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 Une odeur de Poudre... [Uchronie historique]

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James MacAulay

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MessageSujet: Une odeur de Poudre... [Uchronie historique]   Sam 7 Jan - 17:41

Chapitre I



La branche craqua lorsque la lourde botte de cuir l’écrasa. La jambe s’immobilisa aussitôt et seuls quelques bruissements alentour résonnèrent dans l’immensité forestière. L’homme à qui appartenait la botte déglutit légèrement et força ses épaules à se détendre. C’était un coup à être trop nerveux et tirer accidentellement un coup de son fusil à platine à silex, qu’il tenait fermement contre lui. Il joua de sa glotte à nouveau et s’attira un regard mauvais de son commandant, le Capitaine Jean Baptiste de La Lande. Le milicien se sentit blêmir et baissa les yeux, impressionné par l’apparence du capitaine. L’alsacien débarqué moins de six mois plutôt sur la côte américaine détonait des miliciens, vêtus de quelques vêtements d’épais tissus et de leurs compagnons indiens couverts de tissus. Le français lui préférait un solide pantalon de lin teint en marrons et engoncés dans de délicates bottes cavalières couvrant ses mollets. Un long manteau de cuir noir couvrait une chemise épaisse bleue nuit et son visage était couvert par l’ombre de son chapeau dont un des bords était relevé et maintenue par une délicate broche d’argent. Mais cela n’empêchait pas de deviner la mâchoire carrée et bien dessinée de l’homme, ni ses lèvres gercées par le rude froid de la Nouvelle France. Son menton, sans être glabre, était des plus délicatement rasés et on imaginait sans peine ce regard vert et aussi malicieux qu’assassin qui se cachait dans l’ombre. Sentant que son regard s’attardait sur l’homme, le milicien déporta ses yeux vers les boucles châtains de l’homme puis détourna enfin la tête pour reprendre sa route.

Jean Baptiste, quant à lui, n’avait rien entendu. Il répétait un de ses mantras dans sa tête pour la tâche à venir et son regard courroucé pour le milicien était dû à son interruption. Ainsi recommença t’il. Notre Père qui est aux cieux ! Que ton nom soit sanctifié ; que ton règne vienne ; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien ; pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du mal. Car c'est à toi qu'appartiennent, dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire. Amen ! Il leva son pouce à son cou et caressa la croix huguenote qui se trouvait nichée sous son vêtement. Le jeune français était de ses protestants qui malgré la persécution que les siens subissaient se voulait patriote et loyal. C’était une raison parmi d’autres qui l’avaient poussé à se rendre en Nouvelle France pour combattre l’ennemi. Voilà des années que la guerre faisait rage entre le Régime de Sa Majesté Louis XV de Bourbon et le Roi Georges III d’Hanovre, souverain de Grande Bretagne. Conflit qui avait autrefois enflammé l’Europe tout entière suite à la brutale attaque de la Prusse sur la Saxe, il n’en restait aujourd’hui que les ennemis héréditaires qu’étaient la France et l’Angleterre. La guerre aurait pu s’achever s’il n’y avait pas eu les combats d’outre-mer pour le contrôle des précieuses colonies. Ainsi si de prestigieux comptoirs d’Inde tels que Chandernagore n’avait résisté aux assauts britanniques, d’autres s’étaient battus vaillamment renversant bien souvent les conflits locaux en faveur des français.

Mais si les Compagnies des Indes Orientales s’étaient enlisées dans un conflit sans réel vainqueur, les choses étaient différentes aux Amériques. Allant de victoires en victoires, l’armée française avait été soudainement défaite par une violente contre-offensive britannique, forçant de nombreux forts à capituler… Mais cela s’était achevée sous les murailles de Québec. Là, le Général Montcalm avait vaillamment et au prix de sa vie repoussait les anglais des sanglantes plaines d’Abraham. Le blocus du Saint Laurent s’était délité de lui-même et une flotte française avait écrasée l’escadre anglaise permettant l’arrivée des renforts tant espérés, délivrant la Terre Neuve et le port primordial de Louisbourg. En cette année de grâce 1763, la guerre – lointain écho pour les habitants de l’Europe protégés des combats par l’incapacité de l’un et l’autre pays à traverser la Manche – ravageait ainsi les Amériques anglaises et françaises.

