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  La théorie des fractales

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Chad Wilder

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MessageSujet: La théorie des fractales   Sam 6 Déc - 17:41

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Chad Wilder

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MessageSujet: Re: La théorie des fractales   Sam 6 Déc - 17:42





La théorie des fractales




Le soleil faisait un jeu de lumière avec les rideaux qui étaient mal fermés, laissant filtrer un pinceau de lumière où s’accrochait la poussière qui volait lentement. J’aimais le calme de ma chambre, Je n’avais cours qu’à dix heure. J’avais donc le temps d’émerger totalement du sommeil car il était très tôt. Du regard, je suivais une particule qui brillait dans cette raie de lumière. Elle dansait une chorégraphie aléatoire pour finalement disparaitre dans l’ombre. Depuis que j’étais revenu du Mexique, je ne m’étais pas senti aussi bien qu’à ce moment présent. La soirée d’hier soir aurait pu tourner au drame si Maxence n’avait pas été là. Mais la crise de panique était loin.

Une main se déplaça sur mon torse, Mick bougeait dans son sommeil. Sentir sa chaleur contre moi était apaisant. Son souffle régulier chatouillait mon cou. Le poids de son bras sur moi avait ce côté rassurant que je ne pensais jamais retrouver un jour. Je ne bougeai pas pour prolonger ce moment de quiétude, cet instant de bonheur absolu. Si nous n’étions pas partis dans des ébats fougueux, car c’était encore délicat pour moi, j’avais néanmoins réussi à le laisser s’approcher pour qu’il dorme là, lové contre moi, me serrant contre lui. Ses bras protecteurs… comment avais-je pu vouloir m’en passer ? Oui, Mick était venu me retrouver à la fête.

***

Quelques heures auparavant…

Je venais de laisser Maxence en bas de sa résidence étudiante et pensais rentrer directement chez moi. La soirée avait été éprouvante. J’avais fait une crise de panique au milieu de la fête. Heureusement Maxence avait réussi à me sortir de là et m’empêcher de commettre l’irréparable ensuite. La discussion à cœur ouvert qui avait suivie, m’avait calmé et aussi permis de relativiser un peu. Je devais gérer cette peur panique qui me hantait depuis ma délivrance. Et se faire un ami comme cet étudiant était, je le pensais, une bonne chose, une manière d’aller de l’avant, et de continuer à vivre. Je devais le revoir le lendemain au gymnase avec l’équipe de handball. Cela me forcerait à m’ouvrir vers l’extérieur, éviter ce repli instinctif sur moi-même.

En passant aux abords de la fête, mon cœur s’était emballé en sentant l’odeur de Mick puis en apercevant sa silhouette. Il était finalement venu. Il n’avait pas répondu à mon message et j’avais finalement pensé avec tristesse qu’il ne viendrait pas, que c’était encore trop tôt. Venir me voir chez Ruby était une chose, se voir seuls ailleurs, en était une autre. Il se retourna suite au texto que je venais de lui envoyer, lui disant que je me trouvais juste dans son dos, non loin. Alors que l’on s’avançait l’un vers l’autre, je me sentais intimidé, comme lors d’un premier rendez-vous. Je lui souris gauchement et me grattai la tête embarrassé. Je ne savais pas comment agir, ni comment le saluer. Cela semblait être un peu le même cas du côté de Mick qui me demanda si je voulais entrer dans la salle où la fête se tenait. Je ne pus retenir une moue, le souvenir de ma crise de panique me gâchait l’idée de m’amuser et d’arriver à me lâcher totalement. Cependant avec la présence de Mick à mes côtés, je me sentais capable d’affronter mes angoisses.

- Comme tu as envie, dis-je.

Mick me demanda ce que j’avais fait de mon filleul. Je lui expliquai dans les grandes lignes ce qui m’était arrivé. Je restais évasif sur les aveux du télépathe par respect pour sa confiance. Ma gêne quant à ma perte de contrôle lui fut perceptible. Et naturellement, il me serra dans ses bras. Ce fut le signal, comme si on ouvrait un barrage, je m’agrippai à Mick comme à une bouée de sauvetage. Toute la tension de ces derniers jours se déversa brusquement, tous ce que j’avais contenus pour faire bonne figure coulèrent dans ces larmes que j’avais retenues au maximum. Je n'avais eu jusque là que peur et haine dans mon cœur.

- Pardon, murmurai-je dans un reniflement guère élégant.

La main de Mick sur ma nuque, ses bras qui me serrent, ses mots rassurants arrivèrent à fermer l’écluse de cet abandon lacrymal. Il me prit la main et m’invita à aller marcher un peu. J’avais l’impression que l’on devait de nouveau s’apprivoiser mutuellement.



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Mickael Wayne
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MessageSujet: Re: La théorie des fractales   Sam 6 Déc - 17:42


La théorie avant la pratique




Le message qu’affiche mon téléphone me fait ralentir le pas. C’est Chad qui m’a écrit. J’étais venu le voir chaque jour pendant son rétablissement mais, pour la première fois depuis longtemps j’en ai l’impression, c’est lui qui prend contact avec moi. Je souris à qui voudra bien le voir. Pourtant je suis seul. Je rebrousse chemin. Je n’ai pas les mots pour lui répondre et j’éprouve soudain des doutes. Dois-je accepter si rapidement ? Faire table rase ? Il m’avait blessé…mais aimer c’est donner à l’autre le pouvoir de faire souffrir. Et il m’avait aussi apporté du bonheur. La joie d’avoir reçu un message de sa part laisse néanmoins place au doute. J’irais peut être à cette soirée mais je choisis de ne pas l’en informer.

Après avoir passé l’après-midi avec James, fouillant les documents récupérés à Boston, je suis satisfait de la faible avancée que nous avons effectuée. Un début de piste. Ou plutôt un chemin étriqué et sinueux qui nous mènera je ne sais où. Je me prépare à rejoindre Chad et choisis une nouvelle chemise bleue foncé dont le style décontracté contraste avec la coupe ajustée d’une tenue chic. C’est ainsi que je finis par garer la Camaro sur le parking de l’université, le plus loin possible du « boum boum » qui m’indique l’endroit où se tient la soirée. Dans la nuit, les premières voitures servent souvent d’urinoir ou de camouflage pour régurgiter plus ou moins discrètement l’alcool consommé avec excès.

Je marche lentement dans les environs quand je sens mon téléphone vibrer dans ma poche. C’est un nouveau message de Chad : « à cinquante mètres dans ton dos », message qui me fait me retourner. Il est là, juste derrière moi. Je suis persuadé qu’il se sent hésitant et gêné. Parce que je suis exactement dans le même état. Pourtant, de nous deux, il est celui qui a abandonné. Sa timidité est justifiée mais pourquoi suis-je également embarrassé ?

La scène se déroule dans ma tête. J’avance d’une démarche assurée jusqu’à lui, place une main sur ses reins et l’autre dans ses cheveux. Mes lèvres rencontrent les siennes sans attendre. Comme une libération. Des retrouvailles chaleureuses. Mais nous ne faisons rien de tout ça. Nous nous contentons de nous rapprocher doucement. Je remarque enfin son sourire crispé et essaie de lui transmettre de la tendresse dans mon regard. Il fixe mes yeux comme pour se souvenir de leur particularité.

- Tu veux qu’on aille à l’intérieur ? Demande-je pour couper court à notre embarras mutuel.

- Comme tu as envie, dit-il.

Sa véritable réponse s’affiche sur son visage. Il a plutôt besoin de calme et d’intimité. J’incline la tête pour l’inviter à nous éloigner. Ensemble.

- Tu ne devais pas être avec ton filleul ce soir ? Questionne-je pour relancer la discussion.

- J’étais avec lui avant que tu arrives. Il est rentré là, dit-il avant de m’expliquer ce qui s’était passé.

Il marque un temps d’arrêt, troublé de m’avouer qu’il a failli perdre le contrôle. Je ne peux le blâmer après toutes ces choses horribles qu’il a vécues. J’ai envie de le serrer contre moi mais l’ombre de sa réaction sauvage au Mexique me revient à l’esprit. Ce geste de refus m’avait blessé encore davantage. Puis j’avais compris ce qu’il avait enduré. Je n’hésite donc plus et l’enveloppe de mes bras, souhaitant lui transmettre ma compassion, comme une chaleur réconfortante.

Ses défenses lâchent. Il manque de s’écrouler mais ma force se fait sienne. Je le retiens, le plaque un peu plus contre moi, le laissant s’imprégner de ma présence.

Ses larmes s’échappent. Et avec elles, la peur, l’amertume, la colère… Elles laissent dans leur sillage le pardon et l’espoir. Comme le terreau d’un meilleur avenir qui a besoin de pluie et de soleil. Je serais le sien. Un soleil, un phare dans l’obscurité, une étoile dans ses nuits. Je suis et serais son ancre. Stable et aimante. Pour nous. Parce qu’il sait encore être là, qu’il existe et vit près de moi. Parce que malgré tout ce qui est arrivé, je l’aime éperdument.

- Pardon, murmure-t-il.

- Ça va aller, souffle-je avec réconfort.

Le temps arrange tout. Par petites touches, sans grand coup de pinceau de couleur sur la toile noire de nos peines, mais de jour en jour un nouvel avenir se dessine. Mais si ça ne revenait pas comme avant ? Car peut-être que les choses ont changé. Oui, elles ont changé. J’ai changé. Et lui aussi. Depuis le premier jour, nous avons mûris. Et nos sentiments ont évolué. Nous ne pouvons pas revenir en arrière ni faire comme s’il ne s’était rien passé. Nous pouvons être différents. Aucun amour est identique, on aime jamais de la même manière. Et je suis sûr de pouvoir vivre une histoire avec Chad. Une histoire qui vaut la peine d’être vécue. Notre relation avait débuté d’une manière peu ordinaire puis partager le cœur de Chad n’avait pas été évident. Maintenant, nous pouvons décider qu’il en soit autrement.

Après avoir fait le tour du parking, je lui propose de rentrer chez l’un ou chez l’autre. Je lui dis clairement que je n’ai pas envie de le quitter si tôt, et la nuit étant fraîche, nous serons mieux à l’intérieur.

- Allons chez toi, comme ça tu n’auras pas la route à faire pour rentrer, dis-je avec prévenance.

Je le suis en voiture jusqu’à sa rue. Ne trouvant pas de place, je laisse la Camaro un peu plus loin puis le rejoins. Nous montons les étages avec empressement. J’aime son appartement, même si j’y suis venu moins de fois qu’il est venu chez moi. J’aime la décoration qui lui ressemble et j’aimais les quelques fois où j’avais pu le voir travailler devant sa palette graphique. Ses mimiques lorsqu’il bloquait sur un problème et son sourire en coin quand il trouvait la solution. Il est beau lorsqu’il est passionné. Je souris en repensant à cette fois où je l’avais déconcentré et où nous avions finis enroulés dans les draps au pied du lit. Cette intimité me manque, plus que l’idée d’assouvir le désir que j’éprouve pour lui.

Nous nous installons dans le salon, nous libérant un peu de la gêne que nous éprouvons. Nous parlons calmement, mettant des mots sur ce qui est arrivé. Je lui révèle ma tristesse et avoue la colère que j’avais aussi éprouvée. Mais je place au-dessus de ces sentiments négatifs ma tendresse face aux horreurs qu’il a vécu, il y a très peu de temps. La nuit est avancée mais, pour nous, le temps est suspendu. Le calme dans l’appartement et l’apaisement qui éclos entre nous ont tout de même raison de nos forces. Nous restons silencieux. Tournés l’un vers l’autre, nous nous observons, nous redécouvrons. J’ose effleurer sa joue. Il ferme les yeux et penche la tête pour épouser la forme de ma main, acceptant ma caresse, mon contact.

J’approche ma bouche lentement de la sienne, millimètre après millimètre. Hésitation, comme pour un premier baiser symbolique. C’est trop tôt. L’envie est présente tout comme la tendresse mais il nous faut du temps. Malgré le geste en suspens, le silence entre nous est une promesse. La promesse d’un nouveau départ.

Sans autre tentative, nous nous installons confortablement sur le lit. L’un contre l’autre, c’est déjà un progrès, un pas que nous faisons ensemble vers un nouveau « nous ». Je crois que depuis tout ce temps où nous avions dormi séparés, notre sommeil en était affecté. Nous sommes sereins et apaisés. Je ne saurais pas dire qui ferme les yeux le premier ni qui de nous deux se rapproche encore un peu plus de l’autre. En revanche, les mêmes sentiments nous animent. Lui comme moi avons cette sensation de retrouver une partie de soi-même. Une moitié de vie, une âme liée.

Un voile de quiétude se pose sur son lit tandis que nous nous endormons.

Nuit paisible,
Pour deux amants,
Qui se retrouvent.


* * *


Quelques heures plus tard...


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Stephan Wilder

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MessageSujet: Re: La théorie des fractales   Sam 13 Déc - 14:36


La théorie des fractales









Boston, Downtown - Quartier des affaires.
Mardi 8:30


Mon gobelet de café refroidit doucement à côté de mon iPad qui affiche les derniers cours de la veille sur NYSE et ceux des places boursières ouvertes. J’ai toujours préféré le calme de mon bureau à l’effervescence de la corbeille du 11 Wall Street à New York. Les hostilités allaient reprendre à 9h30 tapantes sur New York. Les ordinateurs du monde entier sont prêts à envoyer leurs ordres en fonction des tendances qui s’affichent depuis trois heures du matin sur Euronex. La fusion des marchés boursiers de Paris, Amsterdam, Bruxelles et Lisbonne me simplifie grandement la vie, réduisant avantageusement les coûts de négociations. Dommage que Londres fasse toujours cavalier seul, mais les insulaires de la Grande Bretagne n’ont jamais pu se lier économiquement à une autre entité. A croire que c’est inscrit dans leurs gênes.

Sous mes yeux, les cours vivent, gonflent ou s’effondre. J’assimile les marchés financiers comme un gigantesque organisme vivant qui s’étend sur toute la planète. La santé de cette entité presque vivante fluctue en fonction de son environnement. Un virus, une guerre, un mariage princier, un grain de sable plus solide qu’un autre et c’est le krach boursier ou l’envolée folle. Il y a tellement de données, de paramètres en jeu que l’analyse et la prévision de ce qu’il va se passer tient plus du don que du niveau d’étude.

Ce don, je l’ai. Particularité génétique ? Certainement. J’avais perçu chez Emy, ma défunte fille, cette capacité particulière à appréhender une masse de données conséquentes pour en extraire une tendance juste et pertinente. Oui, Emy avait hérité ce patrimoine génétique tant envié par certains. Je soupire en regardant le cadre photo posé sur mon bureau. Ma femme Priscilla sourit à deux bambins blonds d’une dizaine d’années, Chad et Emy. Nous étions heureux dans notre bulle mondaine. Les enfants n’avaient manqué de rien. Ils avaient été dans la meilleure école de Boston, avaient eu des activités enrichissantes.

Chad avait écumé les cours dessin. Très tôt j’avais compris qu’il serait définitivement fâché avec tout ce qui concernait la gestion. Mais sous ses airs de doux rêveur, il était passionné et assidu. Je ne doutais point que mon fils ferait le meilleur des architectes. Emy était plus remuante que son frère. Toujours de bonne humeur, c’était elle qui amenait la vie à la maison. Son enthousiasme était communicatif. C’était une touche à tout, changeant d’activité chaque semestre. Elle faisait rapidement le tour des choses, si vite qu’elle finissait par s’ennuyer. Il fallait constamment alimenter sa curiosité. Une fois, je l’avais amenée à mon bureau pour lui montrer mon travail, elle devait avoir tout juste quatorze ans. Son regard s’était illuminé face aux courbes fluctuantes sur les différents écrans. Loin de s’effrayer des colonnes de chiffres qui défilaient constamment, elle m’avait posé mille questions. La pertinence de celles-ci m’avait fait vibrer de fierté.

