutien à Adriann. Je tapote discrètement mon téléphone. Qu’il appelle, même si c’est pour rien et juste avoir quelqu’un à l’autre bout du fil qui sait et comprend. Mick est témoin de cet échange muet mais n’en fait pas cas même si ma proximité avec le wendigo le crispe.

Nous ne pouvons pas décider ce soir de notre plan d’action, si plan d’action il y a lieu. Il faut que nous réglions nos comptes en couples. Je dois savoir si Mick me suit. Et il faut également savoir si Therence fait toujours partie de l’équation. Je ne connais pas l’étendue de son attachement au wendigo. Il a déjà encaissé la nature particulière d’Adriann, sera-t-il prêt à vivre dans le danger pour lui ? J’ai bien des choses à reprocher à ce jeune arrogant, pourtant je ne lui jetterai pas la pierre s’il se couche.

Quand je sors du bar avec Mick, laissant Adriann et Therence, je préfère clairement ma position que celle du professeur. Seulement j’appréhende la vraie réaction de Mick, celle qu’il va avoir sans témoin.

Sa main qui prend la mienne fait éclore des papillons dans mon cœur. Je serre doucement ses doigts, reconnaissant qu’il ne remette pas en cause notre lien charnel. Nous marchons en silence vers mon appartement où nous campons depuis que Robin a trépassé dans celui de Mick. Le cœur de mon homme bat à un rythme régulier mais plus marqué que d’habitude. Je n’ose pas interrompre sa réflexion intérieure. D’un côté j’ai honte de mes cachotteries, bien que je ne sois pas dupe que lui et le rouleteux me cachent… ou m’épargnent, des éléments de leur propre enquête. Nous mentons non pour cacher ou masquer quelque chose, mais pour protéger et ne pas faire de peine. Mais ce n’est finalement que reculer pour mieux sauter.

- Ce n'est pas Adriann qui a eu l'idée de les faire s’entretuer entre eux, mais moi. Il l'a simplement mise en application avec le chasseur qui nous traquait, avoué-je doucement. Je ne sais pas pourquoi il a pris ça sur lui. Ça le colle dans la misère vis-à-vis de Therence…

Mick se contente de hocher la tête, toujours plongé dans ses pensées. Nous sommes enfin arrivés. Aucun mot, à par mon aveu, n’a été encore prononcé. J’attends ses reproches légitimes sur ma prise de risque et sur l’énormité d’une tache que je m’accapare à moi seul. Il est tard, ni lui, ni moi n’avons faim. Nous parlons peu et pas du sujet qui nous mine. C’est quand nous allons nous coucher que Mick s’ouvre enfin. Le temps qu’il aura mis à réagir montre le profond désarroi dans lequel mon initiative l’a plongé.

- Je te comprends.

Estomaqué, je ne réponds pas tout de suite. Dans mon esprit, plus sa réaction tardait à venir, plus elle serait négative. Je comprends alors qu’il a vraiment pris le temps d’analyser mes actes, de se projeter lui-même sur les siens, sa vie et la nôtre. Il comprend ma démarche à défaut de l’approuver. Je me serre contre lui et l’entoure de mes bras. Mon cœur s’est obscurci de colère et de violence retenue. J’ai changé, pas en bien je le crains. Je glisse mes doigts entre ceux de mon amant. Lui seul peut me tirer du bon côté avant qu’il ne soit trop tard. Car au prochain coup dur, c’est un loup sauvage qui ripostera. S’il y a bien un trait de caractère que j’ai hérité de la famille Argent c’est l’opiniâtreté et la ténacité.

- Je t'aime Mick.

Spoiler:
 



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MessageSujet: Re: Heads up | Le quatuor infernal   Sam 29 Oct - 3:20



Open the mouth...
- Ne mêle pas les deux affaires, se défend Adriann. Pourtant, étonnement, les accusations qui pèsent sur lui d'avoir influencer la femme Henning à tuer son époux coïncident avec sa méthode terriblement efficace de s'être joué des faiblesses d'un esprit malade pour assassiner un indésirable... Je plaide coupable pour ce cas-là, mais si on a recours à ce genre de bassesse, c’est uniquement pour nous défendre contre eux.

Mes yeux vacillent de l'une à l'autre de ses prunelles, dans l'attente d'un plus qu'il m'épargne naïvement. Je suis capable de saisir la nécessité d'agir dans cette situation même si je n'approuve pas sa pratique.
Mais il n'a pas clairement dit qu'il n'y était pour rien pour Henning.

Qu'il ne me touche pas. Si je voulais me casser, je l'aurais fait. Mais je veux comprendre ce qu'il ce passe et comment échapper à ce m*rdier maintenant.

