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 L.A. - Gangster's Paradise

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Alessandro Amaro

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MessageSujet: Re: L.A. - Gangster's Paradise   L.A. - Gangster's Paradise - Page 2 EmptyVen 27 Oct - 13:41


L.A. - Gangster's Paradise
On me sèche, on me parle doucement, on me cajole. Ce n’était pas arrivé depuis combien de temps ? Quinze ans? Vingt ans ? Je suis partagé entre réagir et me laisser aller. Mes larmes sèchent sans que j’aie besoin de le commander. Mon orgueil commande à mes glandes lacrymales, mais pas à mes muscles. Je reste avachi contre le canadien. Je suis fauché par la triste nouvelle, toutefois je trouve le contact de ma joue contre son torse apaisant et agréable. Nous retournons dans sa chambre où je cache ma nudité. Quel triste spectacle ai-je donné ?

La radio explique à ma place l’acte terroriste qui devient un quotidien, presque une banalité. L’étudiant se dit désolé et avoue ne pas savoir quoi dire ou comment réagir. Je fais un vague geste de la main. Il n’y a rien à faire ou à dire. Les morts le resteront quelques soient nos prières.

Son torse chaud contre mon dos, ses bras autour de mon corps, son menton posé sur mon épaule, je réalise l’incongruité de nos positions. Avec honte j’avoue que cela me plait, mais sous l’impulsion de   mon caractère excessif et une fierté un peu gonflée, je me dégage doucement de cette étreinte qui se veut amicale et non pas dominatrice. Mais on ne change pas un italien.

-Vuoy tu un mio panino?
- Vuoi. Vuoi tu un mio panino ?


Par simple réflexe, je corrige sa prononciation. Je note qu’il a fait de net progrès depuis qu’il est venu à Los Angeles. Cela me touche qu’il prenne la peine de parler dans ma langue natale. C’est un réconfort aussi chaud que ses bras autour de moi. Je l’écoute me dire qu’il les a préparés lui-même. J’encaisse mes émotions et la simple présence du canadien m’empêche de me laisser aller dans une fureur destructrice. Depuis quand a-t-il ce pouvoir sur moi ? Je lui souris, il me répond de la même façon.

- Pollo. Mi piace mangiare pollo !

Je ris de mon allusion qu’il ne peut pas comprendre, ou qu’il feint de ne pas comprendre. Le choc m’a laissé affamé. Je lui fais part de ne plus vouloir évoquer le drame de Los Angeles et fais honneur à son repas. Le reste de la soirée ne me ressemble pas, pourtant j’en suis très satisfait. Nous grenouillons sur son lit. Lui entre mes bras et non l’inverse. Alex me parle de ses lectures. Je lis de temps à autre et connais les classiques contemporains. Nous parlons du dernier Marvel, critiquons les effet spéciaux et les fonds verts trop évidents. Mes doigts n’en finissent plus de caresser ses cheveux courts, ou sa barbe naissante sur ses joues. Nous parlons de ses études. Il évoque l’idée d’abandonner. Je lui précise qu’il n’est pas encore à l’état de moribond. Une idée folle me vient, mais pour cela il devrait venir à Los Angeles. Il existe un remède à sa maladie. Un remède à double tranchant : la morsure. Je devrais pouvoir convaincre un alpha de la cité des anges qui me doit quelques services. Mais...

Mais encore faut-il révéler au canadien l’existence de ce monde parallèle. Un monde que finalement je fréquente peu avec ma place à la Cosa Nostra. Mon alpha est un humain ! C’est le parrain de la ville. Si je ne fréquente pas ceux de mon espèce, je suis pourtant asservi à l’omertà. C’est inscrit dans mes gênes. Il m’est difficile d’avouer sciemment à Alex que je suis un loup garou sans qu’il y ait entre nous un lien fort et solide.

Je le serre contre moi. Quelle est la nature de notre relation ? Je suis affecté par le danger qui le guette maintenant qu’il est porteur du syndrome du VIH. Mais jusqu’où va mon attachement ? Est-il important, ou juste une passade ?

Il passe la nuit collé à moi. J’ai l’impression de servir d’ours en peluche. Je ne m’en offusque pas. Partageons nous une amitié poussée ? Ou quelque chose de plus fort qui doit prendre du temps pour éclore ? Je ne suis pas connu pour ma patience et pourtant…

… rien ne se passera entre nous cette nuit-là.

(…)

Mario m’a pourtant envoyé des photos du Pink Print. Je sais à quoi m’attendre. Pourtant une fois devant mon bar, je prends en pleine face la désolation de la scène. La devanture a été éventrée par le souffle. Et ce qui n’a pas été ruiné par l’explosion l’a été avec les lances incendie des pompiers. Mario vient à ma rencontre.

- Aless’ ! J’ai géré l’urgence. Nous allons pouvoir nous retourner.


Il guette les expressions de mon visage. S’attend à ce que j’explose. Je serre les mâchoires et entre malgré le ruban jaune de la flicaille qui interdit l’accès.

- Ton appartement est intact.
- Super. Non dormo sotto un ponte...


Un flic nous interpelle, disant que nous n’avons pas le droit d’être là. Ma bouche se plisse d’amertume. Mario, mon bras droit va pour intervenir, mais je le prends de court.

- Je loge ici. Je suis le propriétaire de cet établissement. Mon appartement est viable. Donc je reste. Vous, essayez plutôt d’attraper ceux qui ont fait ça!
- Nous nous y employons monsieur.
- Monsieur Amaro.
- Monsieur Amaro. Mais nous devons veiller à la sécurité des biens et des personnes.
- Il n’y a plus rien de valable à voler et personne ne se risquera à venir m’ennuyer !


(...)

Il est plus de vingt-deux heures lorsque je m’écroule sur mon canapé. L’assurance, les experts, les curieux, les journalistes et un bon paquet de rompicoglioni de toutes sortes m’ont occupé toute la journée. J’envoie enfin un message à Alex.

« Je me pose enfin. Tu vas biens toi ? Y a personne ici pour me faire un sandwich au pollo ! Sad »


Je tends le bras et fais un selfie où je prends une tête de chiot malheureux. Je ne fais jamais ça d’ordinaire et je suis un peu embarrassé lorsque j’envoie l’image à Alex via Skype. Je lâche mon téléphone pour aller me coller sous une bonne douche chaude. Lorsque je reviens dans le salon, je suis content comme un bambino le jour de noël en voyant que j’ai une réponse.



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Alex Cormier

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MessageSujet: Re: L.A. - Gangster's Paradise   L.A. - Gangster's Paradise - Page 2 EmptyLun 29 Jan - 23:48




Gangster's Paradise

Feat. Alessandro Amaro & Alex Cormier







Le garçon n’avait aucune idée de l’heure à laquelle il s’était endormi ce soir-là.  Jouant tantôt la petite cuillère, caressée par la grande, à discuter éternellement, les yeux doucement fermés sur un avenir qu’il ne croyait plus possible de voir resplendir.  Tantôt il escaladait le torse de l’italien, le terrassant de son poids pour se projeter dans ses yeux couleur d’infini.  Tantôt ils s’asseyaient, le dos contre le mur froid, blottis dans un milliard de secrets et de promesses.  Jamais il ne lui serait venu à l’idée que le mafieux puisse être autre chose qu’un criminel.  Et pourtant il était là, se mettait à nu devant Alex, révélant son romantisme et sa douceur enfouie sous une pléthore d’armures en poupées russes.  Puis il y avait eu l’au revoir – pas adieu, Alex refuserait un adieu – et le refus d’Amaro d’être accompagné à l’aéroport, sous prétexte d’examens.  Ce ne fut qu’une fois la porte refermée sur la silhouette élancée qui hantait ses nuits que l’étudiant ouvrit les vannes et pleura en petits soubresauts son amant égaré.


***


C’était presque l’heure du coucher, lorsque le son caractéristique d’un nouveau message sortit le nez d’Alex de son bouquin.  Les yeux étincelants à en illuminer le campus entier, il décida qu’il avait suffisamment étudier pour la soirée.  Il observa l’image un instant, imaginant la présence qui pourrait réchauffer sa solitude, et répondit enfin, se voulant moqueur.

«C’est quoi cette tête de gamin puni?»

Se relisant, l’étudiant remarqua qu’il n’avait pas laissé le moindre indice sur le ton qu’il désirait avoir employé.  Il appuya sur le bouton droit de la souris pour éditer son message, mais changea d’idée et fit échap; si Amaro voyait la petite mention « édité », peut-être se tromperait-il tout autant sur l’intention d’Alex.  La solution la plus simple aux yeux du jeune homme résida en l’envoi d’un émoji tirant la langue.  Il attendit ensuite quelques minutes, les yeux rivés sur l’écran, pour le moindre signe de vie de l’autre côté du câble, mais rien.  Peut-être avait-il réellement froissé Alessandro, qui avait cru que l’emoji n’était qu’une manière maladroite de se rattraper?  Il devait trouver un terrain plus léger, où il n’y aurait pas de possibilité de méprise.

«yop! j’avais mon exam d’italien ajd.  J’pense que ca bien été.  Juste une ou deux questions que j’étais pas sûr»
«comment tu traduits "il maiale e il pollo sono sul sofa"?  j’ai mis "les deux flics sont sur le divan" tu penses que j’vais perdre des points?»

Deux messages coup sur coup, sans lui laisser le temps de réagir.  Il espérait seulement que de l’autre côté de l’écran, ce rire auquel il s’était attaché résonnerait.

Alex hésita un bon moment avant de poursuivre la conversation.  Cette fois, il tapait bien plus lentement sur le clavier, pesant chacun de ses mots...
«et comment tu dirais "penso sempre a te"»
«j’ai msi»
«j’ai hâte de te revoir.»

Toujours pas de réponse.  Le futur biochimiste se mordit l’intérieur des joues en signe de dépit et se leva pour prendre sa brosse à dents dans sa salle d’eau.  De nouveau assis devant devant son portable, il brossait d’un air absent lorsque trois petits points se mirent à danser dans la fenêtre de la conversation.  Son coeur tressauta dans sa poitrine et Alex en lâcha sa brosse à dents pour écrire.

«Je te voie!  Ça va?»

Il se leva un demi moment pour cracher la pâte à dents dans son évier de fortune et retourna devant son clavier.

«jpense que jai perdu ta photo.  Faudra qu’tu men envoie une autre O:) » envoya-t-il sans s’apercevoir qu’il tapait d’une seule main, l’autre ayant glissée vers son pantalon.



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clickAlessandro & Alex
xxx
« L.A. - Gangster's Paradise »J’ai plein de messages en absence. J’ai envie de tout lire d’une traite, mais me retiens pour apprécier chaque phrase.

« - C’est quoi cette tête de gamin puni? »
« Razz »

Je grimace. « Gamin ». Ce n’est pas l’image que je souhaite lui donner. J’admets qu’avec la photo idiote que je lui ai envoyée, j’ai agi comme un bambino. Son emote est-elle là pour me rappeler mon âge et que j’ai passé le temps de ces gamineries ? Il faut que je rattrape le coup, que je lui montre un italien solide et charmeur. Limite caricatural. C’est bien cette facette qui lui a plu l’été dernier ? Non ?

«yop! j’avais mon exam d’italien ajd.  J’pense que ca bien été.  Juste une ou deux questions que j’étais pas sûr»

Italien ? Comme un idiot je souris et mon orgueil s’envole. Il n’a pas besoin de cette matière pour son travail, ni sa vie personnelle… à moins de fréquenter un italien. Ma langue maternelle n’est pas dans le top trois des langues apprises, que ce soit au Canada ou aux États-Unis. C’est donc une volonté et un effort particulier, ciblé et personnel. Enfin, je l’espère. Je souhaite y croire.

«comment tu traduits "il maiale e il pollo sono sul sofa"?  j’ai mis "les deux flics sont sur le divan" tu penses que j’vais perdre des points?»

J’éclate de rire. J’aime son humour décalé. Un trait d’esprit qui montre qu’il s’intéresse à moi. Je souris longuement. Je suis touché par les efforts qu’il fait pour personnaliser son approche. Cela va bien au-delà de se faire beau, ou faire des efforts vestimentaires. Il y a un investissement sur la durée.

«et comment tu dirais "penso sempre a te"»
«j’ai msi»
«j’ai hâte de te revoir.»


Alex… Mi manchi anche tu. Je me rappelle la soirée que nous avons passée. Chaste, mais non moins riche de contacts. J’aime cette discussion qui s’installe. Une conversation écrite où l’intonation de la voix ne compte plus. Je n’utilise jamais les smiley et me sens bien perdu face au choix considérable que mon téléphone m’offre. Puis j’ai peur de paraître décalé.

Je commence à taper quelque chose sur ces idiots de flics qui voulaient m’empêcher de dormir chez moi quand je vois trois petits points s’agiter. Alex est en train d’écrire. J’efface ce que je m’apprêtais à dire et attends son message.





Jamais il appuie sur envoyer ?!

«Je te voie!  Ça va?»

- … OK !


Je n’ai vraiment pas l’habitude de converser ainsi. Je me cale dans le canapé, les pieds sur la table basse, un coussin sous chaque coude.

« Un peu harassé. Le bar est entièrement à refaire. Tu me diras que c’est l’occasion de changer la déco… »

Je tais ma colère, suivie d'un grand abattement. Car s'il y en a un qui peut me redonner le sourire, c'est lui. Un travail monstrueux va m’occuper les deux prochains mois. Et je suis d’enterrement ce week-end. Carlo est mort dans l’attentat, ainsi que trois autres de mes employés. Une pensée me submerge soudainement avec une la décharge d’adrénaline. Une éventualité qui ne m’avait pas encore effleuré. Si je n’étais pas allé voir Alex à Vancouver, je ferais peut-être moi aussi, partie de la liste des victimes. Je regarde mon écran et les points qui dansent, signe qu’Alex me répond. Sans le savoir, il m’a peut-être sauvé la vie.

«jpense que jai perdu ta photo.  Faudra qu’tu men envoie une autre O:) »
« Tu sei importante per me. »


Cri du cœur. Tout cela prend une nouvelle envergure. Destin, croisée des chemins. Je suis croyant, et même si je me suis auto-condamné pour l’enfer, je pense que ceci est un signe, une chance à saisir. Je tends le bras pour une nouvelle photo. Cette fois je soigne la pose, regarde la caméra pour avoir le regard bien de face. Je ne souris pas, reste moi-même. Je suis torse nu, mais ne cadre que mon visage et le haut de mes épaules. J’envoie l’image et un nouveau message.

« Le mie braccia stanno languendo del tuo corpo. »

La discussion se poursuit jusque tard dans la nuit. Malgré ma fatigue je ne veux pas déconnecter. Il m’a envoyé aussi une photo. Je lui parle à moitié en anglais, à moitié italien. Je lui traduis ce qu’il ne comprend pas. Lui apprends des phrases pour charmer. Nous flirtons doucement jusque vers deux heures du matin. Il y a longtemps que j’ai migré dans mon lit. Ce lit où il avait dormi, et où nous avions passés des instants plaisants.

C’est l’écran dur et lisse sur mon nez qui me réveille le lendemain matin. Mon téléphone est déchargé. Je râle, matte le réveil : Onze heures.

(…)

Les travaux de déblaiement ont bien avancé. Alex peaufine sa collection de photos. Amaro avec une pelle. Amaro avec un casque de chantier. Amaro avec une masse. Amaro plein de poussière. Amaro assis sur un tas de gravats. Amaro qui mange une pizza.

Il me manque. Nos échanges sont dépouillés de la chaleur de sa peau, de ses brusques changements de position, de son agitation suivie de périodes d’immobilisme. Alex n’est pas que des mots, mais un être qui bouge, vit et s’exprime autant par ses gestes que par ses paroles. Il ne peut pas se résumer à cette relation à distance. Cela me frustre. Je souhaite plus. Je veux plus. Lui, tout le temps, à porté de voix.

Je n’ose pas franchir le pas, lui dire de ramener ses clics et ses claques. Ordonner, comme je sais habituellement si bien le faire. Je lui ai fait choisir les nouvelles couleurs du bar, demandé son avis pour les modèles de tables, des chaises. Je tergiverse car pour une fois, ho paura. J’ai la crainte que si je le presse dans une relation plus officielle, il se braque. Le VIH est certainement la première barrière. Je me suis renseigné sur cette maledizione. Il y aurait des traitements à prendre par les partenaires des gens contaminés. Je pourrais feindre... Voire carrément le suivre, ça ne me fera rien.

Ho paura de sa réaction quand je lui dirais ma vraie nature. Là, pas de feinte possible. C'est du quitte ou double. C’est si facile lorsqu’on se moque des sentiments des autres. Avec lui ma verve naturelle se fige quand les questions importantes pointent leur museau.

« T’aimerais pas habiter à L.A. ? »

Je me lance...

« Il y fait meilleurs qu’à Vancouvers. »

C’est nul…

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MessageSujet: Re: L.A. - Gangster's Paradise   L.A. - Gangster's Paradise - Page 2 EmptyLun 7 Mai - 19:36




Gangster's Paradise

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Les Fêtes avaient été étranges.  Entre la Californie et l’Arizona, les festivités et les discussions plus moroses, Alex s’était tout de même senti soutenu.  Une chance pour lui que Michael avait été là.  Malgré leur relation distante, son frère lui avait apporté toute sa loyauté.  Si Janet s’était montrée désolée et surprise, elle n’en avait pas moins fait preuve de son flegme habituel.  Quant à Gabriel, une fois les reproches voilés et les «dans mon temps» passés, il s’était intéressé aux sentiments d’Alex et à connaître sa façon d’envisager le futur.  Cette facettes des vacances passa légèrement sous silence, au vu des mauvaises nouvelles qui tourmentaient Amaro, lors de leurs discussions.  Sans les encouragement de l’Italien et de sa famille, par ailleurs, Alex ne serait pas retournée à la faculté pour la dernière session.  Il ne savait pas trop à quoi cela allait lui servir, mais il devait bien avouer que ce n’était pas perdu.  Sa moyenne avait considérablement chuté à cause de ses examens finaux, et il comptait bien se rattraper.  Le temps qu’il passait le nez dans les bouquins et dans les fioles, il ne le passait pas à se morfondre sur son sort.  Et tranquillement, il cicatrisait et faisait son deuil.  Il acceptait son sort plus sereinement, et se laissait distraire par la relation épistolaire qu’il nourrissait et entretenait d’amour avec Amaro.  Relation tantôt également picturale, tantôt également coquine.  La reconstruction du bar avançait bien, et Alex jouait les designers – sans s’offusquer pour autant lorsque ses suggestions n’étaient pas prises en comptes.  Il était meilleur pour agencer des séquences protéiques que des couleurs, dirons-nous – avec plaisir.  Même la reconstruction de sa cote universitaire allait de bon augure.

Lorsque Alex rentra de son groupe d’études, ce jour-là, Alessandro lui avait envoyé deux messages, qu’il avait dû louper.  L’étudiant vérifia le moment de l’envoi et sourit à l’argument pourri du bellâtre.

« T’aimerais pas habiter à L.A. ? »
« Il y fait meilleurs qu’à Vancouvers. »

Amaro pourrait bien attendre deux minutes de plus avant qu’Alex ne lui réponde.  Il enfila une tuque, son duvet, un grosse mitaine, un foulard bien serré autour de son cou et prit un égoportrait*, où il levait le pouce de sa mitaine et souriait derrière son écharpe, auquel il ajouta un filtre givré.  Il envoya l’image avec un petit commentaire.

«pourtant on est méga bien ajd. on dirait lété!!!

En deux temps, trois mouvements, Alex se défit de ses accessoires, qu’il retourna soigneusement dans leur boîte, et utilisa son moteur de recherche pour trouver… bingo!  L’une de ces petites images sensationnalistes que les jeunes modernes appelaient des memes et qui, dans le cas présent, consistait à un tableau présentant en tête la colonne de gauche le drapeau américain, et en tête de celle de droite le canadien, alors que la première rangée présentait des petits chocolats populaires pour enfants, et la seconde une arme à feu.  Le message était bien entendu que les chocolats étaient légaux au Canada, mais pas aux États-Unis, alors que c’était l’inverse pour les armes à feux.

«et jvais faire quoi quand jvais avoir le besoin urgent de faire un calin à un sequoia?  je pourrai amener mon orignal de compagnie?»
«tu voudrais que jabandone mes soins de santé gratiuts et universell?»


Bon sang, se dit-il.  Il devrait peut-être prendre le temps un peu plus lorsqu’il tapait pour ne pas envoyer des messages aussi illisibles et bourrés de fautes.

«faut que je t’avertisse de suite.  si tu me demandes d’annuler mon allégance à la reine, c’est non.»

Ce n’était pas la première fois que l’un ni l’autre des deux ne mentionnait la possibilité pour Alex de prendre la route de la cité des Anges.  Si, les premières fois, ça n’avait semblé être qu’une boutade, ou une dramatisation extrême de leurs sentiments, l’idée s’était insinuée dans le crâne du canadien qui s’était surpris à remarquer qu’un plan complet s’y logeait désormais, avec quelques zones d’ombres, quelques interrogations, et surtout quelques conditions.

«je peux t’appeler?

Ce serait plus simple et aisé de discuter sérieusement et efficacement ainsi.  Et puis, Alex devrait bien s’avouer que s’il se languissait de la présence de l’italien, sa voix et son accent volcaniques lui manquaient tout autant.  Tous les prétextes étaient donc bons pour arriver à ses fins.