Lorsque le capitaine était arrivé, fort de sa toute modeste noblesse, en ces terres, le conflit en était revenu aux frontières d’origine des colonies. Chaque camp s’observait de part et d’autre des profondes vallées qui séparaient Nouvelle France et les Treize Colonies. Au Nord-est, les derniers bastions anglais de Terre-Neuve et de Nouvelle Ecosse tombaient aux mains des français. Ainsi s’était-il retrouvé à la tête d’une compagnie, son droit de capitainerie acheté avec ses quelques deniers et se rappelant les dires de son père, le haranguant de chercher la gloire en France et non en Outre-Mer. Les premiers combats avaient été violents, souvent emporter grâce à de judicieuses charges à la baïonnette, aiguisées par habitude par les basques de l’armée. Peu à peu, Jean Baptiste avait trouvé ses marques à travers les hommes et femmes endurcis et épuisés par le conflit. Alors lui était venu une idée. Il avait ainsi regroupé plusieurs irréguliers indiens et une cinquantaine de miliciens, avait traversé la vallée de l’Ohio pour bifurquer droit vers le Nord Est, se retrouvant derrière les lignes anglaises. Là depuis six semaines, ses troupes menaient la vie dure aux colons britannique et aux convois de l’armée. Un hennissement retentit sous les frondaisons et la dizaine d’hommes qui composaient la compagnie s’arrêtèrent. Tous semblèrent retenir leurs souffles tandis que les hommes jetaient des coups d’œil inquiets autour d’eux. Les mains moites se resserrèrent sur les fusils et les visages blêmirent.

« Aye ils approchent. »

Les regards se tournèrent aussitôt vers le géant rouquin qui venait de prendre la parole. Son français était rocailleux et maladroit mais à son allure on devinait l’écossais en lui. James MacAulay était un fier Highlander, exilé depuis plus de vingt années aux Amériques françaises après avoir participé dans sa jeunesse aux révoltes jacobites. Blessé à l’œil à la tristement célèbre bataille de Culloden, il n’avait dû sa survie qu’à son immense taille, mesurant une toise de hauteur, et à la force dont la nature l’avait dotée. C’était un homme taciturne, souvent plongé dans ses étranges pensées outre-Atlantique, qui ne semblait vivre que pour vaincre les anglais, comme en témoignait la lourde claymore harnachée dans son dos. Il avait cependant appris des erreurs du passé et portait un pistolet à platine à la ceinture qui enserrait son kilt traditionnel. Rares étaient les sourires qui éclairaient son visage taillé à la serpe et au regard cruel et même lorsque cela arrivait l’inquiétude faisait frémir les cibles du sourire.

« Par la mort dieu ! Nous ferions mieux d’avancer. »

Le grondement sembla donner une impulsion à la bande qui s’enfonça sous l’épais feuillage des hêtres. Moins de cinq minutes plus tard, la troupe s’était étalée sur le flanc d’une colline qui dominait une vallée traversée par un des nombreux affluents de l’Hudson voisin. Là, ils s’étaient cachées derrière les arbres, les troncs abattus et avaient tournés leurs fusils vers la route qui reliait New York et Albany. L’attente serait de courte durée à en juger par l’étroit filet de poussière qui s’élevait non loin de leur position et cela rassura Jean Baptiste qui vérifia que sa rapière et son pistolet étaient bien en place à sa ceinture et se força à respirer doucement. Les moments d’attente avant le feu était à son avis l’un des pires moments et des plus angoissants. Il essuya ses mains moites, sachant qu’elles seraient sèches lors du combat, contre son manteau et adressa un regard à l’écossais qui le lui rendit. Ils avaient combattu dos à dos lors des premiers affrontements du capitaine et le géant était devenu un ami, un gardien et le second de l’alsacien. Ce dernier était taciturne et ne parlait guère en présence de ses hommes – même si lorsqu’il était entouré de ses proches il était intarissable – et laissait le highlander s’exprimait pour lui. Cela créait une atmosphère autoritaire et mystérieuse autour de La Lande qui considérait cela comme nécessaire et qui semblait convenir à ses hommes. Le bruit d’un sabot frappant le sol lui fit redresser la tête et il sentit l’excitation du combat montait en lui. Ses muscles se tendirent tandis que son poil s’hérissait. Son cœur battit plus fort à ses oreilles alors qu’apparaissait au détour d’un virage les premiers cavaliers d’un convoi. Sept lourds chariots tirés par des bœufs, protégés par une quinzaine de Tuniques Rouges à pieds et trois officiers à cheval s’avançaient sur la route poussiéreuse.

L’ennemi approchait. Le cœur de Jean Baptiste s’accélérait. Sa prise se resserra sur son fusil tandis qu’il alignait l’homme qui commandait la troupe au bout de son canon. Il coupa sa respiration, ferma l’œil et pressa la gâchette. Dans un claquement sonore, le chien vient frapper la batterie qui déclencha une étincelle qui enflamma dans un petit souffle la poudre, et la détonation résonna sous la frondaison des arbres. La balle, petite bille de plomb, fusa. Toucha l’homme. Et fit exploser la partie supérieure de son crâne dans un craquement sonore. Tandis que l’écho du tir se dissipait, le temps sembla se figer tandis que les britanniques, abasourdi, prenaient conscience de ce qui se passait. Les miliciens firent feu et sur la dizaine de fusils que comptaient leur groupe, cinq réussirent à faire feu à leur tour pour autant d’anglais mis à terre. Les deux indiens qui accompagnaient les français tirèrent de leurs puissants arcs mais les survivants du convoi s’étaient d’ores et déjà mis sous la protection des chariots. Jean Baptiste sentit plus qu’il ne le vit James surgit à sa droite, épée au poing et hurlant.