Beacon Hills n'est pas une ville tranquille et ses habitants rarement banals, j'en ai pris conscience le jour où j'ai découvert l'existence des surnaturels. Je sais très bien que beaucoup ici on perdus gros, j'ai eu vent des chasseurs et de leurs crimes barbares, de ceux des bêtes traquées régies par leurs instincts et une conscience bafouée. Mais tout ça, ce n'étaient que des histoires, le récit des autres que l'on écoute avec une curiosité morbide ou auxquelles on compatit et que l'on garde pour soit par respect, des histoires que l'on sait vraies mais que l'on ne vit que sur l'instant et avec lesquelles il est naturel de prendre de la distance. Parce que ce ne sont que les problèmes des autres.
Mais ces attaques, ces menaces, cette réalité qui aurait pu se dérouler de l'autre côté d'un écran comme on vit un film sans le jouer, aujourd'hui je découvre qu'elle touche Adriann. Et par conséquent, elle me touche aussi.

Lorsque Chad évoque une attaque lors du mariage de la louve de rouge, ma première pensée, nombriliste mais essentielle, est de me demander si ses ennuies risquent d'avoir une influence sur mon séjour dont elle est l'origine et le moteur, et tout ce que ça implique pour moi. Mais à l'air grave des fiancés je me décentre rapidement. Sans être particulièrement proche de la jeune mère, je l'estime assez pour essayer de comprendre...

- William est capable d'être là où nous l'attendons le moins. Tantôt il s'entoure de chasseurs pour participer à l'embuscade du manoir, tantôt il prend l'ascendance sur des adolescents perdus pour en faire des armes. Les bersekers semblent être la seule constante. Du moins pour le moment. Il n'a aucun respect pour la vie ni pour quiconque.

...Minute! Ils sont traqués par des chasseurs, des bouchers et des médecins de l'horreur, et maintenant, il y a un énième quidam qui d'un côté s'allie aux chasseurs, qui monte une armée d'ados, et qui contrôle des quoi ?!!

Je vois bien à leurs réactions que je passe pour un mec immature et impressionnable. Mais m*rde! Qui ne réagirait pas comme ça ?! Il y a encore deux jours, je compatissais pour un professeur accusé d'un crime qu'il n'a soit disant pas commis, persuadé que la plus grande menace qui pèse sur lui, c'était des fédéraux et le wendigo qui l'habite ! Et en quelques heures, non seulement je découvre que pendant que je me morfondais sur le rapt ridicule qui a faillis me couter la vie, Adriann avait la sienne entre les mains de bouchers et d'un loup inconscient, mais que ces types en ont après eux, que maintenant, par alliance, nous sommes tous les quatre susceptibles d'être sur la liste noire de ces Psychopboy en puissance, et que pour agrémenter le tout, un énième cinglé s'en prend à Chad beaucoup trop scotché à Adriann et à sa meute en faisant appel à tout ce qu'il est susceptible de rallier à lui, humains, chasseurs et surnaturels !  

J'ai l'esprit assez souple pour m'adapter aux changements. Je ne suis pas un lâche, me battre ne me fais pas peur. Je suis prêt à apprendre à me défendre contre des malades à la gâchette facile. Je ferais tout ce que je peux pour éviter à Adriann une condamnation supplémentaire, même si pour ça je dois agir dans son dos et trahir un peu de sa confiance ou tenir tête à un cannibale au bout du compte. Mais se battre, échapper, survivre à une organisation de tueurs ou à des mégalomanes zélés, ça, c'est au delà de ce que je suis capable de gérer. Je ne suis pas un loup à la force surhumaine qui guéris de ses blessures et qui est entouré d'une meute pour le sortir des problèmes et l'appuyer. Je ne suis pas un... ancien délinquant, ou mercenaire, ou quoi que Wayne puisse être, qui a vu sa famille exploser et se retrouve fermé aux émotions et toute sensibilité comme il semble l'être et qui baigne dans un monde de morts et de pertes comme s'il était dans son élément.
Je suis prétentieux mais pas suicidaire. J'ai assez d'intelligence pour distinguer un danger qui ne vaut pas la peine d'être affronté. Mes batailles, elles ne concernent que moi et les... sujets pour lesquels je décide de me battre. Et elles ne m'opposent pas à des esprits ou des systèmes vicelards qui pourrait transformer des vies en enfer et qu'il faudrait éliminer radicalement pour espérer s'en sortir.

Alors non, je ne suis pas prêt à avaler tout ça la bouche en coeur.

-A la menace qui pèse sur tout surnaturel s’ajoute une guerre interne à la famille Hale.
détaille Chad. Un cousin de Derek et Peter a juré leur perte pour une raison qui se perd dans le passé. Ce William Hale a décidé de décimer notre meute.