Mais Emy n’était plus de ce monde. Elle n’avait pas survécu à l’agression qu’elle et son frère avait subi dans une rue obscure de la ville. Mon monde avait alors vacillé. Comme ma femme, je m’étais réfugié dans le travail. Est-ce le chagrin, la douleur, mais je n’avais jamais autant enrichi la banque pour laquelle je travaille que lors de cette période de deuil. C’est là que Chad s’est éloigné de nous. Il rentrait tard le soir, parfois dans un sale état. Je ne reconnaissais plus le garçon doux qu’il était avant la mort d’Emy. Son regard était animé d’une sorte de rage, de fureur. Pris dans mon chagrin, je n’ai pas su être présent auprès de mon fils. Je le voyais descendre en enfer, mais je n’ai rien fait, me plongeant encore plus profondément dans les arcanes des différents CAC. Quand, deux ans plus tard à ses dix-neuf ans, il nous a annoncé son désir de terminer ses études sur la côte ouest, j’ai failli le retenir. Mais lorsqu’il nous a donné le nom de la ville où il comptait s’installer, j’ai cru que mon cœur allait s’arrêter de battre. « On n’échappe pas à son destin » m’avait dit un jour mon meilleur ami. Chad ne s’est jamais douté de la panique qu’il avait provoquée chez nous, ses parents. Prisci comme moi-même restons toujours imperturbables face à l’adversité, déformation professionnelle d’un milieu où il ne faut pas montrer ses faiblesses.

***

Boston, Waterfront 22ème étage du WTC.
Mardi 12:30


La réunion de travail vient de commencer. Je pioche dans mon plateau repas écoutant le Business Directeur d’une compagnie d’assurance qui souhaite s’allier avec nous. Le type sait qu’il joue l’avenir de sa société. Car nous avoir comme banque garante est un atout majeur pour ces fonds de pension donc les actionnaires sont généralement trop gourmands. L’offensive des fonds de pension sur le rachat d’entreprises Européennes s’essouffle. La crise ne touche pas que les salariés qui se font licencier en masse, cela impacte surtout les dividendes. Les courbes défilent, plans à courts et moyens termes. Je lève un sourcil lorsque leur road map s’affiche. Je ne suis pas le seul à tiquer, un de mes collaborateurs me lance un regard conséquent. Je cligne des paupières, il comprend. J’ai trié sur le volet l’équipe qui m’entoure. Notre organisation est parfaitement rodée. L’autre cravateux n’a pas encore fini son exposé, que l’ensemble de mon équipe sait déjà que l’affaire est morte. Je pioche rapidement dans le plateau repas haut de gamme. Je me dépêche de manger, car dès que j’aurai la parole, plus personne autour de cette table ne songera à s’alimenter et je ne pourrai plus décemment m’empiffrer avec ce moelleux au chocolat qui me fait des appels de phares.

***

Boston, Downtown - Quartier des affaires.
Mardi 15:30


Le type était devenu hystérique après que j’aie démoli point par point son argumentaire. Mais quelle idée idiote de laisser filtrer dans une revue financière que nous avions cette entrevue. Ne jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué… Il est certain que notre refus de collaboration allait refroidir les autres groupes financiers. Nous sommes connus pour ne jamais laisser échapper une bonne affaire, donc le corollaire était évident. Cette boite n’en était pas une. J’avais une petit heure avant le débriefing du service, j’appelai Prisci pour savoir comment s’était passé son procès, une histoire de harcèlement. A peine raccroché, mon téléphone vibre : Chad. C’est rare qu’il m’appelle. Je regarde ma montre, il est 12:30 sur la côte ouest.

Je sens mon fils fébrile, presque énervé. Il se plie tout de même aux politesses d’usage me demandant si je vais bien et comment va sa mère. Puis il passe directement à l’objet de son appel. Il veut changer de voiture, il en a assez de sa japonaise lambda. Lorsqu’il me dit le modèle qu’il souhaite acquérir, je ne peux m’empêcher d’écarquiller les yeux. Ce n’est pas un modèle courant sur le territoire des États Unis. Mais je souris, je possède une voiture de la même marque mais d’un gabarit plus en phase avec mon statut. Toutefois, j’avoue que plus jeune, j’aurai bien flambé au volant de ce genre de bijou. Caprice de gosse de riche ? Ce n’est pourtant pas dans le caractère de Chad. Puis il faut avouer que contrairement à la progéniture de nos amis proches, Chad ne nous avait jamais rien demandé et s’était toujours contenté de ce qu’on lui proposait. Il n’avait pas de restriction financière, je payais ses études, son appartement et ses frais annexes. Cependant, Chad n’avait jamais abusé, se contentant de vivre simplement. Ses seules folies, sa garde-robe, qu’il se payait lui-même avec son job de mannequin épisodique.

- Ok, je contacte quelques connaissances sur la côte ouest et te rappelle. Je suppose que ce n’est pas urgentissime ?

- Non. Merci Pa'. Au revoir, fait une bise à Mam’.

***

Boston, Black Bay - Quartier résidentiel.
Mardi 21:30


Prisci a fait réchauffer le repas préparé par notre employée de maison. J’écoute avec attention son résumé sur le déroulement de son procès tout en dégustant ce vin rouge issu d’un cépage français renommé. La partie adverse a fait appel. Le combat de Prisci n’est pas terminé. La victime voit les délais du paiement de ses indemnités reportés d’autant. Je crois que pour ce soir, je vais éviter de taquiner ma femme avec une remarque sexiste…

***

Le reste de la semaine passe à une vitesse éclair. Un sommet Franco-Allemand a fait frissonner les bourses mercredi avec un doute sur une dévaluation de l’Euro. Mais comme d’habitude avec ces deux pays qui se prennent pour des grands, encore une tempête dans un verre d’eau.

***

Boston, Black Bay - Quartier résidentiel.
Vendredi 22:45


J’épluche ma boite mail personnelle. Je tourne et retourne cette cigarette éteinte entre mes doigts. Quinze ans que j’ai arrêté de fumer, mais ce geste me détend. J’accepte et refuse des invitations, je nous garde le samedi de libre. Prisci a besoin de souffler. J’ouvre le mail en provenance du campus de Beacon Hills. Chad a raté tous ses cours d'aujourd'hui… Il avait déjà manqué presque deux semaines de cours lors de sa venue à Boston. Il ne sait pas que j’ai grassement payé le doyen du campus dont je connais un de ses amis proche pour avoir un œil en direct sur ses notes et son assiduité. Ses notes avaient un peu baissées après sa venue sur la côte est, mais il s’était repris. Mais là c’était de nouveau en chute. Je me demande si je ne dois pas devancer le prochain rapport qui est mensuel, puis me dis que je dois laisser Chad gérer sa vie. La meilleure des personnes se hisse elle-même au sommet et non pas à coup de pompes dans les fesses. Mon fils devra assumer les conséquences de ses absences chroniques. Mais là, je tiens un argument à lui retourner.

***

Le week-end a été excellent. J’ai emmené Prisci marcher dans le Hampshire le samedi après-midi et nous avons passé le dimanche à refaire le monde chez des amis du barreau de Boston. Les semaines suivantes je suis accaparé par une OPA sur un gros de l’agroalimentaire. Il me faut trois semaines pour ficeler l’offre et avancer nos garanties. Nous coiffons au poteau une banque concurrente. Trois semaines où certains soirs je ne suis pas rentré à la maison. Les risques de fuites augmentent avec le temps, nous devions être agressifs, rapides et efficaces. Le dossier enfin bouclé je m’offre le luxe d’un jour de congé. J’en profite pour appeler mon contact de San Francisco pour la voiture de Chad. Il me donne deux adresses. J’appelle les deux concessionnaires. Certaines négociations ont besoin de longues palabres, d’autres au contraire ne nécessitent que le minimum. Je leur donne le modèle et le prix que je concède à y mettre. Chacun me retourne son prix catalogue et une pseudo réduction qui est en fait déjà comprise dans le prix gonflé du dit catalogue. Je raccroche, en leur donnant mes coordonnées au cas où mon offre les intéresse et non l’inverse.

***

Boston, Downtown - Quartier des affaires.
Vendredi 9:30


Trois jours plus tard je reçois deux mails. Le premier de Chad me demandant de lui envoyer une copie de son acte de naissance pour refaire ses papiers. Il dit s’être fait voler son portefeuille. Il a fait opposition sur sa carte bancaire, et a déjà refait sa carte d’étudiant. Mais pour son permis de conduire et ses papiers d’identité il lui faut son acte de naissance. Je soupire et ne peux m’empêcher de serrer la mâchoire. Le deuxième mail me crispe un peu plus. Le doyen du campus de Beacon Hills m’informe que Chad a séché les cours depuis plus de trois semaines.

Je bascule en arrière sur mon fauteuil en cuir. C’est son gout horrible qui me fait me rendre compte que j’ai allumé cette cigarette qui me sert habituellement d’occupe-doigts. Le tabac est éventé et bien trop sec, mais j’inhale une profonde bouffée. La fumée me brule la trachée, mon cerveau qui marche continuellement à deux cent pour cent bloque. J’écrase cette tige nauséabonde et trie les données que j’ai. En quelques clics, j’ai les comptes bancaires de Chad sous le nez. Aucunes transactions durant la période où il a séché les cours mis à part les prélèvements automatiques. J’hésite, prends mon téléphone puis le repose. Je préfère ne rien dire à Priscilla. Je sors de mon bureau et vais demander à mon assistante d’annuler tous mes rendez-vous de la semaine suivante. J'appelle mon fils, prétexte un rendez-vous d'affaires à San Francisco, pour lui dire que je me déplace en personne pour lui donner le papier qu'il veut et pour aller acheter sa nouvelle voiture.

***

Vol American air line Boston - San Francisco,
Vendredi 15:30.


Je repose le Wall Street Journal sur la tablette et redresse mon dossier comme me l’a gentiment rappelé l’hôtesse. Nous approchons de San Francisco. Je dois voir Chad le lendemain. Avantage de la première classe, je récupère mes bagages rapidement. La voiture que j’ai louée m’attend à l’emplacement indiqué. Je me rends directement à mon hôtel, histoire de troquer mon costume trois pièces fait sur mesure contre quelque chose de plus approprié pour mon rendez-vous de ce soir.

***

Beacon Hills, centre ville
Samedi 12h45


Je cherche une place dans la rue où Chad habite. Je ne suis jamais venu chez mon fils. Depuis son départ de la maison, nous n'avons fait que nous croiser à Boston pour les fêtes de fin d'année. Enfin garé, je prends mon attaché-case et sors. Beacon Hills... Je prends le temps de regarder autour de moi, de m’imprégner de l’univers dans lequel mon fils évolue. Je note les boutiques présentes, Chad a su choisir son lieu de résidence. Depuis le trottoir d’en face je regarde l’immeuble dans lequel il habite. C’est une résidence de bon standing, je m’assure qu’aucune voiture n’arrive et traverse. Un bruit désagréable me fait baisser les yeux sur ce qui semble être un reliquat de rétroviseur. Des bouts de miroir et de plastique brisés parsèment la chaussée. Il faut que je pense à rappeler à Chad de toujours se garer sur sa place de parking en souterrain. J’attends l’ascenseur qui arrive depuis les derniers étages. Quand les portes s’ouvrent, je m’efface pour laisser passer une femme qui me lance un sourire un peu appuyé. J’ai de beaux restes comme me le dit Prisci dans nos moments intimes. J’aime ma femme sincèrement, mais je ne suis pas contre les regards flatteurs de l’autre sexe. Il est toujours bon de sentir que l’on peut encore plaire malgré l’âge qui avance. Je salue la personne d’un élégant signe de tête et m’engouffre dans l’ascenseur. Devant la porte de l’appartement de Chad, je marque un temps d’arrêt. Je ressers ma prise sur ma mallette. Moi qui ai l’habitude des réunions de crise, de la pression et des situations hautement explosives, j’ai un frisson glacé qui me parcourt le dos. Ce jour devait fatalement arriver… Je toque à la porte de deux coups secs.

C’est un fils visiblement heureux qui m’ouvre. Je suis un peu soulagé, si je ne connais pas les raisons de son absence au campus, il semble que cette période n’ait pas été dramatique. Après une accolade franche et ferme, il m’invite à entrer. Comme à mon habitude, je prends le temps et la mesure d’appréhender le lieu où j’arrive. L’agencement et la décoration sont le typique reflet de Chad. C’est recherché, subtil et élégant. Mes yeux sont partout, je capte une présence, mais ne m’y attarde pas immédiatement. Enfin, je donne ma mallette à Chad ainsi que mon pardessus. Le gars qui est planté comme un baobab au milieu de la pièce est mal à l’aise si j’en crois ses changements d’appuis incessants. Si je n’oublie pas un visage ou un nom, quelque chose me frappe immédiatement lorsque je fais face à Mickael Wayne. Est-ce la surprise lors de notre première rencontre d’apprendre que non seulement mon fils était gay, mais qu’en plus il se partageait entre deux hommes que je n’avais pas regardé plus attentivement Mickael. « On n’échappe pas à son destin »… Chris… Tu ne peux savoir comme tu avais finalement raison. J’en ai presque le vertige. Existe-t-il vraiment une puissance supérieure qui, quoi qu’on fasse, nous amène là où s’était décidé bien avant notre naissance ?

Rien de ce que je peux penser ou ressentir ne transparaît sur mon visage. Je tends la main au compagnon de mon fils. Notre poignée de main est ferme. Sans lâcher sa main, je dis :

- Je vous autorise à me vouvoyer et à m’appeler Stephan dis-je en le fixant dans les yeux.

Je le vois blêmir et Chad râle avec un « Papa ! » Je reprends donc avec un grand sourire.

- Je plaisante ! Puisque tu partages la vie de mon fils, on peut concéder à certaines familiarités entre nous. Reprends-je en le tutoyant.

Mickael sembla se rasséréner et me sourit. Je note pour moi-même que j’avais failli à ma tâche. J’appellerai San Francisco. Je veux tout savoir sur celui qui partage la vie de Chad, lieu de naissance et surtout qui sont sa famille, ses relations… Est-ce que je les connais ? Trop d’éléments écartent l’idée d’une simple coïncidence. Chad nous invite à nous asseoir sur le canapé. Sur la table basse, s’étale ce qui ressemble à un apéritif dînatoire. Je donne des nouvelles de Prisci. Rappelle pour la forme que Chad manque à sa mère et qu’elle apprécierait avoir des nouvelles un peu plus souvent. Chad fait une mine contrite, il s’excuse. Alors que je commence à parler de sa voiture, mon fils me coupe, me demandant de ne pas citer le modèle. Je comprends à l’air contrarié de Mickael que Chad veut lui faire la surprise. Je souris et poursuis en parlant de « la voiture ou «du modèle » et que j’ai réussi à obtenir ce qu'il veut au prix que moi je veux, mais qu’il faudra se déplacer sur Sacramento, le concessionnaire de San Francisco m’ayant signifié une fin de non-recevoir.