« Aonaibh ri cheile' ! Pìos a chur ris a 'Bheurla ! Death gus an claoidh ! »

Si nul ne comprenant l’étrange idiome de l’écossais, la haine, le courage et la soif de sang transpiraient derrière chacun des mots, soulevant le cœur des hommes qui chargèrent en un seul chœur. Deux soldats anglais passèrent la tête par-dessus un chariot et firent rapidement feu, touchant un homme de la compagnie à la jambe. En contrepartie deux flèches frappèrent le bois, refroidissant aussitôt toute velléité britannique. Les hommes atteignirent les maigres couvertures anglaises et des combats se déclenchèrent un peu partout. Les soldats ennemis avaient dégainé dagues et épées et faisaient face aux baïonnettes françaises qui les transperçaient aussi sûrement qu’une abeille piquait. Alors qu’il approchait derrière un adversaire, Jean Baptiste perçut une cavalcade à sa gauche et bondit de justesse pour éviter la charge d’un des officiers à cheval. L’homme jura dans sa langue et fit faire demi-tour avec à sa monture. Le capitaine respira profondément en faisant tourner sa poignée dans sa main, tandis que sa gauche se glissait distraitement dans son dos. L’anglais chargea à nouveau, leva haut son sabre pour trancher et… La détonation résonna à nouveau sous les arbres tandis que la balle déchirait la chair tendre de sa gorge et qu’il s’écroulait sur le dos. Effrayé par les bruits, l’odeur du sang et enfin libre, sa monture fit un bond de côté et s’enfuit au galop, entraînant le corps de son maître derrière elle. En moins de cinq minutes, l’affaire fut conclue et dix-sept corps vêtus de rouges couvraient le sol pour seulement deux blessés français. Les conducteurs des chariots avaient été regroupé sous un arbre et était surveillé par trois hommes aux regards alertes. Les autres avaient commencés à fouiller le contenu des véhicules, découvrant pommes, farines, sac de poudres et caisses d’armes. Ils partagèrent les armes et la poudre et commencèrent à réunir les vivres qu’ils ne pourraient emporter. De la poudre, de l’eau de vie et des morceaux de bois furent incorporés au tas qui se formait peu à peu, pour former un funeste bûcher auxquels furent ajoutés les corps. Jean Baptiste supervisa les opérations tout du long et adressa une rapide prière aux défunts avant d’embrasser son pouce et de signer sa croix. Il aperçut James s’approchant de lui et attendit que l’écossais se place à sa droite.

« Capitaine, nous avons trouvé quelque chose d’assez intriguant.
– Bien. Merci James, répondit Jean Baptiste sur le ton de la conversation qui ne cachait en rien son léger accent alsacien.
– Ainsi que ceci. »

L’homme glissa dans la main de son frère d’arme une bouteille et le capitaine la détailla. Du vin de Bordeaux de... 1739. Il leva un sourcil intrigué et échangea un regard ainsi qu’un sourire complice avec l’écossais. Tous deux savaient que la bouteille serait vidée avant l’aube et ce, en plaisante compagnie. Il passa la bouteille à sa ceinture et suivit son second jusqu’à un des chariots. L’un des français fouillait dans un sac rempli de papiers divers mais ce fut celui que l’on avait mis de côté, cacheté d’armoiries peu connues par la piétaille mais que Jean Baptiste avait eu l’occasion d’apercevoir alors qu’il était encore sous le précepte de son père. Les Marlborough… Fière et digne famille de la noblesse anglaise qui n’avait aucun intérêt dans les colonies britanniques d’Indes Occidentales. Le front soucieux, le capitaine brisa le cachet et parcourut la lettre en long en large avant de relever les yeux vers son second.

« C’est une lettre de Georges Spencer, frère du Duc de Malbourough écrivant à son officier en second le Lieutenant Lettow. Il lui ordonne par la présente de se rendre à Lexington pour l’assister à une réunion au sein du camp anglais de la place. Ce qui veut dire qu’un haut dignitaire britannique se trouve à seulement une vingt huitaine lieues d’ici… »

Le regard de l’écossais s’enflamma et l’alsacien put presque sentir la haine qui bouillonna en lui. Il posa une main sur l’épaule de l’homme et secoua la tête. Cela ne servait à rien. Vingt-huit lieues restaient une distance plus qu’importante. Jean Baptiste rangea la lettre à sa ceinture et soupira, tout en ordonnant aux hommes de se préparer à se mettre en route, tout en relâchant les prisonniers, non sans avoir avant tout brisé les roues des chariots. Il attrapa une pomme charnue et croqua dedans tandis que la compagnie se préparait à repartir…