Derek, ça fait un bail que je ne l'ai pas croisé celui-là. Si je ne l'avais pas entraperçu au mariage, j'aurais encore été persuadé qu'il lui manquait du poil au menton et surement une dent de sagesse à l'heure qu'il est. Alors sa meute et lui ont des ennuies? Wilder a évoqué le mariage de Ruby et du prof Hale et une attaque au manoir également. J'ai su dès que j'ai rencontré Derek que sa famille attirait bien malgré elle le danger, découvrir qu'ils en pâtissent à nouveau ne me laisse pas totalement insensible. Néanmoins, malgré la sympathie que je peux porter à la jeune mère ou au loubard local, ce n'est pas vers eux que ce porte principalement mon inquiétude...

-C’est un alpha qui a, on ne sait pas comment, réussi à prendre le contrôle de pantins humains que l’on appelle des berserks. Pour faire simple, c’est plus fort qu’un loup et cela obéit aveuglément à celui qui les contrôle… A priori ce danger-là ne menace pas Adriann.

-"A priori"... hochè-je de la tête, le rire cynique.

Quand ce stupide loup décide de ce jeter dans la m*rde, il y entraine le wendigo. Ce terme de "partenaire de crime" qui me faisait crisser parce qu'il sonnait comme une petite trahison porte pourtant un sens vérifiable : ces deux là sont conjoints dans la c*nnerie! Et je redoute que Wilder attire l'allemand dans ses galères. Volontairement ou non, ça ne changerait rien au résultat. Je n'aime pas apprendre que des marionnettes humaines plus fortes que des loups en on après lui alors qu'il a son propre fantoche pour faire face...
Adriann n'est pas une marionnette qu'il peut utiliser.
Adriann n'est pas un animal que je laisserais se faire traquer...
Que cet idiot le veuille ou non.


* * *


-Excuse moi de te dire ça, mais on dirait que ça te plais. admis-je, déçu.

Concocter des plans tordus. Suggestionner des gens pour qu'il s’entretue. Je suis joueur moi aussi, mon monde je le manipule depuis longtemps d'une certaine façon, c'est l'habilité des séducteurs dans notre genre! Alors je peux comprendre! Mais jusqu'à une certaine mesure. Jamais j'ai joué avec la vie des autres. Et je déteste cette idée le concernant. Ça va à l'encontre de mes perspectives, comment je pourrais aider le criminologue cannibale à corriger ses travers s'il se vautre de lui même dans cet univers morbide?...
Pourtant je veux croire que ce n'est pas de son fait. Je me détourne à l'opposé de la rue que viennent de quitter les deux amoureux.

-Ces mecs ont la poisse contagieuse.

Je ne lui demande pas de laisser tomber un ami, je lui demande de prendre ses distances avec un aimant à emm*rdes. Je n'aime pas Wilder et il me le rend bien, jusque là on pouvait considérer que nos rapports relevait d'une inimité de cours de récré. Mais il ne faut quand même pas à ce point être méfiant et détester ce mec pour se rendre compte que j'ai juste quand je dis qu'il est le noyaux d'un monstrueux champs de problèmes, non? Et à rester dans sa périphérie, Adriann va finir par les subir lui aussi...
Lorsque Chad a évoqué sa mère, ce n'était pas pour nous vanter sa vitalité...

-Il est peut-être temps qu’on parle, non ?

Je n'ai pas entendu Adriann relever mes précédentes plaintes. La fatigue le pèse physiquement. Je suis aussi un peu sonné par ce trop plein de révélations, mais je suis surtout énervé. Il veut parler? Je ne demande que ça, des questions et des remontrances j'en ai à la pèle. Jusqu'à quel point est-il impliqué dans le meurtre de son vieil amant par exemple? Pourquoi est-ce qu'il faut qu'il défende Wilder alors que sans le loup, il ne se serait sans doute jamais aventuré dans l'antre des chasseurs et vu sa tête pointé d'une cible? Est-ce que ça l'amuse de tuer, et de concocter des machinations de ce genre avec lui?! Est-ce que je suis le seul à avoir les yeux en face des trous et a trouver que cette situation nous dépasse, wendigo, loup, vairon ou humain?...  Mais je doutes qu'il me donne ses réponses, alors j'aimerais lui rétorquer que j'en ai assez entendu pour ce soir. Mais à la place, je pousse un profond soupir.

-Heu... ouais. m'agacè-je. Parce que c'est moi qui lui ait c*nnement proposé de parler... Et après tout ça, je regrette. Comment lui expliquer, après ce déluge d'avertissements que je lui ai causé un possible supplément de complications? Il ce peut que j'ai fait une petite c*nnerie.