Dès que les salutations d’usage – ce qui n’enlevait rien à leur sincérité – furent passées, Alex présenta sa réponse.

-Je devrais avoir assez d’argent pour un billet d’avion.  J’ai déjà la double citoyenneté et j’ai vérifié : il ne devrait pas y avoir de complications de ce côté.  J’aurai seulement besoin de me trouver un emploi pour pouvoir payer le loyer et le quotidien.  Ça me permettra aussi d’être plus proche de mes parents.  Je veux juste que tu me promettes une chose.  J’y ai beaucoup réfléchi.

-Je… Je veux pas que tu t’empêches de voir d’autres personnes pour moi.  Ça ne me dérange pas; et je suis conscient qu’il y a des choses que je ne peux pas t’offrir.  Sois juste prudent, hein!


Il enchaîna après s’être mordu le côté de la lèvre, soudainement paniqué.

-À moins que je me trompe et qu’on soit pas sur la même longueur d’ondes.  Je voulais pas être présomptueux et assumer que, qu’on était… enfin, je pensais juste que ça valait peut-être la peine d’effleurer le sujet, quoi.

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MessageSujet: Re: L.A. - Gangster's Paradise   L.A. - Gangster's Paradise - Page 2 EmptyMar 22 Mai - 22:35

clickAlessandro & Alex
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« L.A. - Gangster's Paradise » J’ai lancé mon pavé dans la marre, mais point de vague. Je l’ai brusqué, j’ai été trop direct. Ma sigaretta se consume sans moi dans le cendrier. J’avale la moitié de mon verre de whisky, la brûlure de l’alcool m’apporte les larmes aux yeux. Alex est quelqu’un de… compliqué ? Complexe ? Ou c’est moi qui m’emmêle pour rien ? Je réfléchis comment rattraper ma bourde.  Mais plus le temps passe, plus le « Joke ! » serait vaseux.

C’est quoi cette sensation étrange ? J’ai le cœur serré, et ma respiration est laborieuse. Un désagréable frisson court le long de mon dos. Je prends ma sigaretta pour tirer une ultime taf et me brûle les lèvres. Je sursaute presque quand mon téléphone vibre. Nouveau message d’Alex. Mon doigt hésite, j’ouvre la messagerie, mais détourne le regard. Je suis ridicule ! C’est un MMS.

« - pourtant on est méga bien ajd. on dirait lété!!! »

Je vois à peine le bout de son nez et comprends que l’attente était due à la préparation de cette farce. Je ferme les yeux et souris, rassuré. Alex n’est ni compliqué, ni complexe, il est simplement imprévisible. Est-ce cela qui me plait chez lui ? Moi qui ai l’habitude de toujours jauger les gens sans trop d’erreur ? La canadien peut se vanter de me surprendre. Rares sont ceux qui font faire le grand huit à mon cœur. Nouvelle image, les drapeaux customisés de nos pays respectifs. Les armes à feu… Alex est resté suffisamment longtemps cet été pour deviner qu’une partie de mes activités ne sont pas légales. Puis étant entré dans l’intimité de mon appartement, il a vu les deux pistolets rangés dans leur étuis, se doutant bien que je ne les possédais pas pour de la pure frime ou pour revendiquer le deuxième amendement de la constitution. Je cherche un message subliminal. Accepte-t-il si je troque mes flingues contre des chocolats inoffensifs ? Seulement, j’appartiens à un milieu qu’on ne quitte pas vivant.

«et jvais faire quoi quand jvais avoir le besoin urgent de faire un calin à un sequoia?  je pourrai amener mon orignal de compagnie?»
«tu voudrais que jabandone mes soins de santé gratiuts et universell?»


- Cosa ! M’ais t’écris avec des moufles ?!

Mais sa logorrhée me met en joie. Je ne le vois pas, ni n’entends son cœur, mais sa précipitation dans ses messages montre sinon son acceptation, au moins un accueil positif.

«faut que je t’avertisse de suite.  si tu me demandes d’annuler mon allégeance à la reine, c’est non.»
« On a séquoia parc pour tes envies pressantes d’arbres immenses… si un certain Italien ne satisfait plus à tes besoin de taille XXL. »
«je peux t’appeler? »


Je réponds en faisant glisser mon doigt sur son nom et enclenche l’appel.

Dès qu’il décroche, je suis assailli par un monologue. Au fur et à mesure de ses précisions, je me rends compte que mon invitation ne le prend pas de court tant que cela. J’ignorais qu’il avait la double nationalité. Cela va faciliter son entrée sur le territoire et surtout lui permettre de chercher un travail tout en étant sur place. Ce qui est normalement interdit aux étrangers. Il parle de payer un loyer. Je ne relève pas. Je devine que la question de « l’entretient » va être délicate. Il ne va pas vouloir dépendre de moi, alors que ce n’est pas sa présence qui va trouer mon budget. Mais je conçois que c’est une affaire d’orgueil. J’en ai à revendre. Il faut que je trouve un fonctionnement où il ne se sente pas dépendant. Si, finalement Alex est compliqué. Beaucoup sauteraient sur l’occasion de ne pas à avoir s’en faire pour vivre, mais pas lui. Puis il me demande de lui promettre quelque chose. Le temps d’un instant, j’ai peur qu’il mentionne mes activités mafieuses, mais il s’agit de tout autre chose.

Je suis sidéré par ce qu’il me dit. Presque vexé qu’il songe à me partager avec d’autres pour que j’assouvisse mes besoins primaires. Je ne réponds pas aussitôt, me demandant comment aborder le sujet. Je ne peux tout de même pas lui dire au téléphone que je suis un loup garou !

-À moins que je me trompe et qu’on soit pas sur la même longueur d’ondes.  Je voulais pas être présomptueux et assumer que, qu’on était… enfin, je pensais juste que ça valait peut-être la peine d’effleurer le sujet, quoi.
- Bordelo Alex ! Si je te demande de venir t’installer chez moi, ce n’est pas par philanthropie pour les étudiants en détresse ! Je… je n’ai encore jamais habité avec quelqu’un.


L’aveu me coûte, car il prouve mon attachement.

- Et je ne compte pas aller chercher dehors, ce que j’aurai sous le nez ! Je prends déjà le traitement préventif pour tu sais quoi et on ne lésinera pas sur la marque des préservatifs. En latex de séquoia, les meilleurs !

Il va falloir que je joue le jeu au début, le temps qu’il s’installe, qu’il me fasse confiance et s’attache à moi pour ne pas être effrayé par ce que je lui révélerai.

(…)

Deux mois ! Soixante et un jours que je ronge mon frein. Il a dû rester pour certains cours impossible à suivre à distance. Puis il y a eu des papiers à faire, une tonne. J’ai avancé l’argent pour la souscription d’une assurance santé qui forcément nous a assassinés avec ses prix, en voyant les réponses sur le questionnaire de santé d’Alex. J’ai fait la promesse de le laisser me rembourser, en espérant qu’il abandonne l’idée.

Le Pink Print a rouvert ses portes. Plus moderne dans sa décoration et aux normes sanitaires. Une stèle derrière le bar rend hommage aux victimes de l’attentat. Les flics n’ont rien trouvé sur le type qui s’est fait exploser dans mon bar, à par une sorella qui est « tombée des nues » en apprenant l’acte de son fratello. Or, il ne faut pas toucher à la famiglia, ou la famiglia touche à la vôtre. Les mois qui ont suivis l’attentat, il y a eu comme une purge dans les milieux islamiques de la ville, connus du crime organisé et étrangement pas du côté de la volaille. Sonny m’a offert la tête de l’imam qui avait truffé d'idéaux mal placés dans la cervelle de ce type qui finalement n’était qu’un mouton armé de C4. Les Sarrasins étaient les ennemis des Chrétiens à Jérusalem. Ça l’est encore à Los Angeles.

(...)

Il arrive par le vol de la Delta Airline. Je fais le pied de grue au terminal des arrivées. Il a voyagé avec une grosse valise, le reste de ses affaires suivent par fret routier. Pour une fois j’ai quitté mon uniforme de mafieux, pour un pull léger en cachemire sur un jean de bonne coupe. Ça traîne au débarquement, puis enfin, je vois arriver les premiers passagers. Impossible de rater Alex. C’est le seul qui se trimballe avec un bonnet de laine et une écharpe. Les gens le regardent comme s’il était un fou. Il me voit, j’écarte les bras.

- Viens là que je te réchauffe il mio cubetto di ghiaccio !

Il hésite, tergiverse, lâche sa valise. Je comble l’espace et l’étreins. Et sans demander la permission à qui que ce soit, à Alex, aux gens qui nous évitent, aux gardes de la sécurité, je prends possession de ses lèvres.

- Enfin !

Je le libère de mon joug et lui retire son barda polaire.

- Ne va pas me clamser d’une insolation avec tes conneries !


Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: L.A. - Gangster's Paradise   L.A. - Gangster's Paradise - Page 2 EmptyJeu 14 Juin - 17:15




Gangster's Paradise

Feat. Alessandro Amaro & Alex Cormier







-Excusez-moi, je pense que vous avez pris ma…  Ah non!  Héhé.  Désolé, ma valise est identique.  Bonne journée, m’dame.

Sourire aux lèvres et à la voix, Alex observa la belligérante s’en retourner en maugréant sur les jeunes insolents, le manque de savoir-vivre et les salades servies à bord des avions.  Il fallait bien être un format voyage pour avoir besoin de manger lors d’un si court vol…  Trois heures, ce n’était tout de même pas la fin du monde, pas même pour un biochimiste un brin claustrophobe.

-Et bonne journée à vous, grognasse! feula le jeune homme entre ses dents, lorsqu’elle s’en fut plus loin.  Son attention de nouveau sur la courroie pneumatique, il observait les bagages de tous et chacun avec une curiosité blasée, alors que son coeur s’accélérait à chaque fois qu’il revoyait passé le petit sac décoré de fleurs aux couleurs tapageuses, signal que le circuit avait complété un tour supplémentaire.  Et si son bardas avait été envoyé à l’autre bout du monde, sur le mauvais vol?  C’était presque tout ce qu’il possédait, qu’il avait traîné avec lui.  Rectification, tout ce qui avait de la valeur, sentimentale, monétaire ou pudique, à ses yeux.  Évidemment, si l’aéroport de Vancouver s’était effectivement gouré, ils le dédommageraient, et Alessandro se ferait certainement un plaisir d’aller refaire le garde-robe du canadien.  Et si il n’avait pas quelques contacts ici qui avaient subtilisé sa valise moyennant son contenu ainsi qu’un généreux pourboire?  Dans le but unique de vivre la totale expérience boutiques avec Amaro, dont il n’avait eu qu’un avant-goût l’été précédent?  Probablement pas, c’était insensé.  Alessandro lui aurait probablement davantage brûlé ses affaires sur le pas de la porte.  Ou simplement invité à une scéance magasinage tout en lui achetant « subtilement » suffisamment de vêtements pour quelques dizaines d’années.

Ou rien de tout ça, se dit l’universitaire en s’empressant vers son bagage, dès qu’il le vit, victorieux et en une position précaire, dodeliner dans sa direction.  Après avoir vérifié sur le ruban identificateur qu’il s’agissait bien de son nom, Alex s’en saisit et se dirigea vers l’air libre. Ou plutôt vers un long corridor, qui débouchait sur une petite salle où on récupérait les déclarations de douanes et vérifiait il-n’en-savait-trop-quoi, puis un autre corridor, un coude, un nouveau corridor, et la salle d’attente où un certain italien rayonnait, comme s’il dépassait la foule d’un mètre et demi à force de s’étirer le cou à la recherche d’Alex.

Aucun questionnement nécessaire, aucun doute ne pourrait subsister quant à la pureté des intentions du bel italien en voyant son aura gamine et sincère lorsqu’il écarta des bras où Alex vint s’échouer tel le navire qui jadis ramena ses ancêtres sur les écueils de l’autre extrémité d’un continent.  Le franco-manitobain en puisa tout le réconfort dont il ne soupçonnait même pas ressentir le besoin. Après une fougueuse seconde de surprise, Alex rendit un court instant son baiser à son amoureux, carmin du menton au bout des oreilles, et s’en détacha avec malice.
-Me suis ennuyé aussi…  J’pense que tout le monde a compris que… qu’on est ensemble.
Nouvelle vague de cramoisi.  Ça faisait étrange à dire.  Ça lui donnait une crampe à l’estomac, était-ce vraiment ce que des gens appelaient des papillons?  Ça n’avait rien de léger, en tout cas.  C’était plutôt comparable à l’idée de contempler un gouffre juste avant d’y sauter en parachute.

-Me traite pas de con! s’insurgea Alex d’un ton badin en faisant un mouvement pour retenir sa tuque sur son crâne.  Trop lent, Alessandro l’avait déjà retirée, tout comme le foulard, en un mouvement qui aurait pu être calqué sur les dessins animés du matin, si la possibilité que le sicilien ait eu une enfance eut été réaliste.  Profitant de la surprise de son partenaire à la vue de ce que le bonnet cachet, Alex reprit son bonnet des mains de la carte de mode d’un geste sec et s’exprima d’un ton davantage colérique, sous couvert de honte.

-J’ai peut-être demandé à une amie de me couper les cheveux.  Fais gaffe à c’que tu dis, ou j’t’appelle "Mamma" pour la prochaine heure!  Bah oui, quoi!  À vouloir décider de tout pour lui, lui retirer ses vêtements et, s’il commentait sur la tignasse qu’il n’avait plus qu’à moitié – ce qui serait de pousser le bouchon un peu trop loin – il serait vraiment l’archétype de la mère italienne, contrôlante et inquisitrice; ou de la Germaine, comme son père disait.

Il fallait dire que sa chevelure mériterait de trôner à une exposition d’art post-surréaliste.  Entre les coups de ciseaux aléatoires de son amie qui avait été un peu trop enthousiaste de la tondeuse et ses efforts de réparer l’erreur par lui-même, on aurait dit un champ en jachère, ou un sous-bois quelques années après un incendie.  Et le jeune homme n’avait su se résigner à la seule option valable qu’il avait : il ne voulait pas avoir l’air d’un malade.  Une fois le vêtement laineux de nouveau vissé sur sa tête, Alex s’exprima avec davantage de douceur, bien qu’un peu de tension persistait toujours dans sa voix.

-Je me suis dit que tu connaîtrais certainement quelqu’un qui pourrait arranger ça sans faire de coupe à blanc.  Mais d’abord, j’aimerais voir la nouvelle déco du P.P.!

Alex se saisit de sa valise, à laquelle il attacha son foulard, et se dirigea vers le stationnement en entraînant par la main l’Italien à sa suite.  Les nouvelles s’échangèrent en voiture et la visite du bar reconstruit fut ponctuée d’exclamations : c’était encore mieux en vrai que par écrans interposés.  Finalement, lorsque vint le temps pour Alex d’ouvrir l’appartement avec sa clé toute neuve, il hésita un peu, fronça de ses expressifs sourcils, et demanda avec légèreté :

-Au fait, je t’avais bien averti que je suis un coloc chiant, hein?

Sur ce, il pénétra l’appartement en humant l’air qui sentait bon l’Alessandro… et s’étouffa, ayant oublié que la nicotine lui piquait le nez.




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MessageSujet: Re: L.A. - Gangster's Paradise   L.A. - Gangster's Paradise - Page 2 EmptyMer 4 Juil - 17:18

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« L.A. - Gangster's Paradise »-Me suis ennuyé aussi…  J’pense que tout le monde a compris que… qu’on est ensemble.

Alex est tout rouge. L’émotion y est pour beaucoup, son couvre-chef aussi. Je croyais à une farce. La suite de la photo qu’il m’avait envoyée. Mais la réalité…

-J’ai peut-être demandé à une amie de me couper les cheveux.  Fais gaffe à c’que tu dis, ou j’t’appelle "Mamma" pour la prochaine heure!

Je plaque ma main sur mes lèvres. Réprime difficilement un sourire. Sa chevelure, ou ce qu’il en reste est un véritable carnage.  Madre di Dio ! Mon hilarité est douchée par sa colère qui dégouline de chacun de ses pores. Mais pourquoi n’a-t-il pas tout rasé, cela aurait été moins… Puis je comprends. J’ai envie de le serrer contre moi, mais je me retiens. Il avait eu l’air embarrassé tout à l’heure.

- Scusami Alex.
-Je me suis dit que tu connaîtrais certainement quelqu’un qui pourrait arranger ça sans faire de coupe à blanc.
- Oui. Y a un coiffeur pour hommes pas loin de chez moi. Avec des effets de couleur et de mèches, il doit pouvoir te camoufler ça en attendant que ça repousse.
- Mais d’abord, j’aimerais voir la nouvelle déco du P.P.!
- Je n’ai reçu que des compliments. N’oublie pas que c’est toi qui as choisi les couleurs et le mobilier. J’ai pris tout ce que tu avais pointé du doigt et j’ai eu raison de te faire confiance.


(…)

Il avait déjà des photos, mais en vrai cela rend cent fois mieux. Je sens Alex content. Je  ne saurais dire si c’est parce que j’ai suivi ses conseils, ou si c’est le fait d’être là avec moi. Les deux peut-être.

Je lui explique que les clients comme mes employés ont surmonté la crainte d’un nouvel attentat. La raison est que ces fous suicidaires frappent rarement deux fois au même endroit. Ils veulent propager la peur, ils feront donc de nouvelles victimes ailleurs. Avant que nous montions à mon appartement, je lui tends une clé.

- Elle ouvre la porte arrière du bar. Il faut que je te donne le code de l’alarme. Et la porte de l’appartement.
-Au fait, je t’avais bien averti que je suis un coloc chiant, hein?
- Sì.

Sa remarque me fait sourire quand il est brusquement pris d’une quinte de toux. La maladie n’a pas déjà autant progressé ? Inquiet, je cale mes mains sur ses joues. Je n’absorbe aucune douleur.

- Oups ! Il va falloir que je pense à aérer. Manies de célibataire…

Je referme doucement la porte, prenant garde de décaler sa valise. J’attends ce moment depuis longtemps et pourtant nous restons comme deux idioti dans le salon, bras ballants. Avec douceur, je lui retire à nouveau son bonnet.

- On passera voir le coiffeur en fin d’après-midi. Il est fermé là, à cause de la chaleur.

Du bout des pieds, je vire mes scarpe et attrape la main d’Alex pour l’attirer sur le canapé, où je m’écroule, l’entraînant avec moi. Nous allons devoir nous inventer une vie à deux. J’ai peur d’être trop exigent, trop pressant, trop dominant, trop italien... Alex n’est pas sans ressources, il sait me moucher et n’hésite pas à le faire. Mais s’habituera-t-il aux impondérables de ma vie ? Il n’est pas idiot pour ne pas avoir compris que je trempe dans des affaires louches et que la mort rode pas loin. Ses sentiments sont-ils assez forts ? Subitement, j’ai peur de le perdre alors qu’il vient à peine d’arriver. Mes bras autour de lui, mon nez dans son cou, je m’enivre de son odeur. Je vais devoir lui parler du loup... Pas tout de suite. Mais je veux qu’il l’apprenne de ma bouche et non qu’il le découvre de lui-même. Comment va-t-il réagir ? Bien incapable de régler toutes ces questions existentielles, je sors une banalité.

- Tu as faim? Ou tu préfère ranger tes affaires. Je t’ai libéré une partie de mes placards.



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MessageSujet: Re: L.A. - Gangster's Paradise   L.A. - Gangster's Paradise - Page 2 EmptyMer 1 Aoû - 4:16




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Alex se contenta de sourire, sa superbe réplique mourant quelque part aux environs de sa glotte.  Il valait probablement se la jouer cool encore quelques instants, malgré la tentation si grande de jouer les quétaines à l’os rien que pour le plaisir d’embêter Alessandro.  L’embêter de la bonne façon, entendons nous.  Celle qui charme et amuse et taquine.  Rien de mal là, n’est-ce pas?  Seulement… plus tard.  Quand Alex aurait pu retirer le cuir qui lui cerclait les pieds depuis des heures, changer ces vêtements qui semblaient s’être collés à lui en origamis fantasques, et qu’il aurait pu décrasser son corps de tout cet air recyclé, mais d’abord…

D’abord ils restèrent là, comme deux truite sur le comptoir de la poissonnerie, bien droits, à se regarder d’un œil sans parler ni bouger, jusqu’à ce qu’Alex n’actionne le petit doigt, que l’italien ne réponde d’un mouvement du poignet et qu’ils se laissent conduire sur le canapé où ils churent.

-Quand tu veux.  C’est toi qui doit endurer cette vue, pas moi.  Remarque, on voudrait pas non plus que je fasse une crise de cœur en me voyant dans le miroir demain matin... se contenta-t-il de dégager l’invitation d’un mouvement d’épaule nonchalant.  Il avait mieux à faire pour le moment, comme de se coller à son radiateur pour profiter de ses premiers instant dans cette ville aussi bouillonnante de gens que bouillante de mercure, comme Alessandro l’avait souligné.  Les yeux clos, les bras fermés sur ceux du sicilien, Alex appréciait le moment.  Comme tout instant magique, il fut rompu bien trop tôt, mais ça n’était aucunement grave puisque c’était la voix merveilleuse d’Amaro qui avait levé le charme.

