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 Somewhere over the rainbow [Pv Alessandro]

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AuteurMessage
Therence Garnet

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Date d'inscription : 27/12/2014

MessageSujet: Somewhere over the rainbow [Pv Alessandro]   Dim 25 Mar - 23:48



Red as blood
« Si tu veux un ami, apprivoise-moi !
- Que faut-il faire ? dit le petit prince.
- Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t'assoiras d'abord un peu loin de moi, comme ça, dans l'herbe. Je te regarderai du coin de l’œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t'asseoir un peu plus près... »


Je lève les yeux du petit livre et avale mon soda en survolant la salle du regard.

Le Pink Print, une après-midi. Je passe ici de temps en temps. Pas seulement pour son style branché et ses boissons de qualité, pas seulement pour accompagner Bruny qui espère apercevoir les beaux-gosses la maison, ni pour agiter un paquet de cigarette vide pour signaler que c'est d'un autre genre de cartouches dont je manque. Je viens et j'observe le Amaro, un spécimen rare et intriguant de gangster peu farouche dans son environnement de prédilection...

Je gravite autour de lui, pas trop loin mais pas non plus trop proche. Il m'a vendu une arme, m'a imposé des leçons de tirs, et est désormais mon fournisseur de cartouches. Je sais dans quel monde il évolue, et j'ai assez d'intelligence pour ne pas vouloir m'y frotter plus que nécessaire. Mais... Nous n’en sommes pas à nous faire confiance Therencio. Toutefois sache que je te range à présent dans la catégorie amico. Je ne te demande pas la réciproque. Je ne fonctionne pas ainsi. J’en serai bien évidement heureux si cela l’était.
C'était ses mots après m'avoir dit qu'il me trouvait des qualités appréciables et m'avoir refilé son numéro. Une conclusion à ses rudes mais justes leçons qui m'avaient... convaincue de ne pas fuir son sillage.

Je cherche une nouvelle fois, mais toujours pas de rital dans le coin.

"Il eût mieux valu revenir à la même heure" m'interrompt une petite voix. J'imagine un minuscule renard – celui du petit Prince, avec ses oreilles trop longues – se matérialiser au dessus de mon épaule droite et me souffler ses conseils avisés."Il faut des rites".

Mph. Contrariant, le renard. Le Pink, c'est pas la promenade champêtre du coin! Je viens ici quand j'ai le temps et que mes finances me le permettent... "Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l'après-midi..." C'est bon! C'est bon! J'ai le bouquin sous les yeux et l'ai parcouru assez de fois pour le réciter par cœur. Plus l'heure du rendez-vous approchera et mieux il sera préparé. "Mais si tu viens n'importe quand, il ne saura jamais à quelle heure s'habiller le cœur... Il faut des rites".
Soupir. Et bien moi je m'en contrebalance des rites, il faut m'attraper au vol si on veux me causer. Comme le rital. Et puis je ne pense franchement pas qu'Alessandro fonctionne sur le même mode qu'un personnage de conte pour enfant! Mais je m'abstins de le faire remarquer à mon renard imaginaire. D'ailleurs si j'étais un peu fou, ce que je ne suis pas, je m'adresserais au renard sur mon épaule et lui demanderais : "Dis moi, renard." "Oui, Therence?" dirait-il en clignant sur moi ses petites billes à l'aquarelle. "Mais pourquoi tu parles avec la voix de Chad?!!"

Quelqu'un interpelle le boss de retour. Il gronde quelques recommandations à un nouveau qui courbe l'échine, cueille la serveuse par les hanches sous l’œil exaspéré de son barman, et une bise affectueuse offerte, la libère pour aller briller auprès de la clientèle. Mâle Alpha dans toute sa splendeur. Quand il termine son numéro et prend ma direction, je range mon livre sous mon sac et arrête de mâchouiller bêtement ma touillette en le surveillant pour m'adosser dans le dossier de mon siège et l’accueillir avec un sourire plein de suspense.

-Quatre secondes. Déclarè-je fièrement.

Sous la table, je mime un pistolet qu'on recharge manuellement.
Je retourne du côté de la distillerie et je m'entraine régulièrement. J'attends un encouragement, mais PAN. Je grogne quand il me rappelle qu'il faut moins d'une seconde pour me retrouver une balle entre les deux yeux. Ça me ruine ma joie, mais je me promet de faire mieux la prochaine fois. Pas pour m'entendre un "bravo Therencio", mais pour mon amélioration personnelle! pensè-je en finissant ma boisson en fusillant son dos du regard quand il s'en va s'occuper des autres consommateurs. Je singe ses manières de rital d’opérette en sortant mon porte monnaie. Le plus simple serait d'investir dans un deuxième chargeur... Mais le pourboire que laisse mes voisins de table et le vide qui s'accentue entre les feuillets de mon portefeuille une fois délesté de ses billets me ramène sur terre. Ça peut attendre : j'ai pas acheté ce flingue pour mitrailler dans le tas de toute façon.


*


Séance de muscu à la place du basket. Seul dans le vestiaire, je me plante devant le miroir ausculter ma plastique en terminant de m'éponger. Je songe à prendre quelque photos. De quoi faire saliver un cornu de ma connaissance. "Encore quelques séances et penses à tout le sirop que tu pourras récolter entre les tablettes Wink ",  dirait le message. Hé, hé... hé. Non, je laisse mon tél où il est. Pas sûr que mes bêtises soit de bon goût connaissant les appétits de la bête. Mieux vaut pas le tenter.

Je balance la serviette sur le banc et évalue le reflet qui me fait face. Je me tourne à droite. A gauche. Bande mes pecs et mes biceps. Je grimace, pas déçu, mais pas assez fier. J'aimerais prendre de la masse et étoffer mes muscles apparents. Je pétrie à pleine main mon trapèze en dodelinant doucement de la tête. Un cou plus musculeux. Je caresse mon épaule. Une carrure plus larges. Effleure mes côtes. Des obliques plus marquées...

A me voir le regard paresseux qui glisse sur la surface réfléchissante à l’instar de mes doigts le long de mon corps, je risque de passer pour un narcissique. Ce que personne ne voit, c'est l'autre qui se subtilise à moi. Une sculpture idéale. Je me rappelle caché dans la salle de bain, la carrure du mâle visible dans sa glace, puis plus tard empêtré sur les draps glissants et ses bras comme des barreaux de prison. Je me remémore le tracé des veines saillantes le long de ses bras. Son torse puissant et les reliefs vigoureux autours de son nombril. Le V de ses abdos parfaitement sculpté qui oriente inexorablement l'exploration de ma...  main...

Quelqu'un entre dans le vestiaire. Ma rêvasserie s’évapore, je me détourne du miroir en refoulant mes effervescences et enfile prestement mon t-shirt.

En passant devant le Pink ce soir là, Alessandro aide à rentrer une cargaison de matériaux. Il a tombé la chemise pour un t-shirt qui laissent ses bras à nus. Accoudé sur ma moto au bout de la rue, je le regarde faire un moment, songeur, et au moment ou le rital se dénoue les omoplates, je roule de l'épaule soulager mon muscle endolori.

Moi aussi un jour, j'égalerais le rital. Il est mon objectif à atteindre.  


*


Lundi, tôt avant les cours. Météo pourrie. J'attends mon café au comptoir en dodelinant de la tête entre mes bras croisés. Mal dormi. Je ne suis pas sûr d'être repris au ciné, je dois passer tôt à l'agence pour l'emploi si veux glaner les meilleures offres. Non plus rendu un devoir en éco. J'ai la nostalgie d'une époque où le petit déj' m'attendait sur la table de la cuisine et où mes préoccupations se résumaient à supporter le bahut et conserver le respect des copains. Il y a peu de monde à cette heure hâtive, deux-trois habitués et le personnel qui vaque au ralenti. Je gémis mon mal-être. Besoin impérieux de ma dose de réconfort... Je cherche du regard autour de moi, discrètement, et l’aperçois. Il porte une chemise blanche impeccable. Ses manches retroussées laissent à découvert ses avant bras nervurés et pileux et une montre métallisée à son poignet droit. Il a les yeux rivés sur son journal, les traits du visage concentrés, et avale un café fumant que j'imagine noir et corsé. Le tableau est presque apaisant...

-Ce sera?

-Ah! Heu... un americano.


Sourire bref à la serveuse en me redressant du comptoir et de m'être fais dérangé en pleine contemplation. Mais je ne fais rien de mal. Ce qu'il y a entre moi et Adriann c'est tortueux, mais vrai. Et mes visites au Pink n'ont... rien à voir avec "ça". Alessandro tourne une nouvelle page de son journal. C'est différent... Il me remarque. Un salut de la tête de sa part, un sourire du mien et j'avale ma boisson avant de disparaitre. En gardant dans un coin de ma mémoire, comme une image volé, le cliché de l'homme attablé qui lit tranquillement le journal en buvant son café.


*

*

*




-Hey! Le rital, ouvre moi!

J'envoie un nouveau cailloux choquer contre la fenêtre qui surplombe la porte de service du Pink. Lorsque je suis arrivé devant l'enseigne arc-en-ciel, tout était fermé. J'ai secoué un peu les grilles, regardé au travers au cas où j'apercevrais pas quelqu'un, puis un éclat de lucidité a percée dans mon esprit embrouillé, et j'ai fais le tour en me rappelant par quelle porte j'avais réussi à me faufiler la première fois. Mais la porte de service qu'un incendie avait fragilisée est neuve et résolument close aujourd'hui, elle aussi.
Un nouveau cailloux claque contre la vitre des appartements du gérant de bar qui se trouve juste au dessus.

-Hey! M'ignore pas!!! Gueulè-je. Ouvre, faut que j'te parle!...

Mais rien. Je me gonfle furieusement et joue avec mon nouveau projectile que j'envoie avec la grâce d'un lanceur de baseball bourré. C'est une canette qui va se nicher sur le rebord de sa fenêtre.

-... Pourquoi y a jamais personne quand y en a besoin!!!

J'ai envie de hurler. Les larmes au bord des yeux. Adriann n'est pas une option ce soir. Je plonge et me redresse d'un bond, une bouteille de bière en guise de nouvelle munition. Je suis bien décidé à vider la poubelle qui traine derrière le bar si je n'ai pas de réponse et je m'apprête à lancer lorsqu'une interpellation manque de me faire avoir une crise cardiaque. Pas content de se faire caillasser sa fenêtre.

-Amaro!...

Je reste bêtement transi à son apparition au bout de la ruelle. Dans le trouble de ma vision alcoolisé et de la nuit, il ressemble à une ombre qui approche d'un pas félin. "Tu rentres tard!" que je lui reproche pour mieux faire oublié qu'il doit être deux-heures du matin et de quoi j'ai l'air, débraillé, les pans du col de sa chemise bordeaux qui partent de travers, quelques mèches indisciplinées qui reviennent me chatouiller le front à peine les repoussè-je sur le sommet de mon crâne.

-J't'aurais bien appelé, mais... heu... j'agite mon tél à l'écran brisé. L'a eu un problème.

Peut-être en retrouvant la terre ferme après m'être fais étranglé par Peter. Peut-être lorsque je me suis défoulé dans la foret, peut-être au grès de mes errances en ville... Je me dandine sur un pied en me grattant nerveusement la nuque et ose timidement.

-J'aurais droit à un verre si je demande gentiment cette fois?...

Sans rentrer par effraction? souris-je maladroitement. Innocemment. Tristement. Il ne s'agit pas des provocations d'un rebelle effronté. Mais du besoin de réconfort d'un jeune homme heurté et fatigué. Je suis son regard qui m’ausculte et glisse sur la bouteille de rhum au trois-quart vide que je balance contre ma cuisse. J'ai pas attendu qu'il rentre et m'invite pour m'imbiber. Il approche, je recule. Cette distance m'est nécessaire. Pas prêt à accepter de la proximité, qu'elle se veuille moralisatrice ou sécurisante. Pas maintenant, pas après cet aprèm'...

-Aless... qu'est-ce que tu penses de moi?... J... j... je veux dire... pas physiquement, mais... de façon plus générale, tu vois? ris-je en ouvrant les bras pour me désigner tout entier. Est-ce que... est-ce que je suis un homme bien?...

Pas bien comme le contraire d'un mauvais garçon, mais bien comme... "bien"!...

-Est-ce que je fais un homme acceptable?!...

Un sanglot travesti en rire tout en cherchant désespérément la réponse dans ses yeux. Comment lui expliquer en quelques mots la cause de mon accablement?

-... J'me suis fais jeté! célébrè-je en levant haut la bouteille. J'l'ai trouvé et me suis fait jeté...

C'est pas comme ça que ça aurait du se passer.

-C'est un sale type et il... il a une famille, je le savais! Mais fallait que je comprenne pourquoi il a jamais été là, et pour ma mère... Elle voulait pas que j'le connaisse. M... mais quand elle a plus été là, me suis retrouvé tout seul, alors je suis parti à sa recherche. Et j'ai fini par le trouver! Ici, à Beacon Hills! Mais lui il... il... Il a menacé de me tuer. Encore! ris-je de cette absurde comédie. Il m'a menacé... alors je... je me suis défendu. fis-je en imitant mon attaque sur Peter, une piquouse invisible entre les doigts qui me fait tituber. Et il m'a jeté. Comme ça. Je n'existe même pas pour eux.

Il ne savent sans doute pas pour Peter et ma mère. Non, je n'existe pas pour eux comme je le devrais... mais Alessandro, lui...

-Toi tu me vois... TOI tu me regardes, alors dis moi ce qui cloche! Dis moi que j'ai tous les atouts pour faire parti des leurs! Dis moi ce qui me manque, pourquoi j'ai pas droit à un peu de considération, dis moi ce que j'ai fais pour mériter ça!...

Je mérite pas cette solitude, j'ai rien fais de mal, pas à... pas à la base!... Si je suis un sale type c'est uniquement parce que j'en suis devenu un pour... pour attirer son attention! A ma mère!... Elle qui m'a toujours tenue à l'écart de sa vie! Qui m'a empêcher de le connaitre! de ME connaitre... Puis on me jette pas comme ça, moi. J'ai une p*tain de valeur! Des comme moi, on s'en arracherait! Je mérite d'être reconnu. Je mérite d'être accepté!... faire partie d'une famille...
Je tourne en rond comme le tumulte qui m'assaille, nerveux et hagard, à la recherche de réponses à cette situation, à ma vie toute entière qui dépend de l'acceptation d'un sociopathe amateur de Shakespear et de cols en v! et doucement je ralentis le pas sur une évidence tragique.

-Si seulement j'étais né loup...

J'aurais été comme lui. Comme ses gosses. Alors il m'aurait jamais jeté.

Je retrousse ma manche d'un geste vif en ravalant mes larmes, indigne de moi, et fait demi-tour face au lycan lui présenter mon avant bras. Les veines qui courent le long du muscle ressortent sous la pression de mon poing vigoureusement fermé.

-Mords moi.

Je fixe fermement l'homme-loup, la cage thoracique qui se gonfle et se dégonfle lourdement sous l'ardeur qui m'anime, les lèvres pincées et le regard vif. Je suis très sérieux.