Voilà. Un aveux lâché d'un ton plat et ferme qui ne l'invite pas à me battre au cas où il en aurait la force.

-Je... j'ai un pote qui est loup-garou, et il a compris pour nous. Que tu es un wendigo. Et ça lui a pas plu.

Je me revois rejoindre Dunbar après notre rencard au diner, lui tenir la conversation, le menacer de le faire attaquer par le cannibale si il causait... mais ça, je ne peux pas le dire à Adriann. Alors je me pince les lèvres avant de relever les yeux sur lui.

-Les flics savent qu'il y a un wendigo en ville.

Je lui épargne la filiation fils de shérif ; petit-copain d'un Hale ; mon camarade de classe, il se doute peut-être déjà que le shérif est au courant pour les surnaturels si ma formulation n'est pas assez limpide. Le problème, c'est qu'il est au courant qu'une créature cannibale sévit ici maintenant... Et que des maris tarés mangent leurs femmes, n'empêche qu'il y a une éventualité qu'un beau jour il se trouve pisté pour ses crimes... en plus des chasseurs.

Je suis peu avare en détails, mais comment je peux en dire plus sans me trahir ni trahir ce stupide loupiot? Si j'avais hésité à lui parler de Dunbar en temps ordinaire, je lui donnerais certainement pas son identité en sachant comment il règle ses comptes avec les gêneurs.

-Je lui ai rien dit, c'est ton odeur sur ma veste qu'il a flairé! me défende-je.

C'est pas de ma faute... pour ce coup là. Ça devrait même pas être de ma faute tout court compte tenu la frousse de ce pétochard à la seule évocation d'un wendigo, si ça se trouve, il aurait cafté même sans aucune menace de ma part!

-Il avait la trouille au point d'être prêt à en parler au premier venu. Stiles, il lui avait sauté dessus, prêt à balancer dès qu'il a compris. Alors j'ai pensé que... si je lui foutais vraiment les chocottes, ça le dissuaderait fermement de parler...

Mais il a parlé. Et maintenant j'ai peur qu'Adriann devine les arguments que j'ai utilisé pour intimider l'adolescent. Comment j'ai joué sur la réputation de l'abominable wendigo pour effrayer un mioche.
Ma menace, c'était lui...

-...C'était pas censé arriver.

Liam n'aurait jamais du cafter. Je ne sais pas comment le criminologue accuse la nouvelle. Je déblatère au sujets des autorités, mais elles ne se sont pas encore manifesté et ne se manifesteront peut-être jamais. Après tout, on a une chance pour que Dunbar n'ait pas été pris au sérieux! Et il faut reconnaitre qu'après les joyeux discours de Chad, la flicaille passe pour une petite formalité comparer aux fanatiques qui courent. C'est pas comme si finalement la moitié de cette ville avait un penchant pour le meurtre et autre sordidités pour qu'il attire spécialement l'attention...

Je peux comprendre que malgré tout il se serait passé de cette nouvelle. Imaginer le criminel en taule ou dans une camisole à l'asile local m'a fait assez sué et tergiversé sur le problème. Du moins avant de découvrir que c'est dans une fausses et avec un trou dans la tête ou sectionné en plusieurs morceaux que je risquerais de le retrouver...

Je ne suis plus en position de l'engueuler et ne sais pas quoi faire d'autre que me taire et subir son exaspération sans broncher. J'ai jamais voulu être une gène, au contraire!... J'ai juste un peu raté mon coup... Adriann est fatigué, a toutes les raisons d'être énervé, et au vu de la situation la question qui tombe est légitime : est-ce que j'ai d'autre secrets à lui avouer?!

Je me fige à l'instar d'un lapin pris dans les phares d'une voiture.

...Foutu Wilder et Wayne! Si le premier se l'était fermé au lieux de rappeler quel merveilleux chaperon il est et me foutre dans l’embarras!... Je ne peux pas parler de ce que je projetais de faire avant que Liam ne s'en mêle, ça je ne m'y résoudrais pas, parce que... quoiqu'on en pense, c'est de bonne intention. Mais ce n'est pas comme si je n'avais pas des choses à sérieusement me reprocher...
Je déglutis en entrant imperceptiblement la tête entre mes épaules au regard insistant avec lequel l'allemand m'observe. Et par réflexe défensif, je m'insurge.

-Me dis pas que c'est à cause de ce qu'à dit Wayne?! Ce type est complétement barré! Et parano. Son seul but c'est de me pourrir l'existence...