- Tu as faim? Ou tu préfère ranger tes affaires. Je t’ai libéré une partie de mes placards.
-Pitié, non!  J’ai cru qu’ils arrêteraient jamais de m’apporter un goûter, un dessert, une collation, un déjeuner, une boisson, et alouette, dans l’avion.  C’était pas aussi bon que ta cucina, mais je sais pas si je pourrai manger avant le mois prochain!¨


-On peut rester là, encore un peu, juste?
se contenta-t-il de quémander, avant de rajouter, maintenant qu’il avait décidé que le moment d’embêter son bel étalon était venu. Au moins jusqu’à ce que je te trouve un petit surnom trognon.  J’hésite entre Sandy et «Mon goéland philanthrope».  T’as une préférence?

L’étudiant se contenta de n’ouvrir qu’un seul œil et tourna faiblement la tête pour voir la tête que lui tirerait le fier rital.  Une tête à tirer un sourire triomphal du côté de son canadien, rien de moins.


***


Après avoir menacé Amaro de lui faire la même coupe s’il lançait un commentaire supplémentaire à ce sujet, même s’il s’agissait d’une énième taquinerie; après s’être exclamé qu’il n’aurait jamais besoin d’autant de placard pour toutes ses affaires, vu la taille de sa valise; après avoir insisté pour ne pas voir lesdits placards remplis de «cadeaux» à tout va; après s’être fait orner le crâne de la coupe la plus tendance qu’il n’avait jamais eue; après avoir décidé qu’ils feraient livrer plutôt que de sortir au restaurant, Alex étira le bras pour collecter la petite boîte aux images horrifiques qui se trouvait sur la table de chevet.

-Il paraît que j’ai du retard à rattraper sur ma vie de célibataire... fit-il en allumant la clope qu’il venait de porter à ses lèvres, qui la maintenaient d’une façon très cinématographique et prouvaient ainsi qu’il était quelque peu néophyte.  T’en veux… hum... une aussi?  C’est… Hurmf… ca… ouf… calvaire… cadeau de la m… maison. offrit-il en s’étouffant légèrement entre les premières bouffées.   Garde tes manies de… Heum… célibataire.  C’est comme ça que j’te connais.  Change pas.  On sera célibataires à deux, si c’est ce qu’il faut pour.

Voilà!  Une phrase complète, maîtrisée, sans s’envoyer de boucane partout sauf dans les voies respiratoires.  C’était-y pas beau, ça?  En plus, c’était vrai que ça avait un petit côté apaisant.  Amer, mais il s’y ferait.  Comme il s’était habitué aux thés noirs oubliés sur la table d’étude, surinfusés et capable de faire grimacer un moine.  Une idée lui sauta encore une fois à la cervelle, et Alex obtempéra immédiatement à la niaiserie qui germait dans son esprit, se contentant de défaire les deux boutons du haut de sa chemise en flanelle rouge et noire, certifiée 100% stéréotypique -et confortable-, pour demander d’un ton flagorneur :

-A ti, semp… semb...ro?  Ti sembro abbastanza italiano?  J’ai vu qu’il y a une pizzeria qui se cherche un livreur...



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« L.A. - Gangster's Paradise » « On sera célibataires à deux, si c’est ce qu’il faut pour. » La sortie d’Alex m’avait fait rire sur le moment, puis réfléchir. Est-ce ce que je souhaite ? Célibataires à deux ? Ensemble, mais libres ? Libres de quoi ? Fumer jusqu’à créer une ambiance londonienne dans mon appartement ? Et lui quelle seraient ses libertés ? Mon imagination galope bien trop vite et des envies d’enfermer mon Canadien à double tour m’envahissent. Il faut du temps au temps disait ma madre. Je n’ai jamais compris cette expression qui, à mon sens, tourne en rond. Toutefois, je crois qu’il s’agit de cela.

(…)

La tignasse d’Alex a repoussé. Il est retourné chez le coiffeur pour abandonner sa coupe « tendance » et retrouver une allure plus conventionnelle. Son coin d’armoire s’est étoffé de deux costumes et de quelques chemises.

- Considère cela comme des vêtements professionnels !

C’est ce que je lui avais opposé quand il avait dit vouloir se gérer financièrement. Le soir de sa découverte vestimentaire dans le placard, je l’avais emmené manger dans un restaurant chic où son look de bûcheron ne passait pas. Alex n’a pas vraiment une telle dégaine, simplement quelques vêtements qui, assortis ensembles, font effectivement cliché. Il avait concéder à porter « mes » vêtements quand nous allions dans des lieux où « ses » vêtements ne pouvaient pas convenir. Le premier mois, j’ai abusé des endroits chics…

- Sei bellissimo les natiche glissées dans un pantalon de bonne coupe et ta carrure cintrée dans une chemise qui épouse tes mouvements.

Soit la différence entre être habillé avec classe et élégance, ou ressembler à un pingouin. Le premier mois, fut comme celui de toute nouvelle relation. La routine n’est pas encore installée, chacun fait des efforts pour ne pas marcher sur les plates-bandes de l’autre, petits soins, attentions et je veux bien l’avouer pas mal de niaiseries. Alex a obtenu son poste de livreur là où il avait vu une annonce. Je ne lui ai pas dit que j’avais appelé le patron alors qu’Alex était en chemin pour aller demander si la place était toujours à pourvoir. Cela me contrarie de le voir s’embarquer ainsi dans les rues de L.A. mais j’ai bien compris que c’était non négociable de sa part.

(…)

Alex perfectionne son italien, langage que j’utilise exclusivement lorsque nous sommes dans le lit. Il commence à avoir un bon vocabulaire. Pas forcément le plus utile pour demander son chemin ou faire ses courses, mais c’est bien pour me charmer qu’il a entrepris d’apprendre ma langue natale, non ?

(…)

Je rumine ma colère. J’avais prévu une sortie de pêche en mer avec Alex, nous avons dû revenir au port avant d’avoir dépassé la dernière bouée du chenal. Une affaire urgente nécessitait ma présence. En gros : réunion de crise chez Don Stefano. Sony rameute tous les chefs de section dont je fais partie. Mise à part ma gestion du bar, Alex ne sait rien de mes autres activités, même s’il n’est pas aveugle. Je ne sais pas comment lui annoncer que sans le vouloir, il a intégré la mafia sicilienne de L.A. Et encore moins comment lui dire que les loups garous ne sont pas une légende. Par sécurité, j’avais prétexté une virée chez un fournisseur à San Francisco lors de la dernière pleine lune. C’est toujours une période où je suis irritable. Alex est adorable, mais lorsqu’il a une idée en tête, il s’y accroche. Et quand il a une question, il n’a de cesse que de trouver la réponse.

Je recule pour mieux sauter. Mais à force de reculer, le saut à faire devient trop ambitieux.

(…)

Un traditore parmi mes hommes. Nos convois d’alcools de contrebande se font intercepter. Quelqu’un les renseigne. Je suis en pleine réunion avec Mario, mon bras droit, pour tendre un piège à celui qui ose nous trahir quand Alex entre dans le bureau. Rodé à l’exercice, Mario poursuit sans se perturber tout en changeant de sujet de conversation, évoquant un souci de lieux de stockage. Pour ma part, j’ai retourné sur le bureau le plan de l’endroit où nous allons tendre une embuscade, comme si je rangerais un papier sans importance. Alex me parle d’un nouveau travail plus dans ses cordes. Je l’écoute distraitement, préoccupé par mon problème de traditore. Il s’en rend compte, je tente de rattraper ma bévue. Je suis tiraillé entre rassurer Alex sur l’intérêt que je porte à ce nouveau job et finaliser notre plan d’action. Je vois bien l’air ennuyé de Mario. Ma liaison avec un néophyte du milieu commence à peser. Alex me demande si nous sortons ce soir.

- Désolé il mio cuore, j’ai du travail à terminer. J’ai accumulé du retard depuis...

Depuis son arrivée. Je ne veux pas qu’il culpabilise ou pense être devenu un poids mort, mais j’ai effectivement négligé un peu les affaires et cela s’en ressent. Mon “absence” a été mal perçue par mes hommes. Je dois reprendre les rênes et montrer qui est le boss. Seulement c’est incompatible avec nos sorties en amoureux insouciants.

(...)

Alex dort depuis une demi-heure. L’opération est prévue pour cette nuit. L’endroit est à moins d’un kilomètre du Pink Print. Je sors discrètement de la chambre et vais rejoindre mes hommes à pied. C’est la squadra réduite qui est en planque. Elle est composée de mes hommes les plus fidèles, ceux qui savent que je suis un loup et non un humain. Car cette nuit, il va falloir faire parler ceux qui s’introduiront dans l’entrepôt pour subtiliser une fausse cargaison de whisky. Le traditore ne sera pas là, c’est son nom que je dois faire cracher à ceux qui se risqueront à venir. Je n’ai pas l’intention d’y passer la nuit. Mes hommes savent interroger et faire délier les langues. Mais le temps joue contre nous. Souvent, j’ai juste besoin de me transformer pour que les prisonniers se mettent à table, d’autres me demandent plus de spectacle et plus de sang versé.

Il ne restera pas de témoin, car le surnaturel doit rester secret.

Spoiler:
 

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Alex Cormier

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MessageSujet: Gangster's paradise [18+ langage vulgaire]   L.A. - Gangster's Paradise - Page 2 EmptyLun 12 Nov - 4:13




Gangster's Paradise

Feat. Alessandro Amaro & Alex Cormier







Dès qu’Alessandro était sauté dans la douche, Alex avait griffonné une note sur le coin de la table, pour lui dire qu’il était parti se balader.  Ça lui arrivait souvent, surtout lorsqu’ils se prenaient la tête l’un l’autre.  Pas forcément que pour cela non plus, mais le refus d’une sortie à deux pouvait être un motif raisonnable.  Il se saisit ensuite du double de la clé du bureau d’Alessandro et y descendit sans un bruit.  Il était persuadé que Amaro lui cachait quelque chose.  En fait, ça il le savait depuis longtemps.  Il était persuadé qu’il lui cachait quelque chose de plus gros.  Mario montrait généralement plus de réserves devant le canadien.

Il lui fallut presque cinq minutes avant de parvenir à ouvrir le tiroir où se trouvaient les documents qu’il désirait consulter.  Heureusement que la fibre écologique n’était pas trop forte chez le mafieux et qu’il avait un faible pour les longues douches bouillonnantes. Il passa les papiers rapidement, ne comprenant pas trop tout ce charabia, mais lorsque le plan lui tomba sous la main, il en nota l’adresse, surpris que ce soit si près.  Quant à l’heure à laquelle Alessandro irait vivre sa deuxième vie… Il quittait généralement dans les mêmes heures.  Le biochimiste remit tout en place aussi bien qu’il le pouvait et sortie par la porte arrière, sans allumer la moindre source lumineuse ni faire de bruit.  Du moins, jusqu’à ce qu’il soit au coin de la rue, hors de vue de l’édifice où il habitait, et ne s’allume une cigarette bien méritée.  Ses pas le menèrent devant le bâtiment dont il avait noté l’adresse, avant de retourner nonchalamment chez lui en réglant une alarme sur son portable.

-Ils étaient encore à court de café, sur Lodgson. commenta-t-il en rentrant.  Alessandro grommela quelque chose dans la chambre et Alex en profita pour remettre le double à sa place.  Je voulais t’en faire un puisque tu dois veiller tard, mais il reste juste l’instantané que t’aimes pas.

Son amant se présenta dans l’embrasure de la porte de la chambre, la chemise encore ouverte, et le remercia en précisant que ce ne serait pas nécessaire de se donner ce trouble.

-Tu devrais t’habiller si tu veux pas que je te mette en retard. tança le cadet d’un œil intéressé, sans se rendre compte qu’il venait de s’humecter les lèvres.


***


Quelques heures plus tard, il s’était laisser tomber sur le lit, son bras dans une position qui l’engourdirait forcément dans le but unique de ne pas dormir trop profondément.  Lorsque son téléphone vibra contre son sein, il entendait encore Alessandro s’affairer dans la pièce d’à côté, et resta couché, attendant avec attention le moment opportun.  Lorsque son partenaire eut tourné le verrou derrière lui, Alex se releva, s’habilla et sortit sur la pointe des pieds pour retrouver le lieu de rendez-vous. Il avait l’impression que son coeur qui battait la chamade aurait suffit à réveiller le quartier entier et peut-être même rameuter la police.  Mais tout restait calme, et il retrouva le building, austère et silencieux.  Il en fit le tour pour trouver une fenêtre d’où émanerait de la lumière et se contorsionna pour regarder par le carreau sans exposer sa présence.

Ce qu’il vit figea d’abord son sang, mais une fois le choc passé, il analysa la situation et l’observa davantage encore, avant de rebrousser chemin, le sang bouillant de colère.


***


C’est le bruit des clés dans la serrure qui réveilla Alex, affalé sur la table de la cuisine.  Il avait mis des draps et l’oreiller d’Alessandro sur le divan, et accueillit celui-ci de son air le plus désapprobateur.

Alessandro semblait épuisé, et Alex dut étouffer la petite voix qui, malgré sa colère, lui demandait de le réconforter comme il se devait plutôt que de l’affronter.

-Tu dors dans le salon, ce soir.  Je t’ai préparé le sofa.  Et tu pourras récupérer ton lit demain, en même temps que tes placards.

- Che?  Mio cuore, perché?

-À moins que tu veuilles parler franchement de ce que tu as fait ce soir.  J’ai fait du thé.  Et je te parlerai de ma soirée aussi.


L’assurance d’Alex avait flanché un moment, mais ce qui semblait être de la confusion – ou de l’épuisement simple – chez Alessandro vint le revigorer un brin.  Il coupa court à ses ronchonnements avec autorité.

-Je vais commencer, ce sera peut-être plus facile pour toi ensuite.  Donne-moi ta main.  Et bouge pas.

Le biochimiste agrippa le poignet de son mafieux et le tint fermement sur la surface de la table.  De l’autre main, il prit le couteau à légumes près de sa tasse et en glissa la lame sur la peau de son amoureux, dans la partie charnue à la base du pouce.  La peau se sépara et un ou deux gouttes de sang perlèrent, puis tout se referma.  Il leva son regard dans celui du loup-garou, incertain de savoir s’il y lisait de la hargne ou de la terreur.

-J’imagine que c’est pour ça que t’attrapes jamais le moindre rhume, non plus?  Quand je t’ai dit que je t’aimais comme tu étais, j’étais honnête.  Je me fiche de savoir si tu coules des gens dans le béton, si tu cookes de la méth, si tu fais le trafic de peu importe quoi.  C’est qui tu es.  Si la moindre chose changeait, ce ne serait plus toi et je ne peux pas savoir si je t’aimerais toujours.  Je me ficherais même de savoir que tu vas pas chez des fournisseurs, mais dans les bois pour hurler à la lune, ou j’sais pas quoi.  Que tu as une obsession inhumaine pour la viande rouge saignante.  Mais.  Hum.  Mais de savoir que j’ai tout laissé derrière pour venir vivre avec toi; que j’ai changé de pays, par amour et que toi, tu...

L’étreinte sur le poignet d’Amaro s’était resserrée au point qu’une aura blanche entourait les doigts de l’étudiants.

-Que tu prétendes m’aimer, et que tu ne me dises même pas que tu as un moyen de me soigner de cette merde que j’ai choppée!  Si je vaux rien de plus qu’un mourant à perpétuité, pour toi, et que tu m’aimes pas assez pour me sauver… Fuck you, Amaro.  Fuck. You.

Sans savoir comment il s’y était retrouvé, un instant plus tard Alex était assis sur le bord du lit, la tête dans les mains et les yeux secs.  Il avait envie de pleurer, de laisser les larmes laver ses yeux de ce qu’il avait vu, et oublier tout cela, mais il n’y arrivait pas.  Lorsque le matelas rebondit légèrement sous le poids d’Alessandro à ses côtés, le premier réflexe du canadien fut de s’en écarter, avant de lever son visage fatigué vers lui.



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MessageSujet: Re: L.A. - Gangster's Paradise   L.A. - Gangster's Paradise - Page 2 EmptyJeu 22 Nov - 23:14

clickAlessandro & Alex
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Le piège fonctionne et se referme sur quatre mecs. Trois sont entrés dans le hangar et ont rapidement trouvé la « planque » avec quelques cartons leurres pour donner le change pendant que le quatrième les attend dans une fourgonnette prête à repartir. Le chauffeur n’est qu’une formalité quand tout est savamment calculé pour les coincer.

Nous commençons par les politesses d’usage avant même les questions. Surtout avant les questions. Frapper sans rien demander mène la victime plus rapidement au stress intense. Plusieurs facteurs font tenir un homme face à la torture. Certaines loyautés sont assez fortes pour tenir dans un stoïcisme exemplaire. Penser que dans tous les cas, on va mourir peut conduire à la même attitude. Sinon la crainte pour les siens, d’imaginer sa petite sœur, sa fille séquestrées pour des jours ou des mois et subir les pires des atrocités, fait taire le moins courageux des hommes.

Dix minutes ont suffi à transformer leur visage. Nez cassé, des dents en moins, mais pas trop pour qu’ils restent compréhensibles au moment de se mettre à table.

- Qui vous a indiqué la planque ?
- …


Mario égrène les rétorsions possibles, mais ces quatre hommes savent où ils ont mis les pieds et respectent l’omerta. Le traître doit avoir un sacré moyen de pression sur ces types pour qu’ils continuent de la boucler. Je vais devoir remuer une autre peur, un sentiment primaire inscrit dans les gènes. Je fais un signe discret à Mario. Il connaît la pièce, nous l’avons déjà jouée. Il attrape par le col celui qui semble mener les autres, et le colle à genoux devant ses amis.

- Tu vas parler ! Qui te renseigne ?
- Va chier.


Il crache au visage de Mario qui arme son poing pour lui rendre la politesse.

- Attends. Je vais lui arracher le cœur, ensuite il parlera.

Ma voix est devenue plus roque, je me suis accroupi devant ce type pour qu’il voie bien ma transformation. Mon regard s’illumine d’un bleu électrique étincelant. J’entends son cœur accélérer, ses pupilles se dilatent. Il crie au trucage. J’ouvre la bouche, il voit mes dents se transformer en crocs, puis je lui caresse la joue du bout des ongles et d’un geste sec lui lacère la joue avec mes griffes. Il ne comprend pas tout de suite et ce sont les cris de ses co-équipiers qui voient toute la scène qui lui font prendre conscience qu’il n’y a pas de trucage. Je rugis juste sous son nez, son cœur s’arrête un long moment et repart dans un rythme effréné.

- Il y a pire que la mort mio amico, il y a la damnation et c’est un châtiment éternel.

Je me fais démon et bestial, lacère sa chemise.

- C’est une malédiction contagieuse.

Je m’entaille le poignet et lui présente mon sang au bord de ses lèvres. Il tente de reculer, mais Mario le tient fermement. Je surfe sur les idées véhiculées par les films et l’imaginaire qui a vite fait d’y donner du crédit quand on réunit quelques conditions favorables.

- Qui est le traditore ?

(...)

Je suis harassé. Jouer au grand méchant loup n’est pas sans conséquence. Je joue avec le feu à chaque fois que je laisse ma part animale ressortir. Je gère mes pleines lunes, mais si une affaire me rend furieux juste avant, c’est nettement plus délicat.

Je verrouille la porte de service dans mon dos et grimpe les escaliers d’un pas las. J’ai le nom du traditore. Ce n’est pas un gars de la base, pas l’un de mes lieutenants non plus, mais un type avec un rang intermédiaire qui a accès à des donnes sensibles. Nous n’allons pas le descendre tout de suite, mais lui coller une surveillance sur le dos pour connaitre l’ampleur de sa traitrise. Ensuite, il rejoindra ses quatre amis voleurs au fond du Pacifique. Ce n’est pas la partie de mon travail que j’apprécie le plus. Bien au contraire, je n’aime pas tuer, c’est une corvée pour moi et Sonny le sait bien. C’est pour ça que mon mentor vient régulièrement vérifier que je ne me laisse pas aller à la mansuétude et que j’élague sans état d’âme les branche pourries de l'organizzazione.

Quand j’entre dans mon appartement, quelle surprise j’ai à trouver Alex à moitié endormi sur la table de la cuisine. Il a dû se réveille, ne pas me trouver et sûrement s’inquiéter.

-Tu dors dans le salon, ce soir.  Je t’ai préparé le sofa.  Et tu pourras récupérer ton lit demain, en même temps que tes placards.

Je ferme les yeux quelques secondes pour bien saisir les conséquences de ses propos. Une simple sortie nocturne sans message n’est pas motif à une rupture. Car il s’agit bien de cela ? Je devrais ressentir de la colère, mais c’est de la tristesse qui inonde mes veines. Je ne suis pas au meilleur de ma forme pour contre-attaquer et tuer dans l’œuf ce qui ne peut être qu’un quiproquo.

- Che? Mio cuore, perché?
-À moins que tu veuilles parler franchement de ce que tu as fait ce soir.  
-….
- J’ai fait du thé.  Et je te parlerai de ma soirée aussi.
- Sul serio ?


Pas question que je dorme sur le canapé, ni lui non plus d’ailleurs.

-Je vais commencer, ce sera peut-être plus facile pour toi ensuite. Donne-moi ta main. Et bouge pas.