-Mords moi! J'ai besoin d'être plus fort, mords moi! Transformes moi! Aide moi à devenir un loup!

Aide moi à faire face à Peter à nouveau et à lui faire regretter son dédain!

-J'ai vu de quoi tu es capable aux égouts. Si y avait pas eu la Bête, t'aurais battu Shepherd! T'es aussi fort qu'un Alpha! T'en as la carrure! La... la "meute"! La puissance!!!

Amaro a tout d'un Alpha! C'EST un Alpha à sa manière!

Mes iris vacillent avidement dans les siennes. Mon bras lui est offert, il n'y a plus qu'à le prendre et à y mordre. Sauf qu'en fait... En fait, ça ne marche pas comme ça.

Même s'il y plantait ses crocs, ça ne ferais pas de moi un garou. Seul un Alpha, un vrai, avec des yeux rouges, peut transformer quelqu'un. Ce léger détail qui m'avait échappé me laisse perplexe. Mes yeux tracent en direct le cheminement de l'idée qui sinue maladroitement d'un bout à l'autre de mon cerveaux jusqu'à en atteindre le sommet. Je me relâche, et le bras m'en tombe mollement ainsi que mon regard sur le sol en poussant un bête "Oh." J'avais pas pensé à ça. Un chat de gouttière trotte d'un bout à l'autre du trottoir le temps d'un silence.  

-... Faut prendre le pouvoir d'un autre, c'est ça?... Faire couler le sang... replongè-je dans de vagues réflexions. Qui donnent le regard vide et errant sur le bitume. Et nos pieds. Sur mon bras dénudé. Et sur la bouteille à moitié vide.

Une pensée sinueuse, un caprice alcoolique. Du sang pour faire basculer ses yeux dans le rouge des puissants...

Sans crier gare, je fracasse la bouteille contre le mur.

-S'il faut verser du sang pour faire un Alpha, alors soit!!!

Tout ne se compte plus qu'en secondes. Je ramène le poing vers moi et place la bouteille brisée haut à côté de mon oreille, à la manière dont un violoncelliste prépare l'archer à faire crier les cordes de son instruments. Un geste éclair, mon poignet en ligne de mire, il n'en faudra pas plus pour réveiller la force souveraine qui dors en lui! Je l'obligerais à devenir Alpha par la force des choses, je ne lui en laisse pas le choix s'il veut pouvoir me sauver!!!

Ce n'est pas le geste désespéré de quelqu'un qui a perdu sa raison de vivre. C'est au contraire l'acte furieux de celui qui est prêt à tout pour obtenir ce qu'il désire.

©️ Halloween sur Never-Utopia


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MessageSujet: Re: Somewhere over the rainbow [Pv Alessandro]   Mar 27 Mar - 22:03

clickAlessandro & Therencio
xxx
« Da qualche parte oltre l'arcobaleno. »Je scelle mon accord avec Chad, ma main sur son poignet, la sienne sur le mien. Poignée de main virile, où chacun écoute le cœur de l’autre. Il est tard quand il sort du Pink. J’appelle Ryan pour lui donner des instructions et honorer ma part du contrat.

(…)

Une routine s’installe. Les travaux du bar avancent plutôt bien. Mon établissement sera bientôt incontournable. J’aime cette notoriété que cela m’apporte, bien que le revers de la médaille soit plus de travail et une complication à m’extirper du monde légal du Pink pour plonger dans mes affaires qui le sont moins. Le HCC tourne sous un prête-nom dont Largo est le gérant. Si mon nom est connu de ceux qui le fréquentent et que personne n’est dupe, aucun document ne me rattache à ce lieu. Largo et ses hommes savent parfaitement quoi faire en cas de descente de flics. Dans le pire des cas, ils ne risquent pas plus d’un mois de taule. Puis avoir mon ex-beau-frère qui bosse au poulailler central, et des services rendus au chien de l’enfer qui est l’adjoint du shérif, me confère une certaine impunité tant que je ne vais pas trop agacer les honnêtes gens. C’est là que Chad intervient…

J’aide Kada’an au service. Aux étudiants s’ajoutent une bonne bande de terminal dont certains ont la majorité légale pour consommer de l’alcool. Toutefois, je demande à mon personnel de vérifier cet âge, en demandant à nos jeunes consommateurs de produire une carte d’identité. Beaucoup sont fausses, mais ceci n’est pas mon problème. Mes employés ne sont pas censés être des experts en faux papiers. Là non plus, personne n’est dupe, mais tant que je suis couvert, je me moque qu’un mineur s’enivre. Therencio fait partie de cette nouvelle faune attirée par l’ambiance du bar qui dénote un peu des pubs habituellement pris d’assaut par une jeunesse pas assez riche pour pouvoir s’enivrer au Pink. Plus présent, je sens souvent son regard tourné vers moi. D’un geste tacite, le bambino agite son paquet de sigaretta. Je réponds d’un clin d’œil et poursuis mon service. Dans la soirée, j’oublierai volontairement mon propre paquet de sigaretta à côté de lui. Un vieux paquet lesté de son tabac et blindé de munitions. Il s’entraîne sérieusement depuis notre confrontation face au monstre. Un autre que lui se terrerait dans son appartement, n’osant plus sortir dans une ville si potentiellement hostile. Lui, non. Therencio vit seul. Plus de parents pour le cadrer. Plus de darons pour être là quand ça va mal ou pour assurer les coups durs. Plus de côte à l’horizon, il navigue seul depuis bien longtemps, et s’en sort remarquablement bien. Je garde un œil sur lui, oublie parfois d’encaisser ses consommations. Je m’arrange que cela se fasse de façon naturelle. J’aime son tempérament et son arrogance.

(…)

- Quatre secondes.
- Trois de trop Therencio !

Je tapote le milieu de mon front avec mon doigt. Lui fait un clin d’œil et me retourne en l’entendant rouspéter dans mon dos. Quatre secondes ! Pour virer les douilles présentes, et insérer six nouvelles balles, c’est un temps plus qu’honorable, mais je ne vais pas le lui dire. Il ne doit pas baisser la garde. J’emploie avec lui la méthode qu’a utilisée Sonny avec moi, un mélange de tendresse et de vacheries. Je passe derrière le bar pendant que Jerry réceptionne un camion dans l’arrière-boutique. Déjà Therencio est passé à autre chose et brille à sa tablée. Tout en essuyant les verres brûlants qui sortent du lave-vaisselle, je l’observe. Je me contente de le fournir en balles et de le virer du Pink quand il y a un spectacle de dance trop osé pour ses yeux que je sais non chastes. Les spectacles de Jansen sont interdits aux moins de vingt ans. Pas d’exception à la règle, même pour mio figlioccio.

Je ne fais rien pour influencer le bambino, mais observe patiemment sa transformation. Ce n’est pas moi qui le pousserais vers le côté obscure, mais s’il devait y tomber, je l’accueillerai avec joie de ce côté-là de la vie. Ce bambino me rappelle trop celui que j’étais au même âge.  Je l’ai assuré de mon soutien et de mon amitié sans contrepartie. C’est assez unique chez moi comme démarche. Mais suis-je réellement désintéressé ? J’en sais maintenant assez pour savoir qu’il n’y a pas besoin d’être du même sang pour être un père, ou un fils. Toutefois, je ne me projette pas avec lui. Qui sait où il sera dans un an ou deux ?

(…)

Les nouvelles du matin sont sans surprise. Néanmoins, je m’astreins à lire la totalité de la feuille de chou locale en savourant un ristretto bien tassé. Au détour d’une page, je croise le regard endormi de Therencio. Je le salue du menton avant de me plonger dans la rubrique nécrologique. Tiens ! Un décès intéressant. Il faut que j’augmente le cercle de mes « amico » à des notables de la ville. Certains sont déjà clients du Pink, mais ce n’est pas suffisant pour créer un lien fort et inextricable. L’information est le nerf de la guerre. Savoir me permet d’adapter une offre, ou une aide et de tisser des fils inextricables.

(…)

Si mon ennemi numéro un, Victor Barns, décline, il semble qu’il y ait plusieurs postulants pour reprendre la bagarre de territoire contre moi. La Squadra et la Stiddia sont plus que sollicités et j’ai besoin de recruter plus de monde. Un recrutement qui coûte cher, car on ne paye pas un homme de main comme un serveur au Pink. Tout cela me rend à cran. Janice a de nouveau disparue seule la sylve sait où. J’ai toujours des scrupules à me rabattre sur Jansen pour décharger mes tensions, alors j’ai demandé à Largo de m’aligner sur le ring plusieurs soirs par semaine. Cogner et prendre des coups me permet de gérer mes humeurs et mes frustrations. Je ne gagne pas à chaque fois, fort heureusement, sinon on m’accuserait à raison de truquer mes combats. Mon ego en prend parfois pour son grade, mais c’est salutaire de se faire remettre à sa place, pas trop souvent non plus quand même. Je reste généralement le favori des parieurs. Ils connaissent ma hargne et savent que je ne suis pas avare de ma personne. Ce soir est un jour faste, mes blessures ont eu le temps de se résorber sur le trajet du retour qui me mène à mon appartement au-dessus du Pink. J’aperçois un vaurien qui caillasse les fenêtres de mon appartement.

- Ho ! Tu veux que je t’aide peut-être ?!

Je m’approche prêt à coller une correction à ce porca puttana troia.

-Amaro!...
- Therencio ! Madre di Dio ! Tu devrais être couché à cette heure-ci !


Et pas bourré… Il empeste l’alcool. Je m’approche de lui pour vérifier qu’il n’est pas blessé.

- Tu rentres tard!

Voilà qu’il me fait une scène de ménage. Je me demande ce qui lui arrive pour qu’il se mette dans un tel état. Son cornu lui aurait-il donné une fin de non-recevoir définitive ? L’Allemand, pour l’avoir vu de prés, puisque je lui ai moi-même recousu le ventre comme une parfaite couturière, est un bel homme avec des atouts certains. Il a aussi un penchant pour la consommation de partenaires au sens propre, comme au figuré. Therencio sait pourtant bien, qu’il n’est qu’un parmi les autres.

-J't'aurais bien appelé, mais... heu. L'a eu un problème.

Me dit l’ivrogne en agitant son téléphone à la vitre brisé. Cela sent le chagrin d’amour.

- J'aurais droit à un verre si je demande gentiment cette fois?...
- Tu as eu ta dose Therencio. Ce qu’il te faut c’est du sans alcool et une bonne nuit de sommeil. Une douche aussi…


Il est dans un piteux état. Il a sur le dos la chemise que je lui ai offerte en dédommagement de celle que je lui avais arrachée. Lui toujours tiré à quatre épingles fait peine à voir. Je m’approche, il recule.

-Aless... qu'est-ce que tu penses de moi?... J... j... je veux dire... pas physiquement, mais... de façon plus générale, tu vois? Est-ce que... est-ce que je suis un homme bien?...

Je lève les yeux au ciel ! C’est quoi cette crise existentielle qu’il me fait ? Weizerling ne vaut pas la peine de se mettre dans un état pareil. Puis ce n’est pas comme si Therencio était limité côté conquête.

-Est-ce que je fais un homme acceptable?!...
- Tu es largement plus qu’acceptable Therencio ! Je n’ai pas pour habitude de convier des laiderons et des idiots dans ma couche. Sei un uomo, un vero uomo.


Je me souviens de ce petit jeu que je lui avais imposé, volant ses affaires personnelles avec le challenge de ne pas se faire sortir du Pink par Arès, alors qu’il n’avait pas l’âge légal pour rester ou boire de l’alcool. Je m’étais certes amusé à ses dépens, mais j’avais apprécié ce que j’avais eu sous les mains. Ses frissons avaient été agréables à provoquer et à regarder. Depuis, notre relation a pris une autre distance. Je me pose plus en mentor sulfureux, que parrain incestueux.

-... J'me suis fait jeter! J'l'ai trouvé et me suis fait jeter...
- Adriann ?


Mais dans sa locution laborieuse, je comprends qu’il s’agit de tout autre chose. Il ne prononce pas de nom, son flot est difficile à suivre, mais je pense capter l’essentiel. Ma colère est non feinte quand il poursuit sur les menaces reçues. Qui a osé s’en prendre à mio Therencio ?! J’approche à nouveau, au moins pour lui servir de pilier, mais il s’écarte encore, titube, vacille et trouve un équilibre précaire. Son cœur bat un rythme anarchique, sa respiration siffle dans sa gorge nouée d’émotion.

-Toi tu me vois... TOI tu me regardes, alors dis-moi ce qui cloche! Dis-moi que j'ai tous les atouts pour faire partie des leurs! Dis-moi ce qui me manque, pourquoi j'ai pas droit à un peu de considération, dis-moi ce que j'ai fait pour mériter ça!...
- Il n’y a rien qui cloche chez toi Therencio ! Ce n’est pas toi le problemo, bordelo ! Et de qui tu parles ?!


Il s’agite en proie à un terrible questionnement et une remise en cause totale. Qui met-il à un tel niveau pour s’en rendre minable ?

-Si seulement j'étais né loup...
- Lupo ? Tu as toujours revendiqué ton humanité ! Pourquoi changer ?


Mais il ne m’écoute pas. Son regard roule dans ses orbites humides. Une tempête fait rage dans sa cervelle.

- Therencio…
- Mords moi.
- Cosa ?!
- Mords-moi! J'ai besoin d'être plus fort, mords moi! Transformes moi! Aide-moi à devenir un loup!
- Non sei serio ? Therencio !
- J'ai vu de quoi tu es capable aux égouts. Si y avait pas eu la Bête, t'aurais battu Shepherd! T'es aussi fort qu'un Alpha! T'en as la carrure! La... la "meute"! La puissance!!!
- T’oublie O’Conner qui n’aurait pas hésité à me coller une balle en pleine tête !


Je me souviens de ce moment-là et je n’en suis pas fier. J’ai attaqué Will’ avec la ferme intention de le tuer. Il a riposté uniquement pour se protéger et me protéger de moi-même. Therencio a tort. Dans mon état ce soir-là, je ne pouvais pas rivaliser avec Shepherd. Je l’ai attaqué comme une bête folle. C’était certes violent, mais inefficace. Ce n’est pas le loup qui est en moi qui pourrait avoir l’alpha, mais l’homme, le gangster qui n’attaque que s’il est certain de gagner. Mais Will’ est un amico. C’est un gentil, mais comme moi, il n’aime pas la volaille, même s’il bosse pour eux.

- Therencio, seul un alpha peut transformer quelqu’un en loup. Et avec une chance sur deux que cela foire !

Je laisse luire mes yeux, pour lui rappeler que je n’ai pas la couleur adéquat pour ce qu’il me demande.

- Oh !
- Puis même si j’en étais capable, jamais je te mordrais alors que tu es totalement ivre et pas maître de tes pensées.
-... Faut prendre le pouvoir d'un autre, c'est ça?... Faire couler le sang...