***

« Halte là !
– Capitaine Jean Baptiste de Lande, votre commandant. Mais je vous félicite pour votre garde soldat. »

L’homme sourit de toutes ses dents en apparaissant à travers le feuillage d’un hêtre qu’il avait escaladé et depuis lequel il surveillait les alentour. L’alsacien leva distraitement les yeux au ciel et ne fit pas la remarque qu’il aurait pu très bien s’agir d’une troupe anglaise qui aurait pu le mettre au silence et envahir ainsi le campement. Il se contenta de redresser le sac qui barrait ses épaules et avança d’un pas lourd. Les quatre heures de marche depuis le lieu de l’attaque avaient été harassantes après l’épuisement du combat puis le poids des affaires qu’ils avaient ainsi pu récupérer. L’un des désavantages des franc tireurs était qu’ils n’avaient pu emporter qu’un matériel minimal. Des fusils, des vivres mais rien de plus. Pas de poudre en trop, ni de canons et la troupe devait vivre sur le terrain généralement. Ils avaient harcelé et pris d’assaut des fermes fortifiées anglais, des convois de ravitaillement ainsi que de nombreux petits villages laissés sans défense. Ils ne le savaient guère mais en ces quelques semaines de guérilla, une légende s’était créée autour des Diables français.

 Tout cela grâce à leur férocité au combat et à leur organisation quasi-militaire comme le prouvait leur campement. Monté au cœur d’une clairière, il se composait d’une trentaine de tentes, solidement installées en cercle autour de plusieurs foyers de feux. Des barricades avaient été montées à des endroits stratégiques et dans les arbres alentour une dizaine de sentinelles étaient toujours à l’affût du moindre mouvement. Cinquante-trois miliciens et huit Iroquois composaient la compagnie de franc tireurs qui semaient le chaos dans les arrières britanniques et ils vivaient une vie relativement paisible. Tous étaient de solides colons de la Nouvelle France à l’exception de quelques hommes de Louisiane et se contentaient du rude confort qu’apportait une tente, une solide fourrure pour dormir et un simple sac pour reposer la tête. Jamais la compagnie ne restait plus de quelques jours à un emplacement, craignant des représailles britanniques. Si les anglais s’inquiétaient des franc tireurs, ils ne l’avaient encore jamais débusqué à ce jour.

Les hommes sortirent peu à peu des tentes et se regroupèrent autour des arrivants, les déchargeant et partageant le travail. Deux hommes à l’allure plus respectable que les soldats et les trappeurs qui composaient la troupe commencèrent à fouiller le contenu des sacs et à compter la récolte de ce jour. Malgré les allures rustres des Diables ils n’en restaient pas moins fondée sur une organisation quasi-militaire. Ainsi Jean Baptiste était-il le capitaine de la troupe, secondé par deux lieutenants dont James, et pouvait compter sur l’aide de deux anciens commerçants ayant vu leurs boutiques ruinées par le siège de Québec en 1759 et rêvant de prendre vengeance. Si nul prêtre ne les accompagnait, les plus fervents protestants pouvaient toujours compter sur un prêche rapide mais intense de la part de leur capitaine et les catholiques devaient se contenter de prier sans accompagnement. Un toussotement agacé et bien que léger couvrit le brouhaha et tous se tournèrent vers la silhouette qui approchait. Long manteau de cuir noir, chemise blanche sous un juste marron. Les chausses de laine noire s’échappaient dans des cuissardes portées à la mousquetaire, c’est-à-dire rabattues sur le mollet. Le nouvel arrivant arborait un tricorne, rabattu sur son visage le plongeant dans l’ombre. Jean Baptiste haussa un sourcil surpris à la vue de son lieutenant qui secoua la tête et s’éloigna d’un pas agacé. Le capitaine ne put lui rendre de compte tandis que les hommes invitaient les revenants à se restaurer et raconter les événements de la journée.

***

Ce ne fut que bien plus tard lorsque Jean Baptiste revint à la tente, repus et bienheureux, qu’il fit de nouveau face à son second. Lorsque il rabattit l’entrée de sa tente, avec le seul désir de se dévêtir et s’endormir aussitôt, il eut la surprise de découvrir le lieutenant appuyé contre un des piliers du pavillon. Bien qu’elle eût toujours sa rapière au côté, la jeune femme avait délaissé son tricorne découvrant son épaisse chevelure brune, tressée à la Française, son joli visage et un sourire mutin comme à son habitude.
« Le capitaine est donc de retour. Vive le capitaine qui n’ose pas annoncer à sa plus fidèle lieutenant qu’il part à l’assaut de l’ennemi.
– Paix Iris. Tu dormais du sommeil du juste à mon départ ce matin. Ne m’accuse pas d’un tort dont je me sais innocent.
– Oh vraiment… Alors j’imagine que je te dois mes excuses… »