Trop las pour réagir, il est trop tard quand Alex m’entaille la main avec le couteau posé sur la table. Il fait une entaille de rien du tout, peu profonde, d’où ne perlent que quelques gouttes de sang. C’est trop superficiel et je suis trop fatigué pour avoir le temps de bloquer la réaction de cicatrisation. Seulement, il me faut moins d’une seconde pour comprendre que le geste d’Alex implique une terrible information. Avec ce qu’il a affirmé plus tôt, il m’a visiblement suivi. Il a dû me voir me transformer. Mais a aucun moment je n’ai été blessé, à aucun moment je n’ai cicatrisé anormalement.

Alex connaît donc les capacités régénératrices des loups garous avant de m’avoir vu me transformer. Mon regard passe du sien aux couvertures sur le lit. Comment dois-je interpréter ça ? S’il était un chasseur, il ne resterait même pas dormir ici. À moins que ce soient ses sentiments pour moi qui me donnent ce répit. Me défendre contre les autres gangsters c’est une chose qui m’est facile, car ils ont des familles et des amis sur qui faire pression. Les chasseurs c’est autre chose. Ils voient leur lutte comme une croisade. Une dimension qui sacrifie tout à l’accomplissement de leur tâche. Mon cœur se sert, tordu entre douleur et rage. Je pensais honnêtement m’être enfin casé.

-J’imagine que c’est pour ça que t’attrapes jamais le moindre rhume, non plus?  
- Qui es-tu ?
- Quand je t’ai dit que je t’aimais comme tu étais, j’étais honnête.  


Son cœur me dit qu’il ne ment pas. Il m’aime, et je l’aime. J’ai envie de lui fermer la bouche avec ma main qu’il tient toujours fermement. Lui clore les lèvres pour qu’il ne me confirme pas que nous appartenons à deux clans inconciliables. Un flic ou un chasseur, voilà ce que je ne peux pas me permettre.

- Je me fiche de savoir si tu coules des gens dans le béton, si tu cookes de la méth, si tu fais le trafic de peu importe quoi.  C’est qui tu es.  
- Je…
- Si la moindre chose changeait, ce ne serait plus toi et je ne peux pas savoir si je t’aimerais toujours.
- Alexio…


Évidemment qu’il sait. Alex me plait justement parce qu’il n’est pas idiot. Son aveu me trouble. J’imagine qu’il ne valide pas mes activités, mais il m’aime malgré cela, à cause de cela. Je redoutais son jugement, et je ne suis pas encore au bout de mes surprises.

- Je me ficherais même de savoir que tu vas pas chez des fournisseurs, mais dans les bois pour hurler à la lune, ou j’sais pas quoi. Que tu as une obsession inhumaine pour la viande rouge saignante. Mais. Hum. Mais de savoir que j’ai tout laissé derrière pour venir vivre avec toi; que j’ai changé de pays, par amour et que toi, tu...
- Je quoi ?


Je ne comprends pas. Il semble accepter mon réel métier, accepter que je sois un garou et même connaître bien des détails sur ma nature, alors qu’est-ce qui le met en colère ? J’ai envie de le serrer contre moi, enfin débarrassé de ces non-dits où je m’enlisais plus le temps passait. Mais finalement il n’y a plus d’obstacle à ce qu’on vive ce lien précieux sans mentir.

- Que tu prétendes m’aimer, et que tu ne me dises même pas que tu as un moyen de me soigner de cette merde que j’ai chopée!  Si je vaux rien de plus qu’un mourant à perpétuité, pour toi, et que tu m’aimes pas assez pour me sauver… Fuck you, Amaro.  Fuck. You.

Je reste abasourdi alors qu’il me lâche et s’enfuit vers la chambre en titubant. J’avais imaginé tout, sauf ça. Je ferme les yeux et me pince l’arête du nez. Les mots d’Alex raisonnent dans ma cervelle. J’avais si peur de son rejet de ma condition et de ma nature que j’ai oublié la gravité de sa maladie et l’épée de Damoclès qui père sur sa tête. J’ai pensé à moi et non à lui. Mon cœur chute à ce constat amer. J’ai merdé. Oui, Fuck me, il a parfaitement raison.

Le spectacle qu’il offre dans la chambre me peine. Et j’en suis l’unique responsable. Je m’assois à ses côté, Alex esquisse un geste pour s’éloigner, mais il est las, fatigué. Il me regarde, les émotions que je lis dans son regard me plombent à nouveau le cœur. Un tas de phrases me viennent en tête. Des mots pour rassurer, pour dire combien je le trouve beau, intelligent et parfois chiant. Des mots que je lui ai déjà dits cent fois. Des mots indignes. Ce n’est pas ce qu’attend son regard. Je cueille doucement sa main et la porte à mes lèvres. Un seul mot sort des miennes.

- Pardon.

Mes yeux fixés dans les siens ne cillent pas. Pas de blabla inutile, seulement mon simple repentir. J’ai merdé et je l’admets. J’ai bien des explications à mon silence, mais l’important pour le moment, c’est qu’il comprenne que je m’excuse, que je suis désolé. Que j’ai été assez crétin pour ne voir que mon bonheur à moi.

- Pardon Alex.

Je bascule sur le lit et l’attire sur moi. Il résiste un peu, mais finit par céder à ma requête muette. Sa tête sur mon torse, je caresse ses cheveux, sa joue, suis l’arête de son nez, le contour de ses lèvres.

- Comment sais-tu pour la cicatrisation, les pleines lunes, le régime viandard ? Ce que tu as vu ce soir, n’est certainement pas ce dont je suis le plus fier, mais tes connaissances sont trop précises par rapport à ce que tu as pu apercevoir.

Sa main se crispe sur mon t-shirt. Maintenant qu’il sait mon secret, il faut que je sache ce que lui cache. Savoir si nous sommes ennemis.

- Appartiens-tu au monde des chasseurs.

Un signe imperceptible de la tête, il me dit que non. Je soupire de soulagement et le serre plus fort contre moi.

- Je ne veux pas te perdre Alex, ni que tu meures. J’avais peur que tu me rejettes si tu apprenais ma nature. Tu sembles en savoir assez sur les loups pour connaître la réaction des humains. Te faire mordre m’a traversé l’esprit. Mais il fallait t’avouer ce que je suis avec le risque que tu me quittes. Trouver un alpha complaisant qui ne te garde pas dans sa meute. Je suis un oméga. La couleur de mes yeux… Je n’ai pas la capacité de te transformer. Puis il y a le risque que ton corps refuse le don de la morsure.

Alex ne dit rien, il reste prostré, allongé sur moi, sa joue contre mon torse, le regard vide. Le voir si inerte et apathique me rend triste.

- Je t’aime Alex. C’est la première fois que j’envisage une relation longue durée avec quelqu’un. De très longue durée. Si ta santé s’était dégradée, j’aurais réagi.

D’un coup de rein, je le bascule sur le lit et échange nos positions. Lui sur le lit, moi couché sur son corps.

- On va faire comme tu le souhaites. Je vais trouver un alpha. Et si aucun ne veut te mordre sans te garder et bien je lui vole son rang et c’est moi qui te mordrai. J’ai juste peur de te perdre plus vite en agissant ainsi. Mais pour toi je suis capable de tout.

Je me hisse jusqu’à ses lèvres et l’embrasse avec toute la conviction de ce que je ressens pour lui. Puis je niche mon visage dans son cou.

- Dis-moi ce que tu veux que je fasse. Dis-moi qui tu es Alex.


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MessageSujet: Re: L.A. - Gangster's Paradise   L.A. - Gangster's Paradise - Page 2 EmptyJeu 20 Déc - 3:51




Gangster's Paradise

Feat. Alessandro Amaro & Alex Cormier







Dans un mouvement qui manquait de conviction, Alex repoussa le loup-garou, avant d’être aspiré dans son étreinte.  Les joues du canadien se transformèrent en écuries d’Augias lorsqu’Alessandro s’excusa et il tenta un instant de cacher les larmes qui y galopaient, honteux de cette faiblesse, avant de basculer en position foetale, sa tête reposant contre le torse de l’italien.  En deux hoquets, le canadien d’ordinaire stoïque avait reprit le contrôle sur lui-même et laissait ses cheveux être caressés.

Les yeux résolument fermés, les sourcils fermement froncés, Alex écoutait la liste de questions qui lui parvenait de son amant.  Il y avait les films et séries télés, les contes et légendes, certes.  Mais son instinct avait effectivement été plus fort que sa mémoire.  Il avait deviné avec un hasard un peu trop étrange, comme guidé par sa bonne étoile.  Ou par un souvenir d’enfance, refoulé et enfermé à clef dans ses méninges.  Une femme lacérée, qui cicatrisait lentement sur un divan, un homme dos à lui penché au-dessus d’elle.  La main du jeune homme se crispa sur le gilet de l’italien alors que son subconscient revenait à lui.

Puis cette question qui ne faisait aucun sens, mais lui écarquilla les yeux de surprise.  De quels chasseurs parlait-il donc?  Ne savait-il pas que ce n’était pas réellement parmi les valeurs du châtain?  Par réflexe et incompréhension, Alex réfuta la proposition d’un mouvement de tête.

Les yeux de l’humain se refermèrent au même rythme que l’étreinte du monstre qu’il aimait et qui lui déclinait l’amour à tous les temps.  Puis, aussi doucement il les rouvrit.  C’était lui qui dans son accusation, dans sa réaction, avait été le lâche et l’égoïste qu’il avait dépeint aux couleurs du fauve.  Fauve de quelques étés son aîné et qui lui expliquait avec la patience d’un tuteur pourquoi il avait jonglé avec l’idée et l’avait finalement laissée filer.

L’immigrant se retrouva sur le dos, et tentait de cacher son sourire suite à la déclaration d’Amaro.  Des papillons se lovaient dans son estomac, s’entre-déchirant entre la honte et l’amour, mais aussi avec la colère qui s’éteignait doucement en son sein.  Bien qu’il faisait toujours plaisir de se voir déclamer un amour éternel quasiment inconditionnel – d’autant plus dans la perspective de vivre suffisamment longtemps pour tendre un peu plus vers l’éternité – il fallait aussi que le franco-manitobain s’avoue qu’il ne tenait plus autant à la monogamie qu’auparavant.  La fidélité, certes, mais il avait fait une croix sur la monogamie lorsque Alessandro était venu le trouver à Vancouver.

Alex rendit à son aîné le baiser le plus passionné et fougueux de sa vie, mais hélas bien trop court, avant de caresser du bout du doigt le croquant de l’oreille d’Amaro, puis sa mâchoire, son menton et ses lèvres.  Le sommeil l’avait quitté, et il se sentait plus éveillé que jamais.

-Tu sais déjà qui je suis aussi bien que moi.  Quant à ce que je veux que tu fasses… Il y a bien quelque chose que je ne croyais plus pouvoir faire...

Alex fit basculer leurs poids pour se retrouver au-dessus du prédateur, un genou de chaque côté de ses hanches, et entreprit de retirer son haut de pyjama.  L’oeil gourmand et le sourire lubrique, il lança le coup d’envoi.

-Aime-moi, Amaro.  Ce soir, aime-moi.  Et le lendemain, ils en reparleraient.  De tout ça… Ils débroussailleraient les émotions des reproches, les désirs des possibilités, et les assomptions des faits.  Ce n’était pas réellement du genre du canadien de se montrer autant girouette et émotionnellement instable, mais il avait les sentiments qui jouaient aux montagne russe et ça transparaissait dans son comportement plutôt erratique, qui venait de passer de passionnément furieux, à furieusement passionné.

Le réveil fut moins doux que le repos du guerrier.  L’aube apporta avec son levant un jour nouveau sur la courte nuit du canadien qui se réveilla, complètement entremêlé à l’italien, comme s’il était une colonie de balanes sur une statue naufragée d’Adonis somnolant.  Alex tourna brièvement la tête pour faire glisser le bout de son nez dans le creux du cou sicilien.  Le temps que celui-ci se réveille, ça lui laissait le temps de remettre de l’ordre dans ses idées.

-Buon mattina, bello.  Je m’étais ennuyé de toi.  Aussi farfelu que cela puisse paraître, ça l’avait frappé, la veille.  À quel point il se sentait loin d’Alessandro malgré le partage de son appartement et de sa couche.  Était-ce simplement des mauvais plis de couple qui s’étaient installé, ou l’effet de la carence qu’il leur avait si impérieusement imposée?

-Je ne sais pas comment j’ai réussi à tombé juste, hier soir.  La chance du débutant, peut-être?  Ou ben je me suis trop tapé de films et de séries paranormales dans les dernières années pour savoir ramasser quelques clichés ensemble et tes lancer au visage une fois bien énervé, mon beau stéréotype ambulant.

Avant qu’Alessandro ne puisse rétorquer à sa moquerie, Alex plaqua leurs lèvres ensemble, puis il reprit sa pensée la où il l’avait laissée, alors que son doigt explorait par habitude les courbes du territoire Italien qu’il s’était conquis.

-Je suis désolé pour hier.  J’ai agi comme un gamin impulsif et égoïste.  J’ai assumé que t’avais jamais pensé à moi, alors que c’était faux.  Je ne savais pas que… que c’était si compliqué, tout ça.  Que ce n’est pas si simple à contracter, ou que je puisse...

Alex s’était redressé sur son coude, soudainement tendu.  En parler, comme cela, avait quelque chose d’extrêmement incongru.  Comme si chaque mot qu’il prononçait venait ancrer un peu plus la situation dans le réel et la concrétisait encore davantage.

-Il arrive quoi au fait, si mon corps n’accepte pas la… morsure?

Et si ce n’était pas trop horrible pour l’un d’eux, peut-être pourrait-il poursuivre son interrogatoire.  Il suffisait simplement, pour le moment, d’oublier ce malencontreux souvenir, issu de son imagination, qui lui était apparu la veille...



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MessageSujet: Re: L.A. - Gangster's Paradise   L.A. - Gangster's Paradise - Page 2 EmptyJeu 27 Déc - 22:14

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Ma nature me saute à la figure, car avant d’être un loup, je suis avant tout un homme et me revendique comme tel. Je n’utilise mes capacités lupines que dans des cas extrêmes, comme ce soir, ou pour tendre l’oreille quand c’est nécessaire. Je suis un oméga dans cette hiérarchie de meute. Bêta m’est un statu inconcevable, car dans un sens, je suis déjà le bêta du parrain local. Et il n’a rien à envier à un loup alpha. Avant ce soir, je n’ai même jamais envisagé de voler ce rang, car c’est un rang convoité. Il me faudrait constituer une meute. C’est incompatible avec mes activités. Il y a déjà assez de monde qui aimerait me trouer la peau, pas besoin d’y ajouter des loups en quête de puissance, sans parler des chasseurs.

Mais pour lui… Je souris. Pas besoin d’un gros calibre ou des crocs pour m’abattre. Un regard mouillé d’ours en peluche, un sourire en coin, ses dents qui s’attaquent à ses lèvres, puis aux miennes, ont raison du bandit que je suis censé être. Il est le diable déguisé en petit chaperon rouge. Enfin, ce n’est pas comme si le loup avait une chance de gagner dans les contes pour enfants.

D’ailleurs, me revoilà sur le dos avec un Canadien en seigneur assis à califourchon sur moi. La vue en contre plongée est agréable. Le corps d’Alex m’apparaît comme sculpté avec le jeu des lumières tamisées des lampes de chevet. Son regard équivoque réveille un volcan sous ses fesses.

- Aime-moi, Amaro. Ce soir, aime-moi.
- I tuoi desideri sono ordini.


Depuis que j’attendais ce moment, celui où l’on se passe de précautions, celui où l’on échange un peu de nous, sans filtre, sans barrière. Alex s’abandonne dans mes bras, sans réticences, sans crainte de me contaminer. Il a de nouveau la liberté de pouvoir s’offrir et celle de donner sans culpabiliser. Libre dans sa tête et son corps. Cette nuit, nous reculons le spectre de la faucheuse. Je suis également libéré de mon secret. Il sait et reste encore dans mon lit dans le plus simple appareil. Cette étreinte est libératrice pour nous deux.

Libres d’êtres celui qu’on est, monstre pour moi, séropositif pour lui.

(…)

Le nez dans l’oreiller, couché sur le ventre je m’éveille doucement. Il me semble que la nuit m’a greffé une jambe et un bras de trop. Un menton râpeux s’invite à la base de ma nuque. Son parfum me rassure et me fait sourire.

-Buon mattina, bello. Je m’étais ennuyé de toi.
- Ennuyé ?


Je ne comprends pas tout de suite à quoi il fait allusion, je pensais être plutôt envahissant comme mec. Puis quand je saisi le sens de ses mots, je glisse mes doigts entre les siens. C’est une bonne chose qu’il sache ma nature et je m’en veux de ne pas l’avoir dit plutôt. J’aurais dû deviner qu’il le prendrait bien. En fait non. Je ne pouvais pas savoir.

Alex se lance dans une explication tordue. Il me parle de films et de séries paranormales. Il y a un monceau de bêtises dans ces trucs. Dans Supernaturel, je serais censé me nourrir de cœurs humains… J’aime la viande saignante, mais de là à boulotter de l’humain, non merci. Il ne va pas se mettre à croire aux sorciers et autres Harry Potter de tout poil ? Il me traite de beau stéréotype ambulant. Stéréotype, je le suis, mais pas du garou, mais du mafieux notoire. Mais pas le temps de rétorquer qu’il enchaîne. Si je l’embrasse, il se tait ? Pas sûr.

Son regard s’agite, ses sourcils suivent un rythme à eux. Cogitation sévère dans le crane du Manitobain. Puis il s’excuse pour la soirée et sa réaction.

- Comme tu le précises Alexio, tu ne savais pas tout. Tu as réagi avec les connaissances que tu avais en ta possession. C’est vrai que je t’en aurais voulu si notre histoire avait volé en éclat. Mais, je n’ai pas été honnête avec toi. Je suis aussi fautif.

Cela semble le rassurer, mais à nouveau l’expression de son visage s’agite. Une nouvelle question lui brûle la langue et les yeux.

-Il arrive quoi au fait, si mon corps n’accepte pas la… morsure?

J’hésite à être direct et précis. Je tergiverse, puis me lance. Ce n’est plus le temps des cachotteries.

- C’est… comme le rejet d’une greffe. Ton corps refuse le mélange des gênes. Dans ce cas, la morsure est un violent poison. Ton sang devient noir. Je crois que c’est très douloureux. Il n’y a pas de remède. Si ton corps rejette la morsure, c’est… la mort assurée. Et il n’existe pas de test pour savoir. Aucune étude n’a été menée sur ce qui n’est pas censé exister. Par contre si ça réussi, adieu VIH.

Je vais me mettre à la recherche d’un alpha, voir si dans la région il y en aurait un complaisant, ou arrangeant moyennant dollars. J’ai envie de dire à Alex d’attendre, de se décider quand ses barrières naturelles flancheront. Mais s’il ne veut pas attendre, j’accéderais à sa  demande, la peur au ventre de le perdre plus rapidement. Je ne lui redis pas ma crainte. C’est sa décision, je ne dois pas l’influencer.

- Tu veux peut-être en savoir plus sur les garous avant d’en devenir un non ? C’est pas cent pour cent un avantage.

Je me lève pour nous faire couler deux cafés sans prendre la peine de cacher ma nudité. Puis reviens vers le lit avec les deux tasses fumantes d’un liquide sombre comme je les aime. Des questions, Alex en a plein, je tente de répondre au mieux et le plus honnêtement possible.

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: L.A. - Gangster's Paradise   L.A. - Gangster's Paradise - Page 2 EmptyMar 22 Jan - 2:11




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Les genoux repliés en oblique sur son torse, ceints l’un de de ses bras et l’autre du drap qu’il avait pudiquement relevé jusqu’à  l’aine et à la hanche siennes, Alex reçu la tasse de café qu’il tint comme un gamin se réchauffant à l’aide de sa tasse de cacao, un doux sourire aux lèvres alors qu’il humait le parfum sec et corsé qui correspondait si bien à son barista personnel.

-Si j’ai bien lu entre les lignes de ta subtilité, débuta-t-il en se moquant, avant de se délier la langue, tu n’es pas fan de la fiction surnaturelle… J’en déduis que c’est bourré d’erreurs.  Genre, c’est vrai ces histoires de lune?  Tu me feras un concerto, un de ces quatre?  Regard noir du bellâtre, à donner envie de lui sauter aux lèvres en riant, peu importe le risque de finir à l’hôpital en tant que grand brûlé.  Donc, pas d’effets lunatiques? conclut le châtain, croyant en être arrivé à la bonne conclusion.

Si.  Les contes pour enfants avaient une part de vérité à ce niveau.  La lune rendait Alessandro plus agité.  Du moins, avant.  Aux sourcils interrogateurs d’Alex, Amaro rétorqua d’un honnête et aimable"Prima di te, sciocco." qui lui valut de chez Cormier un doux balancement d’épaule pour souligner qu’il avait compris l’affectueuse insulte; couplé à un rosissement des joues qui prouvait qu’il avait bien compris le reste.  C’était quand même cool de savoir qu’il avait dompté la bête.  Partiellement, du moins.  Et il se transformait sur demande?  Pour sûr!  Il n’y avait que les louveteaux, selon les dires de l’italien, qui n’arrivaient pas à contrôler l’influence de la lune à ce point.  Et une fois en mode pileux, est-ce qu’il?  Cette fois, ce furent exceptionnellement les sourcils du Sicilien qui s’exprimèrent : il lui faudrait une question plus claire.