Le voilà reparti dans un monologue à lui-même. Le bambino est totalement à la dérive. Il faut que je le calme, l’amadoue pour qu’il accepte de boire pour s’hydrater et non s’enivrer un peu plus. Il a besoin d’une douche qui lui remette les idées d’aplomb et d’une nuit de sommeil. Je m’avance avec l’idée de lui attraper le bras et le conduire chez moi. Hors de question de le renvoyer seul chez lui ce soir. Il pourrait faire une conne…

-S'il faut verser du sang pour faire un Alpha, alors soit!!!

En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, il fracasse la bouteille de rhum à laquelle il s’agrippe depuis tout à l’heure. Avec le goulot devenu arme blanche, il vise son poignet. Je n’ai presque pas besoin de mes réflexes de loup pour bloquer son poignet. Je sers un peu pour le faire lâcher. Le goulot se fracasse au sol dans un bruit de verre pilé. J’entoure Therencio de mes bras et le sert contre moi. Il pue l’alcool et le désespoir. Je ne sens pas non plus la rose, après deux combats sur le ring. J’empeste la sueur et le tabac froid.

- Therencio ! Ne jamais agir à chaud. Aller, viens. Tu restes ici cette nuit, ça t’évitera de faire des conneries.

Rien de scabreux dans mon offre, simplement mon épaule pour poser sa tête, mon appartement pour qu’il reprenne figue humaine et mon lit pour se reposer en se sachant pas seul.

Il tangue, alors je passe un bras sur sa taille et l’entraîne avec moi. Il se débat plus ou moins. Un relent d’orgueil qui meure vite quand je finis par le soulever de terre pour le porter dans les escaliers. Je le repose dans la salle de bain. Sans faire de chichis je l’assieds sur le couvercle des WC et lui vire ses scarpe, le laissant se débrouiller avec le reste de ses vêtements.

- Si tu peux, tente de vomir l’alcool qu'il te reste dans l’estomac, ça sera toujours ça de moins pour demain à gérer. Et tu te colles sous la douche. Je vais aller te chercher un truc anti-cuite de Jerry. C’est pas miraculeux, mais ça marche un peu.

J’attrape mon peignoir éponge qui est derrière la porte. Et le pose à côté de la cabine de douche.

- Emmitoufle toi la dedans après.

(...)

Au bar, je prépare une mixture à base de thé noir, de blanc d’œuf, de citron et de menthe poivrée. Je colle tout cela dans un blinder et mixte le tout avec une banane. Éponger, hydrater, apaiser et caler la fringale à venir. Je goûte pour voir si ce n’est pas horrible et suis plutôt étonné. Ça a la texture d’un smoothie et un goût assez agréable. Défaut professionnel oblige, je colle ça dans un joli verre avec une paille, une touillette en bois et une pincée de cacao amer. Avant de monter, j’attrape le tube de paracétamol qui est à côté de la caisse enregistreuse.

Quand je remonte, j’entends l’eau couler dans la douche. Je vire mes scape du bout des pieds et retourne voir où en est Therencio. Je me moque royalement de sa pudeur, car j’ai peur que dans son état, il glisse et se fracasse le crane contre le carrelage. Quand j’ouvre la porte, je me croirais dans un hammam tant il y a de la vapeur. Je vire mon t-shirt qui me colle à la peau, ramasse les affaires éparpillées au sol et jette tout ça dans le panier de linge sale. Je suis bon pour lui prêter à nouveau ma garde-robe.

- Therencio ? Come va ?


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Therence Garnet

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MessageSujet: Re: Somewhere over the rainbow [Pv Alessandro]   Mer 11 Avr - 22:24



Deep void
Planté à l'arrière du Pink, j’attends le bras tendu vers le loup qu'il y plante les crocs. Je ne savais pas vers qui d'autre me tourner. Entre Adriann et moi c'est toujours compliqué pour pouvoir débarquer avec mes états d'âmes, et de toute façon, il n'aurait pas été capable de faire face à mon problème... mais Aless, lui...

C'est une petite idée qui germe dangereusement. Si j'étais né loup, Peter ne m'aurait jamais jeté. Ça parait soudain si évident! Une solution à laquelle m'accrocher, parce... parce qu'il en faut bien une si je ne veux pas perdre pied. Et Alessandro est tout ce qu'on pourrait rêver d'être et d'avoir. Un mec balèze et respecté, un roi dans la jungle surnaturelle et humaine. Une figure autoritaire, dur parfois, mais parce qu'il à l'expérience et qu'il connait les limites à ne pas enfreindre, juste et jamais dénué d'une sincère affection... Un homme séduisant et irrésistible, dont les délices sont mémorables. Son charme ferait envie n'importe qui...
C'est l'Alpha rêvé. Celui par lequel je gagnerais à être mordu. C'est lui que je veux. P... puis c'est un super deal que je lui fait, parce que... je sais que lui il veut de moi, lui il connait ma valeur! Hein?...

Il devrait réagir. Se jeter sur mon bras qui lui est offert, donner la vie à un bêta, mais il reste planté à sa place à prétendre que ma décision est irréfléchie. Non! C'est la meilleure façon de tout arranger, je sais ce que je fais! Je sais ce que je veux!

Je dois devenir un loup!

La couleur bleu de ses yeux prouvent qu'il n'a pas ce pouvoir. Mais je connais ça par Stiles, son pote qui est devenu Alpha sans voler le titre de personne! Ça peut marcher pour lui aussi, il faut seulement embraser l'étincelle et faire surgir cette toute puissance, ça DOIT marcher!...

Et pour ça il faut un acte fort, pareil à un vieux rite sacrificiel dont on ne connait pas vraiment la pratique mais dont-on devine l'acte sacré à commettre, une offrande, une preuve de ma détermination, l'appel du sang, de quoi allécher le loup! J'ai confiance en Aless. Je sais qu'il me sauvera!

Mon attaque est déviée avant que le verre ait pu frôlé la peau fine de mon poignet et je me retrouve bloqué. Le goulot éclate au sol, j'expulse un râle. C'est la deuxième fois aujourd'hui qu'on me fait le coup, et franchement c'est rageant!

-Non! Aide moi à devenir plus fort! gueulè-je essayant de récupérer mes poings. Apprend moi à devenir un loup, aide moi à me faire accepter!

-Therencio !

-T'es le seul à pouvoir m'aider!!! hurlè-je pour concurrencer ses propres grondements. T'es le seul dont je veuille l'aide...

Le seul par qui je veuille être mordu... Si le parrain refuse de m'écouter, le loup, lui, peut au moins reconsidérer ma demande... Il libère mes poignets et me plaque tout contre son torse, m'emprisonnant affectueusement. Ma hargne fond misérablement en me refermant entre ses bras.

-... J'voulais seulement trouver mon père...

Un sanglot que j'étouffe contre son épaule. Un long couinnement triste et plaintif résonne dans la ruelle où mon ombre se fond dans la sienne. Les vannes ont lâchée sans plus de bruits, mes épaules parcourues de petits spasmes, avant de tarir tout doucement.

-Ne jamais agir à chaud. Aller, viens. Tu restes ici cette nuit, ça t’évitera de faire des conneries.

Je me sens vider lorsqu'il me relâche. Mais c'est pas de ça dont j'ai besoin, non, c'est pas ça qui va m'aider à me faire accepter... Je rechigne quand il tente de m'entrainer à l'intérieur, mais je n'ai plus assez de forces pour me défendre efficacement. Ça bascule. Je crois que je vais percuter le mur qu'il me ramène contre lui d'une brassée. Je fini par m'appuyer sur lui, m’accrocher à son cou, et revenu en enfance, me laisser décoller du sol et balloter comme un pantin qui a usé ses fils. Je me laisse échouer sur le couvercle des toilettes de sa salle de bain, les yeux fermés, et attrapes ma tête trop lourde entre les mains pendant qu'il me débarrasse de mes chaussures. J'enregistre les instructions, trop fatigué pour réfléchir, et laissé seul un instant, d'un rythme paresseux et bancal, j'obéis.


L'eau claque bruyamment contre le carrelage et contre ma peau rougie par la chaleur.

Sais-tu ce que tu attends vraiment de cette rencontre? As-tu imaginé cet instant?
Ne pose pas de questions dont tu ne veux pas connaitre la réponse, Therence...
Dite moi si vous lui avez fait du mal!!!
Les gens méritent très souvent ce qui leur arrive.
C'est MOI ta seule famille!

Je grimace douloureusement en maltraitant mes cheveux, avant d'enfouir le visage entre mes genoux et rabattre les bras autour de ma tête. Ça pulse cruellement dans mes tempes. Je m'étais préparé à tout les cas de figures, même les pires, et pourtant ça fait si mal... Je peux pas vivre sans des réponses!... J'ai rien fait pour mériter tout ça... c'est injuste... J'ai le cœur en morceau, un vide atroce, j'ai envie de hurler à m'en exploser les bronches.

- Therencio ? Come va ?

Le jet d'eau qui battait comme un torrent de pluie de l'ampleur de mes pensées me parait soudainement baisser de volume. Je ne l'ai pas entendu entré. Je ne réagis pas de suite mais fini par hausser mon nez de sa cachette et ramener les bras autour de mes genoux, les yeux rougies perdus dans le vague. Son ombre bouge dans la périphérie de ma vision. Je l'entend froisser les vêtements. Je ne m'offusque pas lorsqu'il émerge dans la cabine régler l'eau beaucoup trop chaude pour mon bien, bien loin de ces familiarités.

J'avais tout envisagé, et pourtant, je souffre de la réaction de Peter. Mais comment savoir si ce qu'il sous-entend est vrai? Ce mec n'est qu'un manipulateur psychopathe, un menteur. Il n'a pas nié, il n'a pas non plus approuvé. Juste balancer des menaces et des leçons trop sibyllines pour comprendre... Il a connu maman... je l'ai bien vu réagir... mais c'est impossible.

-Ce type peut pas être mon père.

Un murmure un peu rauque qui sort, comme ça. Les doutes ont ceci qu'ils sont à la fois sources d'angoisses et porteurs d'espoirs. Sans preuves, il est encore possible d'échapper au pire et de croire au meilleur. Oui, sans preuve... c'est plus facile comme ça...

L'italien ne comprend surement pas grand chose. Il n'y a pas besoin de connaitre ma vie pour deviner que je ne suis pas très proche de ma famille. Je suis indépendant, je ne l'évoque pas. Peut-être me prête t-on un désir d'affranchissement précoce, ou des conflits qui m'aient incités à prendre de la distance. Mais je doute que hors mis quelques cas rares tel que Derek ou Wayne qui ont réussi à m'extirper des aveux, quelqu'un connaisse vraiment ma situation. Je ne suis même pas sûr qu'Adriann, pourtant mon amant, ait jamais compris quoi que ce soit.

Aless est toujours là malgré le silence qui perdure. Une présence patiente et forte. Je fini par briser le silence.

-Mon père est un loup et ma mère une humaine. Ça arrive, des fois. haussè-je faiblement les épaules pour justifier que je n'ai rien de surnaturel. C'est la génétique comme m'avait expliqué Derek. Elle a peint son portrait y a longtemps. La gueule d'un grand loup au pelage rouge et aux yeux flamboyants.

Un rouge moins littéral qu'il pourrait le paraitre, mais un indice essentiel pour moi. Le seul que j'ai pour l'identifier alors que je ne connais de lui ni son nom, ni son visage.

-Ce portrait, c'est tout ce que j'ai qui soit lié à mon père. J'l'ai jamais connu. Elle voulait pas parler de lui. C'est comme s'il avait jamais existé. C'était elle, ma famille...

Ces paroles égoiste qu'elle m'a criée un jour sous le coup de la colère, c'était plus qu'un manque de reconnaissance qu'une mère reprochait à son fils. C'était une condamnation. Ma malédiction...

-Elle est morte en emportant l'secret. J'esquisse un sourire sans joie, une grimace de dégout et d'incompréhension. C'était son Damnatio Memoriae...

Un visage à ignorer. Un nom qu'il ne valait mieux pas connaitre. Une punition... Mais pour quel crime?! En reniant ce type, c'est moi qu'elle punissait! Je n'avais qu'elle, et quand elle est partie, je n'avais plus personne. Plus rien qu'un grand vide habité de milliers de questions, de doutes et d'angoisses. Je n'avais pas à subir ça. Il y a, heureusement, un petit feu qui vibre à l'intérieur de moi. Loin de l'arrogance qui me caractérise, mais une volonté qui m'a poussée de l'avant. Je ne l'avais plus, elle, mais je pouvais enfin le retrouver, lui.

L'eau ruisselle sur la flamme d'encre tatouée sur mon flanc droit. Je parle à Alessandro de mon parcours, du tableau au loup rouge que peu après mon arrivé dans cette ville je comprend représenter un garou grace à Derek, puis d'avoir confondu l'adjointe Ruby Volpha qui m'a ensuite orientée vers un connaisseur de diverses légendes sur le sujet. Je pouffe sans joie. Chacun qui m'aura aidé se trouvait-être un membre de la famille du lupin que tout désignait : Peter Hale. Une ronde cynique. Il n'y a pas de quoi se marrer.

-"Le loup qui a servit de modèle au tableau doit-être quelqu'un de sage et puissant", qu'avait dit le loupiot... C'est la première description de mon père que j'ais jamais reçu.

Et je me suis accroché à ces mots. Un espoir que j'ai préféré nié, comme j'ai toujours pensé que garder la tête froide et m'éviter les illusions m'épargnerait bien des souffrances dans le pire des cas. Je me surestimais lourdement. Des illusions, je m'en faisais au delà de l'indifférence que je croyais ressentir et que je voulais afficher. Comme ses réponses que je prétexte chercher et que je cherche bel et bien, mais en omettant, comme une preuve de maturité, que ce que je cherche avant tout c'est à retrouver un père auquel je n'ai pas eu droit.

Peter Hale n'était pas un choix de rêve, mais je l'ai assimilé, je m'y suis fait. Je l'ai cru du moins... J'ai pris une claque en me rendant au manoir confronter l'ancien Alpha. Peter est puissant, c'est certain. Mais il n'a jamais rien eu de sage. C'est un dingue qui a réussi à se racheter une conduite et à se construire une famille, un dément...

Je chasse cette idée de ma tête en me réfugiant un peu plus près d'Alessandro. Quelqu'un de sage et puissant...

-J'ai jamais pu vivre comme ça. Sans savoir pourquoi il était pas là, ni pourquoi maman était si farouche à en parler... elle aussi, elle existait qu'à moitié...

Là sans l'être, perdue sur la rive insondable de ses pensées. Quelque part au delà de ses froncements de sourcils et ses sourires ordinaires, du masque qu'elle s'évertuait à porter. En me privant de lui, elle m'a privée d'un peu d'elle. Elle aurait préférée que je ne m'en rende pas compte, mais je l'ai toujours su. J'ai subit cette distance et son mutisme.

-J'aurais pu supporter la vérité, tu sais! levè-je les yeux sur le loup, larmoyant. Je te promet Aless, quel qu’elle soit, j'aurais pu la supporter avec elle...