La discussion s’oriente sur ses études. Chad m’avoue avoir eu une « période d’absence » mais que maintenant il reprend les cours sérieusement. Il me cite deux chantiers dont il a fait les plans et qui sont en cours de réalisation. Je ris quand il peste contre les bureaucrates qui lui mette des bâtons législatifs dans les pattes. Je reconnais bien mon fils, enthousiaste pour ce qui est création, et réalisation, mais totalement sur une autre planète lorsqu’il s’agit de règles et de loi.

Mickael reste évasif quant à son activité, toutefois je sens qu’il est très lié à Chad. Ils sont tous deux installés sur le canapé, alors que j’ai préféré la chaise en face d’eux. Dans ces sofas modernes, on ne sait jamais comment se relever, ces nouvelles matières qui épousent vos formes me semblent avoir des tendances cannibales.

- Tu m’as amené mon acte de naissance ? Demande Chad. Mon papier provisoire fait par le Sheriff va arriver à expiration à la fin du mois et avec les lenteurs administratives plus vite je fais la demande de remplacement…

Nous y voilà ! Je me relève et vais récupérer ma mallette que Chad avait posée vers le coin cuisine. Je repousse un peu les assiettes et la pose sur la table basse en verre. Je manœuvre les fermoirs qui s’ouvrent dans un claquement sec. Ni Chad, Ni Mickael ne peuvent voir son contenu lorsque je l’ouvre puisqu’ils sont en face de moi. J’aperçois mon étui à lunette et soupire. Le contenu de cette mallette est un fardeau, un fardeau que je traîne depuis vingt ans. J’ai toujours affronté les moments difficiles avec courage. Plus que jamais, pour Chad, je devais être solide et présent… enfin. Je sors un document qui est protégé par une pochette plastique transparente. Avant de la donner à Chad je dis simplement :

- Je me suis libéré de toutes obligations professionnelles pour la semaine qui suit pour t’expliquer ce qui est écrit sur ce papier.

Le regard de Chad se fait interrogateur. Il sait qu’habituellement il est difficile de me faire décrocher plus de trois jours consécutifs de mon travail. Je regarde mon fils d’un regard tendre. Il est temps que devant lui et son ami si particulier, je tombe le masque. C’est comme une délivrance, j’espère de toute mon âme que Chad comprendra et acceptera. Je lui tends enfin ce qui semble être une véritable bombe.

Spoiler:
 

Son regard se fige, il blêmit. Je vois sa main qui comme celle de quelqu’un qui se noie s’accroche à ce qu’il peut, se cramponner sur la cuisse de Mickael. A la grimace de celui-ci je comprends que l’éteinte inconsciente de mon fils est violente. Je le vois vaciller, puis son regard accroche de nouveau le mien. Je replonge dans ma mallette et sort l’acte d’adoption. Un œil sur le reste du contenu de mon attaché caisse me dit qu’il faut que j’y aille par étape.

Spoiler:
 

Je regarde tour à tour mon fils et Mickael qui s’est rapproché de Chad pour le soutenir. Chad lui a fait lire son acte de naissance. Sa réaction me confirme qu’il connait parfaitement l’implication terrible qu’a ce nom de famille. Il n’y a pas de coïncidence. Je ne savais pas que je rencontrerai le compagnon de mon fils aujourd’hui, ni ce qu’il pouvait être réellement. Mon cerveau analyse la situation et comme pour n’importe quelle étude de marché j’en déduis la meilleure conduite à tenir. Aujourd’hui, je pensai ne choquer que mon fils…

Je prends mon étui à lunette, sors mes verres progressifs et la boite à lentilles qui l’accompagne. J’ouvre délicatement cette dernière et ôte mes verres de contact. Je ne porte pas des lentilles par coquetterie mais pour des raisons de sécurité. Les précieuses demi-sphère dans leur abri humide, je chausse mes lunettes et regarde Mickael dans les yeux. A son tour de s’agripper à Chad. Même mon fils a oublié la véritable couleur de mes yeux. Trente-huit ans que je m’applique à faire oublier cette particularité oculaire. Particularité qui m’avait fait rencontrer Christopher Argent, particularité qui avait failli me coûter la vie.

Bienvenue dans mon cauchemar mon fils.

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MessageSujet: Re: La théorie des fractales   Sam 13 Déc - 14:39




La théorie des fractales




Je m’étais reveillé tardivement. La soirée d’hier avait été mouvementée. Cela avait failli déraper après le bar. Les gars que l’on avait abusés avec Maxence avaient voulu en découdre. J’étais inquiet pour lui. Son pouvoir pouvait être grisant. Il était si facile de franchir la frontière de l’interdit, d’aller un pas trop loin. Heureusement, cela ne s’était pas trop mal terminé. J’avais tout de même tenu à le raccompagner jusqu’en bas de sa résidence pour « être certain qu’il ne fasse pas de bêtises ».

Pour l’heure, je me démenais à faire un semblant de repas pour mon père et Mick. Ce que j’avais initialement prévu n’était pas possible à faire dans le temps imparti qu’il me restait. Je m’écartais de la table basse pour juger de l’effet. Satisfait du rendu, je filai sous la douche. J’étais heureux, enfin j’arrivai à être serein. La nuit d’avant passée dans les bras de Mick me donnait la confirmation que cette rupture était terminée. J’avais hâte qu’il arrive, de le voir, sentir son odeur et sa présence. Il me manque alors que je l’ai vu hier. J’espérai d’ailleurs qu’il se pointe avant mon père. Je n’étais encore pas trop chaud pour des câlins démonstratifs devant mon géniteur, car je savais qu’il ne fallait pas se fier à la mine impassible de mon père et j’ignorai  vraiment ce qu’il pensait de ma liaison avec Mick et surtout de sa nature gay. Je ne l’avais pas averti que ce dernier serait présent aujourd’hui. Je voulais que Mick fasse partie de ma vie et être là quand mon père me rendait visite était dans l’ordre des choses.

Je sus que Mick était là une fraction de seconde avant qu’il ne frappe à la porte. Je jette ma serviette dans le lavabo, me coiffe rapidement du bout des doigts et fonce ouvrir la porte. Mick est là, resplendissant. Je note qu’il a soigné plus qu’à l’ordinaire sa tenue. Je n’ai pas le temps de lui dire que je le trouve beau, qu’il s’approche et m’embrasse le coin des lèvres. Je l’aime pour ce qu’il est, je l’aime pour sa patience, mais là j’en veux plus. Je veux profiter de lui, ne pas me donner qu’à moitié. Je le rattrape d’une main alors qu’il s’écarte et le plaque contre moi. Mon autre main cherche sa nuque… notre premier vrai baiser depuis si longtemps. Ses bras m’entourent naturellement. Nous restons collés l’un à l’autre quelques minutes savourant la présence de l’autre. Je ne peux m’empêcher de le sentir, d’écouter son corps. Je vais lui demander de rester pour la nuit, je ne veux plus être loin de lui.

On se détache, mon père va bientôt arriver. Cela inquiète Mick que je sens brusquement nerveux.

- Ton père arrive bientôt ? Demande-t-il.

- Il ne devrait plus tarder. Tu es stressé ?

- Je te mentirais si je te disais le contraire.

- Ça se passera bien et puis tu l’as déjà rencontré. Dis-je rassurant, mais amusé de voir Mick si mal à l’aise, lui qui d’habitude avance avec assurance.

- Oui, c’est vrai. Mais la dernière fois c’était différent.

C’est vrai que le moment était différent, cette fois cela devrait être plus facile. Enfin un bruit derrière la porte m’indique que mon père est arrivé. Deux coups secs me le confirment. En ouvrant, je constate que mon père est égal à lui-même, il se tient droit et me regarde dans les yeux. Il me serre contre lui, je lui rends son étreinte avec plaisir. En fait je suis ravi de le voir, content qu’il se soit déplacé. Aller acheter ma voiture ensemble est une manière de renouer nos liens de famille.

Je vois son œil radar lorsqu’il entre. Je le crois capable de me réciter sans faute la liste des objets présents dans cette pièce après seulement une minute d’observation. Mick n’échappe pas à l’œil inquisiteur. J’ai une appréhension, le rythme cardiaque de mon père a légèrement changé depuis qu’il s’est avancé vers mon homme. A ce moment précis, je donnerai cher pour avoir les capacités de Maxence et lire les pensées qui traversent celui qui m’a élevé.

- Je vous autorise à me vouvoyer et à m’appeler Stephan.

Sa voix claque, chaude et ferme. Le cœur de Mick s’emballe.

- Papa ! Dis-je en protestant.

Je connais ses techniques de déstabilisations. Je ne veux pas qu’il les utilise sur celui que j’aime. Je me rapproche et pose ma main sur l’épaule de Mick.

- Je plaisante ! Reprend-il. Puisque tu partages la vie de mon fils, on peut concéder à certaines familiarités entre nous.

Je ne peux m’empêcher de rougir un peu sous les implications de sa phrase. Pour couper court au malaise, je l’invite à s’asseoir sur le canapé. Il préfère la chaise de l’autre côté de la table basse. Je prends donc place à côté de Mickael. Mon père me rappelle que je ne fais pas un très bon fils avec la rareté de mes appels. Il a raison et je m’en excuse. Je ne peux lui opposer d’argument. Comment lui dire ce qu’est ma vie de loup ? De ce qui menace Mick ? Ou encore Derek qui se remet difficilement de sa blessure. Je vis dans un monde que mon père ignore totalement et je préfère que cela reste ainsi. Je ne souhaite surtout pas déterrer le souvenir de ma sœur. Quand il aborde le sujet de la voiture, je l’interrompe avec une mimique significative vers Mick. Celui-ci me fait une grimace, le choix de ma nouvelle voiture est un sujet de taquineries entre nous. C’est avec plaisir que je vois mon père entrer dans le jeu au plus grand dam de Mick. Je serre la main de mon amour pour le consoler de cette cachoterie.

Quand mon père aborde mes études, je prends les devants en avouant une baisse de régime et le rassure que j’ai repris cela avec sérieux. S’il y a bien quelque chose que j’ai appris avec lui, c’est qu’il est extrêmement difficile de lui cacher quelque chose. Comme j’ai tant à lui cacher, autant ne pas lui donner matière à exacerber sa curiosité.

- Tu m’as amené mon acte de naissance ? Demandé-je. Mon papier provisoire fait par le Sheriff va arriver à expiration à la fin du mois et avec les lenteurs administratives plus vite je fais la demande de remplacement…

J’entends distinctement le cœur de mon père manquer un battement. Qu’est ce qui le perturbe autant ? Se faire voler ses papiers est assez commun, à moins que… Non, comment pourrait-il savoir ce qui m’est arrivé au Mexique ? Seule la meute sait ce que j’ai enduré. Après s’être levé pour aller chercher sa mallette, il revient et l’ouvre sur la table basse. Je tends la main alors que mon père vient de sortir un document. Cependant il suspend son geste.

- Je me suis libéré de toutes obligations professionnelles pour la semaine qui suit pour t’expliquer ce qui est écrit sur ce papier. Dit-il d’une voix douce.

Je ne le reconnais plus. Lui si imperturbable, me semble brusquement vulnérable. Et qu’est-ce qui justifie qu’il lâche son précieux travail ? Je me saisis du papier et ne comprends pas tout de suite de ce qu’il s’agit. Puis la vérité s’insinue dans mon esprit. Le dernier rempart stable de ma vie, ma famille, s’écroule et éclate dans une infinitude de morceau. Ce que je suis, qui je suis, se brise. Un gémissement de Mick à mes côtés me fait réaliser que je lui broie la cuisse de la main. Je desserts ma prise sans le lâcher, car dans l’instant présent il est ma seule bouée, ma seule ancre. Je lui donne le document, ou plutôt il le rattrape alors que je le lâche. Son cœur s’emballe comme le mien lorsqu’il comprend. Je regarde de nouveau mon père, son visage est grave mais il n’évite pas mon regard, puis me tend un nouveau papier, celui qui certifie de mon adoption par ceux que je croyais être mes géniteurs.

L’instant est quasiment surréaliste lorsqu’il quitte ses lentilles de contact pour chausser ses lunettes de vue. Comment ai-je pu oublier qu’il n’a pas les yeux noisettes mais comme ceux de Mick, vairons. Je ne sais pas qui est le plus mal de nous trois. Entre Mick qui découvre un beau père qui semble avoir les mêmes caractéristiques que lui avec, semble-t-il, les mêmes implications, moi qui découvre que je suis le rejeton d’une famille qui a brulé vive la famille de Derek et mon père qui nous dévoile cela. Quelle est son implication ? Que sait-il ? Dois-je lui dire que je suis un loup garou ? Sait-il seulement que ça existe !? J’arrive enfin à retrouver ma voix pour balbutier :

- Christopher Argent ? Le père d’Allison Argent ?

Mon père secoue la tête en signe de dénégation.

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Mickael Wayne
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MessageSujet: Re: La théorie des fractales   Dim 14 Déc - 15:28


The truth can hurt




L’arrivée du père de Chad fait taire mon enthousiasme. Tandis qu’il observe l’appartement dans lequel vit son fils, il ne remarque pas ma présence ou fais mine de ne pas m’avoir vu.  Son analyse des lieux achevée, il reste quelques secondes le regard rivé sur moi. Je ne sais ce qu’il pense mais il finit par me tendre la main.

- Je vous autorise à me vouvoyer et à m’appeler Stephan, dit-il très clairement sans me quitter des yeux.

- Papa ! Intervient aussitôt Chad.

- Je plaisante ! Puisque tu partages la vie de mon fils, on peut concéder à certaines familiarités entre nous.

Mes épaules s’abaissent légèrement sous l’effet du soulagement. Je souris au père de Chad avec respect puis nous nous installons autour de la table basse pour le déjeuner. J’écoute avec attention le dialogue entre un père et son fils qui n’avaient pas échangé de la sorte depuis longtemps. Je ne jalouse pas leur proximité même si celle-ci semble parfois austère, mais en cet instant ma famille me manque. Je donnerais cher pour avoir une discussion avec mes parents. Être assis là à boire et manger en leur parlant d’une vie ordinaire et heureuse. Ça ne pouvait malheureusement pas être le cas. On m’avait arraché ce droit. Le désir de vengeance quelque fois enfoui en moi ressurgit soudainement avec violence.

Mon attention est à nouveau captée lorsqu’ils évoquent le projet de Chad d’acquérir une nouvelle voiture. Je tends l’oreille mais le père est interrompu avant de dévoiler le moindre indice. Le sourire de Chad fait naitre le mien. Cette taquinerie sur lequel de nous aura le plus beau modèle nous met l’un et l’autre du baume au cœur. Tout simplement parce que ces chamailleries de couple nous rapproche. Il m’a énormément manqué. Je suis heureux et fier qu’il trouve la force de remonter la pente. Il est tellement une bonne personne que j’en avais le cœur brisé de voir qu’il avait perdu cette étincelle en lui.

J’ai une moue crispé quand le père de Chad le réprimande au sujet de son manque d’assiduité en cours. Il n’est évidemment pas au courant de la double vie que mène son fils et de ce que celle-ci lui a couté. Le Mexique est désormais un lieu chargé d’horreurs pour lui.

C’est Chad qui change de sujet pour ne pas amoindrir la bonne ambiance qui s’est installé entre nous trois.

- Tu m’as amené mon acte de naissance ? Mon papier provisoire fait par le Sheriff va arriver à expiration à la fin du mois et avec les lenteurs administratives plus vite je fais la demande de remplacement…

Le masque de sérieux qu’affichait Stephan depuis qu’il était entré se fissure soudainement. C’est minime, imperceptible pour d’autres interlocuteurs que nous. Si Chad a certainement perçu une ratée dans le battement de son cœur, j’ai observé les micro-expressions qui ont fait tressaillir son visage.