Alex se mâchouilla l’intérieur des joues.  Qui est-ce qui… Nah.  Il fallait commencé par le commencement.  Avait-il une espèce de double personnalité, ou un instinct animal?  Exorbitation des yeux.  Il n’était pas sérieux, là?  Ah ben, si.  Et c’était comment de vivre avec cette… voix? Entité? Pulsion?  Chose?  "Non sono pazzo, Alexio." fit le loup-garou d’un air sévère.  "C’est pas moi qui l’a dit, hein! M’enfin… Moi, sono pazzo di te… tu? Per ti?"  Cette fois, il fallut attendre la crise de rires avant qu’Alessandro ne lui indique la bonne formule, accent tonique et forme siciliennes incluses.

Qu’en était-il des sens? s’enquit l’humain par curiosité autant que par diversion.  Exacerbés, donc.  Même au quotidien, sous sa forme commune?  Comment faisait-il alors pour tolérer l’odeur de la cigarette, ou de son propre parfum, qui avaient tant fait éternuer le cadet à leurs débuts.  Alessandro haussa des épaules en réalisant qu’ils n’en avaient toujours pas grillée une, et vint régler cette hérésie sur le champ.  Alex, toujours au lit tel un pacha doté d’un servant exhibitionniste, offrit sa tasse en guise de cendrier, mais ne délaissa pas l’interrogatoire pour autant.  Un homme debout, dans la pièce voisine, doté d’une ouïe surhumaine, pouvait poursuivre la discussion sans problème!  La clope avait opéré une étrange boucle de rétroaction et Alex demanda si tout le monde dans la famiglia savait qu’il était un lycanthtrope.  Évidemment pas!  Certes, ça tombait sous le sens.

D’ailleurs, il aurait droit au même interrogatoire pour rejoindre la famille?  C’était quand même drôle comme… À l’expression d’Alessandro, il n’était pas amusé du tout. La mâchoire crispée, il sembla réfléchir à la bonne formulation, mais Alex fut plus rapide.

-Si tu me dis que c’est trop dangereux, je te lance tous mes jupons de demoiselle en détresse à la figure.  Je te rappelle qu’on parle de devenir un truc de légendes populaires et que ça risque de me tuer, Aless’.  Après… On meurt tous de quelque chose.  Mieux vaut ça que d’un stupide virus...

"Suffit! Un’ cosa alla volta!" interrompit l’étalon, et le biochimiste obtempéra.  Il ne voulait pas pousser sa chance.  Pas après le froid de la veille, ni alors qu’Alessandro semblait envisager sérieusement de passer les bons coups de fils aux bonnes personnes pour son propre cas.  Mieux valait ne pas énerver l’italien.  Une bonne relation débutait, de toute manière, avec le respect des limites propre à chacun, n’est-ce pas?

Le sujet mafieux avait tout de même laissé ses traces puisque la prochaine interrogation concernât la façon de blesser les loup-garous.  Est-ce que l’argent…?  Oui!  Ça, l’aconit et le sorbier.  "À tes souhaits", songea Alex en notant tout de même de faire quelques recherches sur son fureteur favori.  Celui qui plantait des arbres dans les déserts et tout ça.  Et puis, ajouta Aless’, en plus de la douleur physique, il y avait une sensation de brûlure, comme un empoisonnement à l’acide.  Alex tressailla vaguement, se repositionna, déposa la tasse-cendrier enrichie de leurs deux mégots sur sa table de chevet, et poursuivit.  La douleur, il la ressent encore?  Et quand il se transforme?  Le sicilien eut beau susurrer qu’on s’y habituait, même si elle était toujours là, Alex en doutait.  Il songea à Wolverine qui ne s’y était jamais habitué, lui, et conclut sur une question beaucoup plus légère :

-T’as toujours autant aimé la viande?  Parce que j’ai des ambitions végétariennes, hein...

L’air amusé, Alessandro prétendit ne pas savoir s’il pouvait envisager un futur avec une personne végétarienne, demanda à Alex s’il n’espérait pas plutôt devenir lapin-garou, et se prit un rouler-bouler sur le matelas.  Il opina.  Il avait toujours tenu davantage du carnivore, mais il devait admettre qu’il ne savait pas si son amour de la viande saignante lui venait de la morsure ou de son passage à l’âge adulte.   Il y avait des goûts qui ne se développaient qu’à l’âge adulte, après tout, dit-il en mordillant la lèvre d’Alex.

-Va t’habiller au lieu de dire des bêtise, bello.  O tu sarai ancora in ritardo al tuo lavoro...


***


Alex se mordait les lèvres en fixant le téléphone qui vibrait dans ses mains, le nom d’Alessandro Amaro en afficheur.  Son coeur palpitait à un rythme effréné.  Dans quel bourbier s’étaient-ils fichus?  À la quatrième sonnerie, il inspira profondément et répondit enfin.

-C… Cuoro.  C’est qui, ce Garcia?

Il y eut d’abord un silence au bout de la ligne, puis...



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Après qu’Alexio ait découvert ma nature et l’explication qui s’en suivit, nous avons vécu un moment un peu hors du temps. C’est tellement plus simple quand on peut vivre sans se cacher, ni mentir. La question de la morsure reste un sujet brûlant entre nous. Alexio y voit son salut, et moi sa probable mort. J’ai réussi à temporiser en arguant qu’il me faut du temps pour m’assurer la coopération bienveillante d’un alpha. Ma qualité d’oméga ne plaide pas en ma faveur, mais mon influence peut-être monnayée. Cela aura un coût, pas forcément financier. La famiglia reste en dehors des affaires surnaturelles. La communauté compte peu de gens comme moi, moins que les cinq doigts de la main. Notre puissance effraye les capo, et la Cosa Nostra a une structure strictement pyramidale. Je vais devoir la jouer fine, trouver un arrangement qui ne m’attirera pas les foudres de Sonny.

L’autre point que je tente de négocier avec le Canadien est d’attendre que sa santé se dégrade pour procéder à la morsure, histoire de n’avoir plus rien à perdre. Seulement, le folklore de ma condition est bien séduisant à ses yeux. Je ne doute pas qu’il devienne un loup bien plus sage que moi. Je n’ai tout simplement pas envie de le perdre.

(…)

Alexio me suit parfois dans mes affaires. Autres sujet de discussions houleuses. Il refuse d’être mis de côté, je n’ai pas eu l’audace de lui rétorquer que les femmes de mafieux restent à la cuisine. Il râle contre mon côté protectionniste et s’insurge d’être considéré comme une chose fragile. J’ai du mal à lâcher prise et le laisser prendre des risques à mes côtés. J’aime son aplomb et sa volonté, mais je ne veux pas qu’on me le prenne. Si je n’avais pas si peur que son corps rejette la morsure, il serait loup déjà depuis longtemps.

Mais force est de constater, qu’Alexio a un bon sens pratique et comme il n’a pas sa langue dans sa poche, je sais tout de suite quand quelque chose lui semble bancale. Il ouvre sa bouche, là où le reste de mes hommes se contentent d’exécuter mes ordres sans renâcler. J’en suspecte même quelques un d’entre eux de lui faire passer quelques messages… Peu à peu Alexio fait sa place et pas seulement dans ma couche.

- Tu vois, là c’est la liste des fournisseurs officiels et ici tout ce qui est issu de la contrebande. On écoule dix pour cent de marchandises « tombées du camion ». C’est une fourchette raisonnable qui résiste à un contrôle de routine des services des fraudes.

Alexio tord le nez. Je lui explique la double comptabilité du bar. J’ai accepté de lui donner des responsabilités et une aide à la gérance de l’établissement depuis que Mario est mort dans l’attentat me serait utile.

- Tu as dû remarquer la mini caisse à côté de la caisse enregistreuse. Elle sert à faire de faux tickets aux clients qui payent en liquide. Leurs consommations n’entrent pas dans les registres, ni leur paiement. Il faut aussi faire attention à ne pas mélanger les deux caisses. Seuls le barman et un des serveurs gère cet aspect. Côté produit, rien ne différentie une bouteille achetée à la coopérative de celle qui arrive par le circuit illégal.

Froncement de sourcil, doigt qui se lève, demande de précisions et contestations sur la fragilité de la méthode. J’explique et détaille ce qu’il peut se passer si la répression des fraudes débarque.

- Généralement, ils imposent un arrêté des comptes dès qu’ils arrivent. Le contenu de la caisse et des tabliers des serveurs est comparé au ticket global de recette. Le barman et le serveur impliqué sont rodés à la méthode. L’argent non déclaré est glissé régulièrement dans une sorte de tirelire planquée à côté du percolateur. L’argent qu’ils ont en trop passe allègrement dans les erreurs de caisse tolérées. À moins de démonter le bar, les flics ne peuvent rien découvrir.

(…)

Nous attendons le chargement de vingt caisses de whisky sur une route déserte, il est trois heures du matin. Je suis là avec Alexio à mes côtés, nous fumons en attendant. Derrière ma voiture, un van avec quatre hommes patientent également, nous sommes légèrement en avance sur le rendez-vous. J’aime vérifier le terrain avant de m’engager. La zone est vierge de tout guet-apens, que ça soit des flics ou de la concurrence. Entre Alexio et moi, une mallette pleine de billets verts. Ceux qui atterrissent dans la tirelire secrète. Quand enfin des phares éclairent la nuit.

- Pile à l’heure.

L’échange commence comme à chaque fois. Chacun envoie un homme vérifier, qui son argent, qui ses bouteilles. Seulement, quand mon homme lève le pouce en sortant du camion des vendeurs pour m’assurer que leur chargement correspond au montant du fric qui est dans la mallette que je tiens ouverte pour l’inspection, il tombe raide mort, abattu par une arme muni d’un silencieux. À son tour, celui qui vérifiait l’argent me vise de son arme.

- Pff ! Le beurre ou l’argent du beurre amico, mais pas les deux.

Je donne un coup sec à la mallette, les billets s’envolent. La diversion est efficace pour que mes hommes et moi ayons le temps de dégainer à notre tour et de tirer sans sommation. Ce sont les aléas du métier, l'appât du gain rend les alliances fragiles. Je savais que les Mexicains n’étaient pas fiables. Nous voilà fixés.

Je me retourne pour voir si Alexio est sain est sauf. Il est pâle, mais ne panique pas. L’affaire est déjà terminée. Mes hommes s’occupent à transvaser l’alcool et le remplacer par des cadavres.

- Alexio ? Tu m’aides à récupérer les billets avant que le vent les emporte.

(…)

Le whisky file vers un entrepôt clandestin  pendant que je suis le camion devenu corbillard avec l’un de mes hommes à son bord. Le sinistre convoi nous emporte jusqu’à une haute falaise qui donne sur le Pacifique. Cent mètres de précipice, un fort courant et un bas fond qui se prêtent bien à notre entreprise.

C’est épuisés que nous nous couchons au petit matin. Je serre Alexio contre moi. L’aventure l’a un peu secoué, enfin c’est ce que j’imagine, il prétexte le sommeil pour ne pas exprimer ce qu’il ressent. Le lendemain, j’ai la lâcheté de ne pas insister.

(…)

La riposte devait arriver un jour ou l’autre, bien que je ne sois pas l’initiateur de cette trahison et qu'ils soient les auteurs du premiers mort. Seulement les Mexicains ont le sang chaud et le cerveau bas de plafond. Je sors du restaurant où j’avais un dîner d’affaire… légal pour l’ouverture d’une salle de jeu vidéo. Le type est nonchalamment adossé à ma voiture. À son faciès, je devine l’origine hispanique. Je rapproche ma main de mon holster, il écarte les siennes en guise de paix. Je reste prudent.

- Cosa ?

Je plante mes prunelles dans les siennes et garde un visage fermé. Je ne montre aucune émotion.

- Tu devrais appeler ton petit copain et…
- Et ?
- Et faire ce qu’il te dira de faire. Adios amigo
- …


Alexio… Mon cœur se glace. Je prends sur moi pour ne pas appeler immédiatement, je monte dans ma voiture et démarre pour aller m’arrêter dans un coin plus tranquille que l’artère fréquentée où était le restaurant. C’est fébrile que je compose le numéro de mon amant. Le temps qu’il met à me répondre me met à la torture.

-C… Cuoro.  C’est qui, ce Garcia?
- Un nemico. Je vais te sortir de là. Ne joue pas au héros mio amore.


Le téléphone lui est arraché. Je tente de deviner où il se trouve. Pas au bar, puisque j’entends une légère circulation en bruit de fond, mais rien qui ne me permet de localiser Alexio. J’effectue une manœuvre sur mon téléphone qui ouvre une autre communication avec Mario, mon bras droit. L’avantage d’un téléphone avec deux cartes SIM, trafiqué pour gérer deux appels en simultané. Je mets la conversation avec le téléphone d’Alexio en mode haut-parleur, comme ça Mario peut entendre ce qu’il se dit. Je prononce le code, il sait qu’il y a un problème et que je ne lui parlerai pas directement.

- Cosa Alexio ? Que se passe-t-il ? Tu es là ?

J’entends Mario qui me parle en même temps que Garcia m’explique la situation. De son côté, Mario a plongé sur le premier ordinateur à sa portée et  traque le téléphone d’Alexio avec la géolocalisation de gmail. Mon compagnon ne sait pas que j’ai ses mots de passe, mais mon espionnage va peut-être lui sauver la vie. Tant que son téléphone reste allumé, j’aurais sa localisation.

- C’est pas joli ce que tu as fait Amaro.
- Vos mecs pensaient récupérer le fric sans livrer le chargement. Ce n’est pas à moi qu’il faut t’en prendre, mais à vos hommes qui font n’importe quoi.


Je ne cherche pas à nier l’évidence, la vie d’Alexio est en jeu.

- J’ai quelque chose qui t’appartient et mon boss veut son fric. Je te propose un échange, mais avec une surprime.
- Pas question de payer plus alors que vous avez flingué un de mes hommes. Toutefois je concède à payer la marchandise, mais avec une décote, je n’aime pas qu’on me braque une arme sur le cœur et encore moins qu’on touche à ce qui m’appartient.


Je prends un risque pour Alexio, mais si je cède sans résistance, la facture au finale sera plus importante. J’espère que mia piccola foglia d'acero me fera confiance et comprendra que ma réticence n’est pas un abandon de ma part, ni un manque d’amour, mais la connaissance du milieu et des bonnes réactions à avoir. La réplique ne tarde pas et je l’entends hurler de douleur. Ils vont le payer cher.

- Garcia, j’espère pour toi que tu es célibataire et orphelin… Où et quand ?

J’espère qu’ils ne vont pas faire de surenchère. J’ai confiance dans Sonny, il m’aidera, il me donnera des hommes et du matos. Toutefois l’homosexualité est mal vue dans la mafia. Alexio ne sera pas considéré comme mon conjoint, mais un simple homme de main, moins précieux, remplaçable… J’espère que mon mentor fera une exception et demandera à ses hommes de prendre les précautions qui s'imposent.


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S’il n’avait pas été autant rongé par la peur, il aurait certainement été dévoré par la honte.  Ça lui apprendrait de dire qu’il n’avait rien d’une demoiselle en détresse, et qu’il ne savait pas même faire de tresse – et qu’il avait les cheveux trop courts de toute manière – car c’était exactement le rôle qu’il avait obtenu, sans même avoir à ne passer d’auditions.  Comme quoi, après tout, il était probablement le casting parfait…

Il ne savait même pas ce qui s’était passé.  Un instant, il rentrait du campus où il était allé s’informer sur certains cursus, sans grande motivation ou réel intérêt, et le moment suivant, deux gaillard le poussaient hors du métro, à une station qu’il ne connaissait pas.  Il eut beau protester et râler, le train repartit sans lui et l’un des deux abrutis lui ordonna de les suivre.  Alex voulut évidemment refuser, mais la vision furtive d’une arme était venue modifier la donne.  Puis il s’était retrouvé dans une voiture, un sac en papier sur le crâne – qui ne l’empêcha pas de jurer face à un tel stéréotype – et il fut finalement bousculé jusque là.  On accepta enfin de lui retirer son couvre-chef à la fine pointe de la mode, jugeant probablement que c’était mieux ainsi pour qu’il réalise qui l’appelerait.

- Un nemico. Je vais te sortir de là. Ne joue pas au héros mio amore.
-Toi non plus!  J’suis correct!
rétorqua-t-il trop tard, le téléphone étant déjà plaqué sur l’oreille répugnante du Garcia.

Le prisonnier tentait de suivre la conversation à la moitié de celle-ci qu’il captait.  Alessandro avait apparemment fait une merde.  Ça n’était qu’à demi-surprenant, compte tenu de sa deuxième profession.  Ou sa profession primaire, c’était une question de point de vue.  Forcément qu’un jour, il croiserait quelqu’un à qui il déplairait.  Comme l’autre fois sur la route au milieu de la nuit.  Oh.  Oh!  Oh merde!  C’étaient pas des mexicains aussi, ce soir-là?  Alex devait admettre qu’il n’avait pas trop fait attention.  Le sang humain lui faisait encore un certain effet.  On n’était pas tous des Amaro dans l’âme à n’y plus être sensible, non plus…

Donc, le problème était soit la quantité phénoménale de sang versé, soit… évidemment.  Le fric d’abord, la chair à canon ensuite.  Le scientifique fronça des sourcils désapprobateurs qui virèrent à la consternation lorsque Garcia s’adressa à Amaro en lui parlant de ce qui lui appartenait.  Alex n’avait évidemment aucune raison de savoir que le tortionnaire n’avait simplement répété l’expression utilisée par son interlocuteur.

Le canadien tordit la région crurale de son membre inférieur droit dans un drôle d’angle afin de tenter de botter le genou du mesquin en protestant avec une véhémence vindicative.
-J’suis à personne, esti d’figlio di puta!

Nous passerons sous silence la séquence exacte des événements, mais dirons seulement que l’échec fut cuisant et, une fois de plus, source d’une honte exacerbée.  En guise de représailles, ou simplement pour faire réagir le sicilien, on opta ensuite pour la torture.  Ils pensaient vraiment que le châtain leur ferait le plaisir et l’honneur de hurler à s’époumoner au point d’alerter Amaro à l’autre bout du fil?  Le manitobain n’était peut-être pas doué au football, il était résilient et avait de la volonté à revendre – d’aucun dirait qu’il était têtu, ou borné – alors qu’ils ne s’attendent pas à voir des résultats aussitôt.  Il fallut un peu moins de cinq secondes avant qu’Alex ne réponde à leurs attentes en leur faisant le plaisir et l’honneur de hurler à s’époumoner.  Il restait à espérer qu’Amaro avait raccroché, ou n’était pas affecté par ce joli timbre.

Une douche d’insultes digne du mafioso s’abattit ensuite dans la pièce, pendant que les arrangements pour la "transaction" s’effectuaient au bout du fil.  Lorsque la face de lune de Garcia raccrocha, il osa proclamé qu’il conservait le téléphone sous tutelle et envoya Alex dans ses appartements.  Ou son trou à rat, songea l’universitaire.

-J’ai soif, c’est possible d’avoir une tisane? interrogea-t-il la porte, qui lui rit au nez en guise de réponse.  Ou un verre d’eau, au moins.  Pis une cigarette, s’il-vous-plaît.

Il n’eut droit qu’au verre d’eau.  Tiède.  On était loin de l’eau pétillante citronnée qu’ils avaient à la maison.  Comme quoi, même un bûcheron de son calibre pouvait s’habituer à une certaine forme de luxe.


***


À sa nouvelle chambre, par contre, il n’eut pas trop le temps de s’habituer que déjà on venait l’y chercher.

-C’est l’heure du thé, ou de la pause-clope? s’enquit-il avec ironie.

«Tu la fermes et tu fais ce qu’on te dit, ou on te ramène dans une urne.»

Et ce qu’il devait faire était globalement bien simple : faire la belle et ne pas nuire d’une quelconque manière au déroulement de leurs activités et surtout de l’échange.  Ça semblait presque pathétiquement logique.

Il observait donc, à distance, les pourparlers entre l’étalon italien et la masse de chair mexicaine.  Le ton semblait s’agiter et vouloir se hausser.  Alex se pencha vers l’un de ses gardes du corps temporaires.

-Ils avaient pas une entente?  On dirait que les paramètres ont changé mais que quelqu’un était pas avisé.  J’suis sûr qu’Alessandro à emmené exactement le bon montant : c’est pas un voleur.
Oui, il voyait l’ironie de ses paroles.  Le gringo à ses côtés, par contre, ne sembla pas amusé et lui grogna de se tenir droit.  Ce qu’il fit sans ciller.  Du moins, jusqu’au lancement des hostilités.  Le temps de réaliser ce qui se passait qu’on lui attrapait un bras et le retournait.  Alex profita du transfert de poids à son avantage et, un instant plus tard, son geôlier se trouvait au sol avec un nez cassé.  L’autre garde de corps porta la main à son ceinturon, mais se plia en deux lorsque son souffle fut coupé par le coup de pied qui venait de lui fouetter l’estomac.  Ça, c’étaient pour les cours variés que papa avait insisté que ses garçons devaient suivre.  Ils se montraient enfin utiles!