J'ai besoin d'une approbation, pas forcément des mots, juste un regard attentif... Qu'il me le dise qu'il me croit, qu'il le sait lui, que j'en aurais été capable!... Que quelqu'un le reconnaisse comme elle a été incapable de le faire. Je suis plus fort qu'ils l'imaginent, je n'étais pas qu'un petit garçon que sa mère se doit de protéger, j'étais un fils qui avait besoin d'être reconnu et présent pour la femme qu'il aime, pour sa maman, aussi abimée ou coupable est-elle put-être!
Mais elle aura été une étrangère pour moi comme je suis resté étranger à sa vie, jusqu'au bout.

-Elle aurait du me faire confiance...

J'aurais tellement aimé qu'elle me fasse confiance... Tout aurait été si différent...

Je renifle comme un petit garçon caché dans un corps de muscles et je continue de débiter, pâteusement.

-Y a rien de pire que de n'pas savoir... c'est comme marcher dans le noir. Sans savoir tout ce qu'il y a autour. Peur de tomber. Peur de se cogner. Peur des monstres...

Spectres innommables et informes, malléables au grès d'une imagination trop fertile, tapis dans les ténèbres. Toutes les hantises de maman que je n'ai jamais pu identifier, mais dont la présence, palpable, ne m'a jamais échappé. Et parmi elles, invisible, cet inconnu qu'elle s'est évertué à me cacher, ignorant combien je devais l'estimer et le diaboliser.
Mon imagination, c'est tout ce que j'ai toujours eu pour combler mes questions. Un grand tableau noir sur lequel peindre mes terreurs, et les siennes.

Alessandro écoute sans m'interrompre ou si peu. A nu, dépouillé du cuir protecteur qui m'enveloppe d'ordinaire, les émotions à vif, je me confie comme rarement. Parce que lui ne me jugera pas.

-La nuit, j'en fais des cauchemars. Parfois. Je suis seul, dans le noir. Je ne sais pas où je suis, ni où je vais. Tout ce que j'ai, c'est mon fil rouge pour me guider.

Le tableau, mon seul indice, la base de tout. Le portrait de pigment qui me mènera au modèle de chair et d'os, l'auteur de mes jours.

-Parfois, le fil change de forme. C'est un... un masque. Un interrupteur ou un animal. Des choses apparaissent dans le vide, des décors, l'atelier de maman ou une forêt. Mais c'est trouble. Tout est toujours trouble. C'est insupportable...

J’enfouis le nez entre mes genoux. Je voudrais seulement comprendre, avoir un peu de clarté et de stabilité dans ma vie. Connaitre la responsabilité de maman pour donner du sens à mon existence. Savoir qui il est, pour savoir qui je suis! Savoir sur qui rejeter la faute qui plane au dessus de ma tête... Et s'il n'avait pas voulu de moi, de nous, parce que j'étais né différent de lui?... Et si c'était moi, petit nourrisson indésirable, la cause de notre exil?...

Je renifle une dernière fois avant de sortir de la douche et me laisser emmitoufler dans le peignoir. Alessandro entreprend de me sécher les cheveux et je me laisse faire indolemment. J'ouvre les yeux sous le tissue spongieux. Son visage est proche, un genoux à mes pieds. Je repousse la serviette qui pend devant mon nez et pose les mains sur ses joues pour l'inciter à me regarder. Je louche sur son visage avec minutie et langueur. Ses yeux aux iris sombres ne sourcillent pas. Il ne sourcille jamais, inébranlable, alors que mes doigts se posent gauchement sur son front. Je tire légèrement sur sa tempe, remodèle le plis au coin de son œil, caresse sa pommette, toujours en lorgnant sur ses yeux dont je cherche fébrilement à apercevoir la lueur surnaturelle.

-Pourquoi t'as pas les yeux rouges... me lamentè-je.

Mes doigts suivent leur cheminement le long de sa pommette, frôle l'aile de sa narine, sa bouche que je redessine mollement avant d'hésiter, hagard, et glisser le bout de mon index entre ses lèvres. Je repousse le coin de sa babine supérieure afin de voir ses dents, ses crocs animal qui accompagnent parfois la lueur froide de ses iris, en projetant, rêve stérile, d'y glisser le flanc de ma main.

Si seulement il avait les yeux rouges, il ressemblerait un peu plus au loup du tableau. S'il avait les yeux rouges, moi aussi, je pourrais finir par leurs ressembler.

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Alessandro Amaro

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MessageSujet: Re: Somewhere over the rainbow [Pv Alessandro]   Lun 16 Avr - 16:02

clickAlessandro & Therencio
xxx
« Da qualche parte oltre l'arcobaleno. »Je trouve une crevette ébouillantée. Petit animal recroquevillé sur la faïence du receveur de la douche. Un tas de chaire, avachi sur elle-même, la peau couleur coup de soleil. Avant que son épiderme ne finisse complétement bouilli, je baisse la température du thermostatique à une température raisonnable. Sa détresse est palpable aux objections de mon intrusion dans son intimité qui ne viennent pas. Je suis partagé entre surprise de le trouver là et colère quant à son état.

- Ce type ne peut pas être mon père.

Un padre ? Je ne sais pas de quel gars il parle. Therencio n’a jamais été loquace sur ses origines et sa famille. Je sais qu’il vit seul et qu’il a été émancipé. Deux motifs possibles à un tel statut : ses parents sont morts, ou ils sont dangereux et nocifs pour lui. Jusque-là je penchais pour la première option, mais à ses mots, il semblerait que son padre soit toujours de ce monde.

Je me tais. Le bambino ne cherche pas une tape sur son épaule, du moins pas dans l’immédiat. Il a une valise trop lourde à porter. Une valise dont la fermeture est sur le point de rompre, si ce n’est déjà pas fait. Je vire mon pantaloni mais garde mon boxer. Ce n’est pas le rital sulfureux qu’il est venu chercher ici, totalement ivre. Mais une épaule, un soutient. Sa vie doit être drôlement vide pour que je sois celui vers qui, il se tourne, moi le gangster, homme peu recommandable. Je me laisse choir à côté de lui, épaule contre épaule, cuisse contre cuisse. Je ferme les yeux sous la pluie tiède qui ruisselle sur ma peau. Cela fait du bien après mes suées sur le ring. Perché venire a trovarmi ? Le silence s’installe.

« Ce type ne peut pas être mon père. »

Une phrase qui me parle ! Combien de fois ne me la suis-je pas dite en regardant Guiseppe Amaro, minable ouvrier dans une blanchisserie le jour, brassier pour le compte de la famiglia le reste du temps. Homme de peu d’envergure. Una pecora volgare.

- Mon père est un loup et ma mère une humaine. Ça arrive, des fois.
- Lo so.
- Elle a peint son portrait y a longtemps. La gueule d'un grand loup au pelage rouge et aux yeux flamboyants.


Un lupo rouge ? Je suis sceptique. Un pelage rouge est souvent symbolique, signifiant la cruauté de celui qui l’arbore, plus qu’une réelle pigmentation naturelle. Je lorgne le bambino. Connaissant son tempérament, j’imagine sans mal sa déception en apprenant une telle ascendance, pour une naissance somme toute basique et ordinaire. Therencio poursuit son récit, il vide sa valise, son sac. Sa voix vibre, inégale, chargée d’émotions, de déception et de colère. Il n’a pas connu son padre. Et sa madre s’est bien gardée de lui donner le moindre indice sur son identité.

- Elle est morte en emportant l'secret. C'était son Damnatio Memoriae...
- Les madri agissent avec le cœur, Therencio. Je ne dis pas que la tienne a fait le meilleur choix. Mais soit persuadé qu’elle a fait celui qu’elle pensait le meilleur pour toi… ou le moins douloureux.


Je ne pense pas vraiment ce que je dis. La mienne était contrainte à l’omertà. Cependant je leur en veux à tous, ma madre, ce padre de substitution sans aucune étoffe, Sonny qui a réellement fait mon éducation, et ce padre… un dieu, qui se souvient de mon existence que lorsque son seul fils légitime se fait descendre comme un bleu. Therencio poursuit, se met à nu, au sens propre comme au figuré. Toutes ses barrières ont sauté, pulvérisées. Il a trop mal pour avoir honte. Je l’écoute, surpris de l’importance qu’il me donne. Son histoire, au loup garou prés, des milliers d’adolescents la vivent. Pourtant, je reste coi et tais les banalités qui pourraient venir en de telles circonstances. Par respect de l’importance qu’il me donne. Puis ma propre madre m’a menti sur mon vrai padre. Je sais ce qu’il ressent. L’affliction de Therencio me renvoie à la mienne. Son histoire me touche, sa colère et sa frustration deviennent miennes. Le fait qu’il se tourne vers moi… m’émeut plus que je ne l’aurais jamais imaginé. Je suis le premier surpris de ma réaction. Je ne suis pas un sentimentaliste, loin de là. Mais, je dois m’avouer que je suis heureux de l’importance que j’ai aux yeux du gamin. Ce n’est pas une fierté mal placée, mais l’agréable constat d’être important pour quelqu’un d’autre. Ces personnes se comptent sur les doigts d’une main.

Peter Hale. Voilà celui contre lequel il s’est fracassé. Je ne suis pas un enfant de cœur, mais ce type est pire que moi. Fréquenter Chad m’a fait me renseigner sur sa meute. Si un jour Stilinski m’arrête, je lui demanderai des comptes pour laisser un tel psychopathe en liberté. Il suffit d’engrosser une fliquette adjointe pour gagner l’absolution ? Mon loup est féroce. Mais, si ce que l’on m’a raconté sur Hale est vrai, le sien est un pur demone. Therencio se rapproche de moi, je passe mon bras sur ses épaules.

-J'ai jamais pu vivre comme ça. Sans savoir pourquoi il était pas là, ni pourquoi maman était si farouche à en parler... elle aussi, elle existait qu'à moitié...

Que lui dire ? De ne pas la blâmer alors que je n’ai pas reparlé à la mienne depuis des lustres. Bien avant de savoir que l’homme avec qui elle était mariée n’était pas mon géniteur. Je lui avais reproché son peu d’intérêt à sa mort. Maintenant je sais qu’elle n’a jamais aimé cet homme, épousé pour faire bonne figure. Je comprends la fureur de Therencio, car jamais je ne lui pardonnerai ce mensonge. Me faire croire que j’étais le fils de ce pleutre, alors que mon vrai padre…

-J'aurais pu supporter la vérité, tu sais! Je te promets Aless, quel qu’elle soit, j'aurais pu la supporter avec elle...
- Ti credo, Therencio.
- Elle aurait dû me faire confiance...


“Ils auraient dû me faire confiance.” Ou pas. Comment aurai-je évolué si j’avais su ? N’aurais-je pas été encore plus arrogant et impudent que je ne le suis déjà ? Difficile, non, impossible de jurer de mon attitude si j’avais eu d’autres cartes en main.

-Y a rien de pire que de n'pas savoir... c'est comme marcher dans le noir. Sans savoir tout ce qu'il y a autour. Peur de tomber. Peur de se cogner. Peur des monstres...

Je ressers mon étreinte. Savoir n’est pas mieux, car c’est souvent une nouvelle chute, un nouveau drame et de nouvelles déceptions. Therencio me parle de ses cauchemars et de son sentiment de solitude. Ce raz de marée de détresse fracasse mon armure et déniche le peu d’empathie que je possède... ou me persuade de posséder. Ce bambino bouleverse un ordre établi. Un plan centré sur ma personne et rien d’autre. Lyly et Jansen  avaient réussi à s’implémenter dans mon schéma de vie. Cela avait été mortel pour Lyly, et Jansen s’étaient également trouvé en danger de mort à cause de son attachement profond à ma personne. J’avais pris une terrible décision, c’est le souvenir que j’en ai, même si mon ressenti actuel n’est plus le même.

Dois-je repousser Therencio pour sa survie ? Seulement le sentir trembler à côté de moi me rend incapable d’une telle cruauté. Sa madre l’a écarté de sa vie, certainement par prudence. Le monde des lycans est peuplé de danger. Le rejeter serait rejoué ce passé qui le blesse profondément. Je me redresse doucement. Oui, il a la carrure pour affronter les dangers qui me tournent autour. Un schéma se met en place, des explications doivent se faire. J’imagine que c’est ce que Sonny a dû ressentir quand il m’a pris sous son aile.

Je me sèche rapidement, vire mon slip trempé pour le remplacer par un bas de pyjama en coton noir d’aniline . Therencio sort enfin de la douche, son corps frissonne, je l’emmitoufle avec mon peignoir. Je me surprends à jouer à la madre attentionnée et lui sèche les cheveux avec une serviette. Je l’ai poussé à se rasseoir sur le couvercle des toilettes. Mes gestes sont doux et affectueux. Mais rien à voir avec un jeu amoureux, ou alors si, mais qui se rattache à un amour fraternel, ou filial.

- Pourquoi t'as pas les yeux rouges.

Il remet ça sur le tapis. Je soupire, non de dépit, mais de désolation. Je laisse ses doigts explorer les contours de mon visage. Il cherche le loup en moi. Il est temps que je tienne l’acréantement du rôle qu’il m’a attribué. L’instinct me dit que je peux. Le loup en moi a déjà adopté ce bambino, peut-être même avant ma part humaine. Le fauve se retrouve dans sa rage et dans ses peurs. Il ne lui fera pas de mal. Je ne lui ferai pas de mal. Alors sous ses doigts, ma morphologie change doucement. D’abord mes crocs qui viennent appuyer sur le gras de son pouce, mes yeux changent de teinte pour un lapis-lazuli étincelant. Mes oreilles s’affinent alors que ma peau perd son glabre.

J’ai arrêté de lui frictionner la tête et me sers de la serviette, qui entoure maintenant son cou, pour rapprocher sa tête de la mienne.

- Je n’ai pas les yeux rouge, pour prouver que l’on peut devenir un alpha autrement Therencio. Buter un chef de meute avec mon organizzazione et les moyens à ma disposition, serait un jeu d’enfant. Mais quel honneur y gagnerais-je ? Je n’ai pas besoin d’avoir des prunelles rouge pour imposer le respect. Je n’ai pas besoin du loup pour être fort.

Je me redresse et sors d’un placard un bas de pyjama à son intention. Je ne détourne pas le regard quand il l’enfile. Toutefois, aucune gêne se crée.

- Je comprends ta rancœur. Moi aussi ma madre m’a menti. Je ne suis jamais reconnu dans l’homme qui m’a élevé et pour cause, ce n’était pas mon père biologique.

J’ai capté l’attention de Therencio. Il semble rassuré que je le comprenne, étonné que nos passés se ressemblent.

- J’avais douze ans quand ce faux géniteur s’est fait lamentablement descendre en taule. Je ne savais pas qu’il n’était pas mon vrai père, mais cela ne m’a pas empêché de m’en choisir un autre. Un homme qui avait de la valeur à mes yeux.

Je lui explique comment Sonny était devenu mon modèle à suivre. Je ne dis rien sur les raisons profondes qui ont fait que Sonny ait accepté ce rôle. Mais lui raconte comment au fur et à mesure, il est devenu ce padre dont je pouvais être fier et m’identifier. Cela aurait pu être Don Stefano, mais cela revenait à revendiquer Dieu comme padre. Je lui explique mon adoration pour le bras droit du parrain de LA. L’apprentissage parfois violent que j’ai reçu et ce regard de fierté dans ses prunelles. Comme si j’étais réellement son fils.