Il l'a bien vu, pas vrai?... Si j'avais un verre d'alcool sous la main, j'y noierais mon poisson dedans, mais je n'en ai pas. Alors je fuis son regard, enfouis le menton entre le col de mon blouson et les mains dans mes poches. Adriann n'est pas blanc, loin de là. Mais même s'il décide de s'ouvrir et m'intégrer dans sa vie à un rythme qu'il juge acceptable mais qui restent de trop pénibles comptes gouttes et désastreuses avalanches, je ne peux pas lui reprocher de me mentir. Et je ne peux pas lui mentir à mon tour...

-Pendant ton séjour, je... je suis aller faire un tour au Pink Print.

Le bar gay.

-J'y suis seulement allé pour prendre un verre! rectifié-je de peur que cette seule affirmation ouvre la porte aux pires aspects de son imagination. En soit je suis un fêtard invétéré, aller boire et m'amuser, ça n'a rien d'étonnant, j'ai jamais eu besoin de son autorisation pour ça! Alors ça ne veut rien dire! Pourtant j’empeste l'embarras et le wendigo n'est pas dupe. Je ne peux que me raviser. E... enfin...

Il y a les remous lascifs du danseurs. Les attouchements calculés du patron. Sa force sauvage et ses lèvres affolantes, et ses mains qui explorent bien plus que les zones sensibles de ma nuque ou de mes poignets...
Mon cœur s'emballe, les composantes les moins évidentes de mon corps s'expriment traitreusement. Ne me regarde pas avec ces yeux là, Adriann...

-... J... je... je sais pas comment t'expliquer, c'est compliqué! Les évènements ont pris un tour inattendue, mais je te jure que...

...Il n'y a pas à en dire plus. Mes hésitations verbales comme mes troubles corporels suffisent pour un aveux. Des émotions accablantes le gagnent, déchaine le sang dans ses veines. Je les repère qu'elles obstruent sa raison derrière le regard qu'il me porte et qui se trouble lourdement. J'ai le sentiment horrible d'avoir ouvert une vanne que je ne peux plus arrêter...

- A... Adriann, quoi que tu imagines, c'est pas ce que tu crois!...

Mon assurance s'amenuise au même rythme auquel le professeur se gorge d'aigreur, et je tente urgemment de stopper la crise avant avant qu'elle ne déborde sur ses derniers jugements et ne brise complétement notre attache.

Cette phrase aux accents d'affreux clichés prêt à l'emploi n'a pourtant jamais eu autant de véracité entre mes lèvres...

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Adriann Weizerling

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MessageSujet: Re: Heads up | Le quatuor infernal   Dim 30 Oct - 15:41




Trahison

« We serial killers are your sons, we are your husbands, we are everywhere. And there will be more of your children dead tomorrow. » ► BUNDY
Le bonheur ressenti dans la matinée était déjà loin. Je n'étais pas idiot ; j'avais mesuré les conséquences qu'aurait un passage aux aveux sur la relation que j'entretenais avec Therence... si d'ailleurs on pouvait appeler ça comme ça. Le problème, c'était que j'avais visiblement surestimé la force qui nous unissait. Et visiblement, un rapt dont il avait été la principale victime était, pour lui, une plongée suffisante dans l'horreur pour qu'il n'en rajoute pas une couche. Pour moi en revanche, c'était différent. Dans ce même genre de situation, j'étais habitué à tenir le rôle de tortionnaire, J'aimais quand ma victime avait des relents de peur, j'aimais ses battements de cœur affolés, j'aimais son agonie déchirante. L'orgueil et l'envie de domination était chez les chasseurs comme chez les créatures des passions assez fortes pour prendre le pas sur la raison. C'était des points faibles facilement exploitables pour qui réussissait à se glisser dans une mécanique assez sensible. Et actionner ces rouages signifiait, automatiquement, augmenter l'horreur et la violence d'un cran. Therence n'était pas prêt pour ça. Du quatuor que nous formions à table, c'était le seul, encore assez humain, pour condamner notre volonté d'agir, et il le faisait clairement comprendre.

*

Je n'écoutais les jérémiades de Therence que d'une oreille. L'air de la nuit était frais, et l'obscurité avait depuis longtemps englouti Chad et Mick. Dans ma poche, mes doigts tapotaient l'écran de mon téléphone. Si j'avais besoin de parler... mais je savais très bien que je n'appellerais pas le loup. S'il y avait bien une chose dont il avait besoin ce soir, c'était de se retrouver avec son fiancé, et non pas en compagnie d'un wendigo esseulé. Prenant mon courage à deux mains, je me tournais vers le lycéen, déjà légèrement à cran.

-Il est peut-être temps qu’on parle, non ?

Je le regardais s'empourprer sans décoller mes yeux de son visage. N'importe qui aurait pu dire qu'il me cachait quelque chose, et j'hésitais à croire mon esprit embrumé par la fatigue sur le sujet de ses cachotteries. Et sa confession, du moins son amorce, ne m'aidait pas à calmer le feu qui commençait  couler dans mes veines. Qu'est-ce qu'il avait bien pu faire ?!