Elle s’approcha de lui, l’éclat brillant dans ses yeux le faisant rompre tout désir de contrôle de soi, et il la laissa baiser doucement ses lèvres. Il n’avait jamais rien su refuser à la jeune femme depuis qu’il avait partagé leur premier baiser au cœur même du palais du gouverneur. Cela s’était fait plusieurs mois auparavant, peu de temps après l’arrivée du jeune homme. En sa qualité de capitaine de l’armée royale du Canada, et membre de la petite noblesse alsacienne, Jean Baptiste s’était vu accordé de côtoyer l’entourage immédiat de Sa Seigneurie le Lieutenant-Gouverneur de Montréal François-Pierre Rigaud de Vaudreuil. Or ce dernier avait une fille, au caractère de feu et forgée à l’esprit de la Nouvelle France qui s’était attachée à l’alsacien qui en avait fait de même. Ainsi lorsqu’il avait décidé de quitter Montréal pour traverser les lignes anglaises, elle l’avait suppliée, au point de tomber à genoux devant lui. Profondément attaché à elle, il n’avait su résister et tous deux avaient rejoint la compagnie. Pendant les premiers jours, Jean Baptiste avait profondément regretter ses choix mais les semaines passant les avaient rapprochés au point qu’ils n’avaient guère de secret l’un pour l’autre. Même les hommes, tant que la jeune femme était vêtue en homme et se montrait discrète, la tolérait bien qu’ignorant totalement son identité réelle. Elle porta la main à sa ceinture et commença à la déboucler, sourire taquin aux lèvres qui s’accentua lorsqu’elle découvrit la bouteille et l’agita sous le nez du capitaine.

« Et de cela aussi tu comptais oublier de m’en parler ? »

***


Plus tard, alors que les effets de l’alcool et d’une soirée avec son amante se dissipaient, Jean Baptiste gardait les yeux grands ouverts, fixant la toile de la tente. Alors qu’Iris s’agitait doucement pour se lover contre lui, une phrase revenait incessamment dans son esprit. Rien qu’il n’eût entendu. Mais plutôt un ressentiment d’une chose lue. Et qui le chamboulait désormais. Cela tenait en quelques mots mais était largement suffisamment pour le maintenir en éveil.

Vous avez pour ordre de me rejoindre présentement au camp de Lexington, en tant que partisan de notre Cause, pour rencontrer des émissaires de nos alliés.
Vive la République. Vive l’Angleterre. Gloire au Commonwealth.


Mais même le pressentiment qu’il pouvait ressentir à cette idée n’aurait su l’empêcher de sombrer peu à peu dans un sommeil profond et réparateur…
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James MacAulay

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MessageSujet: Re: Une odeur de Poudre... [Uchronie historique]   Dim 5 Fév - 20:45

Chapitre II

« Madame… Madame, s’il vous plaît il est l’heure. Madame… »

La servante secoua légèrement l’épaule de la masse endormie tandis qu’une autre ouvrait en grand les rideaux de la chambre, laissant passer un éclatant soleil. La cible des ménagères remua doucement sous ses épaisses couvertures et grommela qu’il n’était pas encore l’heure. Celle qui l’avait secoué éclata d’un rire joyeux, et faisant trembloter son énorme poitrine, elle débarrassa la dame de ses couvertures, découvrant une frêle silhouette qui se recroquevilla pour couvrir du mieux qu’elle pouvait ses jambes de sa chemise de nuit. Mais il faisait froid dans la pièce et la maigre pièce de tissu ne protégeait guère. Ainsi grelottante, la jeune femme ne put que s’étirer puis se frictionner pendant que les servantes s’affairaient autour d’elle. Une robe fut prestement sortie, accompagnée d’une chemise blanche, d’un corsage baleiné et de paniers pour sa taille. Deux délicates escarpins noirs furent déposés également au pied du lit. Avec un léger toussotement insistant, la gouvernante qui avait pris la parole poussa la jeune femme à se lever et commença à la dévêtir. Elle lui passa ensuite la chemise par-dessus la tête puis le corsage et fit signe à sa compagne de l’aider. Elles lacèrent avec rapidité les deux baleines ainsi que les paniers sans se soucier des gémissements de la jeune femme qui souffrait le martyr et se sentait terriblement oppressé.

Elle ne protesta cependant pas lorsqu’on passa la robe par-dessus l’ensemble et qu’on poudrait délicatement son décolleté. Enfilant ses escarpins, la jeune femme fut amenée à une coiffeuse et assise de force. Un jeune homme entra, portant une lourde cassette de bijoux, et les femmes choisirent rapidement un collier de perles et d’émeraudes, un délicat anneau d’or ainsi qu’une broche argentée et décorée d’un rubis rouge sang. Leur choix fait, elles s’acharnèrent à la maquiller, poudrer son visage et appliquer du carmin sur ses lèvres malgré ses grimaces. Lorsqu’elles en eurent enfin fini avec elle, la jeune femme ne réussit guère à se reconnaître. Sa délicate peau d’albâtre était rehaussée de rose sur ses joues et une légère couche de poudre dissimulait habilement ses rares taches de rousseur. Ses iris bleues brillaient au fond de ses yeux délicatement maquillés de teintes mauves et noirs. Elle se trouvait d’une beauté époustouflante, femme. Et pourtant, alors qu’on rehaussait ses longs cheveux d’or à une hauteur dépassant l’imagination à l’aide de laques et vernis, elle n’arrivait guère à se reconnaître. Ce n’est que lorsqu’elle prit conscience de la rareté de l’acte d’habillement qu’elle prit conscience soudainement de l’acte en lui-même. C’était la première fois qu’on lui imposait tels atouts de séduction. Ainsi donc le grand jour était-il arrivé.