- On dit que l’on peut choisir ses amis, mais pas sa famille. J’ai prouvé que c’était faux. Je t’aiderai à retrouver ton géniteur. Je comprends l’importance de savoir, pour arriver à se construire. Seulement, je doute que ta madre ne t’ait rien dit par simple confort personnel. Attend toi à être déçu. Fait comme moi, choisis-toi un père. Prends ta vie en main. Ignore ceux qui te prennent de haut, tu les écraseras en temps et en heure.

Je lui ai attrapé le poignet et conduis jusqu’à ma chambre, le poussant doucement sur le lit où il s’assoit à nouveau.

- Quant à devenir un loup ! Oublie. Le risque est trop grand et ce n’est pas ça qui fera ta qualité, ou ta capacité à t’imposer. Oui je suis un loup, mais je me bats comme un homme. Mes hommes me respectent en tant que tel. Le fait d’être un loup, est secondaire, un simple bonus dans les coups tordus. Ce n’est pas ta nature qui fait de toi quelqu’un, mais comment tu empoignes ta vie.

Je tire sur la couette pour préparer le lit. C’est qu’il commence à être très tard, ou très tôt suivant le point de vue.

- Tu me ressembles Therencio. Franchement, tu n’as pas besoin d’une morsure pour prendre de la valeur. Hale est un loup né, imbu de sa personne. Franchement, je n’en voudrais pas comme padre. Il n’a aucune envergure, sinon celle d’être le mari d’une alpha et de descendre d’une illustre famille de loup. Il n’a rien fait par lui-même, il a l’arrogance des héritiers. Tu vaux mieux, car tu es mieux ! Puis je n’aurais jamais vendu un flingue à un péteux sans envergure !

Je le regarde avec fierté et le désigne du doigt.

- Après ce qu’on a vécu ensemble, ici au Pink, ton entraînement avec le flingue, la bête et la suite moins glorieuse pour moi, mais qui a montré que tu pouvais avoir une ascendance sur moi. Tu as une importance rare à mes yeux Therencio. Alors si un pezzo di merda te fait croire que tu ne vaux rien, j’irais lui fracasser le crâne jusqu’à ce qu’il comprenne ta valeur. Capito ?

D’un doigt autoritaire, je l’incite à se mettre au lit.

- Je ne suis pas ta madre, mais tu as besoin de dormir.

Je lui balance la couette sur le nez avec la brusquerie et la gaucherie d’un padre qui n’en est pas un, mais qui est tenté par le rôle. Avec le recul, je comprends certaines réactions que Sonny avait avec moi. Sa manière d’être intraitable, voir violent pour ma survie, et des moments plus tendres, rares mais intenses. Il ne pouvait pas jouer ce rôle à fond, vu que son employeur était et est, mon réel géniteur. Mais pour rien au monde j’échangerai ce padre par procuration que je m’étais choisi.

(…)

Une heure que l’on a éteint la lumière, mais aucun de nous deux n’arrive à dormir. Le bambino est encore chamboulé, et moi également. Je finis par tendre la main vers mon paquet de sigaretta. Mon briquet claque d’un coup sec, alors que j’exhale un trait de fumée. Deux doigts agiles me volent ma tige de nicotine. Je râle, pour la forme et m’en allume une autre. Therencio est collé à moi. Drôle de pair que nous formons là, un peu comme deux fratelli, ou un fils et son padre, bien que je sois un peu jeune pour avoir un bambino de l’âge de Therencio, ou lui trop vieux pour avoir un padre de mon âge.

- A partir d’aujourd’hui, tu as droit à une consommation gratuite quand tu passes au Pink.

Une manière de l’inciter à coller le bar où les tarifs sont non compatibles avec ses économies. Je veux l’avoir sous la main, à portée de regard.

- Ça se passe comment avec le wendigo ? Il ne te fait pas de misères ? Et tes notes au lycée ? Car, quel que soit la voie que tu choisiras plus tard, il te faut le minimum syndical pour ne pas devenir l’esclave des autres. D’ailleurs, t’as réfléchi à ce que tu veux faire ? Et ta piaule ? T’es bien logé au moins ? Je dirais à Charlie de te servir son plat du jour de temps à autre. T'es pâlichon.

Je l’assomme de questions. En bon ado, il répond plus ou moins par des vagissements. Il faut que je lui apprenne à se battre. Je l’emmènerai au HCC, non pour qu’il monte sur le ring, simplement pour qu’il analyse les combats, les coups en traître. Je sens que Charlie va se foutre de ma gueule quand il va comprendre que Therencio est mon nouveau protégé. J’imagine le regard contrarié du Cormier, s’il venait à l’apprendre. A ses yeux, je suis tout, sauf un modèle à suivre. Un sourire aux lèvres, j’écrase ma sigaretta dans le cendrier. Que va penser Jansen ? Je m'étonne de me préoccuper de sa réaction.

- Tu me montreras tes progrès au tir.


Sans vraiment attendre une quelconque acceptation de l'autre partie, un nouveau schéma se met en place. Celui d'une perspective et de laisser une empreinte durable dans ce monde. Le bambino est digne de l’intérêt que je lui porte. Sonny ne m'a pas seulement appris à grandir, il m'a également montré comment transmettre son savoir et sa force.


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Therence Garnet

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MessageSujet: Re: Somewhere over the rainbow [Pv Alessandro]   Sam 28 Avr - 18:35



Little white lies
J'avais besoin de parler. Désinhiber par l'alcool ingurgité plus tôt et mes émotions, je modèle maladroitement le visage d'Alessandro entre mes doigts. J'essaie de capter ses traits, sans vouloir le changer, pas vraiment, mais pour y déceler le faciès d'un loup qui pourrait faire échos à celui du tableau. Une canine pointe contre mon pouce, mes doigts se perdent dans la toison qui recouvre sa mâchoire, mais mon regard se désole dans le bleu glace de ses iris.
Si seulement il avait les yeux rouges...

- Je n’ai pas les yeux rouge, pour prouver que l’on peut devenir un alpha autrement Therencio. Buter un chef de meute avec mon organizzazione et les moyens à ma disposition, serait un jeu d’enfant. Mais quel honneur y gagnerais-je ? Je n’ai pas besoin d’avoir des prunelles rouge pour imposer le respect. Je n’ai pas besoin du loup pour être fort.

-Mais tu en as besoin pour avoir le pouvoir d'un alpha.


C'est vrai, Amaro en impose sans avoir à montrer les crocs. Son respect du genre humain là où d'autre se serait laissé tenté par la créature en eux et les facilités de leur condition m'avait étonné et avait accrue l'estime que j'avais pour lui. Le lycanthrope fidèle à ses origines, qui se bat à la force de ses points et de ses armes, comme un humain, à l'égal des humains. Capable de retenir en lui un animal sauvage qui par nature devrait aspirer à un rang toujours plus démesuré... Non, Alessandro n'a certainement pas besoin de devenir un alpha pour être un chef et un homme respecté. Mais s'il en était un, alors ça ferait une énorme différence : il aurait le pouvoir de me transformer! Me rendre égal aux Hale. Faire de moi son bêta...

Il me glisse d'entre les doigts aller fureter dans son armoire. Je baisse les yeux de dépit, conscient de notre divergence d'opinion.

-Je comprends ta rancœur. Moi aussi ma madre m’a menti. Je ne suis jamais reconnu dans l’homme qui m’a élevé et pour cause, ce n’était pas mon père biologique.

Je reste suspendu dans mon geste quelques secondes, les yeux rivés sur l'italien, avant de remonter pour de bon le bas de pyjamas qu'il m'a passé. Lui aussi il connait ça?...

-J’avais douze ans quand ce faux géniteur s’est fait lamentablement descendre en taule. Je ne savais pas qu’il n’était pas mon vrai père, mais cela ne m’a pas empêché de m’en choisir un autre. Un homme qui avait de la valeur à mes yeux.

Aucun regret dans sa voix. Je n'imagine pas que l'on devienne membre de la pègre sans avoir un vécu, mais je reste surtout surpris de nous découvrir un tel point commun.
Choisir. Ça sonne comme une solution inespérée. J'interroge en moi-même l'homme de valeur qui se tient face à moi. Une permission?...
J'écoute l'italien évoquer un homme pour lequel il n'a que peu d'estime puis me parler de ce père de remplacement, Sonny, l'homme qui l'a instruit aux armes et à la vie de gangster comme il me l'avait succinctement expliqué le temps d'un repas. Je n'ai pas eu la chance comme lui de pouvoir compter sur une figure masculine proche quand j'étais môme. Nos déplacements constant ne m'ont pas permis de nouer un lien perenne avec les hommes que j'étais prêt à adopter comme tel. Des professeurs, des voisins. Mais jamais les mêmes. Les années passants, je me suis construit auprès de camarades un peu plus âgés, des exemples plutôt fraternels et pas toujours les meilleurs. J'ai fini par comprendre et accepter qu'on pouvait choisir ses amis, ses amants, mais pas ses parents.
Choisir... Un rêve interdit. Je m'abreuve par procuration de ce fantasme de gosse qu'il a vécu et suis ses confidences avec attention, intrigué d'apercevoir derrière l'imperturbable mafieux un jeune garçon impressionné et fasciné par son mentor. Touché qu'il partage avec moi ce pan de sa vie et parle sans filtres des épreuves qui l'ont forgés.

-On dit que l’on peut choisir ses amis, mais pas sa famille. J’ai prouvé que c’était faux. Je t’aiderai à retrouver ton géniteur. Je comprends l’importance de savoir, pour arriver à se construire. Seulement, je doute que ta madre ne t’ait rien dit par simple confort personnel. Attend toi à être déçu.

Son avertissement gâche l’émerveillement que son histoire me procure. Je sais. Déçu, je l'ai déjà été aujourd'hui.

-Fait comme moi, choisis-toi un père.

Quelque chose vibre au delà mon regard interrogatif. Non, ce n'était pas une permission. C'est une invitation.

-Prends ta vie en main. Ignore ceux qui te prennent de haut, tu les écraseras en temps et en heure.

Amaro vibre avec la force et la passion qui le rend si admirable et singulier. Le cœur faible et vidé de mon énergie, je laisse Amaro devenir ma voix et mes mouvement. Je me laisse guidé d'une pièce à l'autre et assoir sur le lit sans résistance. Ses conseils fermes attisent les braises de mon mental fatigué. Je me laisse séduire et consolé par l'assurance d'une réparation.

-Quant à devenir un loup ! Oublie.

... Puis me renfrogne doucement. Si ça pouvait le faire changer d'avis, je lui sortirais un autre discours, que ce n'est pas pour plaire à mon géniteur que je veux en devenir un, mais que je le veux pour moi! Devenir différent, une... meilleure version de moi-même. Mais il réfute ce principe, et il sait surtout que c'est en partie faux. J'ai toujours trop cherché à connaitre mon père pour ne pas éprouver le besoin de lui ressembler, même pour lui faire payer.

-Le risque est trop grand et ce n’est pas ça qui fera ta qualité, ou ta capacité à t’imposer.

Le risque je le connais. On m'en a parlé, mais ce soir ça ne représente rien pour moi. Je me tais parce qu'il me dirait surement naïf, mais je veux croire en l'expression "quand on veut, on peut". Avec de la hargne, je ne trépasserais pas. Mais être un loup n'est qu'un supplément pour celui qui s'est construit en homme, et bien aussi tête de bois que moi mais garant d'une conscience avisée derrière ce tempérament emporté, il fini par m'imposer son bon sens.

-Ce n’est pas ta nature qui fait de toi quelqu’un, mais comment tu empoignes ta vie.

"Ce n’est pas ta nature qui fait de toi quelqu’un, mais comment tu empoignes ta vie", me répétè-je mentalement... Dans sa bouche, ce n'est pas qu'un encouragement, c'est une réalité qu'il incarne superbement. Aless a raison et je le sais. Je clos péniblement les paupières plus si sûr de moi, je me résigne. J'ai la tête trop lourde pour riposter.

- Tu me ressembles Therencio. Franchement, tu n’as pas besoin d’une morsure pour prendre de la valeur.

Un mélange de larmes contenues, d'incrédulité et d'espoirs se disputent derrière mes prunelles. Les mots sont parfois cruels, mais il peuvent être aussi tellement réconfortants... Je n'ai pas la force d'Alessandro, mais je me retrouve dans son histoire familiale, il se retrouve dans mon tempérament. On se ressemble, et pouvoir m’accrocher à ça comble avec une douceur poignante un peu du néant en moi.
Entendre Amaro discréditer le né loup, éclater son piédestal pierres après pierres jusqu'à le rendre minable du fait de ses privilèges me console de ma virée au manoir. L'enthousiasme, la facilité avec laquelle il y parvient a presque quelque chose de comique.

-... Puis je n’aurais jamais vendu un flingue à un péteux sans envergure ! Après ce qu’on a vécu ensemble, ici au Pink, ton entraînement avec le flingue, la bête et la suite moins glorieuse pour moi, mais qui a montré que tu pouvais avoir une ascendance sur moi. Tu as une importance rare à mes yeux Therencio. Alors si un pezzo di merda te fait croire que tu ne vaux rien, j’irais lui fracasser le crâne jusqu’à ce qu’il comprenne ta valeur. Capito ?

Ferme. Franc. Je ne dis rien, groggy de ma crise et de ses histoires et arguments. Mais mes iris dansent doucement sur le gangster qui porte sur moi le regard fier et protecteur qui m'a toujours fait défaut. Alessandro m'avait proposé son amitié, mais c'est plus qu'un camarade que j'ai gagné. Du doigt, il me fait signe de me coucher.

-Je ne suis pas ta madre, mais tu as besoin de dormir.

Pour rien au monde je ne le contredirais ce soir. Je m'exécute, le cœur un peu trouble, et une couette m’atterrit mollement sur le nez.


Impossible de fermer l’œil. L'ardeur communicative d'Aless s'est estompée, les interrogations et l'amertume reprennent mon esprit d'assaut. A la différence que j'ai assez récupéré pour leurs opposer un raisonnement salvateur et ne pas me laisser sombrer à nouveau dans une spirale d'émotions. Je réfléchi au sujet du tableau, de Boston, de Peter. Je pense à Derek et à son étonnement en découvrant la peinture le soir ou je l'avait accueilli chez moi. "Y a un air de famille", avait-il sorti, avant de m'expliquer la spécificité de ces rares lycans capables de revêtir une forme animale complète, comme le pouvait sa mère. De mon entretiens avec Ruby, j'avais compris que qui que soit l'homme derrière, ce devait-être un alpha. Un statut que Peter avait du prendre afin de devenir le monstre qui avait terrorisé Beacon Hills il y a quelques années... Ma virée à Boston m'avait laissé entrevoir diverses pistes avant que tout ne désigne le Hale, mais je repasse mentalement chacune des histoires de loups rouges qu'on m'avait raconté : le loup, trop jeune, qui abritait une déesse solaire, le japonais à la crinière rouge et leader en son temps, l'incongru créature qui s'avère être notre Bête de Gévaudan ressuscitée. Puis le lycan sanguinaire qui a réchappé à l'incendie de sa famille. Je cherche l'indice, la preuve, que ce n'est pas Peter, et que par conséquent, j'ai bien un géniteur à retrouver. J'ai forcément du passé à côté de quelque chose...