-Je... j'ai un pote qui est loup-garou, et il a compris pour nous. Que tu es un wendigo. Et ça lui a pas plu.
-Et ? En quoi est-ce qu'un adolescent loup-garou peut représenter une menace ?
-Les flics savent qu'il y a un wendigo en ville, lâcha finalement Therence.

Je dardais un regard incrédule sur l'adolescent. Mais qu'est-ce que... les chasseurs, et ensuite les flics ? Les mêmes avec qui je collaborais presque tous les jours, avec qui je travaillais ?! Génial !

-Qu'est-ce que tu lui as dit ?, demandai-je hargneusement. Ne me regarde pas comme ça. Tu es le seul élément qui me rattache à ce gosse !
-Je lui ai rien dit, c'est ton odeur sur ma veste qu'il a flairé!

Et à cause d'une simple odeur, tous les flics de la ville étaient au courant de l'existence d'un wendigo ? Le visage enfoui dans mes mains, je jurais dans ma barbe. Putain... C'était facile, avant. Il suffisait aux policiers au courant de mettre les disparitions sur le compte de loups-garous particulièrement hostiles lors de la pleine lune. Aucun individu, même tenu dans le secret du monde surnaturel, ne pouvait imaginer l'existence du wendigo tellement elle était, dans l'imaginaire collectif, cruelle et dangereuse. Mon espèce était censé appartenir au folklore : à part les chasseurs, personne n'était censé nous traquer. Et voilà qu'à cause d'un stupide loup-garou....

-Il avait la trouille au point d'être prêt à en parler au premier venu.
-Sans rire, marmonnai-je en faisant les cent pas, une main dans les cheveux.
-Alors j'ai pensé que... si je lui foutais vraiment les chocottes, ça le dissuaderait fermement de parler...

Je me tournai vivement pour faire face à Therence. Il lui avait fait peur ? Difficile d'imaginer un autre scénario que celui qui se créait dans mon esprit : comment un simple humain pouvait-il effrayer un lycanthrope ?

-Tu t'es servi de moi pour le faire taire ?!

Son silence parlait pour lui. Je dévisageais le gamin, trop hébété pour dire quoi que ce soit. J'avais confiance en Therence. Je lui avais confié ma véritable nature, je lui avais confié Sonia, le procès d'Henning... je lui avais tout confié. Peut-être un peu trop.

-Comment je peux te faire confiance ?, demandai-je simplement sans détourner mon regard. Comment est-ce que tu peux me faire confiance, si tu te sers de moi pour menacer un gosse ?
-...C'était pas censé arriver, se plaigna-t-il faiblement avant d'essayer de se justifier.

Mes aller-retour redoublèrent d'intensité, espérant aussi entraîner mes réflexions, mais sans succès. Il n'y avait qu'une chose qui m'obsédait pour le moment, et c'était la colère que je ressentais à l'encontre de Therence. Mes doutes ne s'étaient pas non plus évaporés, bien au contraire. Ils s'étaient renforcés. Car si je ne pouvais pas lui faire confiance pour garder mon secret, il n'y avait aucune raison pour laquelle il aurait respecté ma volonté de ne pas voir d'autres personnes pendant mon séjour.

-Je suppose que tu n'as rien d'autre à me dire ?, raillai-je en le scrutant.

Sa réaction parlait pour lui. Je savais, et il avait forcément dû le comprendre. Alors pourquoi est-ce que je restais là, à l'observer se débattre avec une défense complètement bancale ? Pour la même raison que j'étais resté planté devant Henning lorsque je l'avais surpris avec un autre de ses étudiants. Pour bien graver dans mon esprit la raison pour laquelle je ne retournerais jamais avec lui.

-Pendant ton séjour, je... je suis aller faire un tour au Pink Print.  J'y suis seulement allé pour prendre un verre !

Son cœur s'emballait, tout comme le mien. Je ne perdais rien du spectacle qu'offrait l'alchimie de son corps, de son esprit qui s'embrouillait à l'image de ses paroles. Chaque phrase l'incriminait encore un peu plus tandis que dans mes poches, mes mains se transformaient lentement en poing.

-... J... je... je sais pas comment t'expliquer, c'est compliqué! Les évènements ont pris un tour inattendue, mais je te jure que...
-Un tour inattendu ?, crachai-je presque en le fixant.