Nous le suivons du regard lorsqu’il se lève pour récupérer la mallette qu’il avait posée en entrant. Il en sort un document pourtant nous sommes accroché à ses lèvres.

- Je me suis libéré de toutes obligations professionnelles pour la semaine qui suit pour t’expliquer ce qui est écrit sur ce papier, dit-il avec une bienveillance que je n’aurais pas soupçonné.

Cette fois-ci, c’est mon propre cœur qui doit s’emballer. L’homme d’affaires qu’il est n’aurait pas annulé ses rendez-vous et quitter son travail pour une si longue durée s’il n’y avait quelque chose d’une importance capitale qui le pousse à le faire. Alors qu’il est assis en face de nous, l’heure du déjeuner prend soudain la forme d’un interrogatoire angoissant lors duquel nous serions les suspects. La preuve accablante de notre culpabilité étant ce document que Chad vient de saisir.

Le feuillet qu’il tient à bout de main tremble tant il est affecté par ce qu’il y découvre. Je m’en saisi doucement et lis les quelques lignes. Je suis chamboulé. Moins qu’il peut l’être lui, mais la nouvelle est si retentissante... Je me serre un peu plus contre Chad pour l’empêcher de s’écrouler face à la révélation. S’écrouler…c’est bien ce que doivent subir ses repères, ses certitudes au sujet de sa vie. Les parents…ceux qui vous offrent la vie…ils sont tellement importants. Chad est déboussolé. Il bafouille, cherche la question pertinente dont la réponse fera obligatoirement mal.

- Christopher Argent ? Le père d’Allison Argent ?

Stephan Wilder secoue la tête négativement. Ça aurait été si simple. Et si compliqué à la fois. La vérité me fait peur. Pour Chad et aussi parce que je sens que ça dépasse leur propre famille.

Soudain, je relève la tête. Stephan portait un masque de sérieux, paraissant imperturbable. Aujourd’hui, il nous apparait plus naturel. Humain. Et sans artifice, je remarque un détail inimaginable. Il a les pupilles bichromes ! Les nuances sont différentes des miennes mais la similarité est flagrante. Nous nous regardons, les yeux dans les yeux. C’est la première fois que je pouvais contempler un regard semblable au mien sans être devant un miroir. Cette soudaine coïncidence me trouble. Qu'est-ce que tout ça signifie ?

C’est la main de Chad serrant ma cuisse qui rompt le contact.


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MessageSujet: Re: La théorie des fractales   Lun 15 Déc - 17:41


La théorie des fractales









Le silence était retombé comme une chappe de plomb. Cela ne devait pas se passer ainsi, les choses avaient dérapé il y a cinq ans. Pardonne-moi Chris, j’ai vraiment mal géré cette affaire. Je regarde Chad longuement et avec tout l’amour paternel que je n’ai jamais eu dans le regard. Je veux lui donner ma force pour encaisser cette vérité. Sa question me prouve que ce nom de famille ne lui est pas inconnu. Allison, la fille de Christopher junior… J’avais appris son décès par mon contact de San Francisco, tuée par une monstruosité surnaturelle. Je me frottai l’arête du nez, les deux garçons en face de moi étaient suspendus à mes lèvres, ils souffraient de ma lenteur à en dire plus. Je voulais choisir mes mots, ne pas brusquer Chad. J’avais peur de perdre mon fils, car oui même si je n’y étais pour rien dans sa naissance, je le considérai comme tel, un fils que j’avais forgé à mon image.

Je sortis un papier vierge de ma mallette dont je fermai le couvercle pour pouvoir écrire dessus au fur et à mesure de mes explications. Chad et Mickael s’étaient avancés un peu pour suivre ce que j’écrivais.

- Alors Allison est de la branche ainée. Ses parents sont Christopher et Victoria Argent. Son grand père s’appelle Gérard.

Sur mon papier, j’écrivis les noms que j’énonçais en mettant des flèches pour les liens. Je complétai ainsi la descendance de Gérard Argent avec sa fille Kate. Aux hochements de tête de mes deux vis-à-vis, je voyais qu’ils comprenaient parfaitement de qui je parlais.

Spoiler:
 

- Ce qui est moins connu, c’est que Gérard faisait partie d’une fratrie de quatre frères dont il était l’ainé.

J’ajoutai une grande patate pour figurer cette fratrie et y ajoutai un nouveau nom. Celui d’Alexander Argent que je barrai en ajoutant l’année de sa mort : 1977.

Spoiler:
 

Pour le frère suivant, je mis des points d’interrogations pour le prénom qui ne me revenait pas dans l’immédiat.

- Celui-là, j’espère qu’il est mort, car c’était quelqu’un de fortement déplaisant. Un vieux crocodile avant l’heure.

Enfin, j’ajoutai le nom du cadet de la fratrie.

Spoiler:
 

Chad tenait la main de Mickael. Je ne saurai dire qui serrait l’autre. Si j’avais été un peu désappointé de trouver le compagnon de mon fils en arrivant, maintenant j’étais heureux qu’il soit présent. Chad n’était pas seul dans cette épreuve, je fis un sourire contrit à Mickael et poursuivais.

- Ton père est mort en 1994, dis-je en barrant son nom.

- Mais tu m’as adopté en 1993, argua Chad.

- Oui, mais laisse-moi t’expliquer qui est ta famille.

Je mis un point d’interrogation sur Iona, disant à Chad que j’avais revu sa mère brièvement après le décès de Chris, mais que depuis je n’avais plus aucune nouvelle. J’ajoutai le nom de Chad, pour qu’il visualise sa place dans cette maudite famille.

Spoiler:
 

- Pourquoi ? Murmura Chad.

- La cause de tout ceci remonte bien avant ta naissance, en 1977 pour être précis quand Alexander se suicide après s’être fait mordre par un loup alpha.

Je fais une brève pause pour boire un peu d’eau.

- Au départ, cette fratrie était à peu près unie. Gérard avait tôt fait de prendre le rôle de chef de famille quand leur père est mort. Il adorait ton père, leur mère était morte peu de temps après la naissance de ton père. Il couvait ce petit frère de dix ans son cadet. Cet amour fraternel était tel que Gérard donna à son propre fils, le prénom de son petit frère, Christopher. Cependant à la plus grande frustration de Gérard, son frère n’avait pas la fibre du chasseur. C’était au contraire un défenseur des causes perdues. N’oublions pas qu’il a vécu sa jeunesse en pleine période hippy. A la naissance de son cousin qui porte le même prénom, ton père a seize ans. C’est un adolescent insouciant, Gérard pense qu’il ne s’agit que d’une question de temps et de maturité, mais c’est sans compter Alexander. Ton père est fou de chagrin lorsque son frère se suicide. Chris s’insurge contre ce qu’il appelle du fanatisme. Avant cet évènement, ton père avait déjà aidé des loups en cachette. Mais il l’avait fait plus par gout de la provocation, de percer les interdit et les tabous familiaux. Après la mort d’Alexander, cela deviendra pour lui une quête quasi obsessionnelle. Évidemment, ce revirement provoque la fureur de Gérard qui renie son petit frère qu’il appellera « le traitre ».

- Comment est-il mort ? Bredouille Chad.

- Il s’est pris une balle qui était destinée à un loup. Un an auparavant Gérard avait retrouvé sa trace, apprenant l’existence de ta mère Iona et la tienne. Le plan de Gérard était de faire pression sur ton père en te menaçant. Ton oncle était capable des pires choses, tu n’étais qu’un bébé. C’est la mort dans l’âme que Chris et Iona décident de nous confier ta garde. Ton adoption s’est faite à Boston. J’ai promis à ton père, mon meilleur ami, de t’élever comme mon propre fils. Et c’est ainsi que je te considère.


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MessageSujet: Re: La théorie des fractales   Lun 15 Déc - 17:42




La théorie du Chaos
Je voudrais parler à mon père


Pétrifié, je me raccroche à la chaleur de Mick dont la cuisse colle la mienne. Instinctivement nous nous sommes rapprochés l’un de l’autre. Certes ma vie n’a rien d’ordinaire, mais je pensais que ma famille, mon identité étaient des valeurs sûres et fiables. Il me semblait redécouvrir celui pour qui j’avais le plus profond respect et aussi un grand amour : mon père. Mais qui était-il vraiment ? En quelques mots agrémentés d’un acte de naissance, Stephan Wilder venait de basculer à l’état d’inconnu. Mon père, du moins celui que j’avais appelé papa, sortit une feuille et commença à écrire schématiquement ce qu’il disait. L’ascendance d’Allison s’étalait sur la feuille. Je connaissais cette branche de la famille des Argent par Derek. L’idée d’être du même sang que celle qui était à l’origine de tant d’atrocités me glaça.

Au fur et à mesure de ses explications, Mick et moi nous nous étions redressés pour suivre ce qu’il écrivait. Plus que jamais je me demandai où j’allais apparaitre dans ce qui visiblement était mon arbre généalogique. Dès qu’il parla de la fratrie de Gérard, chaque élément était nouveau pour moi. Enfin le nom de mes géniteurs s’inscrivit à la suite des frères. Cela collait. J’avais grosso modo le même âge qu’Allison, mais nous n’étions pas sur la même ligne de génération. L’écart d’âge entre Gérard et Christopher en était la cause. Christopher… Je n’arrivai pas à le nommer « mon père », lui cet inconnu qui sortait brusquement du passé. Car mon vrai père était celui qui me faisait face. J’avais déjà vu des films où un enfant adopté apprenait son état. Le vivre était autre chose. Je tenais la main de Mick contre moi. La pression de ses doigts était rassurante, plus que jamais j’avais besoin de lui, puis je me rappelai la réaction de mon père quand il lui avait serré la main, la raté de son cœur. J’avais bien peur que Mick soit aussi impliqué. La similarité de leurs yeux ne pouvait plus être une coïncidence. Je me perdais en conjonctures plus folles les unes que les autres. Les parents de Mick étaient morts dans une explosion à laquelle il avait lui-même assisté.

- Ton père est mort en 1994, dit Stephan.

- Mais tu m’as adopté en 1993, rétorqué-je.

- Oui, mais laisse-moi t’expliquer qui est ta famille.

Je serrai les poings. Ma famille était une bande de tueurs ! Le point d’interrogation sur le nom de ma mère me laissa perplexe. Je ne savais pas s’il était plus facile pour moi de gérer ce père mort que cette mère potentiellement encore en vie. L’incertitude est une gangrène qui ronge le cœur.

- Pourquoi ? Dis-je.

Quelle était la raison de tout cela ? Pourquoi m’adopter alors que mes parents étaient encore en vie ? J’avais mille questions et me mordis la lèvre pour ne pas interrompre mon père.

- La cause de tout ceci remonte bien avant ta naissance, en 1977 pour être précis quand Alexander se suicide après s’être fait mordre par un loup alpha. Commença-t-il.

La suite me parut cauchemardesque. Je pensai être issu d’une famille plutôt tranquille. Il est vrai que Priscilla, ma mère, avait coupé les ponts avec sa famille originaire de Caroline du sud. « Des anciens esclavagistes » disait-elle pour résumer ce qu’était sa famille. Je ne connaissais que ma grand-mère paternelle qui finissait ses jours dans un luxueux établissement pour personnes âgées. Des bribes de souvenir me revinrent. Quand j’étais plus jeune nous allions souvent lui rendre visite. Mon père me disait à chaque fois de ne pas prêter attention à ses propos, m’expliquant que les gens âgés perdaient peu à peu leurs facultés mentales. Je me souviens d’être souvent ressorti de là fortement impressionné. Ma grand-mère parlait souvent de son défunt mari, mort dans un accident quand mon père était adolescent. Elle n’arrêtait pas de dire de faire attention, de se cacher pour ne pas finir pareil. Mon père lui parlait toujours avec un grand calme et beaucoup d’affection, rassurant sa mère sur notre sécurité. Un frisson me fit trembler. Je ne savais plus quoi penser de mes certitudes passées.

J’exécrais ce nom maudit. Je me portais en faux, face à cette lignée, mais sans l’avoir connu j’étais fier de mon père, fier qu’il ait osé braver la chape familiale, fier qu’il ait su dire non.

- Comment est-il mort ? Demandai-je difficilement.

- Il s’est pris une balle qui était destinée à un loup. Un an auparavant Gérard avait retrouvé sa trace, apprenant l’existence de ta mère Iona et la tienne. Le plan de Gérard était de faire pression sur ton père en te menaçant.

J’avais été adopté pour ma sécurité. Mais quelle famille pouvait menacer un bébé pour des convictions fanatiques ? Je souris à mon père lorsqu’il m’assura qu’il me considérait comme son propre fils. Le spectre d’Emy passa devant mes yeux.

- Et Emy… C’était ma vraie sœur ou…

- Non c’était notre fille, mais je peux t’assurer que ni ta mère, ni moi n’avons fait de différence entre vous deux.

- Je…

Je revois ce maudit jour, celui de sa mort, puis quelque chose me frappe. Mon père n’a pas réagi lorsque ni moi ni Mick n’avions réagi à ces histoires de loup garou et de chasseur, prouvant notre connaissance de ce monde. Je ne ferai pas l’affront à mon père de ne pas l’avoir remarqué.

- Tu… sais pour moi ?

Ma voix est faible, celle d’un enfant pris en faute. Mon père hoche la tête doucement. Puis il m’explique que les blessures d’Emy, le sang noir qu’il avait vu à la morgue pour reconnaitre officiellement le corps de sa fille, étaient suffisamment caractéristiques du rejet d’une morsure. Mon changement de caractère ne lui avait pas laissé de doutes quant à ma transformation.

- Pourquoi ne m’avoir rien dit ? Et quand comptais-tu me le dire pour l’adoption ? Cela devenait qu’une question de temps avant que je le découvre par moi-même !

Après l’abattement, une colère s’empara de moi. Pourquoi m’avait –on caché cela ? Je pensais avoir vécu dans le mensonge depuis ma morsure, alors que le mensonge était des deux côtés. Mon père ne répondit pas immédiatement, encaissant ma colère.

- Il avait été convenu avec Chris et Iona que nous te dirions la vérité à ta majorité. Mais tu t’es fait mordre six mois avant… Tout a basculé ce jour funeste où toi et Emy avez été attaqués, cinq ans déjà… Je ne savais plus quoi faire. J’avais peur de ce que pouvait engendrer la connaissance de tes origines. Je…

Mon père marqua un temps d’arrêt, sa voix chancela, son émotion était palpable. Puis il sembla se reprendre et poursuivit d’une voix plus ferme.

- J’avais peur de te perdre Chad, peur que tu appliques ce foutu code, que tu te suicides…

J’ouvris la bouche pour répliquer, mais rien ne sortit. Me suicider ? Rien que l’idée que j’ai du sang en commun avec la folle qui a détruit le manoir de Derek me répugne. Alors adhérer à leurs règles… Je pensai à ce père que je n’avais jamais connu. Je voulais tout savoir sur cet homme et déjà le peu que je savais me plaisait. Au moins, en dehors du choc d’apprendre que mes géniteurs n’étaient pas ceux qui je croyais être, au moins je n’avais pas à rougir de mon ascendance directe.

J’avais posé ma tête contre l’épaule de Mick, plus que jamais j’avais besoin de réconfort et d’amour. Puis je me redressai et regardai celui que j’aimais dans les yeux. Je fis un signe à mon père, le désignant lui et Mick. La demande d’explication était évidente. Mon père repris donc son monologue.

- Mickael, si tu es impliqué dans ces affaires de loups et de chasseur alors que visiblement tu n’appartiens à aucune de ces catégories, c’est que la particularité de ton regard t’a déjà causé des problèmes. Je me trompe ?