A mes réflexions épuisantes se mêlent parfois paisiblement les histoires d'Alessandro. Je rêvasse de son adolescence avec son pater par procuration. Choisir sa famille. Je remue du nez dans l'oreiller, mitigé. Les pères, je les aient rêvé, fantasmé, craint. Jusqu'à comprendre il y a longtemps que j'avais passé l'âge d'adopter une figure paternelle comme un ridicule gamin. Amaro m'a montré qu'il n'était pas impossible de me choisir un substitut pour palier au manque qui me ronge. Mieux encore, il accorde de la légitimité à une telle décision. Il s'est proposé... Je pourrais m'y abandonner, sans honte et sans culpabilité, une cri revanchard contre le grand absent et celle qui m'a privé d'un homme auprès duquel me construire. Mais Alessandro l'a relevé de lui-même : ça ne résoudra pas une part essentielle de mon identité.

Le mouvement dans mon dos m’interpelle. Je me retourne au claquement du zippo et lui vole le bâtonnet qui manque d'effleurer à nouveau ses lèvres. J'inspire en imaginant les volutes blafardes qui s'évanouissent vers le plafond s'infiltrer en sens inverses, danser dans le creux de mes poumons, et à mon tour, je crache un peu de son poison qui rejoint le sien dans un ballet hypnotique. Il y a forcément une preuve que Peter n'est pas celui que je recherche. Peut-être que les histoires de Noah n'était pas la finalité que je devais viser, que je me suis laissé séduire par une mauvaise piste comme lorsque Ruby m'était apparue être le modèle évident du tableau...

- A partir d’aujourd’hui, tu as droit à une consommation gratuite quand tu passes au Pink.

Je plisse des sourcils en inclinant la tête vers lui. Est-ce que c'est sa façon de me consoler? Un pater de perdu, une boisson gratuite offerte? En d'autre circonstance, je me serais moqué. Alessandro Amaro n'est pas un philanthrope. Mais l'idée que sa proposition ne soit pas tout à fait intéresse me séduit assez cette nuit pour la prendre comme telle.

Peut-être que j'ai eu l'air de m'enfoncer encore dans mes élucubrations, parce que c'est un flots de questions qui interrompent ensuite le silence. Des questions qui ne méritent pas vraiment de réponses, mais qui détournent malgré tout mon attention. Il faut croire que la diversion fonctionne...

Il n'y a rien de vraiment nouveau entre Adriann et moi si l'on considère que notre couple à toujours fonctionné sur un principe quasi élémentaire d'attraction-répultion avec une tendance au saccage émotionnel de l'autre. Je le sens distant, et pour cause, je n'ai plus été aussi démonstratifs depuis qu'il m'a avoué ses sentiments. Je n'étais pas prêt pour ça. Mes notes vont et viennent au grès de mon moral. Ça n'a plus été ma priorité depuis le wendigo, la Bête, Peter... même si abandonner si près de la fin du lycée, ce serait trahir mon autosuffisance de toujours. Il n'y a pas si longtemps, en deçà du diplôme, conserver une bonne moyenne c'était prouver que je n'étais pas un cancre, par défis et pour ma satisfaction personnelle. Et puis Amaro à raison lorsqu'il suggère qu'il est temps que Therence Garnet reprennent sa vie en main s'il veut prétendre à un poste de sa trempe. J'écourte la tigette consumée dans le cendrier qui a transvasé de la table de chevet au torse d'Amaro. J'ai réfléchi pour après le bahut. Quoiqu'on pourrait disserter de la questions sur une dizaine de pages, fouiner est un métier comme les autres, et s'il n'y avait pas de cursus adapté à la FAC de Beacon Hills, je n'y aurais pas rencontré le professeur Weizerling... mon appart' n'est pas une référence de luxe, mais il reste abordable. Plus que les chambres du campus si je devait y étudier, il faudra que je me renseigne...

-... Pâlichon?

Je rouvre les yeux sur le patron de bar qui s'inquiète de ma santé. Entre incrédulité, une timide reconnaissance, et une ébauche d'amusement. Je me tourne sur le côté, me cale franchement tout contre lui, et niche confortablement ma tête dans le creux de son épaule. Possessif et sans scrupule. Un câlin presque innocent. Avec Amaro, je profite d'une intimité à laquelle je n'aurais jamais pu prétendre avec l'allemand. Une chasteté filiale, mais sans pudeur...

- Tu me montreras tes progrès au tir.

-Tu sais qui est ton père biologique?


Dès qu'il s'agit de le creuser, Alessandro se montre laconique, avec une irritante manie de répondre sans tout à fait répondre aux questions. Quoiqu'il y ai du avoir quelques dissimulations nécessaires, je sais qu'il s'est souvent amusé de ce savant dosage entre contentement et frustration. C'était presque un jeu, loin de l'indifférence ou des mensonges grossiers que j'ai du essuyer pour m'être montré trop intrusifs avec ma mère ou dans la vie privé d'Adriann. Ce soir il s'est ouvert comme rarement, je ne raterais pas l'occasion de le connaitre et d'appréhender à travers lui les scénarios possibles de ma propres vie.

-T'as été déçu?

Qu'est-ce qu'il a ressenti, lui qui n'a jamais accepter l'homme qui la élevé et qui s'est découvert une autre ascendance? Comment a t-il supporté la comédie de sa mère? Accueilli ce géniteur qu'il méconnaissait?...  
Lorsqu'il a su, est-ce qu'il s'est demandé comment était son vrai père. Combien il était grand. Est-ce qu'il était fort? Est-ce qu'il a hérité ses yeux? Je voudrais entendre le son de sa voix. Savoir ce qu'il boit, ce qu'il aime, quel est son sport préféré. S'il sent le tabac froid et le café...

Mon mego crache un fin filet dans le cendrier. Je rouvre les yeux, je n'ai pas encore terminé. J'hésite. J'ai peur qu'il se braque.  

-Comment tu t'es fait mordre?

Répondra, répondra pas? J'ai peur de relancer le débat, qu'il me pense entêté dans l'idée de devenir un garou. Et au fond, il n'aurait pas encore tout à fait tort. Demain que je serais plus frais, remis de mes émotions, je serais plus à même de reconsidérer ses encouragements et d'admettre la bêtise de mon intention. Et étouffer cette petite voix qui me susurre malgré tout que naître loup, ça aurait pu changé bien des choses...

Je ne sais pas à quel moment j'ai lâché. Mais mes cils ont cesser de battre paresseusement contre le cou d'Aless.


* * *


L'envolée paresseuse d'un rideau dévoile par intermittence des étagères de toiles blanches ou bigarrées, des bustes et des mannequins, des pots de peintures et des livres d'art et d'histoire. Le poil brun et rêches d'un pinceau maculé d'un rouge épais pique mollement le blanc d'une toile, et d'un geste lent et mesurée, retourne dans le pot.

La maitresse se détourne de son chevalet et demande en passant dans les rangs.

-Qui peut m'expliquer la symbolique de la couleur rouge? Garnet?

Mes petits camarades tournent leurs regards sur moi. Je hausse dédaigneusement des épaules.

-La puissance?

-Le rouge est une couleur de contraste. Elle représente la vie et la mort. L'amour et la haine. Très bien les enfants. Maintenant, peignez votre œuf.

Votre œuf?... La consigne est inscrite sur le tableau. Trop loin pour distinguer les lettres. Et devant moi ce n'est pas une toile, mais un œuf blanc renversé, aussi gros que mon visage. Je regarde, perplexe, les fillettes et garçonnets qui s'adonnent à la même tâche simple. Peindre leur visage sur le gros œuf. Et moi, jeune adulte parfaitement intégré dans la classe.

-Allons Therence? Peind! encourage la jeune femme...

Je trempe malassurément le pinceau dans le pot de peinture, visqueuse, écarlate, et hésite à toucher la surface vierge. Le gros œuf à l'envers semble attendre. Alors j'étale mon pinceau poisseux et commence à peindre. Des traits. Un visages... Mais c'est dur, la surface est ronde, je ne maitrise plus les proportions, ni le trait, comment suis-je censé me peindre moi-même sans pouvoir voir mon visage?

-Tu y arrives Therence?

-C'est difficile...

-Continue.

-Mais ça ne ressemble à rien...


Les enfants jettent des regards moqueurs.

-Tu veux être le seul à ne pas finir ton exercice Therence?

Non, je refuse d'être le seul... je ne me ferais pas humilier. Je redouble d'ardeur à peindre, mais ce ne sont que des trainées rouges qui se superposent et dégoulinent salement.

-Mais enfin, ce n'est pas un visage!

-Je ne peux pas...

-Bien sûr que tu peux!

-Non! Je n'y arrive pas! Je ne peux pas! C'est impossible!!!


Je hurle, j'explose, ma voix empli la classe d'un écho assourdissant.
Lorsque je lève les yeux, plus un bruit. Plus un mouvement. Juste un acouphène, une tension qui m’oppresse dangereusement.

L’œuf renversé s'est fissuré.



Je me redresse d'un bond en hoquetant dans le lit d'Alessandro.


* * *


Lorsqu'Amaro se réveille, la place à côté de lui est vide. Je suis dans la pièce d'à coté, à la fenêtre, les yeux rivés sur la flamme de son briquet. Je n'ai pas réussi à me rendormir. J'allume. J'éteins. J'allume. J'éteins. Il a une autre petite flamme, littéralement merveilleuse, dans laquelle je songe à aller me perdre. Mais j'y ais déjà cherché des réponses en vain, et puis, cette petite flamme là ne brûle pas. J'éteins. J'allume. J'aime le mouvement tranquille de la flammèche, toute petite flamme ronde et innocente. J'éteins. J'allume. Elle se reflète dans mes yeux mornes, y révèle une étincelle vibrante.

C'est une main qui vient refermer le clapet du briquet cette fois. Je laisse Alessandro me retirer l'objet des mains et allumer sa cigaretta. Privé de ma distraction, j'émerge vaguement et redresse le nez sur le paysage. Il est tôt, le quartier se réveille tout juste. Le passage d'un chat dans la ruelle en bas, le bruit d'un store qui se lève. Quelques voitures au loin. J'ai regardé la lune se coucher et le ciel noir se délaver, tout doucement, et les premières lueurs chasser la lourde atmosphère nocturne pour un entre deux mystique.
Je daigne porter un regard à l'italien qui s'est installé à côté de moi. Il recrache stoïquement une volute froide et évanescente par la fenêtre.

Pas un mot, juste les sons du matin. Et une sentence.

-Peter n'est pas mon père.

Je l'ai déjà dis. Mais cette fois, ce n'est pas un espoir, c'est une affirmation.

-Je peux utiliser ton téléphone? demandè-je en agitant le mien à l'écran cassé.

Sans réellement attendre sa permission, je vais chercher l'appareil et échange nos cartes sims. Quelques pianotement et caresses frénétiques et je retrouve mes fichiers. J'ai un bref mouvement d'hésitation avant de poser le téléphone sur le rebord de la fenêtre, la peinture qui trône dans ma chambre affichée en plein écran.

Je présente à Amaro le loup de toutes mes obsessions. C'est une peinture aux touches éclatées, une superposition de tons chauds qui ne se veut pas hyperréaliste, mais qui l'est assez pour que Derek ait reconnu un lycan dans cette face animale. La photo ne vaut pas l'original, mais en zoomant, on peut nettement voir que les iris sont sertis de petites tâches ocres et rouges mêlées mais bien distinctes les unes des autres. Sa gueule ouverte laisse apercevoir ses crocs. Mais quant-à savoir si ce loup jappe ou gronde, son expression reste difficile à déterminée, un peu à la manière de la Joconde.
Et c'est là que j'y viens.

-Le loup du tableau n'a pas les yeux bleu.

Je regarde Amaro dans les yeux, ses yeux bruns mais qui en cachent d'autres, résolument glacés, et que je veux... voulais tellement changés.

-Ce n'est pas une figure figée. Imagine que ces touches disparates qui donnent de la dynamique à la peinture, c'est un mouvement qui fait partie intégrante de l’œuvre. Imagine que c'est l'expression de plusieurs phases, des phases de garous. Ces yeux ne sont peut-être pas ocres et rouges, ils sont ocres PUIS rouges!

Ocre bêta ou omega. Rouge alpha. Tous deux mêlés dans un même temps... de la même façon que cette gueule inspire diverses émotions à la fois, comme autant de passades dans une seule vie. Ocre et rouge...

-Mais pas de bleu. Peter à les yeux bleu, il en a hérité en tuant sa nièce pour lui voler son pouvoir d'alpha. Si ce loup est une métaphore, alors un pareil élément n'aurait pas été omit! Hein?

Il y a bien quelques rare touches de bleu chaud, mais résolument rien à voir avec des réfrigérantes criminelles! Je regarde Amaro comme s'il connaissait la réponse. C'est ma preuve! C'est forcément ma preuve...

J'ignore ce qu'il voit. Une réponse crédible à explorer, ou bien une illusion salvatrice pour me permettre de tourner la page.

Mes yeux pétillent malgré les cernes héritées de mes excès de la veille. Aless ouvre enfin la bouche, et en guise de verdict, un gargouillement caverneux retentit. Je reste un peu c*n avant de détourner les yeux en portant une main à mon estomac. Oh. J'ai la dalle...

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MessageSujet: Re: Somewhere over the rainbow [Pv Alessandro]   Mar 8 Mai - 15:34

clickAlessandro & Therencio
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« Da qualche parte oltre l'arcobaleno. »-Tu sais qui est ton père biologique?
- Oui. Depuis peu.
- T'as été déçu?
- Au début non. Puis en réfléchissant oui. Quel enfant peut pardonner l’abandon d’un parent ?


Comment réagir quand on apprend que l’on est le fils de dieu ? Ce fut une explosion nucléaire. Passer de minable rejeton d’ouvrier blanchisseur, à fils du type à qui on baise la main quand on le rencontre, ce n’est pas rien. Le premier jour, j’en ai été grisé, ivre de fierté. Enfin je trouvais ma valeur à la place qui lui revenait de droit. Arès s’était inquiété de mon ego qui s’était gonflé dangereusement.

Après l’euphorie, avait succédé l’amertume. Comme un drogué après un super trip, je m’étais mangé une chute fracassante. On ne m’avait avoué l’inavouable secret uniquement parce que il mio fratellastro, et unique fils légitime de Don Stefano Corleone, s’était fait descendre. Je n’étais qu’une vulgaire roue de secours que l’on sort de la poussière. Je ne saurais rien su, si Frederico était encore de ce monde. Si je suis toujours satisfait de ma réelle ascendance, je n’en reste pas moins vexé que mio padre n’ait pas eu les palle de me reconnaître. Avec son rang, personne n’aurait osé dire quoi que ce soit. Je ne développe pas mes pensées à Therencio. Je lui ai livré l’essentiel, ce qui importe : on est forcément déçu.