Il n'avait suffit que d'un « tour inattendu » pour qu'il aille baiser ailleurs ? J'avais envie de lui faire mal. Moi plus que le wendigo. De le voir saigner, haletant sous mes coups. Je lui avais tout confié, jusqu'à mon cauchemar le plus intime, tout ça pour... Ca. Il lui avait suffit de deux semaines pour coucher avec le premier connard venu tandis qu'à l'autre bout du monde, je me débattais avec le souvenir encore intact de mon professeur.

-A... Adriann, quoi que tu imagines, c'est pas ce que tu crois!...
-Ah non ? Alors explique-moi ! Tu te sentais trop seul, tu pouvais pas tenir deux pauvres petites semaines ?! Qu'est-ce que t'espérais que je dise, hein ?!

-J'espère sincèrement que ton amant est capable de te protéger d'une horde de chasseurs, murmurai-je en m'avançant vers lui, un regard froid planté dans le sien. Parce que tu es tout seul.

Je me détournais du gamin en enfonçant mes mains dans les poches de ma veste. Un groupe de fumeur sortit du bar en riant, et je profitais de la confusion occasionnée pour abandonner Therence à son sort.



Le quatuor infernal

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Therence Garnet

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MessageSujet: Re: Heads up | Le quatuor infernal   Mer 9 Nov - 23:23



Alone


Je me sens rétrécir aux orbites ahuris qu'Adriann plante sur moi. Je ne m’attendais pas à ce qu'il prenne à la légère la nouvelle selon laquelle la présence de sa créature en ville n'est plus un secret pour la flicaille, mais être confronté aux reproches dont je suis d'ordinaire le spécialiste et pour lesquels je ne peux pas nier être responsable, ce n'est pas dans mes habitudes...

-Qu'est-ce que tu lui as dit ? Mais c'est pas m- Ne me regarde pas comme ça. Tu es le seul élément qui me rattache à ce gosse !

Je me tasse et je peste. Saleté de Liam!... S'il s'était mêlé de ses oignons plutôt que s'affoler pour quelques effluves... Il mériterait de se faire arracher sa langue de loupiot indiscret et bavard, mais ça ne changerait rien à l'affaire maintenant.
Je me sens mal. Je suis incapable de faire plus que regarder le criminel tourner en rond comme un fauve en cage sans être sûr de ce qui se trame dans son esprit. Est-ce que l'homme de savoir réfléchi déjà à une tactique, des sécurités, un moyen de détourner la situation? Ou est-ce que le poids des menaces effraye un prédateur qui se sait désormais ciblé de tous les côtés?... Ça m'inquiète. Maintenant j'ai la confirmation que le criminologue a en plus de ses connaissances bien assez de détermination pour faire taire les dérangeants sans avoir à invoquer son dévoreur... et la situation ne l'incite pas à devenir plus modéré dans ses agissements meurtriers et s'éviter des représailles...

Je déteste cette sensation d'être la cible et en droit de me faire sermonner comme je le suis. Je déteste l'idée d'avoir compliqué la vie de mon allemand déjà bien assez tourmenté... Alors je me justifie : j'ai agis sur une impulsion en espérant que lui faire peur le rendrait muet, mais chacun de nous était effrayés, et...

Adriann se retourne brusquement, et je regrette aussitôt de l'avoir ouverte.

-Tu t'es servi de moi pour le faire taire ?!

N... non, pas de lui!... Du wendigo, enfin de ce qu'il représente... C'est différent...
Mais quelque chose me souffle que ça ne sonnera jamais comme une bonne réponse. Je me suis bien servit d'une part de lui-même, et de notre relation qui elle n'a rien d'imaginaire, quoiqu'on puisse tergiversé sur sa teneur, pour donner du poids à l'influence que je pourrais avoir sur le monstre s'il était avertit et être certain d'impressionner le môme...

Je n'aime pas ce regard avec lequel il me dévisage. Je n'aime pas les émotions qui l'assombrissent et crispent ses convictions...

-Comment je peux te faire confiance ? Mes billes s'agrandissent, un pincement au cœur. Qu... quoi?... Comment est-ce que tu peux me faire confiance, si tu te sers de moi pour menacer un gosse ?

J'esquisse un hochement de tête, interdit. N... Non, il se trompe, j'ai confiance en lui, j'ai VRAIMENT confiance en lui! E... enfin, autant que je le peux alors qu'il y a encore tellement de parts d'ombres qu'il me tait et qui se révèlent, parfois inacceptables pour n'importe quel humain, du moins qui soit un tant soit peu sain d'esprit... M... mais il reste franc avec moi, et j'ai utilisé le wendigo parce que c'est un monstre, le cauchemar que redoutent même les louvarts. C'est de lui dont je me méfie, dont tout le monde se méfie, et à juste titre!
Je me frictionne le bras et babille du vide, incertain quant-à l'impact qu'aurait une telle réponse, j'ai déjà fait assez de c*nneries. Mais il faut qu'il me croit... Si j'avais su, je... Ça aurait pas du se passer comme ça...