La jeune femme porta sa dextre à sa main gauche et y regarda la délicate chevalière féminine qui y brillait. Le blason de la noble famille des Grey-Codnor éclatait d’un bel aura azuré et pourpre, réchauffant le cœur de sa propriétaire. Elle était Amelia de Grey, digne héritière de sa famille et chargée d’une mission d’importance pour les siens. Redoré l’image ternie par des années de conflits internes au clan aux yeux de la royauté et réussir d’une manière ou d’une autre à remplir les coffres d’or. C’était un travail ambitieux pour une femme d’à peine dix-sept ans et n’ayant aucune expérience politique. Son père, bien entendu, l’avait préparée au mieux et elle connaissait l’étiquette, le français, l’anglais et avait également de solides bases en allemand. Amelia était une de ces jeunes filles venues de leur campagne et qui découvraient la folle vie luxueuse de Londres et de sa cour. A laquelle devait être présentée dans la semaine. Ainsi chaque jour, ses deux servantes l’accoutraient pour la préparer à ce moment, n’hésitant pas à accentuer la chose. Pourtant Amelia honnissait les vêtements qu’on lui imposait, le maquillage sordide qui camouflait son charme alors qu’elle ne brillait pas par sa beauté, malgré ses traits fins son nez était brusqué et ses lèvres fines n’attiraient en rien le regard.

Ce jour-là, fut une fois de trop pour la jeune femme. Elle pinça ses lèvres et jeta un regard plein de colère envers sa gouvernante qui s’arrêta. La vieille femme voulut la gourmander et commença à lever le doigt mais Amelia était déjà debout, profitant de sa taille haute pour dominer sa servante.

« Assez Gwendoline. Je n’ai plus sept ans. Les tenues fastueuses sont une horreur pour notre condition féminine. Vous ne comprenez pas ce que c’est que porter cela. »

La femme voulut forcer sa pupille à se rasseoir mais elle aperçut les tâches rouges qui apparaissaient sur les joues d’Amelia et la connaissant depuis sa naissance, elle comprit que la jeune femme était au bout de sa patience. Elle s’inclina profondément et fit signe à sa consœur de quitter la pièce. En effet, c’était une nouvelle venue dans la domesticité des Grey-Codnor et la gouvernante refusait qu’elle assiste aux coups de colère de sa maîtresse et aux remontrances de celle qui se prenait parfois pour la baronne elle-même.

« Amelia ! Bon Dieu, vous êtes ridicule. Votre mère et moi vous avons préparé toute votre existence à cela. Vous saviez que votre avenir vous destinait à porter de si belles soieries. La mode et l’étiquette les imposent et vous devriez vous y plier. Vous déshonorez votre famille de par votre comportement ! Je serais navrée d’avoir à écrire à votre père et lui décrire ce genre de filouteries de votre part… »

Une étincelle de peur brilla une seconde durant dans le regard d’Amelia, qui reprit contenance. Son père était loin d’ici et il lui avait accordé toute sa confiance lorsqu’elle avait quitté le domaine familial. Ce n’était pas une roturière qui l’empêcherait d’exprimer ses doléances ! Sa famille comptait sur elle certes mais cela se ferait selon ses conditions. Et pour réussir elle sentait qu’elle devait être à l’aise quitte à affronter les codes et à les briser. Elle croisa ses bras sous sa poitrine et regarda d’un air glacial Gwendoline qui finit par baisser les épaules.

« Je vois que le message est clair. Envoyez Gordon trouver un tailleur qui accepterait de me recevoir ce jourd’hui. Je vous remercie pour vos efforts. Ma tenue est irréprochable mais je ne puis me présenter devant Sa Majesté en me sentant aussi ficelée qu’une dinde pour le jour de la naissance de Notre Seigneur.
– Très bien madame. »

La gouvernante s’éloigna et laissa Amelia seule dans sa chambre. Une profonde tristesse s’empara de la jeune femme et un poids pesa sur son estomac. C’était la première fois qu’elle osait s’opposer à Gwendoline et elle avait senti quelque chose se briser dans leur échange. Désormais, la femme ne s’occuperait plus que de servir une maîtresse parmi d’autre et non pas l’enfant qu’elle avait vu naître et avait éduquée pendant toute sa vie. La solitude qui la taquinait depuis son arrivée à Londres sembla soudainement l’emplir et elle laissa échapper un léger soupir, une moue triste aux lèvres…