Je sens son corps chaud collé au mien. Étrange lien que nous tissons l’un envers l’autre, fait d’estime, d’attraction et de reconnaissance de soi dans l’autre. Une amitié sulfureuse, une parenté à la limite de l’inceste ? J’ai passé mon bras sous son cou et le tiens serré contre moi. Étrange sensation que je n’arrive pas à définir. Est-ce ce lien charnel qu’il existe entre une mère et son petit garçon? Therencio a passé l’âge des câlins, mais il n’a pas reçu sa dose plus jeune. Pas d’homme qui l’aurait poussé à virer les roulettes de son vélo, ou escalader un arbre. Pas de bras solides où se réfugier quand il avait peur, ni senti cette odeur masculine qui rassure. Je me rends compte que même mon padre d’adoption m’a offert ça, alors que j’étais le fils d’un autre.

-Comment tu t'es fait mordre?

Je soupire. Plus têtu que moi le bambino ! Obstiné. Je souris en crachant ma fumée. C’est tout moi en plus jeune. Avec Sonny, je m’étais trouvé un père digne de moi. Je viens de me trouver un fils. Choisir sa famille, c’est ce que font les rebelles et les conquérants. Façonner sa vie et non la subir.

Vautré contre moi, Therencio attend la réponse. Ma morsure, rien de bien glorieux. Un pur hasard je crois, vu que je n’ai jamais pu demander des comptes à cet alpha qui s’est fait descendre avant ma première pleine lune.

- C’était dans une ruelle sombre de L.A. J’avais quinze-sept ans. Je bossais déjà pour l'organizzazione. Je transmettais des messages, des colis, ou faisait le gué. Ce soir-là, je devais réceptionner un colis. Je battais le bitume en attendant mon contact.

Je m’interromps le temps de tirer une bouffée sur ma sigaretta avant de poursuivre. Je lui raconte comment le type qui devait me donner le colis était arrivé en courant comme un fou, la peur au ventre. Une partie de son blouson était lacéré, laissant apparaître ses chairs à vif. Ce qui m’a frappé, c’était la force avec laquelle il tenait ce maledetto colis, alors qu’il se vidait de son sang. Dans son élan de fuite, il m’avait percuté de plein fouet, puis il m’avait lancé le colis en me hurlant de fuir loin et vite. La suite se résume à une paire d’yeux rouges et un grognement bestial. L’alpha s’est rué sur mon contact. Avec le recul, je sais qu’il ne voulait pas le tuer, enfin je le pense. Mais l’autre avait si peur. L’alpha l’a mordu trop précipitamment, trop près de la carotide. L’autre est mort presque instantanément. J’ai tenté de fuir. Espoir dérisoire suivi d’une douleur à l’épaule et mon sang qui imbibe mon t-shirt.

- « Je reviendrai te voir. » qu’il a dit. Mais je ne l’ai jamais revu. Je suis allé donner le colis à Sonny et raconté ce qu’il m’était arrivé. J’imaginais qu’il allait me prendre pour un menteur, mais non. Je n'ai jamais su ce qu'il y avait dans le paquet. Peut-être que c'est ça que visait l'alpha. Je n'en sais rien. Mes premières pleines lunes furent de vrais carnages. Toutefois dans ma rage bestiale, je me suis attaqué aux rivaux du parrain. J’ai gagné des points et on m’a finalement aidé à gérer le loup en moi, en m’envoyant à Phoenix sous la coupe d’un alpha connu de la famiglia à mes dix-sept ans.

Therencio dort depuis un moment, pourtant j’ai raconté mon histoire jusqu’au bout, comme un père qui veille sur le sommeil de son fils en le rassurant avec le son de sa voix.

(…)

C’est le claquement de mon briquet qui me réveille. Je m’étire, les yeux encore fermés. Ma main rencontre le vide. Je suis seul dans le lit. Le bambino est près de la fenêtre, en pleine introspection, le regard hypnotisé sur mon briquet.  Je cherche mon paquet de sigaretta qui a dû tomber sur le sol, car je ne le vois plus sur la table de nuit.  Je m’assois sur le bord du lit et glisse une tige de nicotine entre mes lèvres. J’ai besoin d’un café aussi. Doucement, je récupère mon briquet des mains de Therencio et allume ma première sigaretta.

Je m’installe à côté de lui sur le rebord de la fenêtre et regarde la ville s’éveiller. Je ne dis rien. Y a rien à dire et je ne suis pas causant le matin.

-Peter n'est pas mon père.
- Va bene.


Son ton est affirmatif. Je ne sais pas quelles conclusions l’amènent à ce constat. Cela serait aussi bien que ce type ne soit pas son padre. Un ouvrier est cent fois préférable à ce psychopathe en laisse.

-Je peux utiliser ton téléphone?

En toute réponse, je crache ma fumée. Therencio va se servir lui-même. Il échange les cartes sims et s’affaire sur mon téléphone pour finalement afficher une image. Je hausse un sourcil devant cette croûte qui représente un loup. D’où, il y reconnaît un géniteur ? Mais soit, j’accepte l’information comme un dogme. J’observe l’animal. Peu de lycans ont accès à la transformation totale. Therencio affirme que Hale, le neveu, pas le cinglé, y a reconnu un lycan. Je ne connais pas personnellement Derek Hale, mais de réputation.

-Le loup du tableau n'a pas les yeux bleus.

Le bambino me fixe, scrute mes prunelles sombres qu’il sait cacher un bleu étincelant. Il m’explique les nuances qu’il trouve sur la peinture et qui l’amène à exclure Peter Hale des prétendants au titre de padre.

- Imagine que c'est l'expression de plusieurs phases, des phases de garous. Ces yeux ne sont peut-être pas ocres et rouges, ils sont ocres PUIS rouges. Mais pas de bleu. Peter à les yeux bleu, il en a hérité en tuant sa nièce pour lui voler son pouvoir d'alpha.
- Sympa la famiglia…
- Si ce loup est une métaphore, alors un pareil élément n'aurait pas été omit! Hein?


Il veut mon avis. Il veut une réponse rassurante, celle qui lui assure que Peter n’est pas son padre. J’ouvre la bouche, mais c’est mon estomac qui répond. J’esquisse un sourire d’excuse et jette mon mégot par la fenêtre.

- Ta madre a dû mettre beaucoup d’elle en peignant ce tableau. Si ce loup était un meurtrier, cela nous apparaîtrait avec évidence, or ce n’est pas le cas.

Je me suis rapproché du bambino et l’attire à moi, une main contre sa nuque. Notre différence de taille fait que son nez vient se placer juste sous mon oreille. De ma main libre, je lui ébouriffe doucement le crane. Il se laisse faire, comme un chaton heureux de la moindre caresse. Après une hésitation, ses mains viennent se nouer sur mes reins. Je finis par poser mon menton sur le haut de son crâne.

Je me sens bien ainsi. Therencio n’est pas mon amant. Le jeu coquin qui m’avait amené à le toucher relevait plus du bizutage ou d’une épreuve d’intégration que de quelque chose de vraiment sexuel. Il n’est pas non plus l’un de mes hommes, même s’il se perfectionne à l’arme à feu et que son caractère en ferait un bon élément dans mon organizzazione. Il est important pour moi. Simple constat qui me chauffe le cœur et me rend perplexe sur les conséquences. Mon pouce a glissé sur sa nuque et frotte ses cervicales.

- On va le trouver ton padre. Et s’il s’avère être à la hauteur de tes espérances, je te dirais addio e buona strada. Dans le cas inverse, je t’adopte. Sei d'accordo? Il est peu vraisemblable que j’ai un jour un fils, donc la place est vacante.

Je m’écarte et le libère de mon étreinte. Dans la nuit, mes propos allaient déjà dans ce sens, sans forcément me désigner comme padre potentiel. « Choisis toi une famille à défaut de ce que la vie t’a privé. » Ma proposition est claire. Mon regard posé dans le sien, lui affirme que j’accepte le rôle pour le pire et le meilleur.

- Si tu veux t’engager dans  une vie « honnête », je l’aiderai. Si tu veux suivre le même chemin que moi, idem. Mais quel que soit ton choix, je vais t’apprendre à te défendre, des autres, de la vie. Tu as manqué d’amour paternel, mais tu as également loupé les paires de claques qui vont avec. Je te promets l’un et l’autre.

Je lui offre mon plus beau sourire, arrogant et fier. Therencio riposte de la même façon. Nous sommes de la même trempe.

- On s’habille avant de descendre car Dan va bientôt arriver. Tu pioches dans mes t-shirts, et par touche à mes chemises !

Entre Jansen, Janice et lui, je finis par ne plus rien avoir à me mettre. Je glisse un regard en coin au bambino. Si je prends en main sa vie, va falloir aussi l’habiller. Son style est correct, mais faute de moyens ses fringues commencent à fatiguer. Figlio mio doit être le plus beau ! Je sifflote une chanson italienne et vire mon bas de pyjama. Sans aucune pudeur devant ma nudité exposée, je prends un boxer propre dans le tiroir et m’habille.

(…)

Dan est en train d’installer les chaises et les tables sur la terrasse, pendant que Sophie met en route le bar. Je l’ai avancé dans son travail en mettant en route les percolateurs. Il faut qu’ils montent en pression et en température. Les premiers cafés ne sont généralement pas au meilleur de leur qualité. Ce sont ceux-là qui me font office de petit déjeuner. J’ai investi la cuisine de Charlie et préparé des œufs brouillés et du bacon grillé. Therencio est assis en vis-à-vis sur un haut tabouret. Il n’a encore pas clairement répondu à mon offre. Je dispose une assiette fumante devant son nez.

- Alors ? Je te préviens, je serai chiant comme peut l’être un daron. Mais je te promets que personne n’ennuiera figlio mio sans y perdre des plumes.

La famiglia est à mes yeux une institution avec des rôles bien définis, où les mots respect, sécurité, attention et amour ne sont pas prononcé à la légère. Alors que le bambino joue avec sa nourriture du bout de la fourchette, j’attaque mon quatrième café.


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Therence Garnet

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MessageSujet: Re: Somewhere over the rainbow [Pv Alessandro]   Mar 22 Mai - 1:46



True blue
Le loup du tableau n'a pas les yeux bleu.

Ce lycan se démarque des autres parce que son pelage est représenté carmin et ses yeux composés de deux couleurs. Il y a longtemps j'y avais vu, à tort, les paillettes couleurs métal si particulières que Ruby a hérité de son pays avant de me focaliser sur l'éclat vif et exclusif à un alpha, obnubilé par le feu de sa fourrure et tous les éléments qui en faisait l'incarnation presque évidente de Peter. Je n'avais pas deviné jusque là qu'il fallait peut-être regarder le portrait avec un point de vue différent.

Cette nuit j'ai voulu faire d'Amaro mon Loup Rouge, mais lui s'est obstiné à conserver la couleur glace de ses iris et son statut d'omega. Et c'était peut-être ça, mon déclic, en fin de compte. J'ai enfin compris. Je m'emballe. Ces touches disparates qui donnent de la dynamique à la peinture, c'est un mouvement qui fait partie intégrante de l’œuvre... Ce sont deux loups en uns, une bête qui sourit et qui grogne, qui joue et qui attaque, à la face intacte qui flamboie, vivante. C'est une dualité, un cycle : un avant et un après! Le bêta ou l'omega qui devient l'alpha... le déroulement d'une parcelle de vie.

Je la tiens, ma preuve que mon géniteur n'est pas le monstre au yeux bleu. Un indice au moins, un quelque chose à quoi m'accrocher!... Je scrute avidement Alessandro, comme s'il était en mesure de pouvoir approuver. Je peux pas patauger éternellement dans le noir à me lamenter pour un monstre qui ne mérite que mon indifférence, j'ai besoin d'une piste, un espoir que je ne puisse pas nier...

- Ta madre a dû mettre beaucoup d’elle en peignant ce tableau. Si ce loup était un meurtrier, cela nous apparaîtrait avec évidence, or ce n’est pas le cas.

Ouais. Ouais, il a raison! Ma mère n'aurait jamais peint le portrait d'un psychopathe, puis si ces yeux sont dépourvus de bleu glace, c'est bien la preuve que ce n'est pas un mauvais l-
Alessandro m'attire soudainement tout contre lui. Mon cœur affolé s'emballe un instant, perdu, avant de ralentir petit à petit et se calquer sur le mouvement apaisant de ses doigts dans mes cheveux. Il me retient d'une main douce mais ferme sur la nuque. Réelle et tangible. La tension déserte mon corps et les doutes mon esprits. Et je me laisse aller... Je ferme les yeux en nichant le nez dans le creux de son épaule, verrouillant mes mains dans le bas de son dos. Mon cœur se gonfle avec un peu de résistance, comme un ballon de baudruche, au contact de son corps imposant et qui m'enveloppe avec la promesse de ne pas me lâcher.

- On va le trouver ton padre.

Je resserre mon étreinte et respire à plein poumon dans son cou pour retenir un sentiment pénible de m'envahir. Si c'est un pieux petit mensonge je ne veux pas le savoir, c'est si bon d'être soutenu...

-Et s’il s’avère être à la hauteur de tes espérances, je te dirais addio e buona strada. Je fronce les sourcils et me redresse, piqué par l'idée qu'il puisse s'effacer comme s'il n'était qu'un vulgaire remplaçant. Dans le cas inverse, je t’adopte. Sei d'accordo? Il est peu vraisemblable que j’ai un jour un fils, donc la place est vacante.

Il se détache doucement sans me quitter des yeux. Je cligne bêtement des miens, sans voix.
Il me propose son soutient et me promet la sécurité. Je n'ai plus l'âge d'être adopté, mais l'acte aussi symbolique soit-il, revêt une importance incommensurable pour l'orphelin que je suis. Je n'étais plus un enfant quand ma mère est partie, mais pas encore un adulte, j'aurais du gagner ma liberté et je l'ai subit. En m'acceptant comme le fils qu'il doute d'avoir, l'italien suppose de me transmettre un héritage, lui, l'homme accompli, le fascinateur, l'intouchable. Je n'hériterais pas son nom, ni son histoire, mais d'un enseignement qui me fera devenir un homme solide pour faire face aux épreuves de la vie, et respectable aux yeux des autres. Une vague de reconnaissance et de plénitude sans précédent déferle en moi. Je suis obsédé par une chimère, mais Alessandro est bien là, lui. Le père que je n'ai jamais eu, la famille sur laquelle je puisse compter. Quoi que la vie me réserve, ses bras me seront toujours ouverts. Je ne suis plus tout seul.
Sans demi-mesure, il me promet de l'affection, mais des limites aussi. Le parrain s'y projette déjà, et rayonne avec force et assurance, affirmant qu'il à les épaules pour endosser une telle responsabilité.

La faille en moi gorgée par ses promesses, je me laisse convaincre et lui renvoie son sourire, les yeux qui pétillent affectueusement et d'enthousiasme d'envisager le début d'une aventure mille fois rêvée mais encore inédite. Je doit-être en train de rêver...