-Je suppose que tu n'as rien d'autre à me dire ?

Je me sais en faute, ses soupçons sont légitimes. Mais je ne peux pas m'empêcher de penser que Wayne et Wilder ont arrosés de leur fiel quelques unes des graines de doutes qui germent en Adriann.
J'ai confiance en lui. Pas à cent pour cent, mais j'ai assez confiance en lui pour savoir qu'il me respecte, alors il doit aussi me faire confiance! On peut pas se fâcher sur des bêtises!...

C'est difficile d'être honnête. Plus que les mensonges qui se construisent pièces par pièces, qui se remodèlent. La vérité est une pièce brute qu'il faut savoir polir sans la transformer pour la rendre plus douce. Je ne suis pas doué pour ça... Je suis aller au Pink durant son absence. Pas pour le remplacer! mais déjà ses traits se crispent, il m'analyse et ça accentue ma confusion et ma crainte. Il est furieux. Comment lui expliquer en quelques mots tout ce qu'il c'est passé?! De mon entré illégale au défi du patron, de mes calculs impulsifs à ma curiosité inavouablement punie?

Mon cœur bat une course frénétique et ma langue s'empêtre tandis que son regard devient plus noir et perçant que l'obscurité ne les rend.

-Un tour inattendu ?

Je sursaute en me pinçant les lèvres. C'est pas ce qu'il croit...

-Ah non ? Alors explique-moi ! Tu te sentais trop seul, tu pouvais pas tenir deux pauvres petites semaines ?!

-C'est pas ça!...

C'est faux! J'étais prêt à les tenir ces deux semaines, j'aurais PU les tenir s'il n'y avait pas eu le rital! Si je n'étais pas aller me fourrer dans les ennuies...

-Qu'est-ce que t'espérais que je dise, hein ?!

-Je... J'en sais rien...

P... pourquoi est-ce qu'il me balance ça à la figure, comme si j'aurais du faire un choix entre parler ou me taire et que n'ai pas choisi la meilleure des options?!... Je... j'aurais cru qu'en étant honnête, il me pardonnerait, un peu, peut-être... Il est sincère avec moi, je peux lui prouver que je peux l'être aussi en retour, qu'il peut compter sur moi! Je veux pas lui mentir, pas si ça lui fait du mal...

Mais son visage endurci et son approche prédatrice qui m'obligent à reculer avec prudence, redoutant les coups, m'indiquent quelle erreur j'ai faite...
Quelles erreurs je n'aurais jamais du faire...

-J'espère sincèrement que ton amant est capable de te protéger d'une horde de chasseurs, chuchote t-il durement, les yeux dans les yeux. Jusqu'à hacher. Parce que tu es tout seul.

C'est un coup de point dans l'estomac. Le souffle coupé, les tympans bouchés, un étourdissement. C'est violent. J'ai le cœur qui éclate... Je vis un tour d'horizon forcé sur un abîme sans fond et sans horizon, propices à cacher des monstres et sans rien à quoi me raccrocher ni rien pour me repérer qu'une lueur agressive et sur le déclin.

Ma vision se trouble au regard impitoyable et accusateur qui me soutient pour mieux s'éloigner ensuite. Il n'y a que la vérité qui blesse.  

Adriann se détourne et je suis incapable du moindre mouvement pour l'arrêter. Je voulais pas le trahir... I... il ne peut pas me dire ça... Surtout pas lui! D'une impulsion je m'élance, je dois le retenir, il peut pas partir là dessus!!! J'ai la gorge nouée et ma voix reste coincée avant de s'échapper maladroitement, désespérément.

-A... Adriann! ADRIANN!

Mais lorsque je traverse le banc de fumeurs, je ne le trouve pas. Il a disparu. Et le froid qui s'est installé en moi devient plus dense et insidieux à m'en brûler les yeux.
Je reste planté sur le bitume, pantelant et hagard, incapable d'accepter ce qu'il vient de se produire. Les échos des blâmes cinglants et des regards dégoutés d'Adriann me martèlent. ...Je voulais pas que ça se passe comme ça... Je croise les bras sur mon torse, sans parvenir à combler le vide douloureux ni atténuer la honte et les regrets. Ni l'illusion que la nuit a milles yeux rivés sur chacun de nous désormais. Pourtant autour de moi il n'y a plus personne. Seulement la faible lumière des réverbères et des enseignes pour concurrencer les froides ténèbres qui m'entourent et qui s'étendent à mes pieds.
Le constat me laisse vide et assommé. Comme proféré, je me retrouve en tête à tête avec mon ombre.

Je suis tout seul.

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