Il ne lui restait qu’à faire un petit sprint pour rejoindre Alessandro, mais un coup de feu le figea sur place : il n’avait rien senti, mais se demanda tout de même si c’était lui qui avait été ciblé.  Le temps de réalisé qu’il n’était pas touché, ses deux gardes avaient eu le temps de se relever.  Une balle siffla à l’oreille d’Alex et abattu l’un des deux gardes, lui donnant l’occasion de se mettre à couvert.  Et de se sentir bien inutile, finalement, pour le coup.  Il faudrait bien qu’il termine son passage à l’état de citoyen américain entier et intègre et apprenne à se servir d’une arme à feu.  Il était définitivement temps.



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clickAlessandro & Alex
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« L.A. - Gangster's Paradise »
Quand la conversation est coupée, j’appelle Sonny dans la foulée. Seulement mon mentor me raccroche au nez après un « pas au téléphone », à peine ai-je mentionné mon problème. J’enrage, car c’est la vie d’Alexio qui est en jeu, mais je comprends sa prudence.

(…)

- J’ai besoin d’une squadra d’assaut. Mes gars sont bons, mais je ne veux courir aucun risque sur la vie d’Alexio, ni sur sa vie, ni sur son intégrité physique.

J’essaye de convaincre Sonny de me prêter une équipe parmi ses meilleurs hommes. Je crève d’angoisse. Que lui ont-ils fait après le coup de fil ? Les Mexicains sont réputés pour être sadiques et d’une extrême violence. Mon doux bûcheron ne pouvait pas tomber plus mal.

- Affronter Santini ne sera pas sans conséquences…
- C’est eux qui ont commencé, ils ont tué un de mes gars et allaient me descendre pour piquer l’argent de la transaction.

Ce qui me fout hors de moi, et Sonny le devine, est que les latinos ont considéré que me braquer et me descendre leur était plus profitable que de continuer nos deal. Révélant ainsi le niveau où ils me placent dans l’échelle des pouvoirs : sur le premier échelon, tout juste.

- Je tiens à Alex.

La peur redonne le vrai couleur de ce prénom que je murmure chaque nuit. Sonny grimace. Expression qui donne son mépris de cet attachement « contre nature ». Je sais que je suis en dehors des clous avec les règles de base des hommes d’honneur. J’en ai ma claque de cette chape et de ces œillères.

- Il y a des règles à respecter dans la famiglia Alessandro.
- Et bien que tout le monde les respecte, le patron le premier !
- Amaro…
- Combien vous rapporte le proxénétisme ? Ne vient pas m’agiter le code d’honneur sous le nez uniquement quand cela t’arrange Sonny. Je pourrais croire que tu n’as pas les palle d’oser accepter de m’aider pour une simple question de bonne mœurs.


La tension est au maximum dans le bureau de mon mentor. L’élève se rebiffe, le visage du maître reste de marbre. Je marche de long en large et rumine. Si j’y vais avec mes hommes, la note sera plus salée. Les mecs de Santini connaissent de vue ceux de Sonny. Rien que ça peut être suffisamment dissuasif pour que la transaction se déroule au mieux. Seulement, celui qui m’a tout appris reste imperturbable. Je me saisis du presse-papiers en verre sur son bureau, puis le repose aussitôt. Dans l’état actuel, je suis prêt à faire une connerie. Je frappe le bureau du plat de la main.

- Prive le cœur d’un homme de son soleil et il commercera avec le diable.

Dépité, je me retourne et me dirige vers la porte. Quand j’ai la main sur la poignée, Sonny se décide à décoincer quelques mots.

- Combien d’homme tu veux ?
- J’allais t’en demander dix, mais six serait déjà bien, je complète avec les m…
- OK pour dix.


Je me retourne, croise son regard. Je n’ai pas de mot assez fort pour le remercier. Je me contente de hocher la tête.

- Veille à ce que cela ne se reproduise pas. Cormier contrairement à nos femmes, n’a pas été élevé dans le milieu. Apprends lui la base de la survie et vite.

À mon tour de grimacer à la mention de femme, mais je comprends ce que souligne mon mentor. Alexio n’a pas encore les réflexes de survie. Il n’a pas changé sa façon de vivre, ne sait pas se retourner régulièrement pour voir qui est dans son dos. Le genre à s’asseoir dos à la porte dans un bar. C’est entièrement ma faute, pas la sienne.

(…)

Une gare de triage. Le lieu du rendez-vous m’est indiqué à la dernière minute. Six des hommes de Sonny m’accompagnent à découvert, les quatre autres se sont dispersés entre les wagons de trains-marchandises. Mes hommes se sont répartis les issues. Alexio est là, cerné de deux costauds. J’ai lancé un regard dans sa direction, un seul. Juste pour m’assurer de son état. Je me concentre sur la face de rat de Garcia.

La valise qui contient l’oseille est reliée à mon poignée par une chaîne suffisamment longue pour  me permettre de la poser au sol et dégainer mon arme sans être gêné. Dans la poche intérieure de ma veste, une liasse de dollars qui correspond à la décote que j’ai annoncée.  C’était une ruse, une manière d’avoir quelque chose à lâcher le jour de l’échange et d’éviter une autre surenchère.

- Paye le prix annoncé Amaro, plus les dix pour cent de ton arrogance.
- Je te paye le prix initial, moins les frais d’obsèques de mon homme, moins le préjudice de m’avoir braqué une arme sur le front.

J’ai ouvert la mallette pour que Garcia s’assure que ce sont bien des billets de banque et non du papier journal.

- Paye le prix convenu. C’est non négociable.

D’un geste délicat, je vais chercher la liasse de billets solitaires entre le pouce et l’index et l’ajoute au reste du tas d’argent.

- Je concède à te céder les frais d’obsèques car il y a aussi eu des mort de ton coté. Par contre, je garde le reste pour la trahison.

Le ton monte, Garcia fait un geste, des coups de feu partent. Ses hommes étaient cachés sous les bâches des wagons de marchandises. Je m’inquiète pour Alexio, un de ses garde se tient le nez alors que le deuxième est plié en deux. Sonny s’est planté à son sujet. J’en éprouve une bouffée de fierté bien vite calmée par une douleur à la jambe.

La bataille est brève. Finalement, c’était une bonne chose qu’ils me sous-estiment. Les hommes de Sonny font rapidement le ménage et les miens cueillent leur chauffeur qui tentait de s’enfuir, abandonnant les siens à leur triste sort.

Ma cravate nouée autour de ma cuisse, je tente de rassurer Alexio qui est à côté de moi à l’arrière de la voiture. C'est mon bras droit Mario qui nous conduit vers un hôpital « connu » de la famiglia. Alexio me parle vaccins, infection et tétanos. Je le fais taire en collant sa figure contre mon cou.

- Tu n’as rien mio cuero. Tu n’as rien.

Avec cette action, je pense avoir monter l'échelle des niveaux aux yeux de Santini. Sonny ne prêterait pas sa squadra pour un Capo de peu d'importance. Alexio devrait être tranquille un moment, du moins du côté mexicain.


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MessageSujet: Re: L.A. - Gangster's Paradise   L.A. - Gangster's Paradise - Page 2 EmptyLun 18 Mar - 1:53




Gangster's Paradise

Feat. Alessandro Amaro & Alex Cormier







Alex était resté sagement planqué, décidé d’attendre l’indication de son homme pour remonter le bout de son nez.  L’indication ne lui vint pas de la manière à laquelle il s’était attendue.  Déjà, elle lui parvint bien plus rapidement que ce qu’il aurait même pu espérer : l’altercation ne semblait même pas terminée.  Ensuite, il s’était attendu à un ordre prononcé de façon autoritaire.  Ou un appel lascif, à tout le moins.  Pas à un grognement animal et souffrant.  D’instinct, le biochimiste su que son amoureux avait été blessé et il sentit son coeur s’en tordre de douleur.

Dans la voiture, le tourbillon d’action qui s’était produit enivrait encore l’esprit sursaturé d’Alex, qui analysait la situation avec une praticité qui n’avait rien à envier aux torsions paniqués de ses expressions faciales.  Déjà, il listait les risques d’infections possibles et plausibles, ainsi que les meilleurs moyens de les contrer, au meilleur de ses connaissances, un main faisant pression sur la cuisse cravatée du Sicilien.

Plaqué contre le cou de l’Italien, Alex pivota d’abord la tête pour être dans une position plus confortable, puis se redressa carrément, les sourcils dressés comme deux furies incontrôlables.

-J’sais que j’ai rien.  C’est toi qui t’es pris une balle, et c’est ma faute!

Alessandro lui fit un regard entendu et la réalité revint doucher Alex et son pragmatisme.  Une fois de plus, son visage se retrouva lové en contrebas de celui de son mafioso, mais le scientifique était plus calme.  Presque soulagé.  La main sur le pantalon taché avait relâché sa pression et caressa désormais nonchalamment la jambe blessée du loup-garou.  Tant qu’il n’y avait ni argent ni aucune autre de ces cochonneries dans la balle, tout devrait bien aller.  Quelques minutes passèrent, bercée par le ronronnement du moteur, le crissement des pneus sur le macadam et quelques sifflotements impromptus de leur chauffeur par-dessus la musique de la radio.

-Mario, si t’as du temps demain, ça te dirait de m’apprendre à tirer?  Le temps qu’Amaro soit pleinement rétabli, si ça dérange l’un de vous... ajouta-t-il en sentant le corps sur lequel il était appuyé se mouvoir en protestation.

De toute manière, Alex aurait encore tout son temps pour convaincre Alessandro du bien fondé de son idée.  Déjà, cela lui permettrait de passer plus de temps avec ses hommes et d’établir un lien de camaraderie plus fort.  Ensuite, comme ils passeraient moins de temps ensemble, il serait moins perçu comme un otage de choix.  Puis, et sur ce point il n’était pas certain d’avoir raison ou non, il risquait de prendre des plis différents de ceux de son amant et donc d’avoir une "signature" différente.  Si c’était comme les arts martiaux, les mentors avaient souvent une influence importante sur le style de combat de leurs apprentis.  Et ce n’était que la première étape de sa toute nouvelle résolution.  Le reste devrait attendre qu’Alessandro soit un peu mieux et qu’il soit d’humeur réceptrice.  Quitte à semer ses idées comme les cailloux d’un certain petit Poucet…

L’occasion fut saisie quelques jours plus tard.  Alessandro semblait de bonne humeur et Cormier le sentit réceptif à une discussion plus sérieuse et… conflictuelle.  Il fallait simplement jouer ses cartes intelligemment.  Faire preuve de tact, mais surtout de fermeté.

-Alessio miooo... commença-t-il d’un ton faussement mielleux qui indiquait une faveur à demander et donnait le ton à l’échange qui devait avoir lieu immédiatement.
-Je voulais savoir si tu voulais me rendre service.  J’ai une course à faire et j’aimerais que tu m’accompagnes.

Le sourcil haussé un instant en l’attente polie d’une réaction qui lui indiqua qu’il pouvait poursuivre, et Alex se lança.
-En fait je voulais ton avis sur ce que je vais magasiner.  J’ai calculé mon budget avec le nouveau boulot et je pense que je pourrais me permettre un petit appartement.

Immédiatement, le biochimiste posa ses pouces sur les lèvres de l’Etna prêt à exploser, le bout de ses doigts caressant sa nuque d’une manière apaisante.

-Laisse-moi finir.  Juste, je me suis dit qu’en n’habitant plus ensemble, on croirait qu’on s’est laissés et ça nous évitera des embrouilles.  Je vise rien de gros ou luxueux, juste une façade.  Je sais que ça risque aussi de faire de moi une cible plus facile, mais… Je monopolise peut-être trop de ton temps à leur goût.

Le cadet avait décollé l’une de ses mains pour faire un mouvement circulaire de l’index, en pointant vers le plafond, puis il retira son autre pouce pour déposer un baiser sur les lèvres d’Alessandro.

-Je t’aime pas moins, et je te demande pas d’être d’accord.  Mais si tu veux que j’annule les deux rendez-vous que j’ai de planifier cet aprèm, il me faut des arguments bétons.  Et pas autour des pieds de qui que ce soit, ni au fond d’un plan d’eau, s’te-plaît.

Un sourire timide sur les lèvres, Alex alla chercher les mains de son hôte dans les siennes.  C’était un sacrifice qu’ils devaient faire, selon lui : il ne voyait pas d’autres solutions.  C’était un sacrifice qu’il était prêt à s’imposer si cela pouvait leur fournir une sûreté supplémentaire.

-Je refuse de m’enfermer comme une sposa.  C’est pas une vie, ça.  Pour tout dire, il ne comprenait pas comment les "femmes de mafieux" acceptaient ce traitement passif et ne cherchaient pas à apprendre elles-mêmes à se défendre ou a prendre part aux activités, de la même manière que les autres.  Parfois, la culture d’Alessandro se montrait légèrement archaïque...



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MessageSujet: Re: L.A. - Gangster's Paradise   L.A. - Gangster's Paradise - Page 2 EmptySam 23 Mar - 15:07

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La douleur de ma cuisse est supportable. La balle est profondément ancrée, mes chaires se cicatrisent autour, l’empêchant de ressortir. Il va falloir inciser le muscle qui se régénère déjà. Mario sait où m’amener, dans ce dispensaire où une bonne partie du personnel est comme moi, pas vraiment humain. C’est peut-être l’occasion de demander des nouvelles de cet alpha… Je ne fréquente guère ceux de mon espèce.

-J’sais que j’ai rien. C’est toi qui t’es pris une balle, et c’est ma faute!

Je lui lance un regard appuyé. Il faut viser mon cœur ou ma tête pour espérer m’abattre d’une balle ordinaire. Ça, les Mexicains ne le savent pas. Oui, j’ai pris une balle et alors, demain cela ne sera qu’un lointain souvenir. Alexio se colle à nouveau à moi, rassuré. Je sers mon bras autour de ses épaules. J’aime ce moment, celui après le flux d’adrénaline et l’odeur de la poudre. Nous nous laissons bercer par le ronronnement du moteur et des virages un peu serrés que prend Mario. Mon bras droit est content, il le fait savoir en sifflotant un air de rock qu’il apprécie. Nous avons montré notre force, laissé quelques sous fifres mexicains en vie pour qu’ils racontent qu’Alessandro Amaro n’est pas à prendre à la légère. Je grimpe dans l’échelle du crime organisé de L.A, tandis que Garcia va descendre causer aux poisons de la baie. Santini saura que j’ai l’appui du Don et que de là, m’attaquer revient à déclarer la guerre à la Cosa Nostra.

-Mario, si t’as du temps demain, ça te dirait de m’apprendre à tirer?  Le temps qu’Amaro soit pleinement rétabli, si ça dérange l’un de vous...
- Alexio tu n’as pas besoin… juste apprendre à être prudent et rester sur tes gardes.


Je capte le sourire amusé de Mario dans le rétroviseur. Il me connaît assez pour savoir que ma protestation est bien molle.

La porte de service du dispensaire s’ouvre, j’entre en boitant, appuyé sur les épaules d’Alexio. Pas de dossier à remplir, pas de justificatifs à fournir, on m’amène dans une salle de soin où l’on me laisse seul avec le Canadien. Nous patientons le temps que le médecin se libère. Le biochimiste lui prépare le terrain. Incapable de rester sans rien faire, il a proprement découpé mon pantalon jusqu’à la zone atteinte, puis consciencieusement nettoyé la peau de ma cuisse où ne reste qu’une cicatrice rosée là où la balle est rentrée. Il s’inquiète de l’opération à venir, me demande si les anesthésies sont efficaces sur moi.

- Non. Les produits classique ne peuvent pas grand-chose. Mais ici, ils connaissent ma nature et ils ont quelques remèdes anciens qui vont m’étourdir assez pour leur permettre de fourrager dans ma cuisse sans que je plante mes crocs dans leur gorge.

Alexio me regarde horrifié, j’éclate de rire.

(…)

J’éprouve un immense soulagement quand ma nuque repose enfin sur mon oreiller. L’extraction de la balle ne s’est pas faite sans douleur. Un bandage serré maintient la plaie serrée, demain ce sera guéri. Je m’endors avec un corps rassurant qui se colle à moi. Sa présence vaut tous les antidouleurs du monde.

(…)

-Alessio miooo...
- Alex ?


L’emphase chez Alexio n’est pas naturelle. Quand il prend ce chemin, c’est moi qui perds la mienne. Que va-t-il me demander ? Je me crispe un peu, je suis capable de lui accorder n’importe quoi, sauf si cela touche à la Famiglia.

-Je voulais savoir si tu voulais me rendre service.  J’ai une course à faire et j’aimerais que tu m’accompagnes.
- Une course ? Tu veux mon avis pour un achat ?


Les seuls magasins où je me plais à flâner sont ceux qui vendent des vêtements pour homme, les concessionnaires de voitures italiennes et les libraires, bien que je me contente la majeur partie du temps de commander mes livres sur internet.

- En fait je voulais ton avis sur ce que je vais magasiner.  J’ai calculé mon budget avec le nouveau boulot et je pense que je pourrais me permettre un petit appartement.
- Cosa ! Vuoi lasciarmi ?


Un doigt tiède se pose sur mes lèvres, son autre main flatte mon échine. Mais quelle idée saugrenue lui prend-t-il ?

- Laisse-moi finir.
- Cos'è questo brutto scherzo?


Oui, car cela ne peut être qu’une vile blague pour tester mes sentiments.

- Juste, je me suis dit qu’en n’habitant plus ensemble, on croirait qu’on s’est laissés et ça nous évitera des embrouilles.
- Je gère les embrouilles Alexio ! C’est mon lavoro !


Causa al mio culo ... Plus têtu qu’une mule : le Franco-Manitobain !

- Je vise rien de gros ou luxueux, juste une façade.  Je sais que ça risque aussi de faire de moi une cible plus facile, mais…
- Justement donc …
- Je monopolise peut-être trop de ton temps à leur goût.
- Toi ou quelqu’un d’autre, c’est blanc bonnet et bonnet…


Pas moyen de brailler tranquille, ses lèvres font taire les miennes. Je comprends son souci, mais le célibat ne fait pas partie du code d’honneur. La problématique serait la même avec une personne plus « convenable » pour des raisons de mœurs. D’ailleurs les Mexicains se sont bien fichés de savoir si ma liaison avec Alexio était convenable ou pas.

- Je ne suis pas d’accord !
-Je refuse de m’enfermer comme une sposa.  C’est pas une vie, ça.
- Elles ne…

… font pas tant de chichis. Mes prunelles plantées dans celle d’Alexio voient bien que le problème n’est pas là où je souhaiterais qu’il soit : notre homosexualité. Car ce point n’est finalement pas difficile à surmonter quand on a comme moi du caractère à revendre. Non, mon compagnon touche un point bien plus sensible de ma personnalité forgée par une éducation rigide où on hérite d’une place dès la naissance selon si l’on nait avec quelque chose qui pend entre les jambes ou non. Notre couple non genré entre en conflit avec le schéma traditionnel. Les femmes américaines se sont émancipée, celles de la communauté italienne rament encore pour simplement donner leur avis. « Archaïsme », c’est ce que je lis dans ce regard aimé. Je soupire et l’attire contre moi.

- J’ai peur de te perdre.

Sa bouche contre mon torse argumente encore. Je me révolterais s’il m’imposait la place que je veux lui faire tenir. Je le relâche et m’allume une sigaretta. Alexio se tait alors que je tourne en rond dans le salon. Je tente d’être pragmatique, de mettre de côté mes à priori, de rester factuel. Je ne peux pas lui demander de tenir le rôle de ces femmes qui ont été élevées pour cette tâche, celle d’élever une famille et de soutenir leur mari. Une sigaretta consommée jusqu’au filtre plus tard, je me plante devant Alexio.

- Si tu vis ailleurs nous ne serons plus un couple à mes yeux.

Ses sourcils partent en guerre, cette fois c’est moi qui pose mon doigt sur ses lèvres.

- Chut quand le lion parle !

Mon doigt se fait proprement croquer. Je souris au rebelle. Il prouve qu’il n’est pas bâtit pour rester dans mon ombre.

- Je ne veux pas me passer de toi la nuit, donc si tu vis ailleurs dans un appartement peu sécurisé, nous serons deux à mettre nos vies en danger car je te rejoindrais. Par contre pour prétendre au rang de giovane sposato et non de sposa, je vais devoir t’apprendre à tirer et à te battre.

Cela hum hum sous mon doigt qui scelle à nouveau ses lèvres.

- Et tu affronteras mes hommes pour te durcir. Ça va être douloureux parfois t’en as conscience ? Tu vas devoir leur montrer qu'ils peuvent te faire confiance. Mais il faut que tu aies conscience que tu plonges alors jusqu’au coup dans « les affaires ». C’est ce que je voulais t’éviter en te laissant en dehors de tout ça. Mais je comprends. Tu n’es pas une bella e dolce donna.

Je le cueille sous les genoux et le transporte jusqu'au lit.

- Montre moi tes crocs mio cucciolo.

Ma chemise glisse de mes épaules tandis que je pose un genou sur la literie.

- Si j'arrive à t'emprisonner entre mes bras en moins de trente secondes, tu devras porter le serre tête de Gina pendant une heure. Tu sais, le jaune fluo avec la fleur assorti. Si tu résistes vaillamment plus de trente secondes, c'est moi qui porte le serre tête.