- On s’habille avant de descendre car Dan va bientôt arriver. Tu pioches dans mes t-shirts, et par touche à mes chemises !

-Je te le rendrais, ton t-shirt. me marrè-je doucement en faisant quand même défiler ses chemises, pour le plaisir des yeux. Par contre, je veux récupérer la chemise rouge. J'y tiens.

Ce vêtement est plus qu'un vêtement chic remporté pour avoir suvécu aux malices d'un mafieux, ou une couleur à exhiber comme un emblème. J'avais besoin de courage pour affronter Peter la veille. J'avais besoin de revêtir la peau d'un autre pour y puiser de la force. Les super-héros ont une cape, les guerriers des peaux de bêtes. Moi, j'avais la chemise d'Alessandro... C'est la manche vide mais imprégnée du loup à laquelle je me suis accroché dans mes moments de solitude. Je me perd dans la contemplation de ses vêtements tout imprégnés de lui dans le placard. Même quand elle aura perdue son odeur, elle restera par essence le tissue qu'a porté un jour le redoutable et irrésistible animal...

Un morceau de chair se faufile dans mon champs de vision, emporté par quelques notes. Mon regard glisse instinctivement sur la reliure de muscles qui se baladent sans pudeurs à travers la pièce avant de rouler ailleurs sur une impulsion vertueuse et piocher un t-shirt simple, en essayant de mesurer mon exaspération et la douce euphorie qui étire mes lèvres et fait palpiter mon coeur au rythme enjoué de sa chanson. Sa bonne humeur est contagieuse. Je déploie un tissue du placard. Aujourd'hui, ce sera un t-shirt blanc, une page vierge sur laquelle débuter un nouveau chapitre.


* * *


Le Pink Print se réveille activement. Je suis le patron de bar à l'étage au dessous en me demandant ce que pourraient penser ses employés s'ils me voient quitter les appart' du boss au petit matin et avec une de ses fringues sur le dos. Et pourtant, cette nuit, nous n'avons rien à nous reprocher. J'espère au moins ne pas avoir l'air d'un chiot égaré qu'on aurait récupérer sur le pas de la porte, songè-je en redisciplinant nerveusement mes cheveux par réflexe. Je m'installe sur un tabouret et étouffe quelques bâillements pendant qu'Amaro s'affaire en cuisine. Ses gestes routiniers qui ne font plus parti de mon quotidien de gamin solitaire m'hypnotisent, et je me repaît de l'illusion d'un semblant de vie de famille qu'ils m'apportent. C'est étrange... sérénisant. Aujourd'hui, je n'ai pas à rougir de regarder Alessandro avaler son café avec le sentiment de m'approprier son image comme un voleur.

Une assiette alléchante atterrit sous mon nez.

- Alors ? Je te préviens, je serai chiant comme peut l’être un daron. Mais je te promets que personne n’ennuiera figlio mio sans y perdre des plumes.

-Ne me traite pas comme un gamin, je peux me défendre tout seul... grimacè-je un sourire indubitablement touché mais un peu gêné aussi. J'ai passé l'âge d'être chaperonné. Et puis si j'ai vraiment de très gros ennuies... je peux compter sur Ace.

Je lève la main, index et majeur joints et le pouce en l'air. Ace, mon flingue qui a hérité son petit nom, comme ma Harley.
En me refilant un pistolet, il ne m'a pas reléguer à l'état de gamin qui se doit d'être défendu par plus fort que lui, il m'a offert la possibilité de me protéger par moi-même. J'avais apprécié cette attention chez lui, et je tiens à le lui rappeler. Je m'en suis toujours sorti seul, et c'est que j'y tiens, à mon indépendance! Je ne veux pas qu'il s'imagine que je vais subitement me reposer sur lui comme une petite chose fragile, que l'épisode de la veille va se reproduire, ou qu'il doivent être sur mon dos, et... surtout je ne suis pas tout à fait familier avec ce qui est en train de ce passer...

Il attend une réponse. Si l'adoption n'a rien de concret, Amaro prend la chose avec le sérieux d'une transaction, sincère et confiant. Mais passé l'émotion, moi j'ai besoin de me poser une minute et réfléchir sérieusement à la situation.

Et si sous ses airs de loup, je m'étais attiré un papa poule? C'est un débordement d'amour et de promesses un peu soudain. J'ai passé ma vie à manqué d'un daron, j'ai... projeté sur lui le paternel idéal, mais le passage entre le fantasme et la réalité m'apparait de plus en plus tangible, et c'est... bizarre. Je ne veux pas perdre son amitié pour une paternité illusoire et risquer de m'attacher à un mirage, ou que lui m'impose une présence trop concernée ou les attentes démesurées d'un gangster pour sa progéniture comme cet échange futile et bienveillant mais malgré tout un début de rapport de force, y tendait...
Ma fourchette reste en suspend au milieux des œufs brouillés lorsque je suis frappé d'un air de déjà-vue. Je suis en train de reproduire la même erreur qu'avec Adriann... Résister, prendre la fuite devant son affection, et me condamné à une solitude plus grande. Pourtant, la solitude je connais. L'amour que l'italien veut m'offrir en revanche m'est inconnue.

Non, Alessandro n'est pas une cage humaine. C'est seulement qu'il aime à l'italienne, avec force et exubérance. Et je ne pourrais jamais me plaindre de ça. A Boston où l'on m'a raconté les histoires de loups que j'imaginais pouvoir être le mien, j'avais assimilé non sans fierté que mon père était une légende. Aujourd'hui, le chef de la pègre de Beacon Hills me prend sous sa coupe. C'est juste que j'ai du mal à réaliser, on dirait un p*tain de rêve! Et le propre des rêves, c'est d'être faux et éphémères et s'écouler entre les doigts...

Je cesse de jouer avec ma nourriture et contemple l'italien qui se ressert un café en prenant la pleine mesure de son offre. Je ne suis pas le seul à envisager que cette relation ne soit que passagère.

-Aless?...

Je m'adoucit en repensant à ce qu'il m'a soufflé plus tôt.

-Quelqu'un m'a dit que "tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé". Toujours.

J'insiste sur le dernier terme en le regardant bien dans les yeux.

-Même si je retrouve mon géniteur, et même s'il devait-être mille fois mieux que mes espérances, j'imagine pas une seconde de t'oublier après tout ce que tu fais pour moi. ...et tout ce qu'il représente à mes yeux. Et puis, ça marche dans les deux sens : moi aussi, je suis responsable de toi. Intégralement. déclarè-je avec la même fermeté avec laquelle il m'impose ses règles, en revenant à mes œufs et mon bacon dont j'avale une pleine bouchée.

Je suis responsable de lui, qu'il le veuille ou non.

-Tu te proposes d'être un père pour moi. Considère que je suis ton...

Je réfléchis. Il se propose d'être un père de substitution, un parrain. La logique m'invite à me poser dans le rôle de fils, mais ce serait me réduire au respect et à l’obéissance, et il est hors de question que je me restreigne à ça. Pas du tout mon genre. Non, moi je lui propose d'être son... son...

-... gardien. Je lève les yeux sur lui, un sourire pleinement satisfait au lèvres. C'est ça. On est les gardiens l'un de l'autre.

Gardien, ou guardian en anglais. Un mot qui désigne à la fois le protecteur, mais aussi le tuteur.

Bien sûr, je le vois venir que le grand Alessandro Amaro n'a pas besoin d'être gardé! Mais en réponse, je lui oppose un regard lourd et incrédule.

-Comment ça se passe les sorties de ton loup?...

Je fait tourniquer ma fourchette et croque dans le morceau de bacon qui y pend, sans retenir un petit air triomphant.

La voilà ma réponse. Moins plaisante que se voir proposer un daron quand on est orphelin, je le conçois, mais à chacun ses exigences.

-La bête féroce et incontrôlable que t'es devenu aux égouts est un sacré danger. Pour les autres, mais aussi pour toi.

Si l'ombre qui durci mon regard et la fourchette qui le pointe ne lui suffisent pas, peut-être que la nervosité que me provoque ce souvenir l'atteindra malgré lui.

-Brian était sur le point de te shooter pour tous nous sauver du loup en cas de dérapage. Et si tu veux vraiment jouer ton rôle, alors tu as plutôt intérêt à rester en vie. Et a être fiable. Ça me parait être des conditions de base. Non?

A mon tour, je guette un assentiment chez le lycan. Il le sait, il l'a dit : on se ressemble. Je ne lâcherais pas le morceau, et s'il rechigne à ce que je veille sur lui, il peut s'attendre à ce qu'à mon tour je réévalue son offre. Je ne suis pas un affamé affectif prêt à lui sauter dans les bras sous le prétexte qu'il m'offre de quoi combler mon manque paternel. Peut-être que je suis trop vieux, ou trop longtemps mis à l'écart par ma daronne, ou simplement trop fier, mais s'il espère que ça fonctionne, cette relation ne se basera pas autrement que sur un échange.

-Je peux t'aider. soufflè-je.

... Alors?

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MessageSujet: Re: Somewhere over the rainbow [Pv Alessandro]   Jeu 24 Mai - 17:16

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« Da qualche parte oltre l'arcobaleno. »- Alors ? Je te préviens, je serai chiant comme peut l’être un daron. Mais je te promets que personne n’ennuiera figlio mio sans y perdre des plumes.
- Ne me traite pas comme un gamin, je peux me défendre tout seul... J'ai passé l'âge d'être chaperonné. Et puis si j'ai vraiment de très gros ennuis... je peux compter sur Ace.
- Ace ? Cosa ?


Le bambino simule un flingue avec sa main. Je secoue la tête autant amusé que blasé.

- Non sei serio ?


Faut croire que si. J’attaque mes œufs brouillés en attendant sa réponse. Il tergiverse, je ne le brusque pas. Il n’y a rien d’officiel dans ma proposition. Cela serait d’ailleurs difficile de légaliser cette adoption alors que je suis célibataire. Je serre la main de Dan qui passe à côté de nous.  Le vieux serveur garde ma main dans la sienne quelques secondes. Il me fixe avec gravité, puis glisse un regard vers le bambino. Je comprends son message. Je ne dois pas faire n’importe quoi avec Therencio. Dan est le papa poule, le grand-père bienveillant, l’oncle chaleureux. C’est le genre de type qui ne parle pas beaucoup, mais qui est fin observateur. Il a compris que le lien qui me relie à Therencio a changé. Je hoche imperceptiblement la tête. Message reçu.

-Aless?...
- Sì ?
- Quelqu'un m'a dit que "tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé". Toujours.
- Cela provient du conte philosophique de Saint Exupéry, non ? Cela peut se résumer à « assumer la responsabilité de tes actes et de tes décisions », en se focalisant sur l’amitié et l’amour.


Il a insisté sur le mot toujours. Une drôle sensation naît dans mon ventre. Comme si des papillons naissaient, mais rien à voir avec une émotion sexuelle. Ce toujours renvoie à un autre mot tout aussi absolu : amour, qu’il soit amoureux, amical ou familial.

- Même si je retrouve mon géniteur, et même s'il devait-être mille fois mieux que mes espérances, j'imagine pas une seconde de t'oublier après tout ce que tu fais pour moi.

Je pose ma fourchette et m’essuie les lèvres.

- Realmente ? Cela me touche.

Mais que sera ce serment, si nous trouvons son géniteur ? Non, il ne m’oubliera pas, mais nous perdrons la connexion que nous avons là. Je ne pourrai plus prétendre qu’il est figlio mio avec toutes les prérogatives que cela inclus. Je crois que je deviendrai jaloux de son vrai padre.

- Et puis, ça marche dans les deux sens : moi aussi, je suis responsable de toi. Intégralement.

Étonné et intrigué, je lève un sourcil. C’est vrai que je n’avais pas vu la bijective.

- Tu te proposes d'être un père pour moi. Considère que je suis ton...
- Mon ?


Mes lèvres s’élargissent dans un sourire taquin. Que va-t-il m’inventer là ?

-... gardien. C'est ça. On est les gardiens l'un de l'autre.

Gardien ? Il veut garder mes affaires, ma voiture ? Me seconder ? Mais pour ça, il lui faut quelques années de vol dans mon sillage.

-Comment ça se passe les sorties de ton loup?...
- …


Il piccolo bastardo ! Je soupire, exaspéré, mais mon agacement est de courte durée. Ce bambino, c’est moi. Malin, exalté, entier. Beau joueur, je souris en hochant la tête.

- C’est parfois le bordelo, depuis que Jansen…

Le danseur est toujours mon amant, il reste souvent les soirs de pleine lune, mais il n’a plus autant d’effet sur le loup qu’avant.

-La bête féroce et incontrôlable que t'es devenu aux égouts est un sacré danger. Pour les autres, mais aussi pour toi.
- J’en suis conscient Therencio. Mais ce n’est pas comme si je pouvais ranger le loup dans une niche ou lui mettre une muselière.
- Brian était sur le point de te shooter pour tous nous sauver du loup en cas de dérapage.
- Je suis même étonné qu’il n’ait pas profité de l’occasion pour m’abattre…


O’Conner… Même si mon loup était concentré sur l’aura d’alpha de Will’, j’ai senti sa détermination. Il avait déjà pressé la détente de son arme de service jusqu’à mi-parcours. Je me souviens très bien du clic particulier que son arme a émis quand il a relâché sa pression et que moi je me mangeais le sol pour l’ultime fois sous les coups de Will’. Ce couillon de Shepherd, s’excuse encore de m’avoir tabassé. J’allais le tuer bordelo, et lui s’excuse…

-Et si tu veux vraiment jouer ton rôle, alors tu as plutôt intérêt à rester en vie. Et à être fiable. Ça me paraît être des conditions de base. Non?

Je regarde Therencio, et j’y vois plus qu’un figlio, je vois LE figlio, celui qui prend la relève quand son padre met un genou à terre, celui qui prend les rênes de la famiglia quand les circonstances l’imposent.

- Je peux t'aider.
- Accetto !


J’ai posé mon coude sur la table et lui tend la main, un peu à la manière d’un bras de fer. Il complète ce pont de chairs et d’os qui enjambe nos assiettes.

- Dépêche-toi de manger, tu vas être en retard pour le lycée.

Il braille des “t’es pas ma madre”, et affirme que ses cours ne commencent qu’à dix heures. Nous échangeons des banalités en terminant nos assiettes, comme si nous étions une famiglia depuis toujours. Pas besoin de se forcer, ni lui, ni moi. Après m’être choisi un padre digne de mon estime, voilà que j’ai trouvé le figlio digne de me suivre, de me dépasser. Quand Therencio quitte le Pink, je prends mon téléphone et appelle Will’.

- Will’ ? Tu pourrais me faire passer l’emploi du temps de Therence et m’avertir quand il a un prof absent ? Et veiller sur lui quand il est au lycée ? Je te paie en consommations.
- Pourquoi ?
- Je suis son nouveau padre.
- Oh ! Félicitation. Tu n’as pas choisi le plus calme. Je t’envoie ça.


Will’ se fout encore un peu de ma gueule avant de raccrocher.

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