***

Le carrosse s’éloigna de l’hôtel particulier des Grey-Codnor peu après midi. Il s’engagea dans la rue qui longeait la grande bâtisse de briques rouges. C’était une immense demeure, agrémentée de délicates sculptures à son entrée principale. Mais son principal avantage était son emplacement au cœur même de Knightsbridge, haut quartier de la noblesse anglaise. Si la notoriété et la richesse des Grey n’était plus ce qu’elle avait été, il en restait qu’ils comptaient sur un solide patrimoine et l’ancienneté de leur lignée. Ainsi Amelia avait-elle la chance de vivre à courte distance du palais royal de St James ainsi que du Parlement, principale force politique de ces années 1763.

Après sa dispute matinale, Amelia avait passé sa matinée à écrire différentes lettres pour les quelques soutiens qui restaient à sa famille dans la capitale britannique ainsi qu’au rapport hebdomadaire qu’elle destinait à son père. Là elle avait pris un repas rapide, un simple bouillon de légumes et de viande et s’était faite de nouveau poudrée. Cette fois ci, la jeune femme avait réussi à imposer son choix de parfum. Depuis sa tendre enfance, elle avait un amour particulier pour les odeurs qui lui tenaient fort à cœur. Ainsi, à ses heures perdues, Amelia s’improvisait parfumeur, qu’on nommait à l’époque encore apothicaire ou maître gantier, et mélangeait eaux, vinaigres et matières premières pour former une base odorante. Là elle aimait l’appliquer dans une concrète huileuse et grasse dont elle se servait pour enduire l’intérieur creux de certains de ses bijoux favoris. Ce jour-là, elle avait porté son dévolu sur une odeur florale fraîche, accompagnée de délicates touches de bergamote et du sublime néroli, grande mode de la cour française. L’odeur était fixée à grand renfort de santal et de patchouli, mais qui restaient discrets face à la rose délicate qui sommeillait dans la concrète. C’était une odeur fraîche et osée dans une époque où les parfums se voulaient lourds et cachant les odeurs. Mais, et c’était une chose qu’elle regrettait, Amelia avait un nez sensible et les odeurs trop puissantes l’écœuraient au plus haut point. Elle craignait d’être gênée au sein de la cour ou de la chambre des Lords.

Mais cela cependant, lui importait peu à cet instant précis. Sa servante avait trouvé une couturière, peu réputée mais dont on commençait à vanter les mérites au sein de l’aristocratie de Londres, qu’elle fut bourgeoise ou noble. L’un des avantages était son coût encore faible par rapport aux couturiers les plus en vogue de la capitale et surtout sa proximité avec la demeure des Grey-Codnor. Peu de gens savaient le retour de la fille unique du baron en Londres et celle-ci comptait sur la surprise que pouvait créer l’arrivée d’une ancienne famille influente dans les jeux de pouvoir. Amelia était certes une novice mais son éducation était celle d’une héritière et si elle avait de profonds et douloureux doutes sur sa capacité à réussir, son ambition et sa volonté étaient telles qu’elle n’attendait qu’une seule chose : succéder. Le carrosse tourna dans Brampton Square, longea le parc et s’arrêta devant une maison sur trois étages ayant un léger jardin à l’avant. Amelia haussa un sourcil étonné tandis qu’elle lissait sa robe. Il était rare que les couturières, surtout avec une réputation si récente, vivent dans une telle opulence. Son valet ouvrit la porte et la jeune aristocrate descendit rapidement du véhicule. Elle n’appréciait guère de se déplacer de cette façon, elle était habituée au grand air pur de sa campagne où elle pouvait marcher des heures durant au bord du lac du domaine… Repoussant cet élan de nostalgie, Amelia monta les quelques marches jusqu’à la porte d’entrée et laissa son serviteur frapper au huis. Une jeune domestique et discuta à voix basse avec l’homme avant les inviter à entrer. Elle leur fit signe de monter l’escalier et souffla d’une voix fluette qu’on l’accueillerait au troisième étage.

Amelia monta donc les marches ; faisant attention à ne pas frotter les marches du dessus de par sa coiffure d’une hauteur excessive. Son valet lui offrit avec compassion son bras, mais la jeune femme mû d’une volonté excessive, refusa et souffrit en silence alors que la pointe de son corsage brûlait le creux de ses reins. Arrivée en haut de l’immeuble, elle comprit son erreur concernant l’opulence apparente du maître d’œuvre. Il occupait très certainement les quelques chambres de domestique qui composaient les combles, dans lesquelles la couturière devait coudre les robes, les stocker au même endroit et peut être même y dormir.