- Non répondit Mick d’une voix incertaine.

- C’est à cause de mes yeux que j’ai rencontré ton père Chad. Nous étions sur le même campus, Chris avait un an de plus que moi, mais un an de retard sur ses études. Au départ c’était une simple connaissance, un étudiant parmi les autres, jusqu’au jour où ils ont essayé de m’enlever. Je devais avoir dix-neuf ans. C’est ton père qui a compris ce qu’il se passait quand je fus absent plus d’une semaine. Il savait que je voulais devenir le meilleur et que je ne sécherai pas les cours sans une bonne raison. En fait, sans que je le sache, ton père me surveillait. Il savait le risque que pouvait m’apporter mes yeux vairons. Il m’a retrouvé grâce à l’aide d’une meute de Boston. J’ai mis plus de quinze jours pour m’en remettre. C’est à ce moment-là que ta grand-mère a commencé à perdre la raison.

- Tu m’avais dit que c’était dû à la maladie d’Alzheimer !

- Non, enfin disons que la peur de me perdre comme elle avait perdu ton grand-père a provoqué sa démence prématurément.

- Papy n’est pas mort dans un accident de voiture ?

- Non, enfin disons que c’est la conclusion du rapport d’enquête après que l’on ait retrouvé son corps calciné dans sa voiture après un plongeon de plus de trois cent mètres d’une corniche. Il avait disparu de la circulation quinze jours avant. Ton grand-père était un froussard en voiture et conduisait toujours prudemment. Il faisait réviser sa voiture tous les trois mois. Autant te dire que la thèse de l’accident était hautement improbable. Surtout lorsque tu sais qu’il avait lui aussi les yeux vairons. Depuis mon enlèvement, je porte ces lentilles colorées. Mon sauvetage a été un vrai carnage, la meute de Boston n’a pas fait de cadeau à mes ravisseurs. Même maintenant, je ne sais toujours pas qui m’a enlevé et en quoi ils me trouvaient spécial. Ton père est toujours resté très vague sur ce sujet. L’endroit où j’ai été retenu a été ravagé par un incendie, brulant tout un tas d’archives, effaçant la trace de mon passage, et ainsi de mon identité.

Mon père regarda longuement Mick. Ils avaient de manière évidente, quelque chose en commun. Et c’est à Mick qu’il s’adressa particulièrement.

- Je ne sais rien sur ceux qui nous traquent, hormis les essais qu’ils ont pratiqué sur moi et mon propre père mort prématurément. Je n’ai pas de conseil à te donner, mais tes yeux sont comme une étoile jaune sur ta poitrine…

Un silence s’imposa entre nous. Ce n’était pas de la gêne, mais plus une manière pour nous trois d’apaiser un peu le moment et de laisser retomber la pression.

- Chad ? Je viens de jouer carte sur table avec toi, avec du retard je te l’accorde. Peux-tu à ton tour me dire ce que je ne sais pas sur toi… ce que tu as fait lors de tes trois semaines d’absence, par exemple ?

Ma mâchoire se serra, non pas de surprise d’apprendre que mon père était au courant de mon absentéisme, mais par ce que je devais devoir lui avouer. J’ouvris la bouche, mais je bafouillais lamentablement. Une pression sur ma main me fit lever les yeux vers Mick.

- Je lui dis si tu veux, dit-il doucement.

Je lui fis un sourire penaud, mais l’amour et la douceur que je lus dans son regard me rassura. Je hochais la tête. Mick se racla la gorge et commença. A ma grande surprise, il commença l’histoire bien avant mon calvaire au Mexique, car il raconta tout simplement notre histoire à tous les deux depuis le début. C’était étrange d’entendre de sa bouche ce que nous avions vécu. Il n’omit rien et notamment le moment où on s’était presque battu à mort au manoir de Derek. D’ailleurs, le nom des Hale ne semblait pas inconnu à mon père, mais à aucun moment il n’interrompit Mick. Je ne sais pas si ce résumé était libérateur pour Mick, pouvoir enfin dire à quelqu’un ce que l’on avait vécu sans passer pour un fou, mais son débit était fluide et sans aucune retenue. Peut-être voyait-il dans mon père, un être comme lui, traqué comme une bête pour une couleur d’yeux et par extension de ne plus être seul dans ce cas. Alors que j’écoutai toujours les explications méthodiques de Mick, je prenais un peu de recul sur le trio que l’on formait. Mon père qui ne l’était pas vraiment, Mick qui se trouvait finalement mêlé aux mêmes problèmes que lui. Il y avait une cohérence entre nous et d’un coup après le sentiment de vide que m’avait apporté ce certificat de naissance, je me sentis renforcé par la présence des deux hommes qui étaient avec moi, mon père et mon compagnon.

Mick venait de sortir la « Chad-boussole » comme il l’avait appelée pour la montrer à mon père. Celui-ci s’amusa avec l’objet qui me pointait obstinément. Il semblait mi amusé, mi- effrayé par ce prodige. Lorsqu’il rendit l’objet à Mick qu’il ne lâchait pas depuis mon retour du Mexique, j’attrapai la boussole au vol. Encore ces visions, ses images… Avec ce que je venais d’apprendre le symbole que j’avais vu la première fois que j’avais touché l’objet prenait tout son sens : la fleur de lys. Le symbole de la famille Argent.

- Je peux la garder quelque jours Mick demandai-je ? Devant son hésitation j’ajoutai, promis je te rends rapidement ce mouchard qui te dit constamment où je suis !

Je voulais surtout pouvoir regarder plus en détail le visage des personnes que je voyais de manière furtive. Si le symbole représentait ma vraie famille, alors cet homme et cette femme étaient vraisemblablement mes parents. Je mis l’objet dans ma poche et intervint dans la conversation où il était question de notre meute. Savoir que deux des survivant de l’holocauste du manoir en faisait partit fit plaisir à mon père. La discussion se fit plus légère. Mick semblait apprécier la personnalité de mon père et inversement. A les regarder discuter, je leur trouvai plein de point commun comme la rigueur des choses bien faites, un sens aigu des responsabilités, une certaine honnêteté mais un caractère bien trempé. Est-ce cette similitude de comportement qui m’avait attiré chez Mick ? Je n’en savais rien et cela n’avait pas d’importance sinon que mon compagnon se sente à l’aise avec mon père.

Alors que j’amenai le café, mon père me tendis une liasse de lettres jaunies par le temps. Il m’expliqua que c’était une partie de la correspondance entre lui et mon père. Il avait récupéré ça dans la planque de mes parents juste après la mort de Christopher. Lui et une autre personne de confiance, avaient « nettoyé » l’endroit de tout ce qui pouvait se rattacher à moi. De sa mallette, il sortit également un vieil ours en peluche et une médaille de baptême. Mon père m’expliqua qu’il avait joué la carte de la sécurité en détruisant toutes mes anciennes affaires. Il avait juste gardé ces lettres et ces deux objets qui avaient dormi dans le coffre d’une banque jusqu’à aujourd’hui.

Je pris l’ours en peluche, je n’en avais aucun souvenir, j’avais à peine plus d’un an lorsque Stephan m’avait adopté. La médaille était ce qu’il y avait de plus classique avec une annotation, la chaine finement ciselée en or était jolie. J’ouvris le fermoir, retirai la médaille pour la tendre à mon père.

- Je crois qu’il n’est pas prudent que je me balade avec un bijou avec les initiales CA dessus. Dis-je avant de demander à Mick de m’aider à fermer la chaine autour de mon cou. Par ce geste, j’acceptai mon origine, ce père et cette mère qui avaient dû choisir ce bijou pour moi. Mais je laissai volontiers le patrimoine culturel lié à ce maudit nom de famille.

Mon père pris congé vers la fin de l’après-midi, disant qu’il avait tout de même quelques coups de fils à passer au travail bien que nous soyons un samedi. Avant de partir il m’embrassa chaudement en m’appelant « fils », puis il s’était tourné vers Mick et l’avait également pris dans ses bras pour une accolade chaleureuse.

- Prend garde à mon fils s’il te plait lui dit-il.

- Hey ! C’est moi le loup et lui l’humain, râlai-je pour la forme

Ils se regardèrent avant d’éclater de rire. Si j’étais le dindon de leur farce, j’adorai voir cette connivence naitre entre eux. Mick et moi n’étions plus seuls face au danger qui nous guettait, car je ne doutais pas que mon père, qui venait d’abattre ses cartes, soit présent pour nous aider. Et pas besoin d’avoir fait de longues études pour comprendre que Stephan Wilder est un allié de poids. Mon père nous quitta sur un « A demain ! ».

- Tu restes ce soir ? Dis-je à Mick en me calant contre lui, le front sur son épaule et mes bras autour de sa taille.

J’étais de nouveau serein. Oui, il me fallait encore assimiler cette nouvelle ascendance, mais les choses étaient de nouveau claires. Je m’installai sur le canapé et lu cet échange de correspondance entre Iona ma mère biologique et Priscilla celle qui m’avait adopté et élevé comme son propre fils. Je m’imprégnai de l’écriture de celle qui était ma vraie mère comme si dans ces courbes je pouvais la voir.













Cette famille nouvelle qui… bordel ! J’avais dû jurer à voix haute car Mick s’inquiéta.

- Ça va ? Dit-il alors qu’il essuyait la table basse qu’il avait entièrement rangé.

- Miya…

- Quoi Miya ?

- Un jour, il m’a expliqué que son grand père était le frère de Gérard Argent…

- Alexander semble ne pas avoir de descendance non ? Reprit Mick qui tenait la feuille que mon père avait gribouillée. Donc c’est celui dont il ne se souvenait pas le nom. Ton père n’en a pas dit du bien.

- Mick… je suis sorti avec mon cousin dis-je avec une mine dépitée.





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Mickael Wayne
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MessageSujet: Re: La théorie des fractales   Mar 16 Déc - 22:58


Never give up



La vérité se dessine sur la feuille que Stephan a prise pour nous dresser l’arbre généalogique des Argent. Voilà donc ce qu’il en est. Le père de Chad, du moins M. Wilder, relate ainsi l’histoire, la sienne, celle de son fils et de leur famille. Je suis tout ouïe et à chaque instant présent pour celui que j’aime.

Chad et son père tressaillent quand ils en viennent à parler d’Emy. Je connais l’histoire de la disparition de la jeune fille. Sa mort avait fait imploser la famille Wilder. Chad s’était refermé, se laissant entraîner dans les griffes de son ancien alpha. Les parents avaient eux aussi été anéantis par la perte brutale d’un enfant. Est-ce le moment pour moi de remuer cette histoire ? Et si je leur disais que… je préfère me taire pour le moment.

La voix de Stephan est moins sûr qu’à l’accoutumée. Sa sincérité est quant à elle sans faille. Il avait eu peur de perdre son fils. C’est l’amour qui avait engendré le mensonge. Pour la protection de Chad qui n’était alors qu’un enfant. Mentir par omission, pour protéger autrui est-il une bonne chose ? Aujourd’hui la vérité éclate, bousculant tout sur son passage.

Chad bascule sa tête sur mon épaule. Oui, il est désorienté, effrayé, en colère. Je suis là pour lui servir d’appui, de soupape. Je suis l’ancre qui l’empêche au contraire de couler ou d’être emporté dans la tempête. Lorsqu’il se redresse, il nous dévisage, son père et moi, désignant du menton notre similarité physique. Sans qu’il ait besoin de poser distinctement la question, Stephan comprend que son fils désire une explication.

- Mickaël, si tu es impliqué dans ces affaires de loups et de chasseurs alors que visiblement tu n’appartiens à aucune de ces catégories, c’est que la particularité de ton regard t’a déjà causé des problèmes. Je me trompe ?

- Non, réponds-je.

- C’est à cause de mes yeux que j’ai rencontré ton père Chad. Nous étions sur le même campus, Chris avait un an de plus que moi, mais un an de retard sur ses études. Au départ c’était une simple connaissance, un étudiant parmi les autres, jusqu’au jour où ils ont essayé de m’enlever. Je devais avoir dix-neuf ans. C’est ton père qui a compris ce qu’il se passait quand je fus absent plus d’une semaine. Il savait que je voulais devenir le meilleur et que je ne sécherai pas les cours sans une bonne raison. En fait, sans que je le sache, ton père me surveillait. Il savait le risque que pouvait m’apporter mes yeux vairons. Il m’a retrouvé grâce à l’aide d’une meute de Boston. J’ai mis plus de quinze jours pour m’en remettre. C’est à ce moment-là que ta grand-mère a  commencé à perdre la raison.

J’écoute avec beaucoup d’attention ce qu’il raconte. Son histoire est similaire à la mienne sur plusieurs points. Je me garde d’énoncer les hypothèses relatives à tout ce qui était arrivé à nos familles de près ou de loin ces dernières années. J’ai des indices que je souhaite analyser avant de les leur communiquer. Instinctivement, j’inclue Stephan dans ce qui pourrait être appelée ma quête personnelle.

Chad, étonné, le questionne sur ses grands-parents. Je comprends que le père de Stephan avait lui aussi été traqué.

- … ravagé par un incendie, brulant tout un tas d’archives, effaçant la trace de mon passage, et ainsi de mon identité.

Je capte les paroles de Stephan et fait un parallèle avec la mort de mes parents, puis, au sens large, à l’incendie du manoir. Il y a des combats perpétuels s’étalant au fil des décennies. Cette conclusion m’attriste et fait gronder une colère sourde dans mes tripes.

- Je ne sais rien sur ceux qui nous traquent, hormis les essais qu’ils ont pratiqué sur moi et mon propre père mort prématurément, ajoute le père de Chad  à mon attention. Je n’ai pas de conseil à te donner, mais tes yeux sont comme une étoile jaune sur ta poitrine…

Je sais pertinemment combien il a raison. Des moments difficiles dans ma vie ont été dus à cette différence physique. Qu’elle attire ou effraie, elle n’a jamais laissé indiffèrent.

- Chad ? Je viens de jouer carte sur table avec toi, avec du retard je te l’accorde. Peux-tu à ton tour me dire ce que je ne sais pas sur toi… ce que tu as fait lors de tes trois semaines d’absence, par exemple ?

Il se rapproche de moi en serrant la mâchoire. Cette fois-ci pas de surprise face à une nouvelle inattendue mais par dégout des souvenirs tous aussi bouleversants que la question de son père soulève. Je caresse sa main en guise d’apaisement.

- Je lui dis si tu veux, déclare-je en le regardant avec amour et douceur.

Il hoche la tête, soulagé de ne pas devoir mettre lui-même les mots sur ce qu’il lui était arrivé. Je me racle la gorge pour pouvoir énoncer cette histoire, notre histoire d’une voix claire.

- Chad est la première personne que j’ai rencontrée en arrivant à Beacon Hills, hormis la vieille dame qui était en bas de l’immeuble, dis-je pour détendre l’atmosphère tout en gardant mon sérieux. Il était sur le trottoir d’en face lorsqu’un livreur est venu m’apporter le peu d’effets personnels que j’avais emmenés. Comme je l’ai découvert plus tard, il était là pour admirer les singularités du bâtiment. C’est son coup d’œil avisé qui orienta ma recherche pour le retrouver sur le campus. Nous ne nous serions certainement jamais adressé la parole si une enveloppe m’appartenant n’étais pas tombée au sol, certainement soufflée par le vent alors que je portais l’unique sac qui m’appartenait. Il s’était donc approché pour la ramasser et me la rendre. Sur le moment, j’avais craint que ça ne soit la lettre qui m’avait conduit jusqu’ici.