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Alex Cormier

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MessageSujet: Re: L.A. - Gangster's Paradise   L.A. - Gangster's Paradise - Page 2 EmptyLun 8 Avr - 4:46




Gangster's Paradise

Feat. Alessandro Amaro & Alex Cormier







Alex se décolla un instant des lèvres du sicilien pour lui décocher un regard sévère qui fut interprété correctement.  La réflexion de l'italien s'interrompit dans l'oeuf avant qu'il ne termine sa comparaison.  Le canadien ravala la réplique qui attendait au bout de sa langue. Quelque chose dans l'idée que s'il devait être assimilé à une sposa, il saurait les encourager à la mutinerie.  Mais les menaces n'étaient pas nécessaires : Alessandro était suffisamment intelligent et calculateur pour savoir et comprendre.  Alex se contenta de repasser à l'attaque,  visant cette fois le menton légèrement rêche du mafieux et glissant le long de sa mâchoire, de son cou où il chatouillait du bout du nez la jubilaire, puis de son torse viril.

- J’ai peur de te perdre.

Un aveu honnête tomba des lèvres d'Alessandro comme une pluie d'or, et le désir de son compagnon s'en retrouva gonflé d'une assurance renouvelée. Alex grommela quelques paroles étouffées par les embrassades pectorales qui l’occupaient pour le moment.

-Moi aussi, mais c'est les cages qui risquent de causer ma perte.

Alors que les mains du scientifique venaient de se poser sur le fessier d'acier de son étalon,  celui-ci se rabroua et laissa son amant en plan, le temps d'en griller une et de réfléchir.

Alex connaissait suffisamment l'homme pour savoir qu'il nécessitait cet intermède de réflexion pour remettre les choses en perspectives et bien analyser la situation. Alex respectait la trêve et alla s'étendre sur le sofa.  Il saisit le bouquin sur la table de salon et fit mine de vouloir poursuivre sa lecture,  mais il était pris à ses propres réflexions.   Jamais personne auparavant ne lui faisait perdre les moyens comme Amaro, et son charme magnétique.  Il y avait des moments où le jeune universitaire se questionnait sur l'authenticité de leur relation et sur le lien fondamental qui les unissait. Comment une discussion à saveur sérieuse se terminait-elle en effeuillage en règle de la sorte? L'italien était irrésistible, certes, et ils savaient éveiller l'un comme l'autre la passion de leur alter ego, mais justement : leur relation était-elle principalement sexuelle?  Se métamorphoserait-elle en un lien romantique et durable, ou encore en une routine déprimante,  ou resterait-elle éternellement charnelle?


Lorsque l’apollon daigna ramener son bide dans la pièce, Alex s’avança sur les genoux pour aller s’asseoir sur l’appuie-bras du divan, en contrebas du mafioso qui viendrait édicter le fruit du labeur de ses méninges.  La sentence tomba comme un couperet sur une certaine noblesse française du XVIIIe siècle.  Aussitôt, les sourcils d’Alex fusèrent en un milliers d’accusations et d’expressions qui voletaient de l’outrage à l’accusation, de la rage au désespoir, de la tristesse à l’ébahissement complet.

-J’te croyais plus moder…

L’index du loup-garou vint faire taire le cynisme canadien, qui envisagea de lécher le doigt pour qu’il lui rende sa liberté d’expression
- Chut quand le lion parle !
-Che leone?  J’vois qu’toi.
fit, malicieusement, le biochimiste en prenant une petite croquée digitale.  Il se tut pour écouter les termes de l’offre du contrebandier, acquiesçant de la tête et de la gorge, haussant un sourcil incrédule face aux questions paternalistes du doyen - ça avait un petit quelque chose de mignon de savoir qu’il s’inquiétait à ce point de son bien-être - et souriant avec une confiance qu’il avait empruntée à l’Italien à la proposition d’une réelle position dans les affaires de la famiglia.

Quant à défendre l’honneur des douces et jolies femmes… Ils auraient le temps d’en reparler : Rome ne s’était pas construite en un jour, après tout!  Pour le moment, Alex méprit le mouvement de son amoureux pour un baiser, alors qu’il venait le saisir pour l’emmener sur les draps.

- Montre moi tes crocs mio cucciolo.

Cette fois, le manitobain vint mordiller les trapèzes du barman, pendant que sa chemise tombait au sol.  Elle n’avait pas présenté un obstacle majeur, déboutonnée qu’elle avait été dans leur intimité.  Joueur, Alex se redressa sur les genoux, et d’un signal de tête lança le combat de matelas.  Dès que leurs corps s’étreignirent et commencèrent à lutter, il sut qu’Alessandro y mettait la pédale douce, voulant probablement se mettre au même niveau que l’humain qu’il affrontait.  Humain qui, par orgueil ou simplement par mauvais caractère, s’abandonna aux bras chaleureux de son amant au bout d’une vingtaine de secondes. Il alla planter un baiser sur un bout de joue qui lui était accessible.

-On dirait que j’ai perdu, Amoro mio! J’aurais pu imaginer plus désagréable défaite. Et puis, le jaune c’est pas vraiment ta couleur.

Cette fois, en s’étirant un peu le cou, il parvint à atteindre le coin des lèvres du sicilien. D’un geste adroit, il fit rouler le couple sur le lit et pressa ses hanches contre celles de son amoureux.  Il fit glisser ses doigts jusqu’à la taille de l’Italien, les glissa à l’intérieur de son boxer, et entreprit de retirer l’ensemble.

-Je me donne le droit de réclamer mon prix de participation… murmura-t-il à l’oreille de l’éphèbe, une fraction de seconde avant de claquer sa fesse nue.


***


Les cheveux toujours humides de la douche, Alex se tenait face à Alessandro, en sous-vêtements, le serre-tête enroulé autour de sa cuisse, juste un peu plus haut que le genou.

-T’as pas dit que je devais le porter à la tête! tança le cadet, triomphant.  Mais il retira rapidement l’accessoire lorsque Alessandro lui rappela qu’il devait être visible de tous durant une heure.  Évidemment que le loup savait que cela dérangerait bien plus Alex que lui-même de devoir passer une partie de la soirée à moitié nu au milieu de la clientèle du bar!  Le serre-tête autour du crâne, Alex rangea son orgueil dans le coffret de sûreté de l’appartement - pour ne pas qu’il prenne la fuite - et s’arma de tout son courage pour descendre au bar et jouer les serveurs pour la prochaine heure.


***


Voilà quelques semaines que la formation d’Alex était commencée, et Alessandro ne lui avait pas menti.  Chaque fois que le sicilien lui avait demander si ses hommes étaient trop rudes, Alex lui avait rétorqué qu’ils retenaient leurs coups, et Alessandro avait bien rapidement cessé de s’inquiéter.  Le canadien s’était laissé pousser une barbe plus longue, qui avait le mérite de cacher certaines marques de l’entraînement, et l’inconvénient de lui donner un air de bûcheron bourru même lorsqu’il ne portait pas de chemise à carreaux.  Quant à savoir ce qu’en pensait l’Etna avec qui il partageait la couche… Il n’en était pas certain.

Aujourd’hui, c’était Mario qui l’accompagnait au centre de tir.  Alex s’était grandement amélioré depuis la première séance - où son sang canadien avait semblé se rebeller contre l’utilisation d’une arme à feu - grâce aux bons conseils de Mario, d’Alessandro et de quelques autres amici.  Néanmoins, il ratait encore trop souvent la cible à son goût, ce qui avait le don de l’exaspérer.

-Ce n’est déjà pas mal, fratello.  Si tu t’énerves, tu feras une connerie.  Tu veux pas faire de connerie, credimi.

Alex grommela et reprit la position.  Il avait l’impression que son sourcil explosé n’était plus qu’un poids mort qui lui bouchait une partie considérable de la vue.  Ce qui n’était évidemment pas le cas : à la rigueur, la raideur du tissu rendait la région oculaire inconfortable, mais ne bloquait pas réellement le champ de vision de futur giovane.  Un nouveau coup de feu retentit, et la balle passa quelques centimètres au-dessus de l’épaule de la cible.

-Pas mal ne suffit pas.  Je m’améliore pas assez vite. rétorqua le canadien avant de trouer le menton de la silhouette de papier.  Non, définitivement, il n’avait pas la patience d’attendre quelques années avant d’obtenir un statut d’égal avec le moindre homme de main de la famiglia.  Mario faisait certes l’effort de l’intégrer, poussant audacieusement jusqu’à utiliser un terme familier pour le désigner, mais Alex se doutait qu’il agissait sous l’influence d’Alessandro.  Ou simplement parce qu’il était en position de donner l’exemple et que c’était son devoir.

-Je ne serai pas satisfait tant que vous n’aurez pas autant confiance de laisser votre vie entre mes mains qu’entre celles de n’importe qui d’autre. expliqua-t-il en rechargeant l’arme à feu.


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clickAlessandro & Alex
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J’ai laissé à Alexio une chance de se défaire de mon emprise, en modérant ma force. Mais, il abandonne la lutte rapidement, perdant de ce fait mon défit. Je ne suis pas mécontent de ne pas avoir à porter un serre-tête ridicule, pourtant je suis surpris de sa réaction. C’est vrai que dans un sens, je le laissai gagner en bridant ma force. Est-ce cela qui l’a affecté ? Alexio est une personne gentille, mais relativement orgueilleuse.

-Je me donne le droit de réclamer mon prix de participation…

Ses doigts à l’intérieur de mon boxer me font perdre tout fil d’un quelconque raisonnement. Il a gagné en audace sur ce point, ce qui n’est pas pour me déplaire. J’aime bien mener la danse, mais pas les partenaires passifs. Son regard malicieux et ses doigts fouineurs me font grimper et surfer sur des sensations délicieuses. Je m’endors épuisé à moitié affalé sur lui. J’aime sentir sa présence pendant mon sommeil. Certains me trouvent envahissant, alors que c’est simplement ma façon de prouver que j’aime.

(…)

Alexio parade en boxer avec le serre-tête de Gina enroulé autour de la cuisse.

-T’as pas dit que je devais le porter à la tête!
- Le deal était une heure et que tout le monde le voit !


Je passe l’heure qui suit au bar et contempler mon Canadien déambuler de façon sexy. Le barman qui a remplacé Carlo me regarde avec des yeux ronds.

- Un défi perdu…

Mon sourire se rembrunit quand un client commence à le draguer ouvertement. Je ne peux pas m’empêcher d’aller faire comprendre au gus qu’il ne peut toucher qu’avec les yeux et de loin. Alexio me gronde, estimant qu’il n'a pas besoin de chaperon.

- C’est moi qui t’ai mis dans cette situation !

Il me tourne le dos et part en ondulant des hanches, mesquine provocation de sa part qui m’arrache malgré moi un sourire. Cet homme a trop d’emprise sur moi.

(…)

Alexio suit un entraînement de self-défense. J’ai demandé à mes hommes de le ménager. Il ne s’agit pas d’en faire un homme de main, mais qu’il soit capable de réagir en cas de situations dangereuses. Ma demande avait été prise comme elle l’était : un ordre. Toutefois, la pugnacité du Canadien et son humour inimitable séduit mes hommes. Il prouve qu’il n’est pas un boulet, ni une charge. L’assurance qu’Alexio pourra se défendre rassure aussi mes hommes, car ils sont responsables de sa sécurité autant que de la mienne.

Un soir, je demande à Mario comment progresse Alexio. Il réplique que le canadien n'est pas satisfait de lui-même, jugeant sa progression trop lente.

- C’est tout à son honneur capo, mais son impatience pourrait le mener à des imprudences.
- Que penses-tu de sa marge de progression ?
- Honnêtement ?
- Sì.
- Dans un mois, il pourra devenir le cauchemar des stands de tir à la foire, mais…
- Mais ?
- Il n’est pas prêt à tuer un homme, même pour sa propre défense. Pour la votre peut-être.
- Ce n’est pas ce que je cherchais en lui apprenant à tirer.


J’allume une sigaretta et regarde mes ronds de fumée s’évaporer dans la pièce. Je comprends ce que cherche à me dire Mario sans me vexer. Alexio a encore trop d’attache avec les valeurs de son passé. Toutefois, je ne souhaite pas en faire un autre homme pour autant. C’est celui qu’il est qui m’a séduit, pas l'homme que je pourrai modeler à mon image.

- OK. Ce qui fait basculer un homme dans la violence, c’est la peur. Tu dis qu’il tuerait pour me sauver, mais ne pas se sauver lui même ?
- Sì, Capo.
- Alors on va lui en donner l’occasion.
- Sul serio?
- Sì. Il va passer le test de Sonny.
- Et s’il échoue ?!
- Je meure.


Mario grimace.

- C’est cruel.
- S’il est capable de tirer sur un homme qui s’appète à me descendre, il sera capable de défendre sa vie. Il a juste besoin de se prouver qu’il est capable de tirer sur un être vivant et non une cible en papier.


(…)

J’ai réservé une table au Bazaar. Ce choix, car ils offrent une excellente cuisine mexicaine, mais aussi des menus végétariens. Le cadre est luxueux et Alexio paré du seul costume qu’il avait toléré que je lui achète. Nous commandons auprès du serveur qui nous offre un cocktail maison.

- Cela va mieux tes bleus ? Tu veux que je te soulage un peu ?

Je pivote le poignet de ma main posée sur la table pour accueillir la sienne s’il le désire. Je le regarde avec tendresse. Nous sommes sortis sans escorte. Avant de partir, Mario a solennellement prêté à Alexio un holster et l’arme à laquelle il s’est habitué lors de ses entraînements de tir avec deux chargeurs pleins.

- Mario est impressionné par ta motivation. Si tu veux, après manger nous pouvons aller flâner sur le bord de mer.


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MessageSujet: Re: L.A. - Gangster's Paradise   L.A. - Gangster's Paradise - Page 2 EmptyJeu 18 Avr - 1:13




Gangster's Paradise

Feat. Alessandro Amaro & Alex Cormier







-J’ai ma pudeur, moi! railla Alex en enfilant un polo qu’Alessandro lui avait offert. Il pouvait bien faire preuve d'un peu d'auto-dérision maintenant qu'il avait abdiqué et s'était soumis à la nouvelle lubie sexy du mafieux qui avait ravi son coeur.

Si les premiers pas dans le bar du canadien ainsi affublé se firent timides, il se laissa rapidement prendre au jeu et il se mit à se pavaner en rigolant avec le reste de la salle.  Tout était resté bon enfant et amusant jusqu'à ce qu'un client méprenne Alex pour un employé burlesque, ou un célibataire, allez savoir… Alex, élevé à rester poli en toutes circonstances,  déclina les avances avec tact,  mais le message ne sembla pas suffisamment clair puisqu'une intrusion tactile et insistante sur son postérieur s'ensuivit. Alessandro se matérialisa alors sur place et renvoya le lubrique homme cueillir des pâquerettes. Pour un peu, le canadien aurait juré avoir vu de l'écume à la bouche d'Amaro. Dès que l'intrus se retrouva hors de portée de voix, Alex s'insurgea.

-J’peux très bien m'occuper de mes ennuis seuls! Et puis j'ai largement dépassé mon heure,  ajouta-t-il en consultant la montre au poignet du loup-garou.

Alex appuya légèrement de son index sur le museau d'Alessandro en annonçant qu'il allait se changer, indifférent à l'idée que son amoureux se nommait responsable de cette malencontreuse situation. Il redescendit un instant plus tard,  attriqué* de son plus vieux jeans, baggy qui -s'il en avait déjà eue une- avait perdu toute forme, véritable relique de son adolescence, qui avait généralement le mérite de son confort et n'était porté que derrière des portes closes. Sauf ce soir.  L'incident avait laissé un goût amer à Alex, qui avait également enfilé une vieille chemise de flanelle au motif évidemment carreauté, histoire d’élever une armure de tissu entre un prochain risque de drague et lui-même. Habillé non pas comme la chienne à Jacques*, mais simplement sans égard au style et à la mode, Alex passa le reste de la soirée entre des habitués qu'il connaissait bien et Amaro.  Ce n'est qu'une fois de nouveau seuls que le scientifique aborda de nouveau le sujet du dragueur importun.

-Era tanta fiducia in mio,  tantôt*, mio lupo, dit-il d'un ton qui imitait le reproche avec drôlerie.  
-Je vais te pardonner pour cette fois, déclara-t-il alors sur un ton plaisantin qui camouflait tout de même un avertissement réel, bien que léger. Il avait beau dire,  il aimait savoir Alessandro tout renversé pour un quidam sans intérêt!


***


Mario était sympa, et Alex devait avouer qu'il l'aimait bien.  Il comprenait Alessandro et voyait lui aussi ce qu'il avait vu en lui, pourquoi il lui faisait confiance.  La vie de couple les avait synchronisés sur divers points, dont celui de la socialisation. Mario n'avait pas insisté au stand, mais dès qu'ils en sortirent, il se permit de poursuivre leur discussion antérieure. Alex n'était pas Amaro, ils ne parlaient pas à Mario de la même manière.

- Laisse-toi une chance,  sois patient Alex.
Le protégé du boss s'arrêta net et fit face à Mario.
-Les mexicains n'ont pas été patients.  Et les prochains n'attendront pas que je sois prêt, et eux ne retiendront pas leurs coups., s'impatienta Alex, qui n'aimait pas l'idée d'être traité comme une poupée de porcelaine, malgré ses bleus qui témoignaient de l'inverse.
- Personne ne souhaite qu'il y ait des prochains. Je ne peux pas t'assurer qu'il y en aura pas, mais tu ne devrais pas t'en inquiéter. Tu seras prêt.

Ils abandonnèrent le sujet.  Toutefois, une fois dans la voiture, Alex insista auprès de Mario pour lui offrir un gelato. C'était un signe de gratitude bien plus qu'autre chose. Ce n'était pas une friandise glacée qui allait le ruiner, se dit l'universitaire, avant de déglutir âprement en voyant s'afficher le prix de leur commande. Le nouveau portable qu'il voulait se procurer attendrait encore un peu...


***


-Je ne vais pas tricher! s'offusqua Alex avec une lueur de reconnaissance dans le regard.  Il n'en cacha pas moins rapidement ses mains sous la table, pour bien signifier son choix, avant de les ressortir de là aussi rapidement en imaginant sa mère qui lui rappelait que les bonnes manières étaient importantes en toutes situations. Spécialement dans un resto où il sentait qu'il allait manger deux semaines de salaire en deux heures.  Plus ou moins un brin d’exagération.

Les sourcils suspicieux d’Alex tressaillirent lorsque le bel italien reprit la parole.  Depuis qu’ils avaient mis les pieds dans la place, le cadet se demandait ce qui leur valait une sortie aussi luxueuse.  Il avait consulté le calendrier de son portable pour vérifier qu’ils n’étaient pas le jour de la St-Valentin, ni celui de l’un de leurs anniversaire, ni celui de leur rencontre, ni celui de leur cohabitation, ni celui de…  Non, cette case était effrontément vide sur son calendrier.  Il ne restait plus beaucoup d’options.

- Mario est impressionné par ta motivation. Si tu veux, après manger nous pouvons aller flâner sur le bord de mer.
-C’est gentil de sa part...
répondit Alex avec humilité. Ils n’avaient pas besoin de discuter sur l’impression du canadien que son mentor de tir ne disait cela que pour leur faire plaisir, et qu’il n’avait pas lui-même l’impression de faire des progrès notables.  Son imprécision l’énervait passablement, lui qui s’était spécialisé dans un métier qui n’était que cela, précision.  Précision et connaissances.  Et quelques autres trucs d’importance moindre. Du coup, il avait appris à valoriser l’exactitude, la justesse et la précision par-dessus tout, or il semblait qu’il ait du mal à réaliser la différence de gravité entre la précision dans son boulot et dans un stand de tir.  Ce n’était pas comme s’il performait une microchirurgie avec son pistolet.  Ou plutôt le pistolet que Mario lui avait prêté et qui lui semblait énorme et lourd.  Il avait l’impression que tout le monde devinait la bosse à sa taille et le dévisageait pour cela.  Il savait bien que ce n’était que dans son crâne, mais…  Et puis, cette quantité de munitions!  Ils allaient chasser du phoque sur la plage, c’était ça?  C’était toujours mieux ça que l’autre hypothèse qui justifiait à la fois un costard et une balade à la plage…

-Mon prince… débuta-t-il d’un surnom antique en déglutissant. Il semblait devenu incapable de reprendre le contrôle de sa jambe droite, possédée par une gigue ancestrale. T’sais, j’pensais qu’t’étais pas trop du genre mariage… Pis j’me suis toujours dit que j’voulais pas me marier.  Ça sert à rien, suffit de voir mes parents, tout ça, que je me disais.  Alex piocha dans son cocktail pour se donner du courage et cacher ses joues rosies par l’idée qui venait de lui traverser l’esprit : une espèce d’ouverture à l’idée d’une vie matrimoniale avec une certaine personne.
-Et pis vu ta vie, avec ton père, tes pères, ta famille… J’pensais pas que…
-J’suis dans le champ*, hein…
constata-t-il alors, en blêmissant subitement.  La suspicion s’empara alors de nouveau de son visage et il poursuivit dans sa diarrhée verbale habituelle -du moins habituelle pour les gens avec lesquels il se sentait confortable.
-Che ho fatto?  Che hai fatto?

Nouveaux renforts d’éthanol sur ses papilles. Alex était une vrai catastrophe lorsque son cerveau s’embalait de la sorte, et ce n’était pas le bon moment pour ça.  Heureusement, il connaissait un bon remède, et planta ses prunelles dans celles d’Alessandro en écoutant sa voix suave le remettre sur les rails.