Une des portes s’ouvrit et un maigre homme, au nez long et aux rouflaquettes grisonnantes passa la tête par l’entrebâillure et leur fit d’entrer. Malgré ses chaussures à talons et à sabots de bois, il restait petit et son regard myope derrière ses lunettes n’arrangeait guère ses traits fatigués, creusés et vieillissant. Pourtant une certaine énergie se ressentait dans ses gestes nerveux et ses yeux brillaient d’une rare passion. Amelia entra dans une petite pièce, emplis de diverses pièces de soie, velours sur lesquels reposaient des schémas, des croquis ainsi que des ciseaux et autres outils nécessaires à l’exercice du métier. L’homme fit signe à la jeune aristocrate de s’asseoir sur un élégant fauteuil et lorsqu’elle fut installé, joignit ses mains et la regarda par-dessus ses verres avec un sourire aimable. Gênée, elle lui rendit une mimique timide et tendre tandis que son regard passait d’un élément à l’autre de la pièce. Lorsque l’attente lui sembla trop longue, elle osa enfin regarder droit dans les yeux de l’homme.

« Votre maîtresse m’a assuré qu’elle pouvait s’occuper de moi dès cette heure. Aurait-elle eu un empêchement ? »

L’homme fronça les sourcils et il sembla troublé par les paroles de la jeune femme. Son regard s’éclaira soudainement et un sourire naquit de nouveau sur ses lèvres, enjoué et complice.

« Madame… Je ne suis point le serviteur d’une couturière. Je suis le maître d’œuvre de ces lieux. En quoi puis je donc vous aider ?
– Mais… Pardonnez mon impertinence, vous êtes un homme !
– Une fort juste observation très chère.
– Comment pouvez-vous vêtir des femmes dans votre condition ?
– Les temps changent. Londres est le cœur de l’Europe et les mœurs évoluent. J’ai le talent et l’amour du métier. Femmes ou hommes m’importent peu tant que mes mains cousent… Barthelemy Kupfer pour vous servir. »

L’énonciation du nom de l’homme fit prendre conscience de son statut et de sa pauvreté avérée. Bien évidemment grâce à sa réputation montante, il avait pu s’installer dans un quartier aussi prestigieux que Knightsbridge. Son statut de juif, revenus à peine cent ans plus tôt en Grande Bretagne sous le Protectorate de Cromwell, l’empêchait d’avoir accès à un certain niveau de vie. Il avait cependant raison concernant les mœurs. Des métiers féminins semblaient prendre en virilité ainsi que l’inverse. Les rumeurs circulaient sur des femmes capitaines de navire ou même de régiments ; sans compter celles qui s’investissaient de plus en plus dans la politique. Tout comme Amelia. La jeune femme réfléchit quelques instants et prit sur sa pudeur féminine.

« Soit. C’est un plaisir de vous rencontrer, monsieur Kupfer. »

Elle ne dit mot, ne sachant présenter sa requête. Barthelemy avait un aspect patriarcal qui la mettait à l’aise et la replongeait en enfance. Elle montra bêtement sa coiffure haute ainsi que son corset.

« La mode actuelle m’est une véritable torture… Je cherche à adopter quelque chose de moins contraignant pour la féminité. J’ai ouï dire que vous étiez novateur et…
– Suffit. Depuis plusieurs mois, une idée sommeille dans ma modeste tête. Laissez-moi faire. »

L’homme sortit d’une poche de sa redingote un mètre et s’affaira autour de la jeune femme, prenant ses mensurations. Il salua sa taille fine d’un claquement de langue satisfait et n’hésita pas à toucher sa chevelure, tâter les textiles de la tenue de la jeune femme et à prendre des notes sur un carnet qu’il avait déposé sur une pile de tissus. Au bout d’une dizaine de minutes, il fit claquer son mètre, le rangea précieusement dans une poche et s’affaira à écrire quelques détails sur feuille de papier, tout en continuant l’intarissable conversation qu’il avait. Ses sujets de conversation semblaient illimités, allant du temps londonien aux dernières rumeurs concernant le Parlement. Amelia prit conscience de la sympathie de l’homme et de sa connaissance et en ces quelques minutes s’attacha facilement à lui. Kupfer lui tendit son papier.

« Voilà pour vous Madame… Tout sera prêt dans quatre jours au maximum. J’ai écrit dans cette lettre une recommandation pour un chapelier de ma connaissance ayant fort de talent. Il comprendra ce que je souhaite en lisant ces lignes et il satisfera vos désirs grâce à ses produits qui complèteront à la perfection votre tenue. Au revoir Amelia. »

Sans se rendre compte de l’effronterie de l’homme et sans pouvoir le réprimander sur l’emploi de son prénom, la jeune femme fut reconduite à la porte qui se referma derrière elle. Son valet se dirigea vers elle et s’inclina, demandant s’il devait prévenir le cocher de son arrivée. Perdue dans ses pensées, elle lui répondit positivement et fit un vague geste de la main pour lui dire de se dépêcher. Quel étrange homme que ce Kupfer…
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