La lettre anonyme ! Un détail vient de me sauter aux yeux. Cette seconde de silence permet à Stephan d’assimiler ce qui est le fondement de la relation que Chad et moi entretenons.

- Le lendemain, je suis donc allé au département architecture de l’université pour mettre un nom sur son visage, repris-je.

Stephan hocha légèrement la tête pour saluer mon initiative. J’avais en effet analysé son fils comme je le fais à chaque nouvelle rencontre ou lorsque je mets les pieds quelque part. Il ne me connait pas mais je ne doute pas qu’il saisisse les raisons de mon comportement, remarquant lui aussi d’un coup d’œil que j’ai des attitudes peu communes pour un être humain. Mais dans le monde que nous connaissons tous les trois, j’avais de bonnes raisons d’être ainsi.

- Nous sommes restés l’un et l’autre sur nos gardes, sentant que quelque chose se cachait derrière les masques que nous portions. J’avais compris que Chad était un loup-garou mais lui ne savait pas s’il devait me considérer comme un ami ou un ennemi.

Je raconte ensuite que Chad et moi nous étions rapprochés petit à petit, restant factuel, gardant secrets nos moments intimes qui avaient débutés après le jour où nous nous étions presque battus dans la forêt non loin du manoir des Hale. J’avoue à Stephan l’attachement que j’ai pour son fils, sentiments forts dont j’ai pris conscience le soir du bal d’hiver où Chad avait été enlevé. Le sujet du récit n’étant pas ma propre histoire, je résume les investigations que nous avons menées, mêlant Miya à ces explications. Je me sens en confiance avec Stephan, un beau-père devant qui je peux être naturel. Toutefois, entrer dans les détails prendrait du temps. C’est de Chad dont il est question. Parler du japonais m’amène à en dire davantage sur le conflit puis la séparation qui avait eu lieu entre nous trois.

- Il y a de ça plusieurs semaines, Chad a été kidnappé. Nous nous en sommes rendu compte au bout de plusieurs jours, dis-je l’air attristé. Une aide inattendue nous a fourni, à Derek et à moi, un objet permettant de le retrouver.

Je sors l’objet en question, ce que nous appelons avec plaisanterie la « Chad-boussole ». Stephan examine l’artefact se demandant comment un objet d’apparence ancienne peut indiquer la direction où se situe son fils. Il a un sourire crispé puis me tend la boussole.

Chad la saisit au passage, la serrant dans sa main. Il semble retrouver un objet cher à son cœur alors qu’il ne signifie à priori rien pour lui.

- Je peux la garder quelques jours, Mick ? Demande-t-il. Promis, je te rends rapidement ce mouchard qui te dit constamment où je suis !

J’acquiesce avant de continuer le récit. Une partie douloureuse pour Chad mais son père désire savoir. Je ne tais rien. Ni les heures de tortures psychologiques qui l’ont bouleversé jusque dans son intimité ni les créatures que nous avons affrontées pour le libérer. J’utilise les mots justes sans pour autant heurter Chad. Je veux que Stephan comprenne ce que son fils a vécu.

Alors que Chad s’est levé pour nous apporter un café, Stephan se penche en avant. Il sait que son fils peut à tout moment nous entendre mais il choisit cette proximité pour m’atteindre moi.

- Je suis impressionné par ce que vous avez réussi à affronter, confit-il.

Quand Chad revient, son père lui tend  plusieurs choses. D’abord des lettres qu’il présente comme étant la correspondance qu’avaient tenu Priscilla, sa mère adoptive, et Iona, sa véritable mère. Il lui offre ensuite sa médaille de naissance et un ours en peluche dont la valeur était sentimentale.

Chad conserve la chaine en or et rend le pendentif à Stephan qui le glisse soigneusement dans sa mallette.

- Je crois qu’il n’est pas prudent que je me balade avec un bijou avec les initiales C.A. dessus, explique-t-il.

Ce geste veut dire beaucoup, c’est le début de l’acceptation d’une histoire de famille difficile. J’apprécie la nouvelle force que je sens en Chad qui essaie de rester droit plutôt que d’être écrasé par le poids du passé. Il m’avait aidé à en faire de même. Je veux être là pour lui.

À deux, on est plus forts.

* * *

Le père de Chad part en fin d’après-midi, justifiant avoir des appels téléphoniques importants à passer. Avant de partir, je sens qu’il met autant de sérieux que de sentiments dans ses paroles.

- Prend garde à mon fils, s’il te plait.

J’accepte sans un mot ni tentative de négociation. C’est une mission que je veux remplir avec brio. Je laisse Chad et son père s’enlacer chaleureusement.

Lorsque la porte se ferme, Chad vient se coller contre moi avec une moue enfantine.

- Tu restes ce soir ? Demande-t-il.

- Peut-être, murmure-je en l’embrassant tendrement.

C’est le premier vrai baiser depuis qu’il était revenu du Mexique. L’instant est venu instinctivement. Naturel et pur. L’expression de nos sentiments sans peur ni barrière.

Je laisse Chad s’installer dans le canapé avec le courrier que son père lui a laissé. Il s’y plonge rapidement, retrouvant dans les mots couchés sur le papier une présence familière, cherchant à découvrir quelle femme était sa mère biologique.

Je m’applique à remettre de l’ordre dans l’appartement, nettoyant la table basse sur laquelle nous avions déjeuné tous les trois.

- Bordel ! Jure Chad.

- Ça va ? Demande-je en m’asseyant à nouveau près de lui.

- Miya…

- Quoi Miya ?

- Un jour, il m’a expliqué que son grand père était le frère de Gérard Argent…

- Alexander semble ne pas avoir de descendance non ? Repris-je. Donc c’est celui dont il ne se souvenait pas le nom. Ton père n’en a pas dit du bien.

- Mick… je suis sorti avec mon cousin, se morfond-il avec une mine dépitée.

- Cousin très éloigné, si ça n’est que ça qui t’inquiète je suis soulagé, dis-je en me serrant contre lui.

Évidemment, ça n’est pas le cas. Il est bouleversé de découvrir la généalogie de la famille Argent, famille à laquelle il appartient en réalité.  Son histoire est tout autre que celle qu’on lui avait apprise. Je prie qu’il ait la force de digérer cette nouvelle, d’en retirer des choses positives et de laisser de côté ce qui l’est moins.

Je reste bien entendu pour la soirée, fier d’être présent pour lui. Et heureux qu’on se retrouve en amoureux. Le diner se fait calmement. Puis le début de la nuit devient plus tendre satisfaisant l’un et l’autre notre désir de proximité.

Je suis sur les genoux à califourchon sur lui après une joute « amicale ». Je caresse sa joue puis la descend rapidement sur son cou. Gêné par son t-shirt, je réitère mes gestes en passant en dessous. Mes yeux plongés dans les siens, je parcours la distance qui sépare nos lèvres. Ce deuxième baiser est passionné. Libérateur.

Nous quittons le salon pour l’intimité de sa chambre. Le linge de lit bien arrangé pour la venue de son père finit rapidement froissé. Avec patiente, je lui réapprends les gestes tendres, transformant les souvenirs de tortures sans plaisir en des moments doux et sensuels. Comme les premiers ébats de jeunes amoureux, nous nous redécouvrons.

Nous faisons l’amour comme si la vie n’appartenait qu’à nous.

* * *

Le week-end est passé à une vitesse folle. Nous n’avons jamais assez de temps pour nous retrouver et profiter l’un de l’autre. Le lundi matin, le père de Chad nous appelle pour nous préciser que nous partons avant l’heure du déjeuner. J’acquiesce à la demande muette de Chad qui finit par raccrocher.

- En rentrant, on pourra passer au garage pour récupérer la Camaro, si elle est prête ? Demande-je. Je n’ai pas envie de rester piéton, surtout si tu reviens ici avec le modèle dont ton père m’a parlé.

Chad fronce les yeux, perplexe quant au fait que Stephan ait avoué quelle voiture son fils avait choisi.

- Je plaisante, précise-je devant sa déception factice.

Il ose une tape sur mes fesses avec un sourire angélique. Dieu qu’il est beau quand il est serein ainsi. On dirait un enfant prêt à découvrir un somptueux cadeau. Je le laisse sortir de l’appartement le premier, histoire d’admirer la démarche sensuelle qu’il accentue volontiers.

Direction Sacramento sous le soleil californien.


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Chad Wilder

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MessageSujet: Re: La théorie des fractales   Sam 20 Déc - 14:11






Vroum....


La journée a été rude, mais maintenant dans les bras de Mick, je me sens apaisé. Plus que jamais, il fait partie de ma vie. Car même lorsque s’essaye de me séparer de lui, la vie se charge de me replacer dans ses bras. Et là, la joue posée contre son torse, pour rien au monde je ne voudrais bouger. Je me sens en sécurité et rassuré quand il est près de moi. Mon genou remonte le long de sa jambe, il accentue la pression de son bras dans mon dos, me ramenant plus fortement contre lui. Je l’aime, mais ce mot me semble faible face à tout ce que je ressens pour lui. Il est tant à mes yeux. Le frère que je n’ai pas eu, l’ami et le confident aussi. Mick me devine, il sait lorsque je ne vais pas bien ou au contraire quand je suis en joie. Il se préoccupe de moi, se préoccupe pour moi. Avec lui je peux tout oublier, les implications de ma véritable lignée, ce que j’ai enduré là-bas...

Avec une infinie douceur il m’a approché. La petite joute amicale avait cassé l’ambiance presque solennelle qui s’était installée quand mon père était là. Chahutage qui permettait de lever les embarras. C’est ainsi que je me retrouvais prisonnier sur le canapé avec Mick fermement assis à califourchon sur moi. Je pouvais le faire voler dans la pièce, mais quel intérêt ? Je résistais ou tentais de résister sans m’appuyer sur ma lycanthropie. Son baiser amène une vague de sensations qui me chauffe le cœur et le corps. Je ne pensais pas pouvoir me relâcher sur ce plan avant longtemps, mais là j’ai envie de lui. C’est impérieux et ne souffre d’aucun ajournement. Je veux de nouveau le faire mien et être sien. Je veux avoir sa peau sur la mienne, être le jouet de ses caresses, être le moteur de son plaisir, être à deux.

Ma chambre abrite nos ébats. Jamais on n’a pris autant notre temps, guettant les réactions de l’autre. Ce qui primait était l’envie d’aimer et de se donner. A aucun moment, mon aventure au Mexique n’est venue polluer ce moment de retrouvailles. Cette nuit, il n’y avait que Mick, lui, sa douceur, son corps. Je me suis saturé les sens de sa présence, de sa chaleur et de son odeur. J’ai pris tout l’amour qu’il m’a donné, lui retournant le mien en échange.

Le jour filtre par le rideau entrebâillé dévoilant une couette en montagne sous laquelle nos corps sont emmêlés. Je frissonne de bien-être quand la main de Mick quitte mon épaule pour s’aventurer plus bas, suivant la courbure de mon dos. Mais il stoppe son geste et se lève prestement du lit emportant la couette avec lui. Je râle et me met en boule, mes bras en maigre couverture.

- Lève-toi la marmotte. Tu vois ton père à neuf heure.

Mick ronchonna à son tour lorsque je lui fermai la porte de la douche au nez. Et oui monsieur, je pouvais être rapide quand je mettais le moteur en route. Dans un geste qui redevenait une habitude à mon plus grand plaisir, Mick mit ses affaires dans le panier à linge et se servit dans mon armoire. Pendant qu’il prenait sa douche, je préparai un petit déjeuner copieux. Quand il me rejoignit je lui montrai l’affiche que j’avais faite pour coller sur la lunette arrière de ma Toyota. Je tirai la langue comme un gamin avec ma pancarte à vendre. Deux trois chamailleries qui valurent quelques miettes au sol de la cuisine et nous sortons. Nous nous quittâmes devant l’immeuble de Mick où je l’avais raccompagné, puis filait voir mon père à son hôtel. Je voulais lui montrer les travaux du manoir. Nous étions dimanche, cela serait calme.

[HRP]:
 

Ce dimanche m’avait ramené brutalement sur terre. Mick était revenu le soir pour passer la nuit avec moi. Il me dit qu’il avait mis James dans la confidence. Si je comprenais l’intention de Mick, j’avais toujours du mal avec l’handicapé. Il ne m’appréciait guère, cela se sentait et je n’arrivai pas à faire avec. Mon père m’avait demandé de taire pour l’instant notre rencontre avec le boutiquier. Il m’avait vaguement parlé de quelqu’un à San Francisco auprès de qui il voulait se renseigner et qu’il fallait rester prudent. Je lui avais rétorqué que si Mick allait dans cette boutique, il ne pourrait pas manquer le nom du propriétaire et ne ferait donc rien de compromettant.

***

Téléphone qui sonne. Mick lit ses mails dans le salon. C’est mon père, il me propose de partir avant le déjeuner. Mick est d’accord, je raccroche.

- En rentrant, on pourra passer au garage pour récupérer la Camaro, si elle est prête ? Demande Mick. Je n’ai pas envie de rester piéton, surtout si tu reviens ici avec le modèle dont ton père m’a parlé.

Je le regarde un peu contrarié, mon père n’est pas du genre à vendre la mèche.

- Je plaisante !

- Mouais ! Répliqué-je en lui tapotant les fesses et en lui faisant un grand sourire. J’attrape ma veste et les clés de ma voiture et sors.

- Arrête de me mater les fesses ! Dis-je sans me retourner. Ton cœur s’emballe !

Hilare, Mick verrouille mon appartement avec sa clé. Dix minutes plus tard, je laissai la Toyota dans un coin du parking du campus avec ma pancarte « A vendre » en évidence derrière la vitre arrière. Mon père nous attendait non loin au volant de sa voiture de location. J’invitais Mick à monter à l’avant et m’assis à l’arrière. Il faisait partie de ma vie, de ma famille, pas question donc de le reléguer à l’arrière. On roula sur des airs d'opéras italiens, nos discussions étaient légères et futiles, concernant surtout la mécanique automobile. Mick donnait son avis sur les modèles qu’il connaissait, mon père était évidemment incollable. En arrivant dans la ville de Sacramento, mon père fila directement au centre-ville. Il avait réservé une table au Taste of Tuscany. Je reconnaissais bien là son goût pour la cuisine italienne. Je compris l’allusion lorsqu’il me fit un clin d’œil en saisissant la carte des menus. Évidemment, il fallut qu'il tombe sur une relation de travail, je souris lorsqu’il nous présenta Mick et moi comme « ses fils ». Et les dits fils firent honneur à ce qui se trouvait dans leur assiette.

On ne traina pas plus, mon père eut pitié de mon impatience. Nous reprîmes la voiture et nous écartâmes du plein centre-ville. On finit par se garer sur le parking d’un concessionnaire. Les indications sur la devanture donnèrent des indices à Mick. Le lieu était un spécialiste de l’import de voitures européennes. Par-delà la vitrine, au milieu des autres modèles je la vis. Ses lignes racées en faisaient un véritable bijou. Je croisais mes doigts à ceux de Mick et on suivit mon père qui était déjà entré. Alors qu’il discutait avec l’hôtesse, je guidai Mick dans le magasin qui était divisé par pays.

- Une belle italienne lui dis-je dans le creux de l’oreille.

De loin j’entendais mon père qui discutait avec un gars. Je secouai la tête, il essayait encore de négocier une marge alors que je ne doutais pas qu’il avait déjà obtenu un prix plus qu’intéressant.

- La voilà, soufflé-je à Mick sous le panneau Maserati.