Spoiler:
 


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L’entrée nous est servie avec un laïus poétique sur la composition de nos assiettes. Le serveur remplit nos verres du vin choisi avec soin et disparaît discrètement. Je joue avec mon verre, fais tourner le liquide bordeaux sur ses flancs et apprécie sa texture avant de plonger mon nez au-dessus du col pour m’imprégner des arômes.

-Mon prince…

Je lève un sourcil et regarde Alexio. Une telle entrée en matière m’interpelle.

- Cosa ?
- T’sais, j’pensais qu’t’étais pas trop du genre mariage… Pis j’me suis toujours dit que j’voulais pas me marier.  


Je cache ma surprise en avalant une gorgée de vin. Mes yeux se plissent comme si j’ajustais ma vision. Je n’imaginais pas qu’un tel sujet pouvait émerger entre nous. Le mariage. C’est pour moi un concept qui ne m’a encore jamais effleuré. Trop occupé à m’installer dans l'organizzazione, je n’ai encore pas imaginé planifier ma vie personnelle. Je vis au jour le jour. Lui et moi c’est sérieux à mes yeux, mais je vois notre relation comme un toujours intangible. Les mots d’Alexio me prennent au dépourvu.

- Ça sert à rien, suffit de voir mes parents, tout ça, que je me disais.

À quoi pense-t-il ? Quel nœud s’est-il encore fait dans la tête ? Alexio a cette capacité prodigieuse à compliquer ce qui est simple ou poser des problèmes là où il n’y en a pas. Ce n’est pas la première fois que je constate que parfois nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde. Je crois qu’il se préoccupe beaucoup trop des détails, leur donnant une importance hors norme. Qu’est-il en train d’extrapoler sur mes envies ou mes choix ? En plus sur un sujet, où je n’ai pas du tout réfléchi.

- Et pis vu ta vie, avec ton père, tes pères, ta famille… J’pensais pas que…
- Cosa ?
- J’suis dans le champ, hein…
- Quel champ ? De quoi tu parles ?


Alexio soupire, marmonne qu’il est obscur et incompréhensible. Ma main traverse l’espace de la table qui nous sépare et relève doucement son menton. Il avait plongé son regard sur la dentelle de tomate qui orne son assiette.

- J’aime les expressions que tu transposes du canadien. Parfois c’est évident, d’autre fois non. Mais, je t’assure que c’est plaisant à entendre.

Il m’explique sa tournure de phrase. J’essaye de trouver une logique à ce phrasé, mais ne vois pas pourquoi se situer dans un champ équivaudrait être perdu, bien au contraire, le champ représente le paysan, l’éleveur, une structure bien maîtrisée. Puis ses lèvres se plissent et se tordent, son regard vacille, fuit le mien pour s’y raccrocher de nouveau.

- Che ho fatto?  Che hai fatto?

Alexio anesthésie sa gêne dans une lampée de vin. Il me faut quelques secondes pour faire lien de ses mots. Il se pense illégitime à mes côtés. Je sais que le schéma familiale autour de moi, celui de mon univers est des plus classiques. L’homosexualité est en principe bannie à la Cosa Nostra où il faut être blanc, de souche italienne de préférence, catholique convaincu et hétéro.

- Tu sais que le trafic du sexe était scrupuleusement interdit dans les fondements même de l'organizzazione ? Aujourd’hui c’est une manne qui rapporte presque autant que la drogue. Les temps changent Alexio, l'organizzazione s’est toujours adaptée pour survivre et perdurer.

J’attrape sa main dans un geste qui ne trompe pas sur la nature de notre relation.

- Je n’attends pas que les autres me dictent ma conduite. J’obéis à certaines règles, comme tout soldat doit le faire, sinon c’est la déroute. Mon âme est fidèle à la Cosa, quant à mon cœur, cela ne regarde que moi et celui que j’ai choisi. Ti amo Alexio.

J’embrasse ses phalanges et libère sa main avant qu’il ne meure de combustion instantanée. Si les conversations autour de nous se sont un peu ralenties devant ma démonstration affective, personne n’a eu l’audace de se plaindre.

- Les mœurs ne changeront pas si on s’abstient.

(…)

J’ai veillé à ce qu’Alexio reste sobre, choisissant moi-même une boisson sans alcool avec le dessert. Nous traînons à déguster un café, notre discussion s’est éclaircie avec des remarques sur l’air joué par le pianiste du restaurant, ou un film que le canadien a envie de voir. La soirée est agréable. Je garde en tête son affaire de mariage. Mine de rien, l’idée me turlupine. Si j’essaye de me projeter dans cinq ou dix ans, je ne vois pas d’évolution par rapport à maintenant, si ce n’est de plus grosses responsabilités dans l'organizzazione. Est-ce ça ma vie ? Le travail, rien que le travail ? Quand je regarde le visage plaisant d’Alexio, je me dis qu’il y a peut-être mieux à faire et à vivre. Je ne sais pas si un jour j’aurais les palle de me marier avec un homme. Le gouffre à franchir est abyssal. Mais comme je l’ai dit plus tôt à Alexio, si personne ne commence…

- On va digérer un peu tout ça ? On a de la chance, il fait bon ce soir, juste un peu de vent. Mais c’est aussi bien, personne n’entendra ce que nous nous dirons.

(…)

Une fois sortis du restaurant, j’ai accroché sa main dans la mienne et l’ai entraîné vers le front de mer. Il y a quelques rares promeneurs qui marchent le col remonté pour se protéger des bourrasques intempestives qui viennent du large.

- Tu sais, il n’y a qu’une personne qui peut mettre un terme à notre relation.

Alexio tourne la tête. Je lui fais un grand sourire, le laisse un peu lambiner. Ses sourcils se froncent à mesure que les secondes s’égrènent.

- Voi.

Je le désigne du doigt. Je tire sur sa main, le rapproche de moi et l’embrasse. Je me sens bien là avec lui. Alexio a ouvert une boîte de Pandore avec ses questionnements. Des sentiments contradictoires se mêlent dans mon cœur. Je me suis toujours senti maître de mon destin, mais ce minois qui me lorgne avec facétie semble avoir bien plus de pouvoir que Don Stefano Corleone lui-même. Un mariage… Je souris, souffle par le nez et secoue la tête. Mais pourquoi me met-il de telles idées en tête ? Alexio me regarde et me questionne du regard.

- Cosa ? Tu vas me parler bambino maintenant ?

À sa tête d’ahuri, j’éclate de rire.


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Gangster's Paradise

Feat. Alessandro Amaro & Alex Cormier







Alex tira une grimace et détourna le regard à la mention du trafic sexuel.  Il déposa sa coupe de vin, l’envie de s’y noyer disparue avec ce sujet lugubre.  Ils ne l’avaient jamais véritablement abordé, non plus.  Alex savait que c’était là, mais il ne voulait pas connaître l’opinion du Sicilien sur la chose, et risquer de briser l’image de preux chevalier.  Non, de gentleman cambrioleur.  Il ne voulait pas entacher l’image de gentleman cambrioleur qu’il avait attachée à son amant en réalisant que celui-ci cautionnait une telle pratique.  Personne ne méritait de n’être traité comme de la marchandise, et d’aborder le sujet ne faisait que rendre le canadien mal à l’aise en lui rappelant sa propre hypocrisie : ne cautionnait-il pas tous les gestes de la mafia, simplement en étant aux côtés d’Alessandro et en fermant les yeux autant que la bouche?

Il raccrocha tout de même rapidement son regard à celui face à lui, en écoutant la voix douce et basse qui venait immanquablement l’apaiser.  Il était question de drogue, de survie et de pérennité.  Il avait appris à accepter l’une et avait toujours apprécié la seconde.  Quant à la dernière, il désirait simplement qu’ils parviennent à l’appliquer à eux-mêmes.  Alors que ses joues rosirent à grande vitesse, Alex se retint à grands peines de laisser s’échapper un petit «Han!» de ses lèvres.  Celles d’Alessandro vinrent lui baiser les doigts.  Le dernier commentaire vint émoustiller l’éclat taquin dans le coin de son regard, et Alex se contenta de rétorquer.

-Cambiano rapidamente allora!  Ti amo anch’io, Alessandro.

Bien rassuré, l’esprit désormais distrait ailleurs que sur ses précédentes craintes et tergiversations, Alex en oublia que ce n’était pas ce qu’il avait craint en s’interrogeant sur ce que l’un d’eux pouvait bien avoir fait pour mériter une telle soirée six étoiles.  Peut-être que l’Italien s’était simplement senti l’envie d’être romantique.  Après tout, un pays ne pouvait pas avoir la réputation d’être le plus romantique au monde sans que sa populace ne le soit.  Ces idées déjà loin derrière lui, le cadet se laissa entraîner doucement par le fil doux et limpide de la conversation.  Il avait dévoré son dessert en tentant du mieux qu’il le pouvait de prendre son temps pour bien le savourer, à grands renforts de «Hum!» et de dépôt d’ustensiles sur la table entre chaque bouchée, pour être bien obligé de ne pas tout engouffrer en une bouchée.  Ce serait un peu nul de ruiner la soirée en passant pour un porc au dernier moment.  Ou pire, en mourant étouffé!

Sans la moindre hésitation, Alex avait accepté la balade au clair de nuit.  Les mains lovées l’une dans l’autre, ils marchaient d’un pas traînant, comme s’ils voulaient retarder le moment où ils arriveraient au bout de la plage, ou au bout de la nuit.  Parfois, un coup de vent venait leur chatouiller le visage de quelques grains de sables voltigeurs, mais Alessandro avait autrement raison : la soirée était bonne.  Le temps était doux, presque personne ne se trouvait autour d’eux.  Non pas que cela lui ait changé quoique ce soit, au final.  À force de côtoyer le mafieux, Alex avait appris à s’approprier quelques-uns de ses traits, et il s’en faisait de moins en moins avec les regards extérieurs et les jugements que l’on pourrait poser sur lui.  Il était plus à l’aise et libre d’être lui-même, en somme.

Le canadien tourna un regard surpris sur son éphèbe lorsque celui-ci aborda le sujet d’une potentielle rupture.  Regard qui se tendit graduellement en sévérité, en l’attente d’une explication ou d’une piste sur ce que le loup avait en tête.  Il le menait en bateau!  Le bougre!  Alex lui tira la langue, mais fut plus rapidement encore plaqué contre son grand escogriffe à deux balles.  Ce nigaud qui le rendait gaga et avait volé son coeur, au risque de sembler cliché.  Le bout des doigts plantés dans le costard d’Alessandro, à demi frustré d’être tourné en bourrique de la sorte, à demi pour empêcher ce moment de se rompre.  Comme toute étreinte, cependant, elle ne dura qu’un trop court instant et, pour une fois, Alex parvint à bloquer les prochaines paroles qui lui vinrent en tête, pour le meilleur ou pour le pire.  Néanmoins, son roquet le connaissait un poil trop bien et devina qu’il avait quelques mots sur le bout de la langue…

- Cosa ? Tu vas me parler bambino maintenant ?

De la mutinerie, le visage d’Alex passa à l’hébétude.  C’est que le rital brûlait des étapes, là!  Et dans l’esprit très procédural et protocolaire d’un scientifique-né, même influencé par le chaos organisé latin avec lequel il partageait la couette.  En plus, ça se moquait de lui à gorge déployée!  Pour un peu, le franco-manitobain s’en serait vexé.  Il choisit plutôt de toquer le torse de son amoureux du bout de l’index pour le ramener sur terre.

- Primo, c’est bambini.  Secundo, j’ai une liste de noms et d’écoles potentielles dans ma poche arrière.  En permanence.  Tu veux la voir ?

Sans attendre la réponse de son aîné, Alex ramena sa main dans la poche arrière de ses pantalons, fit mine de chercher un petit instant, ferma le poing sur un peu d’air, et le ressortit triomphalement, le coude bien levé à angle droit.  Délicatement, le canadien déplia le majeur en un majestueux doigt d’honneur.  Le visage du biochimiste était illuminé de sourcils rieurs et d’une grimace enfantine qui venait dédramatiser la situation.

- En vrai, j’allais rien dire ! affirma le canadien avec une honnêteté qui ne suffit pas à convaincre le lycanthrope.  Amaro insista un peu et l’étudiant ne mit pas trop de temps pour craquer.  Il lui saisit la main et recommença à marcher sous le dôme de pâles étoiles, éblouies par la cité des anges.

- J’allais vraiment rien dire !  Ben.  J’voulais dire que t’avais pas trop à t’inquiéter pour le terme de notre relation, mais vu qu’tu le sais sûrement déjà, ben j’me suis dit que j’devrais me la fermer.

Le canadien empourpré tira sur la main de l’italien et lui ordonna de ne rien dire.  Il devinait déjà son compagnon volcanique s’insurger suite à une telle déclaration.  Un truc du genre "Mio Alexio, jamais tu ne devrais te censurer pour moi".  Ou pas.  C’était trop académique comme langage.  "Mio Alexio, jamais je te demanderai de te taire"?  Peut-être plus plausible, mais toujours pas ça.  Alex secoua rapidement la tête pour reprendre le contrôle de ses pensées avant qu’elles ne dérivent trop, et se rapprocha de son conjoint.  Leurs épaules s’effleurèrent à travers le tissus, leurs avant-bras enlacés au-dessus de leurs mains jointes.  Alex tourna le menton, un œil à demi clos en cas de bourrasques, et interrogea il signor romantico.

-Un souper romantique dans un endroit aussi luxueux.  Une ballade romantique le long de la mer, sous les étoiles.  Qu’est-ce que j’ai fait pour me mériter ça?  C’est ce que je voulais savoir, tout à l’heure. Ça ou ce que tu as à te faire pardonner. Alex bouscula doucement l’épaule d’Alessandro pour souligner qu’il plaisantait – du moins c’était ce qu’il espérait – et sans cesser de parler se distança, tournant sur lui-même pour marcher à reculons en face d’Alessandro.  Une vraie girouette…

-C’est… c’est trop. C’est démesuré.  Jamais j’aurais même cru que c’était possible d’avoir une telle soirée, en dehors d’un film…  J’ai déjà fêté un anniversaire de relation dans un diner, t’sais…  Je me plains pas, hein! J’adore tout.  C’est juste que je me sens un peu comme un imposteur, genre.  C’est tellement pas mon monde, et...

Dans son déversement de paroles, Alex prit conscience de ce qu’il était en train de faire, baissa le regard pour trouver la main libre d’Alessandro, la saisit et l’attira contre lui, blottissant son visage contre celui de la carte de mode qui lui servait de partenaire.  D’un commun accord, ils lâchèrent les mains l’un de l’autre pour échanger un câlin.  Avec quiétude, il ferma ses paupières et caressa nonchalamment le dos du Sicilien.

-Merci.  Pour tout.


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J’aime cette soirée, le bien-être que je ressens, la main d’Alexio dans la mienne. Avec un peu d’effort d’oubli, je peux nous imaginer une vie ordinaire. Moi en simple patron de bar, lui en blouse blanche dans un labo quelconque. Une normalité qui ne m’imposerait pas de me balader avec deux calibres collés à mes flancs. Mes côtes se sont moulées à la forme du métal. Sortir sans serait aussi incongru que sortir sans pantaloni. Notre conversation glisse sur des pentes inattendues. Je me laisse attraper au jeu, ne sachant pas où cela va nous mener.

- Cosa ? Tu vas me parler bambino maintenant ?
- Primo, c’est bambini.
- Ah ! Parce que t’en veux plusieurs ? Genre une smala à l’italienne ?


Je le scrute avec curiosité.

- Secundo, j’ai une liste de noms et d’écoles potentielles dans ma poche arrière.  En permanence.  Tu veux la voir ?

Je souris. Alexio ne se démonte pas, attrape un papier imaginaire dans sa poche pour finir par me tendre son majeur bien haut. J’aime son impertinence et sa répartie. J’aime sa grimace qui atténue l’insulte. C’est ce qui le représente, il n’est pas capable de faire du mal, même pour plaisanter. C’est bien ce que soulignait Mario. Trop gentil.

- En vrai, j’allais rien dire !
- J’en suis moins certain.
- J’allais vraiment rien dire !  Ben. J’voulais dire que t’avais pas trop à t’inquiéter pour le terme de notre relation, mais vu qu’tu le sais sûrement déjà, ben j’me suis dit que j’devrais me la fermer.
- Jamais tu…


Il tire sur ma main, m’invitant à me taire. Je comprends ce qui le tracasse. La Famiglia et ses dogmes. Mes hommes sont habitués à mes relations mixtes, mais Alexio est le premier homme qui prend une telle place dans ma vie, le premier pour qui j’ose braver les tabous et les interdits. Il suffit de le regarder, son épaule collée à la mienne, nos mains liées. Je crois que je ne me suis jamais conduit ainsi. Dans mes relations passées j’ai toujours eu l’attitude du dominant, celui qui protège, dirige et ordonne. Là, nous marchons côte à côte, rien ne trahit un déséquilibre. Sa place auprès de moi n’en devient plus qu’évidente, mais survivra-t-il à mon monde ? Je ne peux pas m’imaginer le perdre.

- Un souper romantique dans un endroit aussi luxueux.  Une ballade romantique le long de la mer, sous les étoiles.  Qu’est-ce que j’ai fait pour me mériter ça?  C’est ce que je voulais savoir, tout à l’heure. Ça ou ce que tu as à te faire pardonner.
- Où vas-tu trouver de tels raisonnements ? Je n’ai pas le droit d’emmener le mec que j’aime au restaurant ? Pas le droit de me balader avec lui sans les garde-chiourmes habituels ? Pas le droit de souffler un peu et vivre normalement le temps d’une soirée ?
- C’est… c’est trop. C’est démesuré.  
- C’est ton porte-monnaie d’étudiant qui te fait voir ça démesuré.
- Jamais j’aurais même cru que c’était possible d’avoir une telle soirée, en dehors d’un film…  J’ai déjà fêté un anniversaire de relation dans un dîner, t’sais…  Je me plains pas, hein! J’adore tout.  C’est juste que je me sens un peu comme un imposteur, genre.  C’est tellement pas mon monde, et...
- Alexio…


Son cœur palpite à la chamade. Il est sincèrement bouleversé, heureux. Il se blottit dans mes bras, je perds mon nez dans ses cheveux. Il n’a pas idée de l’impact qu’il a sur moi, des sensations qu’il éveille dans mon cœur, et d’autres plus primaires vers mon bas-ventre.

- Merci.  Pour tout.
- Merci d’avoir bien voulu quitter ton pays pour moi.


Je verrouille ses lèvres avec les miennes, tuant dans l’œuf de nouvelles protestations où il se diminue. J’attrape sa main et l’entraîne vers la plage. Nous quittons nos chaussures et marchons dans le sable. C’est frais et doux sous nos pieds. Plaisir simple de gens simples. Nous allons jusqu’au rivage jouer avec les vagues qui se meurent sur le sable. J’ai l’impression de vivre une autre vie, plus insouciant, plus libre. Nous nous échouons à côté d’un château construit par des enfants. Le vent a érodé le mur d’enceinte et le pont-levis fait d’un os de seiche gît dans les douves. Alexio s’est assis devant moi et a calé sa tête sur mon épaule. Nous regardons l’océan, les lumières des bateaux au loin et celles du port qui percent la nuit. Nous nous enfermons dans une bulle, bercés par le bruit des vagues. Je ne sais pas combien de temps nous traînons là, échangeant de vagues paroles un peu, des câlins beaucoup et des étreintes à se luxer les épaules.

(…)

Nous bataillons pour virer le sable de nos orteils et remettre chaussettes et chaussures. Je lui tends la main pour l’aider à se relever. Il proteste qu’il n’est pas handicapé et se redresse sans mon aide pour se laisser retomber aussi sec sur le sable et cette fois me tendre la main.

- Tu vas me rendre fou Alexio !

Il jubile, un sourire qui part d’une oreille à l’autre. Nous remontons vers le chemin de bord de mer, peinant dans le sable sec. Il est tard, la circulation est presque réduite à néant. Le passant rare, voire absent. Seuls au monde nous déambulons, oscillant entre les halos orange des lampadaires et des trous d’ombres qui les séparent. Je tiens Alexio  près de moi, un bras autour de ses épaules. Nos pas nous mènent le long d’un hangar à bateau qui nous cache de l’avenue qui longe la plage. J’en profite pour le plaquer contre le bâtiment, immiscer mes mains sous sa chemise, entre son pantaloni et ses fesses. Réactions thermiques de mio amore. Nous sommes dehors, on peut nous voir…

- C’est tard, il n’y a personne.

Mais il se raidit à nouveau, me murmure qu’il y a quelqu’un qui approche. Je constate qu’il dit vrai, remonte son pantalon qui avait légèrement glissé pendant qu’il baisse sa chemise avec embarras et précipitation. Il refuse ma main alors nous reprenons notre chemin.

- Tu ne perds rien pour attendre !

Le type qui arrive marche les mains négligemment glissées dans les poches de son jean. Tout va très vite, à une dizaine de mètres de nous, il s’arrête. Sa main plonge dans son blouson. Je n’ai pas le temps de dégainer mon arme qu’un coup de feu retentit. Je tombe à genoux, la main sur le torse. Ma chemise blanche sous ma veste s’inonde de sang. Ma chute se poursuit, je finis par m’effondrer sur le sol, la joue contre le ciment du trottoir, le souffle court. L’homme vise ma tête pour terminer son œuvre, puis hésite et cible Alexio.

- Non, pas lui !

Il me remet en joue. A cette distance, je n'ai aucune chance.

- Ti amo Alex.

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