Spoiler:
 

Je tournai autour, retardant le moment de m’assoir sur le siège conducteur. Je levai les yeux vers Mick, inquiet de sa réaction. Son avis comptait beaucoup.




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Mickael Wayne
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MessageSujet: Re: La théorie des fractales   Sam 20 Déc - 15:29


Tout est chaos



Lorsque nous retrouvons Stephan, il me salue avec plus d’enthousiasme que la veille. Je ne sais pas pourquoi, j’avais encore une certaine appréhension ce matin. Chad me propose de m’installer à l’avant aux côtés de son père. Je ne saurais refuser devant lui. Cet homme peut tout aussi bien être une compagnie agréable ou bien te montre mal à l’aise en quelques secondes. C’est son assurance, certainement légendaire, qui me plaisait le plus chez lui. Il me rappelle mon père.

Mis à part ses goûts musicaux. Les airs d’opéra amènent néanmoins une ambiance légère qui nous permet de ne pas remarquer le temps qui défile. Puisqu’il est l’heure de déjeuner, c’est tout naturellement que Stefan finit par se garer sur le parking d’un restaurant dont la devanture laisse présager une cuisine de qualité. Récemment, j’ai fait découvrir à Chad la cuisine française. Aujourd’hui, je suis satisfait que son père nous emmène dans un restaurant italien.

À table, Chad et son père ont l’air de connivence sur quelque chose mais je ne saisis pas quoi ? J’apprécie de les voir entretenir une relation normale et paisible malgré les révélations qui ont été la cause de la venue de Stephan à Beacon Hills. Je sais sans hésitation qu’il aurait pu laisser Chad acheter sa nouvelle voiture sans son aide. Sa présence a une toute autre raison dont nous avons aperçu le sommet de l’iceberg.

Quand nous avons fini le dessert, Chad donne l’impulsion du départ. Je le sens pressé. Le concessionnaire est éloigné du centre-ville mais nous y arrivons rapidement. Je détaille le lieu et remarque une indication précise. L’enseigne est spécialisée dans l’importation de véhicules en provenance d’Europe. Plusieurs grandes marques défilent dans ma tête sans que je puisse me fixer sur ce que Chad aurait pu avoir choisi.

Serrant ma main pour s’assurer de ma présence, Chad suit son père qui se présente à la femme à l’entrée. Pendant qu’il discute avec l’homme qui s’est ensuite avancé, nous Lorsque je lève la tête et aperçois le drapeau de l’Italie, je comprends que Stephan a enchaîné les clins d’œil pour faire référence à la marque choisie par son fils. Je ne me vexe pas parce que je vois les yeux de Chad briller.

- Une belle italienne, précise-t-il tout bas en déambulant parmi les modèles exposés.

Nous arrivons devant une voiture magnifique. J’ai le coup de cœur. Des courbes fines qui lui confèrent pourtant un côté agressif, animal. Est-ce celle-ci que Chad avait choisie ?

- La voilà, confirme-t-il.

Comme un enfant qui découvre un jouet tant attendu, Chad tourne autour pour observer la moindre des finitions. Il finit par me regarder, demandant implicitement ce que j’en pense.

- Elle est superbe et…elle te correspond bien je trouve. Par contre…

- Par contre ? Demande-t-il en suspens.

- Impossible de passer inaperçu avec ça à Beacon Hills, dis-je avec amusement.

Je le regarde avec un œil attendri. Ces minutes sont à lui. Il me rend un sourire radieux lorsqu’il enclenche la poignée côté conducteur. après avoir admirer la carrosserie sans défaut, nous sommes subjugués par l’intérieur de la voiture. Le design est semblable à l’allure extérieure. Sobre, brute mais avec une classe incroyable pour une voiture à caractère sportif.

Je passe mes doigts sur les différents boutons, jouant au pilote de ligne dans son cockpit. Chad serre le volant en cuir, plus que jamais pressé de faire gronder le moteur de cette Maserati.

Stephan qui s’approche a également la mine radieuse en découvrant le plaisir que prend son fils dans sa nouvelle voiture. Les formalités administratives sont vite réglées. Bientôt, dans un ronronnement incroyable, nous quittons l’allée de voitures bien rangées et prêtes à la vente. Nul doute que certains seront déçus de voir que celle-ci a été achetée.

Le trajet du retour se fait avec une joie quasi hystérique. À chaque virage, courbes, montées ou descentes ou lors des accélérations Chad ne finit pas de congratuler les aptitudes de sa voiture. Nous rions aux éclats dans notre cocon high-tech.

Lorsqu’il passe le panneau de Beacon Hills, je monte le volume de la musique. Nous ouvrons les fenêtres, bras dehors, lunettes de soleil sur le nez. Quittes à être vus, autant joueur les flambeurs.

Chad nous dirige à faible allure sous le regard des passants, ça nous amuse beaucoup. Il se gare sur le parking du garagiste de la ville. Les autres véhicules font pâle figure aux côtés de la Maserati.

Je vais à la rencontre de l’homme à qui j’avais confié la Camaro. Il baisse la tête quand il me voit arriver, ça m’intrigue. Je lui dis que je viens récupérer ma voiture en guettant sa réaction. Le garagiste repart dans l’arrière-boutique en me demandant d’attendre dehors. Je rejoins donc Chad et Stephan qui font le tour de la Camaro. Aux côtés de la Maserati, elle a quand même belle allure.

Le temps passe comme au ralenti. Je tourne la tête vers Chad pour désigner sa nouvelle voiture puis la mienne fraichement réparée pour signifier qu’il devait bien y avoir une ligne droite aux alentours pour nous affronter amicalement.

Puis tout se bouscule. Des voitures de police arrivent en trombe autour de nous. Nous restons immobiles surpris par la soudaine mise en scène. Quatre hommes sortent de l’une d’elles et passent à côté de Chad et de son père en leur demandant vivement de s’écarter.

Deux mains se referment sur mes épaules, d’autres sont chargés de m’entraver à l’aide de menottes, tandis qu’un officier supérieur prend la parole.

- Mickaël Wayne, vous êtes en état d’arrestation pour le meurtre du juge fédéral Lynch.  Vous avez le droit de garder le silence. Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous.

Je n’écoute plus l’officier me citer mes droits. Je crains avec raison que la solution à cette annonce fracassante ne soit enfermée dans la partie inaccessible de ma mémoire. C’est un cycle sans fin duquel je ne sortirai jamais.

Une main forte m’appuie sur le haut du crâne, me forçant à m’assoir à l’arrière du véhicule de police. Je tourne la tête vers l’extérieur. Message silencieux entre moi et Chad. J’ignore ce qu’il lit dans mes yeux mais je vois clairement dans les siens. L’inquiétude de ce qui allait se passer dans les minutes et heures à venir. Il se pose des questions, terrifié que cette accusation puisse être vraie.


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Chad Wilder

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MessageSujet: Re: La théorie des fractales   Dim 21 Déc - 20:59







L'Effet boule de neige




En arrivant devant la garage, j’aperçus la Camaro de Mick, visiblement les réparations étaient bien terminées comme il en avait la confirmation par téléphone. Moi je redescendais à peine de mon niveau d’excitation extrême dans lequel notre retour de Sacramento m’avait mis. Mon père nous avait suivis de loin, nous laissant à nos coups d’accélération dans les lignes droites et mes tests d’adhérence dans les virages. J’étais heureux car Mick avait été aussi enjoué que moi. J’avais tant peur qu’il prenne ma lubie soudaine de changer de voiture pour un caprice. S’il y avait un peu de cela, du moins dans cette volonté soudaine, le désir et l’envie de rouler dans une telle voiture datait de longue date. Je n’avais pas sauté le pas, me censurant moi-même. Les remarques acerbes de Miya sur le chantier de sa maison, avaient été le facteur déclencheur.

Sur la route du retour, Mick avait exprimé son bonheur d’être assis là avec moi, partageant cette sensation grisante de liberté qu’offrait une telle voiture. Le bruit du V8 parfaitement rodé et calibré était comme une douce symphonie à nos oreilles. Je passai les rapports sans heurt, la direction était d’une telle souplesse qu’il fallait bien doser ses coups de volant. Mick se moqua un peu d’ailleurs sur mes embardées lors des premiers kilomètres. Mais ce n’était qu’une question d’habitude que je pris rapidement après la sortie de Sacramento. Les vitres ouvertes, avec comme musique seulement celle du moteur, j’avais poussé les chevaux présents sous le capot, testés l’efficacité des freins, mon père avait fini par rester à une distance de sécurité derrière nous. Oui, j’étais comme un gamin avec son nouveau jouet. Mais depuis quand n’avais-je pas pu faire le gamin insouciant ? Et ça autant Mick que Stephan mon père, le comprenaient. C’est en rois de la route que l’on arriva à Beacon Hills.

Mick monte le volume de la radio et s’accoude à la fenêtre. Je l’imite, bien que le choix de cette voiture soit purement personnel. C’est pour le plaisir de la conduire que je l’ai choisie plus que par goût de m’exhiber. Mais là sur le moment, j’ai envie de faire partager ma joie, avec complaisance, je joue le rôle di beau gosse avec une belle voiture. Je capte les regards des passants émerveillés, mais c’est surtout celui de Mick qui me comble. Il est heureux, heureux d’être là, heureux par ce que je le suis. Rien ne peut détruire ce moment de bonheur, mis à part…

Une contravention, je surveille donc ma vitesse et me colle à la réglementation. La Masareti fait belle figure à côté de la voiture de Mick. Noir mat contre bleu nuit métallisé, les deux voitures rivalisent de beauté. L’européenne est plus raffinée dans les détails, là où l’américaine revendique une ligne volontairement épurée et sportive. Alors que Mick entre dans le garage, avec mon père nous faisons le tour des deux voitures, comparant leurs capacités. Je suis amusé par la lueur que je vois dans les yeux de mon père. Je crois que cette virée lui à plus malgré le pris que lui a couté mon petit bijou. Il semble tout simplement être en train de vivre, de profiter de ce qu’il a accumulé, et de profiter simplement du bonheur présent. Je sens que Mick a passé le test de sélection auprès de lui, il ne l’aurait pas présenté comme un fils à sa connaissance de travail, s’il n’attribuait pas cette place à celui qui partage ma vie.

Mick est de retour et nous rejoint dans notre comparatif. Avec un sourire sans équivoque, i me provoque dans un futur duel. Je répondis d’un clin d’œil, je demanderai à Derek où on pourrait aller sans avoir la maréchaussée aux fesses.

Les jours se suivent et… se ressemblent. Hier, c’était cet Elias Argent dont mon père n’a pas voulu me dire autre chose que de m’en tenir le plus éloigné possible. Aujourd’hui, ce sont les flics qui embarquent Mick sous mes yeux pour une accusation de… meurtre. L’énoncé de l’accusation me fait comme un coup de poing au ventre.

- Attendez ! Il doit y  avoir une err…

Une main sur mon épaule me retient.

- N’intervient surtout pas me chuchote mon père. Laisse-les faire une éventuelle erreur de procédure.

Mon cœur bat à la chamade alors que celui de mon père tressaille à peine. Son regard scrute la scène dans son ensemble. Il enregistre chaque détail, la moindre parole, le moindre badaud. Moi je me pose mille questions. Est-ce une machination ? La réalité ? Enfin, j’arrive à capter le regard de Mick, j’essaye de comprendre, de lire un signe de dénégation dans ses yeux qui me dirait que tout cela est faux. Le meurtre d’un juge fédéral… il en prend pour perpète… au mieux car la peine de mort est toujours en vigueur en Californie. Je suis anéanti quand je vois la voiture qui le transporte tourner à l’angle de la rue. Un grondement fait retourner les flics restants dans ma direction.

« Calme-toi » Murmure mon père qui est en train de palabrer avec le garagiste à plus de vingt mètres. Je ferme les paupières, mes iris sont incandescents.

- Monsieur ? Monsieur ?

Je prends sur moi et regarde le flic qui m’interpelle.

- Oui ?

- Puis-je voir vos papiers, s’il vous plait.

Dans un état second, je lui tendis ce qu’il me demandait, je vis mon père en faire autant juste à côté. Je croise son regard qui est explicite : « ferme là ».

- Veuillez rester en ville dans les prochains jours, l’inspecteur va certainement vouloir vous interroger comme témoins, nous dit le flic qui avait relevé nos identités.

Je rangeai mon papier d’identité provisoire et me tournais vers mon père.

- Et maintenant ?

On ne pouvait pas en discuter dans la rue. Mon père savait tout ce qu’il y avait à savoir sur Mick, son amnésie et ce que cela pouvait cacher. Hier, celui-ci ne lui avait rien caché, ni ce qui s’était passé entre nous, ni les ombres qui planaient sur son passé. Cette sincérité lui avait valu l’étiquette de « fils », et je savais que celui que j’aimais pouvait compter sur l’aide de mon père. Quand ce dernier se donnait un objectif, il y mettait les moyens, qu’ils soient intellectuels, relationnels ou bien financiers. Il commencerait par l’arsenal judiciaire, mais si celui-ci s’avérait être corrompu… Je me doutais bien que mon père n’était pas à son poste actuel en ayant toujours respecté les règles. Il n’y a pas de philanthropes dans le monde de la finance.

- Je prends la Masareti, toi tu prends la Camaro et tu ouvres tes oreilles, fit-il sèchement.

Étonné, je le vis me tendre les clés de la voiture de Mick. Comme il restait obstinément muet, je montai dans la Camaro, mon père s’installa dans la Maserati dont il ferma les vitres. Les deux voitures ne laissaient pas indifférents les gens aux alentours. En faisant semblant de téléphoner, mon père me donna ses ordres, car il s’agissait bien de cela. Je ne pouvais pas lui répondre et sortir mon téléphone pour l’appeler ferait vraiment trop suspect au regard de ce qui venait de se passer.

« J’ai payé les réparations et signé une décharge pour récupérer la voiture de Mick. Tu la ramènes chez lui, je te suis. Comme tu as les clés de son appartement, on va le nettoyer en espérant passer avant la police. On enlève tous ce qui peut le faire passer pour un tueur. Ensuite on avisera. »

Je démarrais donc avec mon père à ma suite. Sur la route, j’appelais James, l’avertissant de ce qu’il venait de se passer, lui disant notre intention. Une fois devant l’immeuble de Mick, je regardai mon père.

- Faut le sortir de là et vite.

Je n’eus pas besoin de lui détailler ce que Mick pourrait endurer en prison. Une sourde colère couvait dans mon cœur.


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MessageSujet: Re: La théorie des fractales   Mer 24 Déc - 10:02


Am I bad ?




J’ai les muscles du cou raides tant j’ai tourné la tête pour suivre Chad des yeux. Les voitures de police filent à travers la ville, n’hésitant pas à user des gyrophares et de la sirène pour s’immiscer dans la circulation. J’ai l’impression d’être l’ennemi public n°1, ou du moins un criminel de haut rang qu’on expose avec fierté après des années de traque. Certes, James et moi prenons soin de ne pas nous faire remarquer, effaçant les traces si nécessaires, mais nous ne sommes pas des malfaiteurs. Le monde me verra-t-il de la sorte ?

Les agents fédéraux ont établi leur quartier dans les locaux de la police de la ville. Le sheriff Stilinski les regarde d’un œil sévère. Il n’est sans doute pas au courant de ce qui arrive. Le FBI a souvent des manières peu subtiles, débarquant où bon lui semble, se croyant supérieur aux services de police locale. C’est le cas, effectivement.

On ne m’a rien dit de plus. J’attends qu’on m’expose les faits. Pour le moment, le nom évoqué par l’inspecteur ne me rappelle rien. Si cette histoire remonte à trois années en arrière, je crains de ne pas pouvoir répondre à leur question. Et personne ici ne pouvait m’aider.

Présomption d’innocence ou non, on me refuse le droit de passer un appel. Le sheriff joue toute fois des coudes et, prétextant que cette ville est sous son autorité, il parvient à ce que la procédure soit effectuée dans les règles.

J’ai le combiné en main. Je ne sais pas qui contacter. Ou plutôt j’hésite. Entendre Chad me ferait du bien, le rassurer sur mon état l’aiderait à s’inquiéter un peu moins. Mais ça ne me serait pas utile. C’est donc le numéro de James que je compose. Lui sait quoi faire.

- James ? On a peu de temps. Je n’ai aucune idée de qui est ce juge qu’ils m’accusent d’avoir tué. Je ne suis même pas en mesure de leur fournir un alibi si je ne me souviens de rien.

- Si toi tu ne peux pas faire grand-chose, Chad et moi pouvons éviter d’aggraver ta situation.

- Chad ? Demande-je.

- Il est chez toi actuellement avec son père.

Il n’a pas besoin d’en dire plus. Pour avoir en partie cerné Stephan, je sais qu’il compte mettre de l’ordre dans l’appartement où je vis. Histoire de dissimuler d’éventuelles preuves ou des indices  qui expliqueraient quel genre de vis je mène.

- Tu les remercieras de ma part. Et toi tu sais quoi faire, dis-je avec sérieux.

- Mick, je ne suis pas sûr que…

- Si, James, mieux vaut être prudent.

Ça n’était pas un conseil, et bien qu’il soit mon ami, je disais ça avec une certaine autorité. Lorsque je raccroche le combiné, j’ai la sensation amère d’être plongé dans une cage de solitude. Tout est silencieux, la lumière inonde une salle d’interrogatoire des plus banales. J’attends sans ciller car je sais qu’on m’observe. Laisser mariner le suspect, observer ses mimiques, c’est la procédure habituelle.

L’inspecteur finit par entrer dans la pièce et pose violemment plusieurs dossiers sur la table devant moi.

- Tu veux savoir comment on t’a retrouvé ? Demande-t-il d’un ton condescendant.

- Parce que vous me recherchiez ? Réplique-je avec une politesse feinte.

- Lors de ta petite virée au Mexique, en revenant sur le sol américain tu as été photographié par les caméras de surveillance, fait rarissime pour un criminel que de passer par un poste de douane équipé de ce genre de sécurité. Cela étant, ton visage a été scanné et une correspondance a été relevée.

Ça ne peut pas être vrai. Je ne suis pas dans le fichier des personnes recherchées. James s’en est assuré. Et je suis encore moins un criminel. Je l’écoute toutefois sans l’interrompre.

- C’est cette jolie Camaro que tu as amené au garage de la ville qui nous a aidés à remonter la piste. Difficile de passer inaperçu. Après avoir fait le rapprochement, il nous restait qu’à venir te cueillir. Simple non ?

Trop simple pour être vrai. Je ne comprends pas ce qu’il se passe.

- Et qu’est-ce qu’on me reproche ? Questionne-je.

- Tu es accusé du meurtre du juge fédéral Lynch survenu il y a trois ans. N’essaie pas de nier, cette fameuse preuve avec laquelle nous avons recoupé les indices et sous tes yeux, ajoute-t-il en faisant glisser des photographies vers moi.

La première remonte au jour où nous sommes rentrés du Mexique. On me voit clairement au volant de la Camaro. Les autres clichés semblent provenir d’une vidéo en noir et blanc. On distingue mal les détails.

- Peut-être que cette vidéo vous rafraichira la mémoire, Monsieur Wayne, dit-il sèchement.

C’est alors qu’il tourne l’écran numérique vers moi après avoir appuyé sur une touche. La scène devait être filmée depuis une caméra de surveillance située en hauteur. On y voit un homme de dos, assis à son bureau certainement en train de remplir de la paperasse administrative. Puis quelqu’un fait irruption dans la pièce. Un homme armé d’un couteau. D’un geste vif, il se place derrière le juge Lynch. Serrant ses cheveux d’une main pour dégager sa tête, il lui tranche la gorge d’un seul coup net. L’homme s’affale sur le bureau, une mare de sang inondant le sol.

Lorsque la vidéo effectue un zoom sur le visage du meurtrier, je me penche en arrière, m’incrustant presque dans la chaise inconfortable. Je croise le regard de l’inspecteur. J’ai moi-même compris. Et il le sait.

* * *

Lorsque la porte s’ouvre, un air nouveau pénètre dans la pièce. Apaisant et frais. Parce que c’est Chad qui se tient sur le seuil. Il s’assoit en face de moi sans plus tarder, hésitant quant à l’attitude à adopter. Je suis certain que notre conversation est enregistrée. Sa visite n’est pas anodine. Pourquoi ont-ils accepté qu’il vienne dans le cas contraire.

Il me demande si je vais bien malgré les circonstances. Je garde mon calme et ne fais pas de vagues. Ma pseudo-sérénité semble l’apaiser un peu. Nous nous regardons plus que nous parlons. Il y a tant de choses à dire mais peu ont une importance dans l’immédiat.

Je ne peux rien dire sinon la vérité. Ou du moins ce qui s’y apparente. Je baisse les yeux de honte. Je ne me souviens pas, mais la vidéo est formelle. J’ai reconnu l’homme qui a tué de sang-froid ce juge fédéral.

- C’était bien moi, Chad. Je ne sais pas comment ni pourquoi mais c’était moi.

Je tiens ses mains avec difficulté, les menottes m’entravent. Son contact me fait du bien.

Mais la porte derrière moi s’ouvre dans un bruit métallique. C’est l’heure. On m’emmène en cellule sous le regard désespéré de Chad.

Une poigne ferme me pousse en avant. J’ai à peine le temps de me retourner.

- Je t’aime, je suis désolé, murmure-je.


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Chad Wilder

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MessageSujet: Re: La théorie des fractales   Dim 4 Jan - 15:22








Et si tu n’existais pas ?!


L’appartement de Mick…  J’ai un serrement au cœur lorsque j’ouvre sa porte. Il m’avait redonné les clés de son antre. Ce geste symbolique allait lui alléger les charges qui pesaient contre lui, ou du moins ne pas en ajouter à un tableau déjà bien noir. Mon père me ramena à la réalité, me pressant d’agir. Etonné, je le regardais me tendre les gants de ménage, lui-même avait enfilé ses gants de cuir qu’il affectionnait pour conduire. La triste réalité de la position de Mick m’en apparaissait plus que cruelle. Alors que j’enfilai la paire de gant, mon père s’occupa d’effacer mes traces sur la poignée de la porte.

Je filais vers le lit de Mick et sortis la valise qui se trouvait dessous. Une légère odeur d’aconit me piqua le nez. Je passai la mallette à mon père. Avec des gestes rapides, je passais de partout de manière méthodique. Je n’aimais pas fouiller dans les affaires de Mick en son absence, mais c’était capital. Sur son lit, j’empilai les dossiers de ses recherches.

- Trouve- moi un trousseau de clé, dis-je On mettra tous ce qui est armes dans son garage de stockage. Je pense qu’il a dû prendre des précautions pour que ce lieu n’ait pas de lien avec lui. Tout ce qui est papier, on le posera chez son ami, James. Je crois qu’il vaut mieux que je ne stocke rien chez moi. Ma liaison avec lui n’est pas un secret.

Pendant la demi-heure suivante, on fouilla méthodiquement l’appartement de Mick. Mon père, toujours fin observateur, trouva des choses que je n’étais même pas certain que les flics mettent la main dessus. Je ne cherchais pas à voir le contenu de ce que je dénichai, me contentant d’y ranger dans un sac de voyage. Le bilan de nos fouilles tint dans deux sacs plus la valise qui était sous le lit.

- Les clés ? Dis-je.

Mon père me tendit une clé. J’espérai que c’était cela et que Mick ne l’ait pas sur lui. Je me servi de mes sens de loup pour m’assurer que personne ne fassent attention à nous lorsque nous sortîmes pour rejoindre le 4X4 de mon père. On avisera plus tard de ce que l’on ferait de la Camaro. Mon père stoppa au pied de l’immeuble de James et m’attendit garé en double file. Quand je frappai à la porte, James me dit simplement « Entre, c’est ouvert ». Il savait que je l’entendrai.

- Voila tous ses dossiers, je pense qu’on a rien loupé. Le garage où il stocke tout son fourbi est sûr ? Je pense y ranger ses armes.

- Oui, il est loué sous un prête-nom. Mick vient de m’appeler.

- Comment va-t-il ? Tu en sais plus ?

James ne me répondit pas immédiatement et son cœur m’annonça qu’il n’était pas tout à fait franc avec moi lorsqu’il me répondit.

- Il te remercie, d’avoir eu la présence d’esprit de passer à son appartement. Je n’en sais pas plus au sujet de cette accusation, ni de son implication réelle ou imaginaire. Je… m’occupe de ce qu’il faut en attendant d’avoir plus d’éléments.

Je maudis intérieurement l'handicapé de ne pas me faire plus confiance. Il ne m’aimait déjà pas beaucoup, mais depuis que j’avais blessé son ami avec ma rupture…

- Demande-moi ce qu’il faut, OK ? Avec mon père, on la possibilité d’avoir un accès au réseau particulier de la finance. Si tu as besoin de connaitre l’existence de mouvements de fonds, de comptes, etc… Tu sais comme moi que le secret bancaire, n’est qu’une façade…

- Ok, on reste en contact et on se tient au courant.

- Je me débrouille pour aller le voir rapidement.

- Soit prudent à ce que tu dis là-bas.

Sur le chemin du garage de Mick, j’appelai le Sheriff. Je n’eus pas besoin de lui expliquer la raison de mon appel. Si nous n’avions jusqu’à présent pas vraiment eu l’occasion de parler, je l’avais déjà croisé en compagnie de Derek.

- Il compte faire une guerre avec tout ça ? Me demanda mon père quand j’ouvris la porte du garage de Mick.

- Non, mais tu n’imagines pas les dangers que l’on coure.

- N’oublie pas que j’ai été en prise directe avec la famille Argent. Je sais de quoi ils sont capables. Je trouve juste utopique de la part de Mick de penser qu’il peut lutter seul… Ce raisonnement a couté la vie à ton père Chad.

Sa voix s’était éteinte à ce souvenir. Il me serra l’épaule et me dit qu’il allait voir de son côté s’il pouvait avoir des informations avec son contact de San Francisco.

- Qui est-ce ?

- Pour sa sécurité, il vaut mieux que personne ne le sache.

Mon téléphone nous interrompit. Le Sheriff me rappelait, me disant de passer le lendemain. Cela me rassura de pouvoir revoir celui que j’aimais rapidement. J’angoissai d’être de nouveau séparé de lui. Il me manquait déjà. Par contre la suite de ce que me raconta le Sheriff me laissa estomaqué. Stiles l’avait appelé… Derek avait… rajeunit et semblait être amnésique. On me demandait au loft pour tenter de calmer mon frère de meute. J’en informai mon père. Les problèmes s’accumulaient.

- La blessure que ce William Hale lui a faite devait être spéciale, dis-je.

- Je vois, bon je vais te dire qui est mon contact à San Francisco, car il va peut-être falloir se coordonner avec toi s’il a besoin d’intervenir.  Mais tu me garantis de ne pas dévoiler son nom à qui que ce soit, OK ?

- Oui, promis !

- A personne Chad, reprit mon père en articulant.

- Oui !

Si je ne connaissais pas personnellement la personne dont il me cita le nom et la fonction, j’en avais déjà entendu parler par Derek et les autres loups de Beacons Hills. Je ne comprenais pas vraiment la raison de son éloignement de Beacon Hills, mais il semblait plus efficace pour lui d’agir dans l’ombre. J’avais l’impression d’être englué dans une immense toile où dès que l’on touchait un fils, il y avait une répercussion sur tous les autres.

Mon père me ramena à ma propre voiture et je filais au loft pour assister à une scène ubuesque. Derek avait totalement oublié l’existence de Stiles et était visiblement choqué de la relation que le fils du Sheriff prétendait avoir avec lui. S’il me sembla que de tous ceux présents au loft, ce fut en moi que Derek accorda le plus de crédit, il nous fila entre les doigts totalement désemparé. J’expliquais aux autres les déboires de Mick, mais que j’aiderai au mieux Derek.

***

C’est avec un immense malaise que j’entrai au poste de police. Le Sheriff arriva, après que je me sois présenté au planton. Il m’invita à parler dans son bureau. En quelques mots, il m’expliqua ce qu’il savait. La mort de ce juge, la vidéo accablante. Mon cœur se serra, non pas pour ce meurtre, mais pour ce que Mick devait ressentir. Cet acte faisait partie de son passé oublié, comme l’incendie du manoir. Mon cœur l’avait innocenté de ce crime. L’homme que je connaissais ne ferait jamais cela. Et je m’étais souvent posé la question de savoir ce que je ferai si on prouvait qu’il avait été volontaire ce jour-là… Maintenant, je connaissais la réponse, si cet homme avait existé, il était mort. Mick était quelqu’un de bien. C’est dans cet état d’esprit que j’entrai dans la salle d’interrogatoir. J’eus un serrement au cœur en le voyant ainsi menotté. On lui avait retiré son médaillon, sa ceinture et ses lacets. Traité en criminel, j’avais envie de me révolter, mais je nous savais épié de l’autre côté de la vitre sans teint. Je m’assis en face de lui et pris ses mains entre les miennes.

- C’était bien moi, Chad. Je ne sais pas comment ni pourquoi mais c’était moi, me dit-il dans un souffle.

Ce que je crains est là. Son passé oublié lui explose au visage alors qu’on venait de retrouver un certain bonheur ensemble. Je lui serre les doigts, le regarde dans les yeux. J’essaye de lui transmettre tout mon amour et toute la confiance que j’ai pour lui.

- Je sais, le Sheriff m’a parlé de la vidéo. Mais de nos jours, on fait dire ce que l’on veut à une vidéo ! Dis-je d’une voix ferme en me retournant verre la vitre sombre.

- Je ne crois pas à ta culpabilité Mick ! Je te connais, l’homme qui là devant moi, est incapable de préméditer le crime d’un innocent ! Je t’aime.

J’énonce un fait, j’espère que Mick comprendra le sens de mes paroles. Que ce type est peut-être mort pour justement sauver plein d’innocents, ou bien à l’inverse que Mick a été manipulé. Et tout cela n’apparait pas sur cette vidéo.

Déjà on l’emmène, je suis désespéré, quand est-ce qu’on va pouvoir se revoir ? Mick reste digne, j’en fais autant.

- Je t’aime, je suis désolé… murmure-t-il.

- Je t’aime aussi, ne doute pas de toi ! Je crois en toi !

La porte se referme sur mes paroles. J’ai envie de pleurer, d’arracher cette table d’interrogatoire dont les pieds sont scellés au sol. Quand je sors, je tourne le dos aux silhouettes qui sont près de la vitre sans teint. Ils sont dans l’ombre, je n’aurais pu discerner leur visage, mais leur signature olfactive est enregistrée dans mon cerveau.

En passant près du Sheriff, celui-ci m’avertit que Derek toujours en adolescent vient de s’enfuir du poste de police en volant la moto d’un autre adolescent interpellé lui aussi. Je soupire et laisse le père de Stiles se débrouiller avec les incohérences sur l’interpellation de Derek sur le chantier de son manoir.

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